‹ Les fastes de la gloireChapitre 8 sur 19 · I^ FASTES · texte numérisé non relu

I^ FASTES

rautorîté : tôht^'é aossildt A enlray€ a Panut^ du Danube I îLb*aErlva en Allemagne <}tte poar iiâ«l^ le champ de bataiUe d'Ënghen si glortQaaeinent diéptité et conservé par eelt^ poignée de bvêNOti, ^u^ne priitique int:onceyable envoyait de!v«Bt une'armfe tix>ialb«i^plii«> forte, n passa de là à Paraiéed'Helvétie, 80fiaIeâo¥dft$^ -Masséna, son àneieai ch^/ >'> -- »

Coninianâaiitd'uiie brigade sor le Haat-Bfai% S'£M(titit ies Autrichiens y les euibuta deux foîsdlans le fleixréV'^ concourut puissamment a hi perle qu'ils' firetnt àla pre^ mière attaque de S|uîtleîg. ^

Détaché dans les Grisons, tandis que le gSiféfèA Iiècourbe mardbaitià Bellineonii im seomtrs de itliAiée dlcalie , il oociiph. et défendit les positions de 'Darvoè, Bergen et Splabgâsft \Uh mouvements mkl oonoâ^dans son exécutîon*^ laissa ' »le igénéfid âudhet <Mit «fful a«4b èà petite troupe, «elitoUrée.d'eniteHiis M'«Bâîea^Jes''d^ et des j^ontagmcs* Qn .k iCtKrp^it perdu ^ ^et ^a* nsMite 9mbl9àt nx^ni^siUe. Ma^, .biwwaaii keidiflkaltëfl dwilieuat et. du dîmat^'ilcfrani^t le AMbp à- (sa^^sôûroe'^ tfompf TennenouLy venasdniiQ lia ovatiée deifiisMatiis^tMi^eetoiàuv» jb f^ek }ac>Q'Obw^|iiigrd«h ks:okn»plueSfl»al^dilia#^ tetx^fbèm S9t dSaSikaiolenneltjUts^sèbtiuxMoiisitt

' Séohetay«iité('ëUb»sé dans bas ^Skives^JMâfe pkreodiro ^u^qœ mfposv'loi^uelIfafsséMa le cfaot^t ^j^^ow fioè chef ^d^âfltmhâj^i il né i«staî pas itkig^lfélâfî^ diGln».G8 «postei ^oè :it^ii#il d%»péHteièPse^ées^ A^)!^ la: dësastveme «SMifp&gM de iSeh^^ p^^H^^^i^myé^ repria le commandament (JUB^ûsk^^Kèy fit ndtÉHttar

Digitizeâby VjOOQIC •

DELA GLtHRE. 171

H en remjtliBsait les fonctions à la bataille de Novi , oà il fiit le dëposî taire des dernières pensées de son ami , et reçut ses derniers soupirs* En donnant des pleurs à Joubert, il s'occupa de rallier les débris de l'armée et d'exécuter les ordres du chef habile qu'elle avait perdu.

Suchet devait suivre ^oreau sur le Rhin. Mais le général Bernadotte, alors ministre de' la guerre, lui écrivit le 96 août : « La patrie réclame vos secours, » mon cher et brave camarade; n'ahsindonnez pas Far* » mée dl(alie dans un instant ,oà vos talelis lui )) sont si nécessaires. Ghampionnet remplace Joubeit. j>'Aiâ^0-Ie de vos lun^iéares; le bien public l'exige.» li fut obligé de. rester sur là rivière de Gènes, ou il acheva une ean^pagne d'autant plus péubihle, quel'im-* xnense supériorité 'numérique de T^iiemi rendait les com*^ bats très^muUpUës et sans résultats décisiB*

Eo novanhrOyMa^na ayant succédé à Champion-* net^ qui venait de nuiurir à Aoitibes, nomma Sachet son lieutenant. Lebrèir^t lui en futexpédiéparle pre^ mier consul le 7 mars. 1800. Depuis long-temps au pre-< mier rang comme chef d'étaVonajor général^ il comr mença à sy placer comme général .dhirmée. A la tète d'un &ible corps de six à sept n^ille .bommes , à péiile vêtus ji sans magasins dans un pays ruinée ayant devant eux quarante mille Autrichiens, conunandés par Mêlas ^ Suchet se signala, par de brillantes opérations dans la rivière de Gènes et du Var. Lfes talens , la prévoyan«e^ et la prodigieuse activité qu'il déploya , Finébrànlafaie ooujrage de 9fik troupes, au milieu destplus grands dangeifa et des privations les, plus • abnilHes y i^ùrent lignes d'ad^ nuratiQn. ê^réde la. droite dePai*méé, qui fut forcée dQ«Q jp^ofttnot»: dans 6ènes) où. le général eii ^f Masi«

