LES FUNÉRAILLES D'ATALA
C'était quelques jours avant la dernière fôte de Saint-Cloud et le long de la Seine, au pied de cette admirable charmille qui met un rideau entre la gaieté tranquille du fleuve et le vacarme désordonné de cette grande solennité foraine. En attendant les déchirements du trombone, les rires ironiques de la petite flûte, Téternument des cymbales et les incongruités de la grosse caisse, l'air du soir se délectait au discret murmure de l'eau coulante, au frissonnement argentin des premières feuilles mortes, à tous les bruits mourants de la vie. Le soleil, qui échappait, en se couchant, à l'ennuyeuse société des nuages, descendait du ciel brouillé avec la mauvaise humeur d'un artificier dont de maladroits pompiers ont éteint les feux de joie en les prenant pour un in-
1. Cette histoire a été composée par Jacques uniquement pour tarabuster la mémoire de Gi^odet-Triosû^.
cendie. Il était positivement rouge de colère, et sa grosse face enluminée disparaissait, comme celle d'un bourgeois morose, sous un bonnet de coton d'azur sombre, çàet là troué par les étoiles. La voiture des saltimbanques s'était arrêtée presque au ras de la berge dont ses maigres chevaux tondaient, de leurs longues dents, le sol presque chauve, avec l'air douloureux d'animaux qui se sentaient nés pour les Apocalypses et se trouvaient prodigieusement déplacés dans nos mascarades humaines ; — une voiture peinte d'un vert criard, avec des petites colonnettes jaunes soutenant, à l'avant, une façon de baldaquin de bois. Des deux côtés, une affiche rouge maculée de boue portait, en gros caractères, cette alléchante annonce :