‹ Les farces de mon ami JacquesChapitre 23 sur 34 · LA VENGEANCE DE FŒDORA · texte numérisé non relu

LA VENGEANCE DE FŒDORA

ceux-d, se posait derrière la croisée et lentement^ bien lentement, les ouvrait davantage, de façon que son muet amoureux savourât les délices d'une apparition impatiemment attendue, savamment mesurée, imperceptible d'abord et incertaine, puis complète et triomphante.

Et, de fait, le bonheur progressif de cette vue emplissait l'âme de sir Arthur d'une joie métliodique et profonde. Imprudent fils d'x^lbion ! Il ne s'était pas aperçu que, pendant ce temps-là, Fœdora, quittant des yeux son livre, l'examinait avec une curiosité jalouse et pâlissait d'une colère contenue. L'irascible et vindicative Corse ne se contenta pas d'un soupçon vague et sans objet. Elle aussi suivit la direction de la lorgnette ; elle aussi vit les volets de Mme Beaugency faire leur métier d'ailes de papillon, et, entre les volets, la belle fleur féminine qu'ils cachaient puis découvraient dans leur battement. Quand elle fut sûre de son fait, elle eut bientôt arrêté son plan, et, le lendemain, une heure à peu près avant la comédie quotidienne, on eût pu la voir chez un marchand de couleurs et d'essences sis rue d'Orléans, à deux pas du parc, faire remplir une petite fiole d'un liquide incolore et fumant.

fl2 LKS FARCKS Î>E MON AMI JACQUES

Or, Beaugency, lui aussi, tout en dégustant sa grosse pipe d'écume, s'était aperçu de la chose.

Lui aussi avait conçu son petit plan, mais non pas dramatique et terrible comme celui de Fœdora, uti plan de gros farceur et de panurgien qu'il était et dont il riait déjà, en lui-même, à -se donner le hoquet. Quand le moment de l'apparition journalière fut venu :

— Chère amie, dit-il à sa femme, tu serais fort aimable de rester dans la chambre pendant un moment.

— Et pourquoi, mon Dieu?

— Parce que je vais montrer à ton galant quelque chose qu'il ne s'attend guère à voir.

— Mon galant ! Que dites-vous là, monsieur Beaugency?

— Rien ! rien ! mon amour. Je me comprends. En attendant, file dans tes appartements et t'y tiens coite.

Olympe, un peu inquiète, obéit à contre-cœur.

Alors M. Beaugency démasqua ses batteries . . .

non . . . autre chose. Ayant soigneusement retiré

Page 1