' DigitizédbyVjOOQlC

nj% UES FASTES

aëna accrut encore ea gloire par la pIu5;h(^roïqae défende^, son lieutenant lutla, pendant tpênle-huit \o\ïts y .î^vec afuccès, contre les forces décuples da général Mêlas, et défendît pied à pied la rivière de Gènes. Les progrès de Pennemi le contraignirent de se retirersur la rive droite •du Var, où il se retrancha et conserva une tête de pont. Les efforts de Mêlas et de son iieufenant EIsnitss , renouvelés pendani> seize jours, et soutenus par une escadre . anglaise , échouèrent contré les dispositions de Suchet et la valeur de ses soldkts. Par cette résistance opini&tre etsavante, il préserva d'une invasion étrangère, le midi de la Frahce,«t facilita, en outi^e^ les succès de l'armée de réserve, qui du haut des Alpes descendait en Italie. Sachet avait su faire servir & ses communications l'heureuse invention du télégraphe. Deux sections, qu'il avait laissées aux forts de Villefranche èt^de Moûtalbaii , au milieu des Autrichiens, lui firent connaître par des signaux le mouvement rétrograde ordonné peur Mêlas, ponr s'opposer aux troupes françaises qui arrivaient par le mont Saint-Bernard. Aussitôt prenant Poffensive, Suchet précipita sa marche «par la crête des montagnes, coupa la reti*aiie  l'ennemi , qui avait suivi les bords de la mer, et lui enleva, en- quelque jours de combats, trente-trois pièces de canon, six drapeaux- et: treize mille prison -

..Gênes affamée s'était rendue. Suchet,. qui Tigm^rait^ et xjui/n'àvait piàs réiioùoé à l'espoir d^ la dégager, traversa rapidement la rivière de Gênes, rôncontra en avant de Savonne la dfdife'tie l'armée, qu'une hoiïorable convention conservait! à. ses idràpeaus? , cet se ^pi^rta en doute hâte vers les plaîaes. d'Alexandrie; Salprésence à A<:qui coâirlbua beaucoup à la .»viotoiie' de.Maveiago^ par la

DE LA GLOIRE. ' lyï

nécessité dans laquelle fut Mêlas de liii opposer un fort détachement.

Par suite d'un traite conclu avec le général en chef autrichien, Suchet fut chargé de réocçuper Gènes et son territoire. Le général HobenzoUern, qui en avait pris pos« sessionfy refusait d'obéir à Mêlas vaincu ^ les Anglais menaçaient de. brûler la ville, si on la rendait aux Français. Dans cette circonstance, le général Suchet déploya des &rc6s, mais sans négliger les moyens de persuasion, et il réussit bientôt à faire céder la fierté autrichienne. Il rentra triomphant dans la capitale de la Ligu;ie , plaça des postes sur toute la rivière et à la Spezzia , et rétablit parloutPordre et la tranquillité.

Après six mois de suspension d'armes, la campagne se. rouvrit le 6 décembre i8oo. Le général Suchet, occupant le centre de l'armée , y commanda troi^ divisions composées de dix»huit mille hommes. Au passage du Mincio, le 25 déceoabre, il secourut et dégagea le général Dupont , et enleva avec lui, à Pozzolo, quatre mille Autrichiens du corps de Bellegarde. Il prit une part active à toutes les brillantes affaires qui eurent lieu à Borghetlo, à Vérone et.à Montebello , où , par un habile mouvement sur Montecchio , il décida la retraité de l'ennemi. Après l'armistice signé, à Trévise, le 16 janvier 1801, les troupes étant rentrées en cantonnemens^ Suchet fut nommé gouyerneur du Fadouan , et ne quitta l'Italie qu'à la ratification du traité deLuneville.

