Tome y
9 il Ta jusqu'à s'inoculer^ en présence des malades, la matière de ces h%x— » bons , et emploie pour se guërir les remèdes qu'il leur donne. Tous les » genres d'héroïsme devaient éclater dans cette brave armée d'Orient ^ et » le dévouement de M. Desgenettes n'a pas été le moins généreux ni le j> moins utile. Après avoir rendu au soldat cette tranquillité d'esprit si oé- » cessaîre à la guérison , il achève , par ses talens et ses soins assidus , ce 3> qu'il a si heuredsement entrepris 3 et le plus grand nombre recouvre la » santé. »
Au milieu de tant de périls, Desgenettes semblait compter pour rien le soin de sa propre existence ; mais cette sublime abnégation de lui-niême devait encore recevoir un nouvel éclat de la fermeté qu'il déplpya dans une^ de ces occasions rares où l'humanité de l'homme sensible peut être combattue par 1 humanité de l'homme qui; raisonne. Desgenettes n'hésita pas enire sa tête et son coeur. Bonaparte lui ayant, dit-on , donné la commis— sien d'empoisonîier quelques pestiférés, que dans un rertraite on était obligé d'abandouner dans l'hôpital de Jafla, il refusa d'obéir , et improuva hautement la résolution du général en chef. Nous n'insisterons pas sur ce fait, mais si la vérité ne se trouve point ici en, contradiction avec une vraisemblance résultant de la nécessité du moment, il doit a jamais immortaliser le nom de Desgenettes^ ce nom dont l'anglais Wilson a dit qu*il devait être gravé en lettres d*or* Toutefois la gloire de celts opposition à la volonté de Bonaparte, serait commune au médecin français et au gé aérai Berthier.
Après l'assassinat de Kléber , Desgenettes revint en France et fut nomm^ médecin en chef de l'hospice du Val-de-Grâce. En iCo5, il fat envoyé en ■ Espagne par le gouvernement , pour y étudier le caractère de la maladie contagieuse, qui, en i8o4^ avait désolé Cadix ,Malaga et Alicante, il fit ensuite, comme médecin en chef, la plupart des campagnes de l'empire, et fut pris par les Russes à Wilua, en 1812. jL'empereur Alexandi% l'accuexl> lit avec distinction , et le présenta lui-même à sir Robert Th. Wilson , alors commissaire de l'AngleteiTC auprès des forces alliées. Desgenetbes ayant obteuu sa liberté, fit en i8i3 la campagne de Dresde^. et se renferma dans Torgau, après la letijaite de l'armée. En 181 5, il suivit sur la Sambre le drapeau national , et nos blessés le retrouvèrent encore sur le champ . de bataille de Fleurus.
Les arts , l'antitié, la reconnaissance publique, se sont empressés de recueillir et de conserver les traits du docteur Desgenettes ; c'est lui que le peimre Gros, dans son beau tableau de la peste de Jafla, a placé près de
Dolomîeu (i). . ' ....••.
Napoléon. Dutertre en a fait plusieurs portraits , et il existe , d'après l'un des dessins de ce dernier , une jolie eau-forte de M. Denon ^ ancien directeur-général des musées.
Le docteur Desgenettes a (ait paraître en iBioh , une Histoire médicale de Varmée d'Orient} il est auteur de plusieurs autres ouvrages estimés.
(1) Dolomieu (Déodat-Guy-Silyain-Tancrède de Grattet de ) , membre de FInstitut de France; né en 1760 à La Tdur-du-Pin, département de l'Isère.
