Celte histoire fait partie des mémoires de Jacq ics
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tendu ainsi: cet homme, qui, malgré beaucoup de travers, avait un certain goût, adorait ma compagnie, ma modestie lui plaisant infinement. Un homme comme tous les autres, ce Daffieu, un mari comme tous les maris, confiant jusqu'à la stupidité et no voyant rien de ce qui se passait sous le ciel môme de son lit. Car Hélène nous trompait tous deux: seulement, moi je m'en étais aperçu et lui ne se doutait de rien. Il aimait déjà Léopold, notre rival, et ne pouvait plus so passer de lui ! Rien ne m'échappait, vous dis-jc, et je ne pouvais pas parler ! Je ^'avais même pas la ressource de dénoncer loyalement ce mécréant à notre commune victime ! Hélène avait encore des lettres de moi qui m'auraient fait mourir de honte. Ah ! si vous n'avez jamais été l'amant jaloux de la femme d'un mari aveugle ou débonnaire, ne me parlez jamais de vos enfantines, tortures. Le véritable enfer est là, entre cette maîtresse qui vous gouaille et cet ami qui vous assassine de sa bêtise et de ses bontés !
C'était un samedi et nous étions à table tous les quatre, car celte canaille de Léopold avait pris aussi pension à la table. Indélicate nature, va ! Est-ce qu'on doit manger chez les gens qu'on
cocufie ? Enfin, nous étions quatre et Dafûeu était d'une insupportable gaieté. Il nous en racontait une bien bonne et bien nouvelle ! Cette vieille plaisanterie d'Henri Monnier baisant sa propre main, sous un tunnel, pour faire souffleter par un époux emporté l'innocent vis-à-vis de sa femme en chemin de fer.
— Il faut que nous la fassions un de ces jours ! conclut-il avec un gros éclat de rire.
— Nous la ferons, dit Léopold en jetant un regard d'intelligence à Hélène.
Et Daffieu ajouta, en frottant ses larges mains :
— Mes enfants, je vous emmène demain à la fête de Saint-CloudI
Ah! le délicieux chapeau rose qu'avait Hélène et le ridicule complet que portait Léopold ! Je ne me rappelle plus comment était mis Daffieu. Il y avait un monde fou au train, mais nous étions arrivés des premiers et, tout de suite, dans le wagon, Léopold s'était mis dans un coin vis-àvis d'Hélène, moi tout près de Léopold et Daffieu àPaulre bout de la voiture. Sur l'impériale, au-
dessus de nous, des joueurs de fanfare secouaient, dans la fumée, des airs de trompe, je ne sais quel hallali qui me faisait imaginer Daffieu sous la coiffure d'un cerf aux abois. Nous venions d'entrer dans le tunnel qui sert de cave à la place de l'Europe et il faisait noir comme dans l'âme d'un damné. Un véritable feu d'arlifice de baisers sonores retentit à côté de moi. Mais vous pensez bien que Léopold ne se baisait pas la main. Pas si bête ! et il s'en donnait, à pleines lèvres, sur la bouche rose d'Hélène. Je n'y tins plus et, pour jouer mon rôle dans cette parodie de la saynète de Monnier, j'appliquai sur la joue de l'insolont une gifle qui fit trembler les carreaux.
Quandlejour rentra dans la voituiie, filtrant d'abord comme une eau de source, puis en large ondée de lumière, j'aperçus, puis je vis distinctement Daffieu qui se tordait littéralement de rire et tenait à poignées son gros ventre de bourgeois.
— Mon cher Léopold, exclama-t-il enfin, dès qu'il put articuler un son, vous l'avez faite à ravir! '
Et tous nos compagnons partagèrent son hilarité.
Seul, Léopold, dont la joue aurait pu être ser-
\'ie comme quart de homard dans un restaurant à quarante sols, ne riait que du bout des lèvres.
— Monsieur, me dit-il à voix basse, vous me le payerez !
Mais Hélène, qui comprenait seulement, lui prit vivement le bras et commença à lui chuchoter à l'oreille d'inintelligibles paroles. Il refusa d'abord, puis il parut se laisser convaincre.
Je n'entendais pas un traître mot de leur entretien ; mais l'amour pressent et la jalousie devine. Je compris qu'ils méditaient des projets de fuite, et je fus épouvanté.
Pendant ce temps, M. Daffîeu montrait à ses voisins le mont Valérien, et leur expliquait que si on avait pu le reculer jusqu'à Cormeille, les Prussiens auraient certainement levé le siège de Paris >
Nous étions arrivés ; nous avions descendu la raide pente qui fait que les chèvres elle-mêmes hésitent à habiter Saint-Cloud où, de fait, vous en voyez fort peu ; la fête étalait autour de nous «a théorie de boutiques en plein vent, au bout
(le laquelle un brouhaha de musiques bohômes mêlait tous les airs connus dans un immense potpourri : le trombone mugissait, les cymbales éternuaient, la grosse caisse tonnait, la petite ilûte geignait, et tout cela sur des motifs différents, se croisa«nt en larges volées de cuivre et en sifflements de bois.