£n 180a et en i8o3, il fut choisi pour inspecter un grand nombre de ré^mens dans le midi et l'ouest de la France. Envoyé ensuite au camp de Boulogne, il y commanda, une di^sion, et fut particulièrement chargé de faire creuser le port dç Vimereux, Le 11 décembre^

i?4 * LES FASTES

il fut créé membre de la Lëgîon-d'hontieur) devint grand' ofiScierle i4 juin i8o4, et gouverneur du palais impérial de Lacken^ près de Bruxelles, le 3 février i8o5*

La paix ne fut pas de longue durée! une nouvelle campagne s'ouvre en Allemagne i l'armée française a passé le Rhin y et la division du général Suchet devient la première du 5/ corps de la grande armée, commandé parle maréchal Lannès. Cette division se distingua à Ulm elàHolIabrunn. A Austerlitz, placée à la gauche où elle oc« çupait le Santon ^ elle enfonça la droite deParmée russe ^ et la sépara du centre» On admira sa marche en échelons par régiment, comme à l'exercice, sous le feu de cinquante pièces de càuon» Pendant cette manœuvre hardie, Suchet reçut plusieurs balles dans ses habits, et vit un de ses aides-de-camp blessé à ses côtés. Bbuillant ei im^ pétueux dans l'attaque, ferme et calme dans le péril, il parut toujours &• la tète de ses colonnes, et mérita le» suffrages, dans cette journée où les Français montrèrent tant de valeur, où, sur un champ de bataille qui vit trois empereura en présence , le génie de Napoléon dissipa U troisième coalition «formée par VAn^ gleterre*

Le 8 février i8o6, Suchet, dont l'habileté avait tant contribué à la victoire, en fut récompensé par le grand cordon de la Légion-'d'honneur et par une dotation de ao,o6o fr. de rente sur les biens de l'ordre. Une nouvelle guerre allait bientôt le montrer de plus en plus digne de toute la confiance de l'Empereur. L^esprit de vertige, qui avait égaré le cabinet de Vienne, ne tarda pas à s'emparer du cabinet de Berlin : la Prusse , qui longtemps s'était fait aclieterune neutralité perfide, voulutaussi tenter le sort des. batailles. Dan^ la preynièr^ actÎM qui

DE L4 GLOIRÏ- f^S^

eat lien à Saalfeldy^ l'àvant-garde de son armée fut. 'bat-* tiie^ et le prince Louis , le plus vaillant de ses généraux ^ perdit la vie» Le général Suchet, dont la divisâon rem^ porta cet aTantage, honora la mémoire du prinee, et le fit ensevelir avec^toute la pompe desWennités nd^litaires. •

Ce début de nos armes n'était que le prélude.du plua^ éclatant triomphe. Toutes les forces de la monarchie f sous les ordres du roi de Prusse et des compagnons àa grand Frédéric, étaieatrassemblëes sur les plateaux d'Iéna, Déjà les deux armées sont en présence, et les Français n'attendent plus que 1» signai ; la division* du général Suchet était à l'avant^garde. L'Empereur, à cheval, visite les avant-postes, parcourt lesjrangs^ et après avoir reconnu la position de l'ennemi , dit aux généraux qui l'entouraient : Les Ptuêsiena èùnt cernée et coupés de toutes parts •^ nous attons les pousser vigoureusement aujourd'hui et demain; dans trois Jours ils capituleront. Telle est la confiance qu'inspire un grand. général, ces |)aroles enflammèrent tous les courages; et, dès ce moment, la victoire parut assurée.

Une brum^(|kai^e couvrait l'borisKHi ,etpermetla]l à peine aux bataillons de sereconnattre.Le maréchal Lannes commence l'attaqiïe a?ec la 4iiTision Suchet ; un feu terrible se fait entendre sur toute la ligne ; les morts et les blessés tombaient de toi»tes parts ^ on se battait dans les ténèbres, sans désordre et sans confusion. Après plusieurs chaiges, l'ennemi est ébranlé; nossoldatsatteignent les hau* teurs; le ciel s'éclaircit ; le soleil dissipant les brouillards, éclaÂrela fuite des Prussiens >et la division du général Su^ chet prend possession du champ de bataille. Mais Pennemi jBeraUie. et s'arrête daos une position plus redoutable

175 tES FASTES

que celle qu'il occupait auparavant H'^vantage d'un' at^ cond combat qu'il &ut livrer est encore pour les. Finançais. Eofia, après Un troisième et dernier effort, les Prussiens sont en pleine déroute. L'histoire décrira plus longuement cette bataille , qui fut si brillante par ses résultats , et à laquelle le général Suchet prit une part glorieuse.

