‹ Les farces de mon ami JacquesChapitre 2 sur 34 · LE NOUVEAU FORTUNIO · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU FORTUNIO

Tous les délicats en beauté connaissent cette délicieuse Blanche de Livry, qui ne fit que passer au théâtre, comme les reines de féerie, dans une apothéose de lumière. Tous ont admiré cette fine tête ciselée en bijou grec et posée sur un corps aux souplesses espagnoles. Les filles d'Arles sont ainsi, semblant avoir une double patrie. Blanche s'ignore-t-elle elle-même ? Je n'en crois rien, mais elle a le bon goût de paraître surprise des hommages que lui vaut son incomparable splendeur et de respirer l'encens avec autant de simpHcité que la première fleurette venue. C'est une façon très originale d'être déesse, une déesse sans le savoir.

Or, l'hiver dernier, par un jour aussi court que

1. Cette nouvelle avait été éerite par mon ami Jacques pour a Revue des Deux-Mondes.

18 LKS FARCKS l»i: MO.N AMI JACQUES

ceux-ci, mai-siiifiiiiiuent pliis froid, Mlle de Livry, debout auprès de sa fenêtre, dont les vitres semblaient filtrer à regret une clarté faite de poussière déneige, lisait à grand peine... le dirai-je, bon Dieu ! des vers, oui, messeigneurs, des vers, et môme des vers de huit pieds, à preuve que les voici :

C'est au temps de la chrysanthème Qui fleurit au seuil de l'hiver, Que l'amour profond dont je t'aime Au fond de mon cœur s'est ouvert.

Sans redouter les jours moroses, Qui font mourir les autres fleurs, Il durera plus que les roses Aux douces, mais frêles couleurs

Et si, quelque jour, par caprice, Ton pied le foule, méprisé, En même temps que son calice, Tu sentiras mon cœur brisé !

11 y avait une quinzaine déjà que, tous les jours, à la même heure^ un gros bouquet de violettes apportait à Blanche une de ces petites musiqueslà. C'était le poète Robert Sermet qui lui adressait

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