Admis dans l'ordre de Malte dès le bercef u , à quinze ans Dolomieu devint officier dans les carabiniers et commença à dix-huit son noviciat de chevalier. Un -duel dans lequel il tua son adversaire , le fit mettre en jugement et lui fit perdre Thabit. Le ^rand-maitre touché de sa jeunesse , lui fit grâce; mais Clément Xill refusa sa sanction à cet acte de clémence , et Dolomieu (ut ^enfermé pendant neuf mois dans un cachot : ce fut sous les ▼erroux qu'il prit du goût pour l'étude. Rendu enfin à la liberté, et réint^ré dans son grade , il reçut à Metz des leçons de l*habile physicien Thirion ; quitta bientôt après le service militaire et fit plusieurs voyages à Naples , en Portugal , à Malte et en Sicile , rassemblant partout des matériaux pourilûstoire natureOe. En 1791» il revint en France avec- de précieuses cdkctions. Gomme tous les homoâes éclairés^ il embmssa avec ardeur -le parti dé la révolution ; mais il eut bientôt i gémir des excès auxquels se livrèrent les fauteurs de l'anarchie : la mort de son vertueux ami le duc de la Aodiefoucatdd, assassiné à Forges le i4 septembre 1792, lui fit maudire une legéuération qu'il avait désirée. Dès ce moment il s'isola des intérêts poUtic(ues , et se' voua exclusivement à la science. Après le 9 thermidor , U reprit ses travaux géologiques , et on le vit à pied , le sac sur le dos et le martseau du minéralogiste à la main, parcourir les parties de la France qu'il n'avait pas encore visitées. Nommé en 1796 ingénieur - professeur à l'école des mines , et élu membre de l'Institut, il demanda à faire partie de l'expédition d'Egypte, et s'embarqua sur le vaisseau le Tonnant-^ il contribua à la reddition de Malte, et arriva enfin à Alexandrie. Après avoir eiploré rapidement le sol antique , regardé comme la terre classique de la géologie , il résolut de revenir dans sa patrie et aborda à Tarentc, où il fut (ait prisonnier et plongé dans un cachot infect. Pendant près de deux ans , il fut exposé à toutes sortes d'outrages, et ne vit cesser sa captivité qu'en 1801 en vertu du traité de paix conclu avec la cour de Naples. De retour en France , il apprit que la chaire de professeur de minéralogie , au Muséum
Dubois (i), Geofifroy (2>, Làrrey (5),
d'histoire naturelle, vacante parla mort d'Aul>eiiton, lui avait ëté décer-* née. Il s'occupa aussitôt d'en remplu: les devoirs, et l'intérêt qu'inspirait le souvenir de ses récentes infortunes , doubla le prix de ses leçons et lui attira la foule qui semblait craindre de le perdre. Ces appréhensions n'étaient que trop fondées , Dolomieu, à la suite d'une course d'automne dans les montagnes de la Suisse, de la Savoie et du Dauphiné , fut saisi à GhÂteauneuf en Charollais , d'une fièvre maligne qui l'emporta le 20 noirembre 1801 j on lui doitplnsieun ouvrages, dont quelques-uns sur les volcans sont remarquables par la justesse et la profondeur des aperçus.
(1) Dubois (Aimé ) ; son nom a été omis dans toutes les biographies ; il est père du chef d'escadron Dubois ( Aimand ) , dont le nom est honorablement cité dans la notice sur le général Dessaix, tome lY des Fastes ^ page 437.
(2) Geoffroy Saint-Hilaire , membre de l'académie des sciences , pro* fesseur au Muséum d'histoire naturelle , officier delà L égion-d'honneur , etc. ; membrede la chambre des représentans en 181 5.
Il est aujourd'hui l'un des collaborateurs du dictionnaire des Sciences naturelles , pour lequel il s'est chargé de l'histoire des mammifères. Ce savant, dont un grand nombre de mémoires a été inséré dans les Annales du Muséum d'histoire naturelle et dans les travaux de la commission d'Egypte, s'attacha principalement pendant l'expédition , à examiner les animaux du lac Menzaleh , et les poissons du Nil.
(3) Larrey (le baron, Dominique-Jean), chirurgien en chef des armées, commandant de la Légion-d'honneur, etc.; né en 1766 à Bodeau , près de Bagnère-de-Bigorre , département des Basses-Pyrénées.