Et cet étrange concert, emporté sur les ailes d'une chaude odeur de pommes de terre frites, montait lourdement vers les feuillages déjà rouilles par l'automne, vers les collines ombreuses du vieux parc dont les gazons verts encore étaient tout fleuris d'amoureuses échevelées, cependant que la Seine, comme un ruban d'acier bleu, fermait cette corbeille de joies folles et de bruits insensés.
Daffieu marchait devant nous en îouant du mirliton à joues déployées.
Les deux complices le suivaient, plus animés que jamais et discutant, sans doute, l'heure du crime. Moi, j'étais là comme leur ombre, méditant d'inutiles vengeances et d'impossibles trahisons.
Une montreuse d'ours commençait ses exercices, une Gitane de Montmartre, mais de l'ex-
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trême Montmartre, du Montmartre de derrière le moulin de la Galette. Son élève, debout devant elle, un anneau dans le nez, roulait maladroitement un gros bâton entre ses épaisses pattes velues. Cet animal, que les savants s'obstinent à appeler Martin, a le don de réjouir singulièrement le populaire.
La foule, toujours généreuse, aime beaucoup à lui cracher sur le nez quand il est attaché. Celuilà n'était pas fort grand; et il m'a paru qu'il aurait eu besoin d'avoir un maître à danser. Bientôt le public avait formé, autour de ce couple bizarre, la femme et l'ours, un de ces cercles humains que les coudes les plus pointus et les plus impatients ne parviennent pas à rompre, une de ces prisons d épaules et de hanches où l'on se sent pressé comme dans un étau, et d'où la fuite est impossible.
Daffîeu était près de moi. Mais quand je regaraai par derrière, je ne vis plus ni le chapeau rose d'Hélène, ni le nez ridicule de Léopold. Un brouillard passa devant mes yeux ; ils étaient partis, sans doute, partis pour toujours !... Ils avaient bien choisi leur moment.
Daffieu racontait à ses camarades « de bagne »
'.'omment les amazones apprenaient autrefois la musique aux ours en leur donnant des tartines de miel quand ils avaient bien chanté. Une vieille dame ayant révoqué en doute cette histoire, Daffieu la convainquit en lui prouvant que, maintenant encore, le pain d'épice éclaircit la voix. S'il n'éclaircissait que cela, les artistes lyriques s'en nourriraient même exclusivement.
Oh ! l'insipide bavardage ! Oh ! le stupide mari ! Enfin ! la Gitane fit la qucte. Je lui jetai la première pièce d'argent qui me tomba sous les doigts.
— Mâtin ! me dit Daffieu, quarante sous ! vous y allez bien, mon gaillard !
Puis enfin, regardant autour de lui ;
— Ah ça, et nos étourneaux ! Toujours les mômes ! Ils nous ont perdus. Cherchons-les ! Ah ! les sacrées têtes de linottes !
Et il mo traîna partout, autour des chevaux de bois, devant les baraques, sous le nez des somnambules, cherchant de bonne foi, rigolant tout du long, trouvant l'aventure très drôle, et moi
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me disant pendant ce temps-là, furieux et la mort dans l'âme : S'ils ont pris le train tout de suite, ils doivent approcher de Pontoise maintenant, et ils n'en reviendront jamais !
— Mon cher, me dit enfin Daffîeu, il n'y a qu'un moyen de les retrouver. Partageons-nous la tâche. Allez à droite et moi à gauche. Nous nous rejoindrons au dernier train.
Pars ! pars ! Pauvre bonhomme ! Cherche ! cherche ! infortuné mari ! — Ignore quelques heures encore quelle grande solitude s'est abattue sur la maison, x^ssez tôt s'ouvrira devant loi le foyer vide qu'a dépeuplé l'adultère. Car je ne reviendrai plus chez toi ! Ne- compte pas sur moi pour te tenir compagnie et pour te consoler. La vue de ce seuil oii nous avons été heureux ensemble me ferait trop de mal !
Et je marchais à l'aventure, sur le sable sonore et sur les feuilles tombées, restoma<î vide et le cerveau plein de fumées, dans cette fête bruyante, indifférente, impie aux douleurs discrètes. Las et les jambes brisées, je me laissai tomber dans le premier fauteuil venu, sans le regarder. Une femme me demanda deux sous que je lui donnai sans marchander. Alors le fauteuil fit un petit
mouvement, et la femme me dit : « Yous pesez ([uatre-vingts. » Ça m'était bien égal. Ce qui m'ennuya c'est qu'elle me força ensuite de me lever. J'allai m'asseoir un peu plus loin ; un homme me deiïianda trois sous. Je ne comptais cependant pas consommer. Mais tout à coup je me sentis enlevé par derrière et emporté dans l'air de la plus déplaisante façon, au milieu d'éclats de rire et sous un vent de jupons affolés. J'étais emprisonné sur le siège d'une de ces machines tournantes qui imitent si bien le ma] de mer.