Cependant l'empereur Alexandre, guidé par une politique généreuse qui semblait n'appartenir qu'à l'an-* cienne chevalerie, était venu au ^secours de la. Prusse, qui un an auparavant avait |.*efusé d'embrasser sa cause. De nombreuses colonnes russes s^avançaient vers l'Oder; les Français marchèrent à leur rencontre, et portèrent la gloire de leurs armes sur les rives glacées de la Vistule : c'est là qu'une campagne d'hiver s'ouvrit dans le siège même de l'hiver. Les privations de tous genres, la fisitigue, la faim, l'âpre rigueur du climat, n'éi^ranlèrent point le courage de i|ol( soldats ; la présence,' l'exemple de Napoléon leur faisait tout supporter^ L'aflfaire de Pultusk, qui commença les opérations, fut des plus meurtrières; la division du général Suchet résista seule' à l'armée russe 'y et telle fut l'ardeur qu'elle mettra dans cette circonstance, que le général enchefBennmgzen annonça, dans son rapport officiel , qu^il avait combattu contreune armée entière, A Ostrolenka, elle prouva encore, par un succès , qu'elle était habituée à triompher de la supériorité du nombre. Toujours à l'avarit-garde, cette intrépide division allait reprendre l'offensive, et tout lui présageait les plus beaux succès , lorsque la victoire de Friedland mit le comble à l'humiliation de la Prusse. Cette campagne fut heureuse pour le général Suchet; il eut à regretter de h'avoir pas été à la bataille d'Eylau ,

mais

DÉ L\ gloire". 17;

mais il île resta point inactif; aimé de ses soldats dont il partageait les dangers et les travaux, respecté des Polonais dont il défend£<it lés droits, il obtint le suffrage hiêœo cfe ses ennemis, et Fdpjirobatiori de FËmpereur, qui, aprè^ le traité de Tilsitt , le chargea de fixer/ de contert aveci les généraux russes comtes dé Tolstoï et de Wittgenstein y la nouvelle ligne de démarcation du grand duché de Varsovie. Pendant l'occupation d'une partie du territoire prussiqi) Sachet commanda en chef le 5^ corps de la grande armée, qu'il lit cantonner, en Silésie. Il maintint alors parmi ses troupeis la plus parfaite dis-^ cipline 1, et mérita la l'econnaissance des habitans;

Le 19 mars i8o8^ Napoléon lui conféra le titre dé comte de l'Empire; et le roi de Saxe, en témoignage de sa haute estime et de sa considération particulière^ le décora de la croix de commandeur de iWdre mili*taire de Saint* Henri de Saxe;

Le 5* corps devait être appelé à cueillir de nouveaux lauriers : destiné pour l'Çspagné , il fiit fêté à soii paàsage en France , et arriVa sur les Pyrénées le izg novembre. Le général Suchét oiivrit aVec sa division le siège de Sarragossé sur la droite del'Ebre , où il obtint des succès. Nommé, le 10 mai 1809 , général en chef du 5* coi*pâ detenu armée d'Arragon , et investi du gouvernement do la province de ce nom , au moment du départ du 5* corps, qui allait combatti-e en Allemagne, il resta seul avec des troupes affaiblies et délabrées , et ne tarda pas à être assailli par des forces considérables. Le général esipagnol Blacke se présenta avec vingt mille hommes devant Sarragosse ; nos soldats abattus* demandaient la retraite 5 Suchet leur communique son énergie, les conduit à l'ennemi qu'il bat à Maria , le li juin, fait Tome JT. 12

îyS LES FASTES

quatre mille prisonniers^ s'empare de trente pièces de ca-* non, et complète ^ le 18^ à B^elchite, cette importante victoire , qui , suivie de plusieurs autres, fait échouer les projets des Espagnols, dont Fintention était de se porter sur les Pyrénées, afin d'enfermer les Français en Espagne. La bonne administration de Suchet, sa justice, sa modération , son empressement à conserver dans leurs emplois les fonctionnaires qui jouissaient de l'estime générale , la protection politique qull accorckiit au clergé , son zèle à faire observer les lois de subordination et d'ordre, ses talens, sa vigilance et sa brillante valeur, lui attachèrent les Ârragonnaisy et lui créèrent des res^ sources. Son armée bien entretenue , bien disciplinée, exactement payée, prit en peu de temps un aspect imposant. Après une marche sur Valence, en janvier 1810, elle commença ses mémorables campagnes : Lerida,l'écueil des plus grands capitaines, ne tint pas contre son cou-' rage. Le iSmai, cette place se rendit, après avoir, un mois auparavanf, vu-, du haut de ses remparts, l'en-* tière dispersion du corps d'O'Dpnnel (i), qui perdit cinq mille six cents hommes dans la plaine de Margalef. Le 8 juin, Mequinenza fut également forcée ^e capituler; Tortose succomba, le 2 janvier x8ix , après treize jours de b-anchée ouverte 5 le 9, le fort San-Felîpe au col de Bal^guer subit le même sort, et le 28 juin, Tarragonela-forte ouvrit ses portes, après cinquante- six jours de ' siège, ou plutôt d'une continuelle et terrible bataille, en présence et sous le feu de l'çscadre anglaise, de ses troupes de débarquemeut et del'armée espagnole de Catalogne. Suchet y conquit le bâton de maréchal , qui