Le docteur Larrey a. dans sa profession rendu les services les plus si-^ gnalésw Depuis le commencement des guerres de la révolution jusqu'en i8i5, il s'est consUmment dévoué pour prodiguer, sur les champs de bataille , les secours et les soins que l'on doit au guerrier qui verse son sang pour la patrie. En 1798 , il accompagna Bonaparte en Egypte comme chirurgien en chef de l'armée d'Oiient. Dans cette conti'ée, on le vit souvent au milieu du feu, aller panser les blessés sur la brèche. Il fit, pendant le cours de l'expédition ^ des observations médicales qu'il a publiées en' i8o3 , sous ce titre : Relation historique et chirurgicale de l'Expédition de V armée d'Orient en Egypte et en Syrie : Le docteur Larrey est encore auteur de plusieurs autres ouvrages dont les principaux sont : h Mémoires sur Us amputations de membres^ à la suite de coups de feu. 1797 ,
LefebvreCi), Savigny (2)
Classe d* économie politique, Bourienne (3) , . .
in-8**. II. Mémoires de c/ùrurgU militaire et campagnes, 1811, 3 toI.
I in-S. ', la première partie a été traduite en aoiglaia.
En i8i4 , le docteur Larrey était chirurgien en chef de la garde impériale
et de r^opital de ce corps d'élite au Gros-Caillou.
(1) n fit avec Malus la reconnaissance du canal de Moez, et accompa^ gna Bouchard, lorsqu'à vec le général Andréossi il fît les «ondes dulac Men~ zaleh et explora les enyironft.
{2) Savigny ( Jules-César). Il s'est fait connaître par de savantes recherches sur diverses parties de liiistoire naturelle. En Egypte il fit une I collection des insectes du désert et de la Syrie. Savigny a publié I. Hisj foire naturelle et mythologique de lAbis. i8o5, in-8*. II. Mémoires I sur les animaux sans perfèhres; en deux parties^ 1816 et 1818.
(3) Bourienne ( Louis-Antoine-Fairralet dé ) , conseiller d'état , ex- I secrétaire de l'empereur Napoléon , ex-chargé d'affaires à Hambourg , expréfet de police et membre de la chambre de i&lSf réélu en 1Ô21; né en 1769 à Sens ^ département de ITonne.
Bourienne fut élevé à l'école de Brienne, où il eut pour condisciple Bonaparte, dont il devint;, dit-on , à cette époque ^ l'ami et le confident. H suivit ensuite avec peu de succès, la carrière de la diplomatie , résida quelque temps en Allemagne ^ où il entretint des relations assez équivoques avec les agens de partf» opposés , fut chassé de la Saxe et revint en France , où le gouvernement le laissa dans Foubli jusqu'au mois de juin 1797. Ayant rappelé alors à Bonaparte leurs smciennes liaisons d'amitié,, il en re>çQt l'autorisation de se rendre près de lui Gratz en Styrie, et devint dès. ce moment son secrétaire mtime. Fauvalet de Bourienbe suivit sois maître dans toutes ses campagnes en Italie, en Egypte et àMarengo. Quand Bonaparte fiit monté au pouvoir suprétne , il fut comblé de faveurs; il ne put cepend^t conserver toujours la confiance de son bienfaiteur; disgracié deux fois il obtint deux fois son pardon ; fut assez, heureux pour conjurer Forage , et êc maintint constamment dans de hauts emplois où il eut le honheor d'accroUre sa fortune. Depuis r8i5 , Bourienne s'est placé au I premier rang parmi les partisans des budjets ministériels , et on le compte I aujourd'hui au nombre des plus Ardens exmeinis des institutions liJjérales.
Caffarelli (i), Gloutier (2), Poussielgue (3) ,
Oo lui attribue l'Histoire de Bonaparte par un homme qui ne l'a pas quitté depuis quinze ans, "Nous n'osons pas affirmet d'après lui , qu'il n'est pas l'auteur de ce libelle infâme et calomnieux ; mais nous pensons que l'on a eu tort de lui attribuer le manuscrit de Sainte-Hélène, où se font remarquer, au plus haut degré , le talent d'écrire et la manière d'an homme supérieur.
(1) y^oyez dans ce volume la note 2 , page 55.