Quand j'en descendis, je compris que la société des hommes n'était pas faite pour les malheureux, et je m'enfonçai dans les profondeurs du parc.
Avais-je dormi? peut-être, car je me réveillai sur une belle natte de lumière argentée que la lune avait étendue sous ma douleur. Un frisson d'air frais passait dans le feuillage. Il faisait nuit^ et quelle belle nuit ! Je me relevai :
— 0 solitude amie! pensai-je.
Tout à coup une ombre se détacha d'un fourré, et je vis distinctement venir à moi un ours, debout sur ses pattes de derrière, un ours qui marchait lentement.
J'avais une excellente canne et j'étais résolu à lui vendre chèrement ma vie. Mais lui, s'arrêtant à quelques pas, rejeta, d'un coup de patte sous le menton, sa lourde tête en arrière, et me dit le plus honnêtement du monde :
— Je vous demande pardon, monsieur.
J'étais, je l'avoue, tout à fait interdit.
— Monsieur, continua-t-il doucement en dégrafant péniblement sa peau sur sa poitrine, ce n'est pas exprès, n'est-ce pas? que vous m'avez donné tantôt une pièce de deux francs fausse ? Vous m'obligeriez bien en la reprenant. Vous êtes cause que, ma femme et moi, nous n'avons pas pu dîner. Elle m'a engagé à vous chercher pour vous la rendre en échange d'une autre, puisque vous avez eu l'intention de nous obliger.
— Mais, votre femme...
— A deux pas d'ici... Quand il fait beau, nous couchons à la belle étoile. Yite, monsieur, une vraie pièce avant que tout soit fermé à la fête. Si vous-même vous voulez vous rafraîchir?
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Ma foi, ça n'était pas de refus ; je mourais de faim tout comme ces pauvres diables. --Ah! le bon souper que nous fîmes tous les trois ! — Un ménage charmant, uni, fidèle ! — Non ! il y a de braves gens partout ! Ce n'est pas la fortune qui fait le bonheur. J'avais enfin trouvé de vrais amis.
D'autant plus qu'elle était très jolie, la Gitane de Montmartre, et si elle avait eu une seconde peau d'ours....
Tn coin d"idyHe. n"esl-pas ? ... La grande mer Lieue de Syracuse avec son innombrable sourire. Sous un figuier noueux et devant un couchant de pourpre, un berger modulant ses plaintes amoureuses aux pieds d'une nymphe demi nue... (Test charmant, mais vous n'y êtes pas du tout. Mon joueur de flûte ne s'appelait ni Tityre niMénalque, et c'est à un sixième de la rue Saint- Georges qu'il façonnait ses accords. De plus, l'aventure ne remonte pas à plus de vingt ans et c'est tout simplement encore mon ami Jacques qui en est le héros. En voilà un qui aura occupé ma plume I
Jacques, cesse d'aimer ou je cesse d'écrire!
Car Jacques aimait, en ce temps-là, comme toujours. Il aimait Hélène, une grande fille blonde, au profil dédaigneux, mais superbe, à la lèvre
aiilricliicnnc, au mcnlon un peu saillant, mais charnu et modelé en admirables méplats. Une taille fort noble avec cela, s'infléchissant sous une gorge imposante; des mainsun peu longues, mais d'un beau dessin, et des pieds de déesse; au résumé, une personne fort digne de Tamou» d'un connaisseur. Bete avec cela, mais d'une bêtise silencieuse et discrète. Jacques en était littéralement fou. L'homme heureux que c'était ! Il avait une belle maîtresse, et Cascarini, l'éminent directeur du Grand Théâtre de Lulèce, oublié aujourd'hui, mais célèbre alors, venait de lui recevoir une pièce en cinq actes et à grand spectacle, [avec musique et chœurs : Torqiiemada ou le bûcheron sans le savoir.. Il est vrai que les répétitions de l'ouvrage ne marchaient pas très vite. Mais Cascarini, qui venait d'accumuler les succès, pouvait bien prendre un peu son temps avec le public. D'ailleurs, c'était un jeune qu'il s'agissait de lancer et on ne pouvait opérer avec trop de prudence. Il avait pris Jacques sous son aile comme une poule jalouse et le couvait littéralement. C'est tout au plus si celui-ci pouvait de temps en temps dégager sa tête pour éternuer. Mais que ne doit subir un homme de la part d'un directeur qui va le jouer I
C'est Cascarini qui avait logé Jacques et Hélène rue Saint-Georges.