■ ■ ■ ■ I I I I I i<IMi^—i^MI— — ■■ I ■

(1) Il«nri O'Donael^ depuis oomtc d'AJbUral.

t)Ê LÀ (ÎLOIRË. i^â

lui fttt Aônx^é lé 8 .juillet. . La chute de Tatîfagotie fut suivie de la prise d'assaut de la redoutable position du Mont*^Serrat»

£a septembre y le maréchal ouvrit la campagqe de Valenôé. Les forts de Tantique Sagonte^ releVës à grands frais par les Espagnols, arrêtèrent quelque-temps sa marche. On ne pouvait faire arriver ^artillerie de siëge que par la grande route de BarceloUne , dont le passage était dominé et défendu par Oropèza. Il fallait d^abord s'emparer de ce fort : il fut assiégé et pris par le maréchal en perfionke. Le 25 octobre, la garnison de Sagonte ayant déjà repoussé deux assauts, se croyait au moment de succom^ber sur la brèche, lorsqu^à Tapparition de trente mille hommes que Blacke amenait de Valence, elle sentit i*e* naître soi! espoir; niais le général espagnol à qui les Sagontais, dans leur enthousiasme , débernaient d'avance l6 titre de libérateur, fut totalement défait à la vue même de la ville qui Capitula ûptès une bataille à laquelle elle dou'^ îiason nom, et dans laquelle le maréchal fut blessé à l'épaule^

Le 26 dÀîembre, Suchet ayant reçu le corps de réserve de la Navarre, Commandé par le général Reillé^ passa le Guadalaviar^ investit Valence, et fit commencer les travaux du siège, qui se termina le 9 janvier 18124 Le lendemain, les Espagnols, au nombre de dix -sept mille cinq cents fantassins et de dix -^ huit cents cs^va-^ liers , déposèrent les armes , et nos troupes finirent leur entrée dans la villes

La prise de Peniseola et de Dénia compléta la con* qùète du royaume de Valence, dont toutes les parties imitèrent la. soumission de 1^ Aragon, moins malheureux par les soins du vainqueur. Suchet, dans ses rapports, se plut à payer un juste tribut d'éloges aux chefs, qui

%to tÊ& PASTPES

rayaient sdcondë dans ses expéditions; lés généraux Va -^ lée^ fiogniat, Haxo, Reilie, Harispe, Habert, Musiiièr» Severoli , Palombini , et Saint-Cyr-Noguès y son chef d'état^major, furent du nombre de ceux qu'il cita arec la plus grande distinction.

Au ternie de cette belle et glorieuse campagne, le ma^^ réchal reçut le prîx de sa noble conduite. Napoléon ^ par deux décrets du 24 japyier 1812 ^ lai décerna lé titre de duc d^Âlbuféra , et la possession de ce domaine situé près de Valence ^ et sur lequel il avait combattu. Le 24 avril i8i3^ Suchet ftit nommé commandant en chef des armées d'Arragou et dib Catalogne réunies. A cette époque, il soutint Yictorieusement divers engagemens contre le général José O^Donnel et l'armée anglo*espagnole. Il reçut à Valence les années du centre et du midi^ qui se rallièrent dans cette yilley pour marcher contre l'armée anglaise aous les ordres de Wellington , et fit , dans le courant de juin j lever le siège de Tarragone ^ vivement pressée par le général Murray, qui perdit toute son artillerie^

Après la bataille de Vittoria^ Suchet, que la retraite de Tarmée française aa-^delà des Pyrénées livrait k ses propres forces^ fut obligé d'évacuer Valence; il en sortit le 5 juillet I mais^ en se retirant, il laissa des garnisons dans les places de Dénia ^ Sagonte, Feniscola^ Tortose Lerida et Mecquinenza ^ qui toutes avaient été àpprovi-^ sionnées pour plus d'un an. £n septembre, il battit lord Bentinck au Col d'Ordal. Le 19 novembre^ il succéda au ducd'Istrie^ en qualité de colonel«*général de la garde, impériale.

, Pendant six mois, Sachet occupa la Catalogne, et se maintint constamment contre dès forces de beaucoup

DE tfi GLOIRK. iÔi

iopëfîeure«|iax riîennes; maïs, en janvier et février i8i4, vingt mille hommes de son armée lui ayant été de-i mandés , pour concourir à la défense du territoire fran** çais, il crut devoii' se rapprocher des Pyrénées, et établit son quartier-général à Figuîères où il reçut le roi Ferdî-» nand« Chargé de conduire ce monaiy]ue à l'armée espa-^ gnole 9 il s'acquitta promptement de cette mission , et , malgré la &iblesse de son armée, réduite à neuf mille combattansy il persista à rester dans la Péninsule, afin de couvrir la frontière de l'Empire, et d'assurer la ren-» trée des dix«-huit mille hommes de garnison qu'il avait laissés dans plusieurs places , et qui , d'après la promesse de Ferdinand VII, devaient , sans opposition, pouvoii* rejoindre les corps auxquels ils appartenaient.