(2] Gloutier (A.), administrateur dé département; né à NinvillC; en Champagne. *
Dès son enfance , Gloutier fut destiné par ses parens à Tétat ecclésiastique , qu'il abandonna contre leur vœu. Une vaste instruction lui fit trouver des ressources dans la carrière de l'enseignement ; il devint précepteur des enfans de Dietrich , maire de Strasbourg , et concourut avec lui à propager en Alsace les principes de la révolution. Nomme administrateur du Bas-Rhin en lygi , il fut entraîné dans la chute de Dietrich et suspendu de ses fonctions après le 10 août 1792; bientôt son ami se constitua prisonnier; Gloutier le suivit à Paris et prit sa défense avec, tant de chaleur qu'il devint suspect aux comités de la Convention et fut frappé d*un mandat d'arrêt j il se retira alors à Ninville , oii il recueillit les deux fils de Dietrich également proscrits et ne tarda pas à être arrêté avec eux. 11 était à la veille d'être traduit au tribunal révolutionnaire , lorsqu'on/>btint l'ordre de le déporter en Suisse. Délivré de toute crainte après le 9 thermidor et attiré à Paris par des protecteurs puîssans , il occupa un emploi de chef de ' bureau près du Comité de Salut-public. En 1797, il fit partie de l'expédition d'Egypte et fut nommé administrateur des finances pour les pays occupés par l'année d'Orient. Il mourut au Caire le 6 avril 1800.
(5) Poussielgue ( J.-B.-C. ).
Poussielgue fut d'abord secrétaire de Faypoult , et se rendit à Malte en 1798, pour y remplir une mission secrète, quelques mois avant le départ de jBonaparte pour l'Egypte. 11 accompagna ensuile ce général , par qui Dolomieu et lui furent chargés des négociations qui amenèrent la redditi/)n de Malte. Poussielgue suivit Tannée d'Orient et fut placé à la tête de l'administration restée au Caire j après que Bonaparte se fut embarqué pour la France , il envoya au directoire, de concert avec le nouveau général en chef Kléber, des rapports très-exacts, dans lesquels le prédécesseur de celui-ci était peu ménagé. Ces rapports ayant été interceptés et publiés parles Anglais: Bonaparte devenu premier Consul, ne pardonna jamais à l'administrateur
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Socy (i ) , Sulkowski (2) , Tallien (3), .....
Ponssielgue, qui à son retour en France, en 1800, demeura sans emploi, malgré les sollicitations les plus pressantes de sa part et les droits que lui donnaient ses talens incontestables; il a publié : I. De la Contribution en nature. 1801 , in-8° II. Des Finances de la France en 1817. lïl. Des répartitions de la Contribution foncière et du Cadastre, 1817, in-8°.
^i) Est le même qui se trouve cité page 67, comme commissaire- ordonnateur.
(2) Voyez dans ce volume la note 2, page 37.
(3) Tallien (Jean-Lambert), ex-député à la Convention nationale et membre du conseil des Cinq-Cents. Il joua l'un des premiers rôles dans notre révolution. Secrétaire de la Commune de Paris , il adhéra à des mesures qui préludèrent aux massacres de septembre , et sauva néanmoins dans cette occasion , la vie à plusieurs personnes. Hue , valet de chambre du roi, et madame de Staël, furent du nombre de celles qu'il déroba à la fureur des assassins. Conventionnel , il vota la mort de Louis XYI. Proconsul à Bordeaux, il parut seconder les viies des partisans de la terreur» Président de l'Assemblée nationale , il devint l'ennemi de Robespierre , Fattaqua et renversa sa tyrannie. 11 fut toiu'-à-tour accusé de terrorisme et de rojalfsme ; républicain avec exaltation , m.odéré avec énergie ,* provocateur à des décrets sanguinaires, et ardent défenselu; de l'hmnanité. Au moment de la défaite des émigrés à Quiberon, il était en mission à Farmée des côtes de Bretagne avec les pouvoirs les plus étendus ; il ne voulut point être l'exécuteur des ordres de mort du Comité de salut-public, et se hâta, aussitôt qu'il le put, de quitter l'hon-ible théâtre siu: lequel des Français venaient de s'entrégorger. De re^om* à Paris , sept jours après le combat , non-seulement il fut étranger aux vengeances de la république , mais encore il déploya une grande activité pour diminuer le noinbre des victimes de cette funeste catastrophe. Ces^ démarches, dont on lui fit alors un crime, n'ont été rapportées par aucuu des biographes contemporains qui ont négligé , dans la vie publique de Tallien, toutes les époques et tous les faits dont il doit lui revenir quelque honneur.