— C'est bien loin du théâtre, avait hasardé timidement Jacques.
— Oui, mais c'est bien près de chez moi, avait répondu affectueusement Cascarini.
L'appartement était au second, donnant sur des jardins que l'automne avait dépouillés.
— C'est bien cher, avait osé dire Jacques. '
— Oui, mais quelle vue admirable ! avait répliqué Cascarini.
Ce dernier avait fait choisir à son ami, parmi les chambres de bonne, celle qui était la plus éloignée de son escalier de service.
— C'est joliment incommode, avait observé Jacques.
— Oui, mais de là on voit tout ce qui se passe dans la cour, avait riposté Cascarini.
Et comme Jacques n'avait plus de volonté que celle de son bienfaiteur, il avait omis de soulever de nouvelles objections et s'était soumis, pour la plus grande gloire de Torquemada. Il trouvait
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seulement que Cascarini aurait pu reconnaître son obéissance en hâtant un peu plus la venue de son chef-d'œuvre. Mais, tous les jours, c'était un nouveau changement qui lui était proposé. Le malheureux travaillait littéralement sur le canevas de Pénélope et la pauvre Hélène s'ennuyait furieusement à voir ce désespéré faire et refaire, sans jamais achever rien. Elle, pendant ce tempslà, exéculait des patiences ou se tirait les cartes, lesquelles lui annonçaient toujours un homme de campagne qui lui apporterait de l'argent pour faire enrager une dame brune.
— Mon ami, j'ai un service fort délicat à vous demander, dit un jour Cascarini à Jacques, en lui serrant le bras sur le boulevard, plus amicalement encore et plus impérieusement à la fois que de coutume.
— Parlez, mon cher, mais voUs me faites trembler.
— Vous avez tort de vous inquiéter, car c'fest la chose la plus simple du monde. D'ailleurs vous savez que votre troisième sera mis en scène demain.
: — Mais le second n'est pas fini.
— Ça ne fait rien. Yoici en deux mots ce que je vous demande. Dans la même maison que vous, rue Saint-Georges, et deux étages au-dessus, habite un quart d'agent de change.
— M. Laridon?
— Justement.
— On dit qu'il a une femme ravissante.
— Justement encore. Ravissante est le mot, et, de plus, cette femme est ma maîtresse. Yous voyez que j'y vais franchement avec vous.
— C'est bien de l'honneur que vous me faites.
— Or, tous les soirs, M. Laridon va à la petite Bourse, comme c'est son devoir de tripoteur breveté, et c'est pendant ce temps-là que je vais rendre visite à sa chère et infidèle épouse. Seulement, j'ai toujours peur d'y arriver trop tôt, et surtout d'en sortir trop tard, Alors une idée toute naturelle m'est venue, Yous jouez de la fliiLe, n'est-ce pas?
— Un peu seulement.
— Ça suffit tout à fait. Je voudrais que, tous les soirs, après votre dîner, vous ayez l'obligeance de monter à votre chambre de bonne et de vous y inshller avec votre flûte. Yous avez remarqué
qu'on voit de là toutes les allées et venues de la maison. Au moment où M. Laridon traverserait la cour pour sortir, vous commenceriez un petit air que j'entendrais de la rue. Je monterais immédiatement et vous continueriez à moduler d'agréables sons tant qu'il serait parti. Au moment oîi il poindrait à l'horizon pour rentrer, vous cesseriez brusquement votre cantilène et j'aurais le temps de m'échapper avant qu il eût monté l'escalier. Vous comprenez, n'est-ce pas ?
— Parfaitement, et je comprends aussi maintenant pourquoi vous m'avez choisi cet appartement, gros débauché que vous êtes ! Mais je vais geler dans ce petit observatoire !
— Mon cher Jacques, votre quatrième sera su dans trois jours et nous passerons avant la fin du mois.
