‹ Les farces de mon ami JacquesChapitre 21 sur 34 · LA VENGEANCE DE FOEDORA · texte numérisé non relu

LA VENGEANCE DE FOEDORA

11 n'est personne, me dit Jacques, ayant passé l'été dernier à Saint-Cloud qui n'ait souvent remarqué et longuement contemplé sir Arthur Pouding, ce jeune Anglais bizarre et mélancolique, jaune et ténébreux, long et rêveur, qui eût rappelé Werther s'il n'eût ressemblé encore beaucoup plus à Cadet Roussel. Mais ce que peu de gens savaient, c'est que ce flegmatique personnage cachait, dans le buen rettro qu'il s'était choisi sur la route de Montretout, une maîtresse d'une grande beauté, Mlle Fœdora, une jeune Corse aux cheveux plats, mais plus noirs encore, qu'il avait ramenée de son dernier voyage. Un drôle de ménage, entre nous ! Ces deux gens-là passaient des journées entières sans s'adresser une parole (je le tiens de leur domestique, qui mourait d'ennui chez des maîtres si peu bavards).

Mademoiselle lisait du matin au soir, et mon-

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sieur promenait, du levant au couchant, une aiguille sur un métier. Sir Arthur adorait la tapisserie, et voilà six ans qu'il avait commencé un coussin qu'il comptait offrir à la reine Victoria à son retour en Angleterre, afin de faire enfin donner une charge publique à son père, lequel avait fait plusieurs faillites dans le commerce.

Sur ce petit oreiller de laine étaient représentes tous les exploits de Guillaume le Conquérant, avec l'histoire de la réforme tout autour. Il y avait là une figure d'Elisabeth, relevée de soie, qui avait coûté à ce petit-fils de Pénélope six mois de peine, et dont il n'était pas encore content.

Pendant qu'il écrivait ce poème sur canevas blanc, Fœdora se bourrait la mémoire de romans indigestes et d'histoires de cours d'assises. Elle affectionnait particulièrement la légende des femmes trahies qui, depuis Médée jusqu'à Mlle Bière, remplissent l'humanité du vacarme de leur vengeance. Le poignard, les poisons, mais surtout le vitriol emplissaient son esprit d'imaginations douces. Elle trouvait toujours incomplets les châtiments des amants parjures et rêvait au delà, cette bonne petite insulo^ire aux yeux aissant comme des charbosn !

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