£n 1798 , Tallien sortit du Conseil , et ne tarda pas à élre réélu ] mai^ le Directoire n'ayant pas approuvé ce choix, il vit quil était temps pour lui d'abandonner la scène politique. Repoussé de tous les partis , fatigué dés orages d'une révolution dont il avait couru toutes les chances , il s'embarqua pour l'Egypte, et servit Bonaparte en qualité de savant. Après le débarquement , il fut nommé administratear du droit d'enregistrement et des '
Çlaaae de la littérature et des arts* Detion (i), Dutertre.
domaines nationaux , et trayailla au Caire à un journal intitulé La Décode égyptieniie. Cependant , le discrédit dont il était frappé en France l'avait suivi au-delà des mers ; il se vit maltraite par des hommes qui s'étaient prosternés devant lui aux jours de sa puissance. La mésintelU~ gence devint si forte entre Meuou et lui , que ce général le renvoya en France, en le faisant précéder d'une dénonciation dont TeCTet devait être de le faire arrêter dès qu'il mettrait le pied sur le territoire de la république. Heureusement Tallien, pendant la traversée , fut pris par un vaisseau anglais et conduit à Londres , où , par un accueil brillant , le parti de l'opposition le ccHisola de sa captivité. On l'invita à une séance du parlement; il fut fêté au club des Wighs, et traité partout avec la plus haute distinction. Relâché peu de temps après , il rentra dans sa patrie , et fut nommé commissaire des relations con^merciales à Alicante.
Pendant les cent jours, l'ex-conventionnel TaUien résidait à Paris j mais il ne reçut à cette époque aucune fonction publique , et ne signa pas l'acte additionnel. Depuis i8i5 , la police , sans égard pour sa vieillesse et les infirmités dont il est accablé , s'est efforcé , par des persécutions , de lui faire désira l'exil auquel plusieurs de ses collègues s'étaient vus condamnés.
(i) Denon (le baron Pominique-Yivant] , directeur de la Monnaie des médailles et des Musées , membre de l'Institut, ofiicier de la Légiond'Iionneur, né à Châlons , département de Saône-et*Loire.
Jeune encore , Denon, qu'un penchant naturel entraînait vers la «{arrière des beaux arts , se vit forcé par ses parens de suivre celle de la diplomatie. Envoyé en Russie , à la suite de l'ambassade française , il trouva , hors des devoirs de sa place , assez de loisirs pour observer et imiter la nature : les ^ites terribles et sauvages de ces contrées exercèrent d'abord ses crayons, qui prirent ensuite une teinte moins austère sous le ciel fortuné del'Italie. 11 se trouvait à Naples, où , en l'absence du baron de Talleyrand , il était chef de la légation , , lorsque sa pénétration dans les affaires et sa franchise déplurent à la reine Marie-Caroline , qui exigea son rappel ; et bientôt il fut décidé à Versailles , que, pour le punir d'avoir trop bien fait , ou le laisserait sans emploi. Cette injustice décida de son sort : il se retira à Venise, où il ne s'occupa plus que de cultiver un talent qui s'était déjà fait connaître par des succès. Il fréquenta alors la maison de madame Albrizzi , où avait lieu ime brillante réunion desavans et d'artistes. Cette dame, cé«lèbre par se$-gTÂces et par son esprit , a placé dans ses Ritratti un por-
DE lA GLOIRE. 75
trait de M. Denon. ce On assure généralement, dit-elle, qu'il ressemble à D Voltaire ; quant à moi, je prétends qu'on' trouve en lui la physionomie » de Vohaire , mais que dans celle de Voltaire on ne trouve pas celle de 3> Denon. Ce qui leur est commun , c'est ce qui indique plus spécialement » l'esprit , la vivacité , le mouvement, et je ne sais quoi de malicieux dans » ce regard et ce souris que l'on redoute si fort et qui plaît tant néan* y> moins : mais les traits de Voltaire ne sauraient promettre rien de ce qui » caractérise l'âme de Denon. » Madame Albrizzi ajoute à cela d'autres éloges y et termine en disant : a Denon fut toujours chéri des hommes, quoiqu'il le soit aussi des femmes, »