Et les choses arrivèrent absolument comme l'avait exigé Cascarini. Pendant deux mois pleins, Jacques, aussitôt son café bu et après s'être excusé auprès d'Hélène, montait à son sixième étage. A peine M. Laridon avait-il apparu dans son gros paletot de. fourrure que mon mélancolique ami
faisait chanter le bois sonore et, deux secondes après la première fiote, il avait le plaisir de voir Cascarini arriver frétillant en sens inverse. Seulement quand la petite soirée durait longtemps, le répertoire un peu maigre de Jacques s'épuisait et il fallait recommencer les mêmes airs, comme une vulgaire serinette. Cet exercice ne lui était pas néanmoins inutile, et je dois à la vérité de dire qu'il fit de sérieux progrès à cette occasion. Un vieux rossignol aveugle lui donnait la réplique de la loge du concierge et cette façon de duo variait la mélancolie de ce petit concert forcé. Une chose le consolait d'ailleurs un peu de cette ennuyeuse occupation. Il trouvait le pauvre Laridon prodigieusement ridicule et ne pouvait s'empêcher de rire à l'idée de ce que lui arrivait tous les soirs chez lui pendant qu'il était en train de flanquer sur le trottoir des valeurs véreuses à ses contemporains. Il lui semblait qu'en aidant Cascarini dans celte affaire, il contribuait, pour une part modeste, à venger la société du nombre considérable de mauvais papier que ce mari imprudent avait fourré dans ses poches. Il n'avait donc aucun remords, et quand, par hasard, il rencontrait M. Laridon dans l'escalier, il ne manquait pas de
s'esclaffer derrière ses chausses. Hélène, à qui ii avait tout conté, en avait de véritables coqueluches d'hilarité. C'est elle que ça amusait encore bien davantage !
Un soir cependant, une chose fort insolite se passa, qui bouleversa Jacques positivement.
Il n'y avait pas cinq minutes que le boursier avait traversé la cour pour sortir et il y en avaiî deux à peine que Cascarini devait être entré chex sa belle, quand M. Laridon reparut brusquement, traversa la cour au pas de course et se précipita dans son escalier. Jacques fut épouvanté de ce qui allait se passer. Au lieu d'interrompre brusquement son air, comme c'était sa consigne, il poussa dans la flûle des couacs désespérés, quelque chose qui ressemblait aux cris d'un sifflet d'alarme, espérant ainsi prévenir son malheureux ami du péril qui le menaçait. Pendant qu'il se livrait à cette diabolique musiqae, à laquelle répondaient déjà les miaulements furieux de tous les chats iu quartier, des pas sonnaient dans le couloir et une main cognait à la porte de la mansarde.
Jacques, stupéfait, croyant que Cascarini, surpris, venait lui demander asile, ouvrit vivement et se trouva en face de M. Laridon.
Sa première idée, parfaitement stupide d'ailleurs, fut que le boursier avait tout découvert et venait lai demander raison d'avoir prêté la main à l'infamie qui ie déshonorait. 11 prit donc l'attitude d'un homme qui n'attend qu'un soufflet pour demander du sang. Mais M. Laridon avait la physionomie h plus débonnaire du monde, et c'est le plus naturellement qui se puisse faire qu'il demanda à Jacques la permission de s'asseoir et de ^'entretenir un instant. Celui-ci ne s'en tint pas moins sur le ton d'une réserve absolue.
— Monsieur, lui dit enûn le nouveau venu, je sais que la démarche que je tente auprès de vous peut être blâmée, mais ne l'attribuez, je vous prie, qu'à ma sympathi'e pour votre jeunesse et à mon admiration pour votre beau talent sur la flûte.
— Est-ce qu'il me gouaillerait avant de me provoquer ? pensa Jacques.
— Oui, monsieur, je suis mélomane, poursuivit M. Laridon, et j'aime principalement le son de la flûte. Yoilà donc deux mois que, je vous l'avoue, je néglige toutes mes affaires pour avoir le plaisir
de VOUS entendre le soir. Pendant que ma femme me croit à la petite bourse, je me blottis dans un renfoncement de la porte d'entrée et là je passe des heures délicieuses à vous écouter. Non ! vous avez une embouchure comme j'en ai peu connues. Votre solo de l'ouverture de Guillaume Tell surtout... une finesse, un moelleux ! Bref,-«ionsieur, je vous dois les plus charmantes émotions du monde, et c'est pourquoi je me fais un devoir — vous ne me le pardonnerez peut-être pas — de vous révéler ce que j'ai vu de ma cachette, depuis que vous me donnez si généreusement des concerts.
— Parlez, monsieur, dit Jacques légèrement interloqué.
— Eh bien ! monsieur, à peine êtes-vou3 monté dans votre chambre tte, qu'un quidam — toujours le même — grimpe lestement à votre appartement. Vous êtes presque un enfant et vous avez déjà une maîtresse. Le moins que doive faire un honnête homme, c'est de vous prémunir contre de fatals entraînements et de vous crier : Cassecou ! Cette fille vous trompe indignement pendant que vous jouez de la musique, et il n'est plus question que de cela dans la maison.
— Comment ! pensa Jacques. Pendant que Cas-
carini est chez Mme Laridon, de son côté, Hélène avec un autre... Topez là, monsieur ! dit-il au mari en lui tendant la main, nous pouvons marcher de compagnie.
