C'EST CE QUI VOUS TROMPE
Tous n'avez pas oublié, n'est-ce pas, notre excellent ami le commandant Laripète ? Lui avezvous envo^'é votre carte, seulement? Car il vient d'être nommé colonel dans une des dernières promotions. Un bon choix, après tout. Dix-sept campagnes, sans compter la petite maison qu'il possède à Bois-le-Roy, sur les bords de la Seine ; — cinq blessures, sans y comprendre les coups de canif qui décorent son contrat de mariage. Cependant, il les a plutôt reçus que donnés. Olympe, la belle colonelle, s'est mise à la hauteur de la situation. Les lieutenants lui suffisaient naguère ; il lui faut des capitaines maintenant. C'est ainsi que, dans le ménage, les deux époux sont montés en grade en même temps, et ce n'est pas seulement un galon de plus que le vieux soldat a mis à sa coiffure.
Un zèle nouveau leur est venu, à tous deux, de
leurs nouveaux devoirs. Laripèle, qui n'u jamais plaisanté avec la discipline, en fait maintenant son unique souci. Il est, CQmme on dit, à cheval sur toutes les choses du règlement, du bon ordre et de la tenue, ce qui lui est, d'ailleurs, infiniment plus commode que d'ôtre à cheval sur sa propre monture. Car il bedonne outrageusement, le bon officier supérieur ! Rien ne lui échappe dçs plus insensibles détails de Tobéissanee passive et de l'uniforme. Comme l'a fort bienfait observer un ministre de la guerre de l'empire, si les fusils ae chargeaient avec des boutons de guêtre, jamais nous n'aurions été vaincus. Laripète est encore de cette grande école du bouton de guêtre à outrance. Il aimerait mieux voir sa femme sans jupons qu'un soldat sans ceinturon astiqué. — Au reste, moi aussi.
S'il donne tout son temps à ses chères études, Olympe ne perd pas le sien. Le capitaine Chamberlot en sait quelque chose ; un brave aussi, le capitaine Chamberlot — mais l'homme, qui n'est pas de bois, comme l'a fait observer un sage, n'est