Denon profita d'pn assez long* séjour en Italie, pour s'y. perfectionner dans Fart du dessin. Quand il revint en France, la révolution avait détrôné de vieux abus : il adopta des principes qui étaient ceux de tous les hommes éclairés , mais il demeura étranger aut excès trop souvent inséparables d'une époque de régénération. En 1798 , Denon fut l'un des premiers artistes qui demandèrent à accompagner le héros italique sur les plages africaines. Son imagination s'enflamma à la pensée d'une gi-ande entreprise : jamais il n'avait été plus passionné pour son art. La vue de la flotte , celle des rivages aperçus dans la traversée , celle de la prise de Malte et du débarquement de l'armée, commencèrent une collection qui allait devenir des plus précieuses. Alexandrie, son port, la rade d'Aboukir, Rosette, la manière de faire monter, de conserver, de mesurer les eaui^ de ce fleuve merveilLeux , dont le débordement produit l'abondance ^ plusieurs villages et paysages de la Basse-Egypte , s'animèrent sons les traits de son burin toujours vrai , toujours vigoureux. Il dessina les environs du Caire, dont les richesses attestent encore la puissance des Califes , et ces Pyramides , gigantesques monumens de l'orgueil des Pharaon.
Avide de parcourir toute la contréç pour la connaître, la décrire et la peindre , Denon suivit le général Menou dans son expédition an Delta, et dans cette partie de la Basse-Egypte que le Nil baigne de ses eaux. Soldat, négociateur et peintre tour à tour, il saisit toutes les occasions de se rendre utile. Constant observateur , rien ne peut rebuter sa patience ni son courage, il brave tous les périls , affronte toutes les privations et son zèle pour l'imitation va surprendre la nature au sein mAme des horreurs de la guerre. Le funeste e(»nbat d'Aboukir oblige Menou à suspendre ta marche ^ Denon profite de ce contre-temps pour visiter les bouches du Nil , te joint à une cara vanne pour tâcher de rencontrer sur sa route les mines de Canope, observe le Delta, parcouct les jardinf enchanteurs de
Mourad-Bey , pénètre dans les pyramides. Sous ce» roiites massives et J^rofondes, le génie pi%nd ses crayons , et ces colosses de Fart sont encore, une fois, mais arec plus de vérité, transmis aux générations futures.
Ce grand artiste a vu Thèbes> et son imagination s'agi'andit; elle brise le voile du temps et recule vers les siècles passés. Elle décrit la ville aux cent portes, a Cette cité, toujours enveloppée des voiles du mys- » tire . . . . , éuit un fantôme si gigantesque pour notre imagination , dit-il » dans son voyage, que l'armée, en voyant ces ruines éparses, s'arréu » d'elle-même, et, par un mouvement spontané , battit des mains. . . » Denon fit un dessin de ce premier aspect de Tbebes. 11 trouva , comme il le raconte liii-méme , dans le complaisant enthousiasilie des soldats, des genoux pour lui servir de table, des corps pour lui donner de l'ombre.
Le 8 fructidor de l'an 6 , Mourad-Bey ayant rassemblé toutes ses forces , vint offrir le combat à Désaix. La bataille de Sédiman est livrée; Denon y assiste, il rivalise de courage^ avec nos gueiriers, mais aucune scène touchante ou terrible n'échappe à son observation et il peint la guerre telle qu'elle est, généreuse et implacable, atroce et sublime.
A la formation de l'Institut d'Egypte , Denon fut l'un des premiers appelés à en faire partie ; ses travaux furent utiles à cette savante société. Le général Berthier s'est plu à citer avec distinction le nom de cet artiste.
Après la journée d'Aboukir, au moment ou Kléber saluait Bonaparte vainqueur, et lui disait : ce Général, vous êtes grand comme le monde, et » le monde n'est pas assez grand pour vous » ; Denon fut chargé par le général en cbef de dessiner la bataille , il la représenta avec une fidélité remarquable; l'instant qu'il a choisi est celui où le pacha prisonnier est amené à Bonaparte.
