‹ Les farces de mon ami JacquesChapitre 12 sur 34 · GUILLE.MINE · texte numérisé non relu

GUILLE.MINE

à toutes les boutiques ambulantes, enfourché, au grand scandale de ma tante, tous les chevaux de bois (la délicieuse gamine que c'était !) et nous faisions une dernière station devant l'étalage d'un marchand de pain d'épice de chez Mme Baiicle, — la grande renommée d'Essonnes ! — les doigts me démangeant horriblement d'écrire son nom sur quelque objet insensible. Pendant qu'elle acquérait, au plus juste prix^ une demi-douzaine de petits cochons bien durs et bien rissolés, je m'approchai insensiblement d'une de ces piles de croquets, larges comme des fromages, minces comme des feuilles de papier et tout couverts de farine, que les polissons adorent et que les industriels de cette sorte posent sur un escabeau, en avant de leur exposition, pour tenter ces drôles. Là, du bout de mon index, je pus, dans la poussière blanche dont le premier était saupoudré, tracer les lettres adorées qui me brûlaient jusqu'à la racine des ongles.

Guillemine se retourna. J'eus honte de mon œuvre, peur de son courroux, et, pour l'empêcher de lire mon crime, je ne trouvai rien de mieux qne de m'asseoir sur la pile de croquets.

— Eh bien I ne vous gênez pas, mon garçon,

()4 LLS TAUCKS DI". MON AMI JAC^JUES

ça leur donnera du goûL ! me cria la marchande en accourant avec indignation.

Mais peu m'importait la fureur de cette femme mal élevée ! Ma cousine avait passé sans rien voir.

On faisait de la musique au salon, le même soir. Guillcmine venait môme d'écorclier, avec une cruauté particulièrement raffinée, une mélodie de Schumann. Je chantonnais moi-môme assez désagréablement dés celte époque, avec une voix tout encotonnée des petites plumes de la mue. J'avais un jeune moineau là oh l'Alboni avait, dit-on, un rossignol. J'ouvris la cage tout de môme et j'exhibai, au milieu du silence général, une romance de M. Nadaud, je crois, dont le premier vers est :

A leur balcon trois belles filles.

Quand j'arrivai au refrain que voici :

Le nom de la brune est Marie, L'autre est Anna, sa blonde sœur ; Mais la troisième est mon amie :

Je garde son nom pour mon cœur.

Je crus utile de faire un effet sur ces derniers

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mots, et, me retournant un peu pour regarder amoureusement Guillemine, je me penchai doucement vers elle en développant avec une grâce infinie la chute de mes reins.

Un éclat de rire général retentit derrière moi. Ce fut une hilarité foudroyante, une tempête de hoquets joyeux où Ton eût cru entendre pondre des poules, barboter des canards et sonner les trompettes du jugement dernier. Ma cousine se leva brusquement, fît le tour de ma personne, fondit sur moi et, me pinçant au sang :

— Que je ne vous revoie jamais ! me dit-elle d'une voix qui suffoquait.

J'étais atterré ! Je ne sus que plus tard I... Lorsque je m'étais assis sur le maudit croquet oii était tracé le nom de Guillemine, la partie restée couverte de farine avait déposé une véritable lune blanche {bis m idem ! pour cette fois) au fond de mon pantalon, et, sur ce décor polaire, les lettres par lesquelles le pain d'épice avait été mis à nu rassortaient en noir, de façon à écrire sur mes fesses, au rebours, mais très visiblement pourtant, le nom de ma bien-aimée !

Guillemine tint parole à sa colère et ne me pardonna jamais !

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Après loul, je m'en moque : on ne me l'aurait pas donnée, parce que je ne suis pas diplomate I

Et Jacques alluma une cigarette.

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