— Je ne vous comprends pas, monsieur, reprit M. Laridon fort étonné à son tour. Je vous apporte d'ailleurs la preuve de ce que j'avance. Yoici une seconde clef de votre appartement que j'ai volée chez votre concierge. Yous avez probablement l'autre dans votre poche pour y rentrer. Eh bien, en passant, j'ai donné un double tour à la serrure. Personne n'a donc pu sortir de chez vous, et, s'il vous plaît d'y descendre, vous y trouverez encore le galant. Là-dessus, j'ai bien l'honneur de vous saluer.
Et M. Laridon se retira gravement, après avoir remis à Jacques la clef dont il lui avait parlé.
Celui-ci se rua dans l'escalier, et, d'un bond, fut dans son appartement, qu'il avait trouvé, en effet, fermé à deux tours. L'attitude embarrassée d'Hélène eut bien vite confirmé ses soupçons. Armé d'une canne, il se dirigea vers les rideaux
fermés de la fenôtre et trouva par derrière... devinez qui ? Cascarini en caleçon et faisant des efforts inouïs pour rentrer dans ses bottes.
— Misérable ! hurla-t-il.
— Ah ! pas d'injures, monsieur ! riposta Cascarini qui avait retrouvé tout son toupet. N'ajoutez pas une inconvenance aune autre. Qu'il vous suffise d'avoir crocheté les serrures en voleur sans vous comporter comme un manant.
Et, comme Jacques était absolument abasourdi de tant d'audace :
— Avec ces procédés-là, jeune homme, vous ne serez jamais joué. C'est moi qui vous le dis, ajouta rimpresario en achevant sa toilette.
Et, de fait, Torquemada ou le bûcheron ans le savoir ne vit pas le jour. Mais Hélène fut engagée par Cascarini pour jouer dans une autre pièce, et si vous voulez mettre Jacques en colère, vous n'avez qu'à lui offrir une flûte au jour de l'an.
Ce récit commence dans le modeste intérieur d un petit rentier de la rue du Pont-aux-Clioux. M. Chamoiseau, ancien cafetier de son état, mange paisiblement, en compagnie de sa femme Pélagie et de son fils Alexandre, six bonnes petites mille livres de rente gagnées à ne verser que des poisons. Quand je dis qu'il les mange, il les boit aussi. Nous faisons même connaissance avec les deux époux à l'heure matinale oii, tous deux sur leur séant, ils ingurgitent leur café au lait et devisent, la bouche pleine. L'aurore du jour de la mi-carême pâht derrière les rideaux.
— Tu y tiens bien vraiment, Pélagie, à aller à ce bal des Duputois ?
— Puisque c'est promis, mon ami, promis depuis un mois !
— C'est que, par ce temps humide, je no m? sens pas fort bien.
— Ça te secouera ; tu danseras.
— Et puis, ne m'as-tu pas dit que tu n'avais pas reçu ton costume ?
— Il ne me manque que la robe blanche à petis pois et le bonnet à la normande. Je les ai donnés à blanchir. Mais cette semaine, c'est comme un fait exprès ; on ne peut rien avoir chez les blanchisseuses ! Cette Palmyre me fait damner. J'y ai envoyé quatorze fois hier.
— Drôle d'idée que tu as de te mettre en laitière ! ïu ne trouves pas ça un peu jeune pour nous ?
— Je ne peux pourtant pas me mettre tous les ans en bébé ! D'autant plus que tu te rappelles, au dernier bal des Duputois, le propos maladroit que m'a tenu cet artiste, en me voyant en petit enfant ?
— Aussi, tu voudras bien ne pas me quitter. On ne devrait jamais laisser une femme seule, même une minute, dans ces bagarres-là.
Entre Alexandre , un grand garçon de dix-huit ans, qui prépare, pour la cinquième fois, son bachot.
— Bonjour, papa ! bonjour, maman ! avezvous bien dormi ?
— Parfaitement, répond Pélagie. Mon enfant,
j'ai à te parler sérieusement. Sais-tu oii demeure Palmyre, la blanchisseuse ?
— Ma mère, je vous jure que non : réplique Alexandre en rougissant jusqu'aux oreilles.
— Je yais te l'expliquer.
— Ah !
Et cet ah ! fut accompagné d'un soupir de soulagement. Évidemment, le jeune homme s'était trompé sur l'esprit de la question maternelle.
— C'est à deux pas, rue de Saintonge, 22.
— Vraiment ? fit Alexandre avec un air étonné des mieux joués.
— Tu lui diras qu'il me faut, à toute force, ma robe à pois et mon bonnet à la normande. Elle sait bien pourtant que c'est pour le bal de ce soir I Je les veux tout de suite.
— Bien, maman !
— Et toi, mon enfant, tu ne veux décidément pas nous accompagner ?
— Non ! maman ; il faut que je pense à mon examen.
— Comment I pas même un jour de mi-carême?
— 11 a raison, ronfla M. Chamoiseau, qui se rendormait sensiblement.