De retour au Caire, le gàdéral en chef, après avoir examiné les travaux de Denon , lui proposa de partir et de porter les trophées d'Aboukir à Alexandrie ; il .obéit.... Mais bientôt il fut rendu à la France. Il revit sa patrie sur le vaisseau qui portait Bonaparte et sa fortune.
Denon ne tarda pas à recevoir le prix dû à son mérite et à ses services. Bonaparte élevé au Consulat lui confia l'administration générale des Musées et de la Monnaie des médailles; l'artiste ne disparut point sous ces nobles fonctions. Homme de lettres, philosophe, il se déclara le protecteur des élèves des beaux arts; il fut leur ami , leur guide et leur Mécène; toujours laborieux, toujours modeste , toujours spirituel^ il n'aspira à se donner d'autre importance que celle de son utilité, et la> considération dont il fut
DE LA. GLOIRE. 75 Marcel (1), Norry.. . . '
enTironné, la fayeiir 4ont il iouissait auprès du souTerain', ne lui senrirent qu'à se concilier de plus en plus l'affection et souvent la reconnaissance de ceux qui avaient été ses émules et qu'il n'avait pas cessé de regarder comme ses ^aux. Plein d'un enthousiasme sincère pour l'empereur, Denon lui voua un attachement et une constance de gratitude à toute épreuve, et quand la trahison eut brise le sceptre impérial , il ne suspendit point son admiration pour le guerrier à qui la France devait sa gloire , ses lois , ses institutions et ses établissemens les plus utiles. A la seconde rentrée des Bourbons, Denon fut puni de cette fidélité, et la direction des Mnsées ainsi que celle de la Monnaie des médailles, furent données à des hommes qui se présentaient avec d'autres titres que le savoir et le talent.
Denon a publié : 1. Voyage en Sicile. 1788, in-S"*. II. Voyage dans la Haute et Basse^Egypte , pendant les campagnes du général Bonaparte, 18Ô2 , 1 vol. in-folio avec figures, ou 3 vol. in- 12 sans figures. Lforsque cet ouvrage parut , Napoléon chargea le ministre de la guerre d'en donner en son nom un exemplaire à chacune des quatorze demi-brigades qui avaient fait partie de l'expédition d'Egypte. Le Voyage dans la Haute et Basse-^Bgypte est Un livre généralement estimé, soit en France , soit à ^étranger ; il en a été &it, des traductions eo anglais , en italien , en allemand et en russe.
La colonne triomphale de la place Vendôme a été âevée sous la direction de M. Denon.
(i) Marcel ( Jean ) , membre de la commission d'Egypte , ex-directeur de l'imprimerie impériale, chevalier de la Légion-dlionnem*, né en 1777.
D demanda à faire partie de l'expédition d'Egypte , et fut, au Caire, directeur de l'imprimerie et membre de l'Institut. De retour en France , il fut f après la mort de Duboy-Laveme , nommé directeur de l'imprimerie impériale, et il a conservé cet emploi jusqu'en 181Ô , qu'il fut remplacé par«Anisson. Marcel a inséré , dans la Décade égyptienne, dont il dirigeait la rédaction et l'impression , plusieurs morceaux de poésie et des extraits d'écrivains arabe^. Il a composé des mémoires pour l'important ouvrage de la conmiission d'Egypte. On a de lui un grand nombre de livres imprimés en caractères orientaux, des concordances d'alphabets po~ lyglottes, un vocabulaire françaifr-a.rabe , une ti^aduction des fables de Lokman, une version interlinéaire de quelques sourates du coran^ avec la prononciation figurée 3 un alphabet iikuidaisj rOrai«on domiiiicale >
Parceval - Grandmaison ( i ) , don Raphaël ( 2 ) , Redouté (3) , Nigaud , Rigel .
traduite en' ceut cinquante langues ; plusieurs autres ouvrages qui annoncent une vaste érudition , de longues études et des connaissances approfondies dans plus d'un genre. Il a fourni des notes pour l'ouvrage de Breton, intitulé : l'Egypte et la Syrie.