Le iS avril, la nouvelle officielle dés évènemens de Pa-» ris et de l'abdication de Napoléon parvint aux troupes de Suchet, qui réconnut Louis XVIII. Neuf jours après, le maréchal prit le commandement de l'armée du midi, composée des armées de Catalogne et des Pyrénées. Il fut successivement nommé pair de France , gouverneuF ^e la 10* division militaire à Toulouse, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis , et goufver-i neur de* la 5* division miilitaive h Strasbourg. Il occupait ce poste, lorsqu'en i8i5 Napoléon ressaisit l'autorité impériale. Malgré l'exaltation dés esprits , Suchet eut asisez de crédit sur l'esprit des soldats pour obtenir d'eux qu'ils gardassent fidélité au Roi jusqu'après son départ de France, Lui-même nç se rendit que le 5q mars a Paris, d'où il fut dirigé sur L'yon., A son arrivée dafts cette ville, il leva l'état de siège, et renvoya les gardes nationales. Au mois de mai, il fut investi du comman* dennent de IVmée des Alpes.,. forte de dix mille honi^

mes. Le i5 juin, il battit les Pîémohtais,^t, peu de jours après , le^ Autrichiens à Conflans, Il éfaii résolu à défendre pied à pied le terrain sur lequel il inanœuvrait^ IVIais bientôt les forces de PAutriohe , à Genève et dans le^ environs, s'élevèrent à plus de cent mille combattans, (l n'était plus possible d'arrêter upe armée si formidable ^Suchet abandonna là Savoie ^ et se replia sur Lyon 9 qui déjà était menacé. Le ii juillet, il apprit que le Roi était, pour la seconde fois , rentré aux Tuileries l dès-lors, il ne songea pi u^ qu'à pbtenjr pour Lyon une convention honorable 5 elle le fut autant qu*il pouvait le désirer; en épargnant à sa ville natale les rigueurs d'une occupation militaire j^ il eut le bonheur de conserver à l'état un matériel d'arjillerie de la valeur de plus de dix millions. (»e 11 juillet, le corps municipal et la chambre de commerce lui exprimèrent la reconnaissance ^es Lyonnais pour cet éminent service , et l'adresse qu'ils lui votèrent dans ^ cet tç occasion fut consignée dans les^ journaux. Le même jour, Suchet envoya trois générau3t au Roi, pour lui porter la soumission de l'armée qu'il commanda jusqu^à son licenciement. Le 16 août 1816, il fut reçu grand'croix de l'ordre royal de la légion d'hon^ neur, et réintégré ^ le 5 mars ^Sig, dans la dignité de pair de France,

De même que les évènemens auxquels il prit part, le maréchal Suchet appartiendra un jour à l'histoire: elle dira de lui qu'il sut présenter le rare assemblage de toutes les qualités qui constituent le général d'armée: prudence et activité dans les opérations; sûreté et promptitude dahs le coup d'œil ; habileté dans le choix des officiers à 'qui il accordait sa confiance; modération et Justice envers les vaincus; vigilance constante avant comme

• DE lA GLOIRE. 18$

après le dawer* Homme de guerre, hamme d'ëtat, savant adminStrateur, militaire înli'épide, ardent et rëfiéchi lour-à-tour, possédant au plus haut degré Part de se créer des ressources dans les situations difficiles, d'organiser et de consolider la conquête, sans la faire maudire, il étendait à la &is sa sollicitude aux habitans et aux soldats, veillait à la sécurité de.s uns comme aux besoins des autres, et savait se faire aimer de tous. Sur un champ ^é bataille, il joignait toujours à Féloquence des paroles celle plus entraînante des actions, et si , dans les hasards sanglans d'une mêlée, il avait le don d'enflammer tous les cœurs, après la victoire , il prouvait par l'à-propos des éloges et des récompenses, qu'aucun, trait de courage, aucun dévouement ne lui avaient échappé. Profond tacticien , il alliait, sur le terrain, la souplesse à lâ Tariété des combinaisons, devinait, comme par ins* piralîon, les projets de ses ennemis, et les déjouait comme par enchantement. En étudiant sea manoeuvres , on re* connaissait qu'ail avait fait l'apprentissage de la guerre sous les deux plus grands capitaines du siècle, Bonaparte et Massëna; mais, s'il avait profité de leurs leçons,, s'il avait appris d^eux comment avec de faibles moyens on peut obtenir d'immenses résultats; comment on étonne par l'attdace des ccmceptions, par la hardiesse, par la muU tiplicité des expédions j comment , dans des circons-tances critiques, désespérées même, on frappe des coups^ décisiÊ, il ne tenait que de lui seul cette prévoyance, cette perspicacité, celte finesse d'esprit et de caractère, qui, dans des occasions importantes ou déhcates, le mettaient à l'abri de toute déception.. Pour compléter la ressemblance de ce portrait , il faudrait ajouter que ^ du sein des eamps, le duc d'Albuféra a rapporté^ dans^ h monde cette urbanité toute française,, cette aisance ^^