Et Alexandre sortit sur cette bonne parole
2U(5 LES FARCtS DE MON AMI JACQUES
— Cet enfant se périra sur ses bouquins ! murmura sentencieusement Mme Chamoiseau.
Suivons, si vous le voulez bien, Alexandre jusqu'au 22 de la rue de Saintonge, une petite boutique d'un vert déteint, avec des bonnets tuyautés et des chemises empesées à la vitrine. C'est là que Palmyre, une superbe brune de vingt ans, déploie, 'contre la lingerie de ses clients toutes les ressources de la chimie moderne. Au moment oiî le jeune Chamoiseau franchit le seuil, Palmyre descendait l'escalier en limaçon qui mèno à sa chambre. Elle sauta trois marches à la fois et embrassa à pleine bouche le jouvenceau.
— Eh bien ! tes parents ne se sont aperçus de rien ?
— Non ! mais maman vient de me faire une fière peur.
— Tu vois bien que si tu voulais, tu pourrais découcher toutes les nuits ?
— Dis donc ! je viens pour la robe et le bon-» net de maman.
— Ta maman nous embête. J'ai autre chose à faire qu'à repasser ses frusques. Pense donc! une reine de lavoir ! Allons-nous nous en donner, dis, mon chéri !
— C'est que je ne connais personne*
— Je te présenterai tantôt à tous ces mesfieurs, pendant la cavalcade. Ils te recevront parfaitement. Il ne faut pas croire que les blanchisseurs soient fiers comme des marquis. Tu seras nn frère pour eux. Mais, tu sais, il me faut un second costume pour le bal ; le mien sera trop défraîchi ce soir. Ah ! Dieu ! si tu étais gentil ! j'en ai vu un qui m'allait si bien ! Un costume de Proserpine .que Mlle Thérésa a porté dans une féerie. Couronne de plumes, maillot rose, robe courte et rouge ! et des grands brodequins dorés... Cinquante francs pour la soirée ! Une occasion î Là, vrai, si tu m'aimais bien...
— Eh bien, j'irai te la chercher, Palmyre.
— Quel bonheur ! c'est là à côté. Tiens, toutcontre le Temple : on voit d'ici.
— Je vais te l'envoyer tout à l'heure.
— Non, pas ici. Je sors à l'instant, et j'e ferme la boutique. Dis qu'on l'apporte chez toi. Tu guetteras, et quand tu rentreras toi-même pour
faire semblant de te coucher, tu laisseras filer tes parents et tu me l'apporteras au Vêtit Ramponneau, oîi, comme tu sais, est le rendez-vous général. A tantôt ! Tu suivras le char à pied, n'est-ce pas ? Je descendrai à tous les cafés conséquents pour t'embrasser.
— Mais que répondre à ma mère ?
— Zut ! . . . Non, que je vais lui envoyer son paquet. Ça la fera toujours patienter.
Et voilà après quelle conversation Alexandre, au lieu de se périr sur ses bouquins, alla louer, pour cinquante francs, un magnifique costume de Proserpine et, après avoir prévenu la bonne de le déposer dans sa chambre mystérieusement quand on l'apporterait, s'en fut suivre le char d'un des plus beaux lavoirs de Ménilmontant, tout le long des boulevards ; tout cela par amour pour les majestueux attraits de Mlle Palmyre.
La journée fut dure chez les Chamoiseau. La robe à pois et le bonnet à la normande ne venaient toujours pas. Mme Chamoiseau était d'une
colère ! D'ailleurs son mari se plaignait de plus en plus de l'hiimidité du temps. Il sentait ses entrailles tout je ne sais comment... et il n'était pas le seul. Eh bien I elle irait au bal sans lui, voilà tout I Tant pis si on lui tenait des propos indécents sur sa laiterie. On se disputa ferme. Mme Ghamoiseau pinça et M. Cliamoiseau s'oublia jusqu'à donner une chiquenaude qui ressemblait foi t à une énorme gifle. On se boudait ; on plaiderait en séparation demain. Mais Pélagie irait chez les Duputois, coûte que coûte !.
11 y avait bien quatre heures qu'on s'évitait et l'heure du dîner approchait, quand Mme Ghamoiseau, absolument exaspérée, envoya pour la dernière fois sa bonne frapper aux volets clos de la boutique de Palmyre. Juste pendant ce temps, un commissionnaire apporta un paquet et le remit, sans dire un mot, sur une chaise, la porte étant restée entre-bâihée.
Deux secondes après, Mme Ghamoiseau l'avait vu et ouvert. Le costume de Proserpine en était sorti dans sa fraîcheur douteuse, mais dans toute l'horreur de son cUnquant. Elle fut émerveillée.