(1) Parce val-Gtandmaison (François-Auguste), membre de l'Académie française , né en lySQ , à Paris , département de la Seine.
Parceval accompagna Bonaparte en Egypte ,- et y fut membre de l'Institut du Caire. Depuis son retour il n'a pas cessé de s'occuper de littérature dans la capitale, ou, sous le gouvernement impérial, il étak membre du Conseil des prises. U a publié en i8o4 , I. les Amours épiques, poëme béroïque en six chants, mentionné honorablement, en 1810, par la classe d'histoire et de littérature de l'Institut , dans son rapport sur les prix décennaux. II. Dithyrambe à l'occasion du mariage de Napoléon , 1810 , in-4®. III. Chant héroïque composé pour la nais^ sance du roi de Rome , i8n, in-4*'.
Parceval appartient à l'école de Delille , dont il fut Fami. Il a en porte* feuille un poëme épique sur Philippe-Auguste , dont quelques fragment , lus dans des séances publiques de l'Institut , font vivement désh-er la publication. Le 7 février i8i4 , aux obsèques de Bernardin de Saint-Pierre, Parceval prononça un discours funèbre sur la tombe de cet académicieiK
(3] Prêtre grée et savant orientaliste.
(3) Redouté ( Pierre-Joseph ) , peintre célèbre , né en 1 769^ à Saint- Hubert, dépaitement des Ardennes.
Il fut d'abord peintre de décora , et voulut ensuite . se faire peintre de fleurs. Quelques-uns de ses essais tombèrent entre les mains du célèbre Lhéritier. Le botaniste fut frappé du talent de Redouté , et le détermina sans peine à se vouer à un genr^ pour lequel it était né. Redouté contmença par dessiner , pour les ouvrages de Lhéritier , des fibres qui ont obtenu un succès remarquable, puisqu'elles ont déterminé la révolution qui s'est opérée dans l'iconographie botanique. Il accompagna ensuite ce savant à Londres , et fit en partie les dessins du sertum Anglicum ; il a fût encore pour le même botaniste , plus de cinq cents dessins demeurés en porte-feuille depuis la mort de celui-ci. Redouté es^ auteur oii peintre de plu» de vingt ouvrages d'iconographie botanique , dont plusieurs présentent 4 ou 5oo figures* Cet artiste inépuisable a fait en outre plus de
VenLure(i) ......•••.
Le nom du négociant Beaudeuf terminait ces tables de la gloire , auxquelles- nous avons cru devoir ajouter le récit succînt de quelques belles actions qui furent récompensées par des armes d^honneur.
quatre miUe dessins inédits ^ tant pour les vélins du musée commencés BousLouia XIV, que pour quelques savans ou amateurs. On lui doit aussi rinvenlion d'une branche nouvelle de l'art iconographique; c'est le procédé par lequel on tire sur une seule planche la gravure en plusieurs couleurs.
En 1789, Redouté était dessinateur du cabinet delà reine; en 1792, il fut dessinateur de Facadémie des sciences; obtint au concours , en 1793) la place de peintre de fleurs du Musée d'histoire naturelle ; fut, à la création de l'institut national , nommé dessinateur . en titre de la classe de physique et de Mathématiques ; fit , en 1798 , partie de l'expédition d 'Egypte, et reçut, en i8o5, le brevet de peintre de fleurs de l'impératrice Joséphine. Son magnifique ouvrage des Liliacées , dès qu'il parut, fut mis , par le gouvernement , au nombre des productions de l'art , qui pouvaient donner aux étrangers une haute idée de la supériorité de l'école française. lie ministre de l'intérieur souscrivit alors pour 80 exemplaires , qui fuxent envoyés en présens aux artistes et aux savans les plus distingués de l'Europe. La collection des portraits des roses est encore plus beUe que celle des liliacées et que toutes les aquarelles qui ont établi sa célébrité. Le botaniste Ventenat a consacré dans ses ouvrages le nom de ce grand artiste , en désignant une fort jolie plante , apportée de Die Saint-Thomas ; par le nom de Redutea, *
(1) Interprète attaché à l'expédition , et savagat orientaliste^