a84 LES FASTES

ceMe affiibilitë dans le tpn , cette élégance des- m^niçresi celte politesse, cette sfinénité de langage,^ (^te i^o^nais* çance parfaite des convenances qui séduisaient autre£[)i9 dans uï\ faornipe de çour;^ mais qn npu9 permet|i*a de négliger ces détails dans une notice nniquemçpt.destijiéç à rasseinbler les f^its pvipcipau^ç , qui p^t contribué à rillustration du maréchal*

Un frère dti duc d'Albuféra, Gatriel-Catherine Suchet, fut compté parmi les plus braves officiers dfi.r^moée. Volonlairp, en 1732, |ians le 4* bataillon de I-Arcjèçhei il se ti'ouva au siège de Toulopj devint capitaine le 27 ven-î démiâiie an 3 , après ayoi?» passé succ^ssivemept par -tous les grades inférieurs*! fit les pampagnes d'Italie en qualité d'adjoint à l'étal^major; combattit yaillamment à Loano^ - a Dego, à Novîj remplit plusiepr^ laissions de finances, qui lui furent confiée^ par le général en phef Bonaparte j fut nommé, le 7 piessidor an 7, aiderderçarap du général de. diviçion Suchet , sqn frère ^ reçut le breve^: de chef de bataillon le 10 nivôse an 8^ et se sigi^al^ au passage du Mincip sous les ordres du général en chef Brune, En l'an ii j il ipepi^it auprès dç son frère les fonctions d'aide-de- camp , fut créé membre de la Légion-; d'honneur le 25, prairial an 12 j et décoré des mains, de l'Empereu^ le 28 thermidor. Épuisé par les fatigues de la guerre, il se vit alors contraint d'abandonner U»^ carrière dans laquelle il n'avait pas mp,in3 brillé par son courage que p^r sfs talens ; il quitta l'armée , et fut ap: pelé à l'emploi de directeur-rreceveur-général des droits-, réunie dans le département de la Seiiie-InC^rieure.

WATTEL, chef de bataillpn au i4« régiment d'infanterie de ligne, né à Turcoin , département du Nord, A l'époque oii les efibrts de la France pour renverser

DB LA GtOma i85

I^ despotisme, provoquèrent les attaques d'upe coupable ligue, Wal|P, animé d'un aaiqt enthousiasme pour l^ liberté , s'arma des premier^ pour la défendre. Chef d'un corps franc de chasseurs, qu^au sein même de sa yille n^itale jl ayai): levé et ^uipé à ses frais » il se signala fréquemment par les çpups les plus audacieux , par le^ çnlrepiises les plus hardies. Infatigable et ne redoutant aucun përil , placé dans son pays et sur un terraii^ qu'il connaissait parfaitement , il ne laissa échapper aucune occasion de nuire à l'ennemi. Attaquer les détacheinens isolés et les reconnaissances, dresser des pièges, se placeren embuscade, tels étaient pour lui le6 exploits de la journée, et il n^y avait pas de nuit qu'il n'enlevât quelque poste ou rie s'emparât de quelque magasin. Par fois il s^av€inturait seul, et rarement/ quand il méditait une expédition difficile , il emmenait avec lui plus de trois ou quatre hommes déterminés. Souvent on le vit affrontant les balles , foncer le sabre à la main sur une troupe nombreuse, et frapper des coups si précipités et si surs que tout ce qui l'approchait, en ^tait renversé; il meUait ainsi en fuite des pelotons entiers , et était assez bearenx pour ne pas être atteint. II. ne montrait jamais plus de gaîté que quand venait le moment d'exécuter une charge, alors rien ne pouvait arrêter son impétuosité, il culbutait tout devant lui et ne s'arrêtait pas inème pour faire des prisonniers : il eut cru ce soin indigne de ki, tant sa bouillante ardeur ne connaissait ni obstacle îïi retard. Enflammés par son exemple, ses chasseurs faisaient aussi des prodiges 5 tous partageaient son noble élan et son brûlant patriptisme.