D'ailleurs, elle avait tout compris. Une surprise de Ghamoiseau ! Il regrettait la gifle et lui envo-
vaiL SCS excuses sous cette forme ingénieuse. Mais elle tiendrait bon : il ne faut pas que les hommes s'habituent à frapper. Elle porta le costume dans sa chambre. Le dîner n'en fut pas moins glacial ; on ne desserra les dents que pour manger, et Alexandre, qui avait embrassé Palmyre à tous les cafés, arriva pour le dessert.
— Tu ne feras pas de vieux os si tu continues à travailler comme ça, lui dit sa mère.
Cependant, le jeune Chamoiseau était dans une perplexité épouvantable. Il avait interrogé la bonne. Celle-ci n'avait vu aucun paquet.
Trois heures après, il se passa une chose étonnante. Désespéré, en pensant à la déconvenue de Pdlmyre, Alexandre entrait dans la chambre de sa mère sous prétexte de lui dire bonsoir. Il failHt tomber à la renverse. Celle-ci était en maillot rose ; une robe rouge, courte et frangée d'or, enfermait mal les opulences de son corset, et la couleur de ses cheveux disparaissait sous une (■'norme couronne de plumes. Proserpine avec le chapeau d'Alala !
— Comment me trouves-tu, mon mignon ?
Il n'eut pas la force de répondre.
— Yoyons! ton père ne veut décidément pas
venir ! Il ne peut rester dix minutes en place ; c'est pis qu'un sous-préfet. Je t'assure qu'une femme seule est très exposée, même chez les Duputois. Quitte ivn instant tes chères études, mon enfant, et accompagne-moi.
Alexandre était anéanti. Il n'oserait jamais se retrouver en face de Palmyre. Aller chez les Duputois! Oh ! mon Dieu! là ou ailleurs, ça lui était bien égal : Palmyre ne lui pardonnerait jamais.
— Je vous suivrai, ma mère ! fit-il avec beaucoup de dignité.
• Et il monta dans sa chambre passer un habit. Quand il revint, sa mère avait complété fort heureusement sa toilette. Elle avait un loup sur le nez.
Cependant Palmyre, ne voyant pas Alexandre revenir, était aux cent coups, comme on dit. D'accord avec le chef du lavoir, elle avait envoyé à son amant un des landaus de la compagnie
2i2 LES FARCES DE MON AMI JACQUES
[)ourle ramener plus vite. Voilà comment Mme Chamoiseau et Alexandre trouvèrent une voiture à leur porte.
— Ton père est vraiment bon ! dit Pélagie on écrasant le marchepied. Il a pensé à tout. Allez !
Et la voiture fila, sans qu'on eût donné d'adresse, puisqu'il paraissait que tout eût été prévu par Chamoiseau. Alexandre lui-même trouvait cela tout naturel.
Tout à coup un brouhaha épouvantable ! des cris inhumains : « La Reine I la Reine ! » et, dans l'embrasement des lumières qui enveloppent la porte de l'Élysée-Montmartre, devant laquelle le landau s'était subitement arrêté, vingt bras vigoureux soulevaient Mme Chamoiseau de ses coussins et l'emportaient en triomphe jusqu'au pied de l'orchestre, suivi par Alexandre, éperdu. Ses premiers mots, quand elle revint de sa surprise, furent ceux-ci :
— Que les Duputois sont bien logés !
Son succès fut immense. Elle avait toujours gardé son loup et dansait comme une petite perdue, se croyant toujours chez des amis. Alexandre, lui, pensait à Palmyre, Palmyre que
ses compagnons croyaient parmi eux et qui avait disparu. Je sais, moi, ce qu'elle était devenue. Elle était rentrée furieuse et, n'ayant pas d'argent pour louer le costume qu'elle voulait, elle avait mis les habits de laitière de Mme Chamoiseau. Or, il advint que, dans un quadrille tout à fait distingué, en voulant imiter la dame qui lui faisait vis-à-vis, Mme Chamoiseau eut la malheureuse idée de lever la jambe. Crac ! ce fut l'affaire d'un moment. Le maillot, à bout de résistance, s'ouvrit éperdument.
— Ce n'est pas Palmyre ! s'écria l'entourage épouvanté.
— Palmyre, voilà !
Et Palmyre, en laitière, fît son entrée, un loup sur la face.
— Ma femme ! exclama un polichinelle en s'élançant vers elle.
Et, le masque du pohchinelle étant tombé, on reconnut Chamoiseau qui avait fait semblant d'avoir la colique toute la journée pour aller bastringuer le soir.
Ce fut une horrible mêlée. Pélagie tomba sur son mari, Palmyre sur Alexandre. La police intervint et, pour la première fois de leur vie,
lili LES FARCKS DE MON AMI JACQUES
C-liamoiseau, Pélagie et Alexandre, monsieur, madame et bébé, couchèrent au violon.
— Ceci, mon ami Jacques est un simple vaudeville.
— Et je compte bien le faire représenter un juur.