Etait-il incertain sur les forces et la position des ennemis? 4 la faveur d^un déguisement il s'introduisait d^us leuç^

i86 ^ LES FASTES I

camp y ety aa retour, il tombait à Pimprouste sur leurs postes. Il lui arriva même de pénétrer àem sorte dans Turcoin, de s^entretenir avec des officiers autrichiens logés dans sa propre maison , de les avertir de se tenir sur leurs gardes y et de se retirer avec des renseignemafis qui devaient rendre leur vigilance inutile.

Tant de traita d^un dévouement sans bornes, d'une valeur à toute épreuve p méritaient d'être transmis à la postérité: nous eussions aimé à les consigner dans cet ouvi*age; mais dans la crainte de donner pour base à nos narrations des souvenirs peut-être infidèles, nous ne rapporterons que l'action suivante^ la seule dont il ait éii possible de nous procurer les détails officiels.

En juillet 1793, les Autrichiens au nombre de trois mille cinq cents s'étant emparés de Turcoin , établirent dans un moulin près de eette ville ^un de leurs détache-» mens dont le feu meurtrier força nos avant-postes â se replier. A portée d'être promptement secourue, celte troupe se croyait inexpugnable ; mais le brave Wattel a obtenu du général Lamarlière l'autorisation de la débusquer: avec six cents chasseurs il part de Mou vaux pendant la nuit, tourne Turcoin, arrive au pied de la position , après avoir ^ sans y répondre , essuyé une fusillade des plus, vives ^ se précipite à k baïonnette sur les Impériaux , en tue- quarante , met les autres en fuite , et reste maître du mounn , dont la possession était de ta plus haute in^ortancè pour notre, armée

Après les premières campagnes de la révolution, Wattel passa en qualité de chef de bataillon dans le x4* régiment d'infanterie de lîgiw. En 1797, de noifcbreuses. blessures l'obligèrent à quitter le service ^ il rentra alor*

DE LA GLOIREw 187

dans 5nr foyeT&; mais en Vëloignant des drapeaux , i rillnslration desquels il avait contribué, il ëprouya la satisfaction de revenir habiter parmi des concitoyens qu'il avait autrefois rendu témoins de son courage^

BE4UM0NT DE CARRIÈRE ( le baron ) , génà^l de diyisioq , commandant de la Légion *• d'honneur.

Beauraontfitles campagnes d'Italie et d'Egypte comme aîde-de-camp du général Murât. A l'armée d'Orient il se signala par des prodiges de valeur, notamment dans la* proidnce de Gizeh, où , sons les oi'dres du général Dnma^ il concburut à chasser les Arabes du Désert, Colonel du 10* régiment de chasseurs , il fit , en i8o5 , la campagne d'Autriche , et se fit l'cmai^quer au combat de Wertingen près d'Ulm , par une action singulière qui fut alors rapportée dans les bulletins. Pendant une charge il s'élança dans les rangs des cuîrassi^èrs autri«* chiens, et fit prisonnier un de leurs capitaines qu'il enleva du milieu de sa compagnie , après avoir lue ou blessé tous les soldats qui s'étaient présentés pour le défendre. Cette intrépidité, jointe à plusieurs beaux faits d'armes dans les guerres précédentes , lui valut le grade de général de brigade , auquel il fut promu après la victoire d'Austerlitz, à laquelle contribua sa haute valeur.

Ï4m ployé à Parmée d'Espagne , en 1809 , il se trouva à l'affaire d'Alcavon , le 26 juilUt de la même année, et fit exécuter, avec une bravoure et une habileté peu communes, une charge de cavalerie contre les dragiins( espagnols de Villa -Viciosa , qui furent presque entière- Wnt détruits. L^ baron Beaumont était y en i8r5 y gé^

x88 LES FASTES

néral de division à l'état - major de la grande armée ) il mourut peu de temps après la, chute de l^Empire;

BEAUMONT LA BONINIÈRE ( Marc ^ ^ntoinô comte de), général de division et sénateur, pair de France, grand-'Cordon de la Légion-d'bonneur , grandecroix de l'ordre militaire de Bavière, chevalier de Saint* liouis, né à Tours, département d'Indre^et-Loîre,

En ^789 , Beaumont la Boninière était ca^taine de cavalerie : issu d'une famille noble , il ne partagea point les torts de l'ordre auquel il appartenait : persuadé , ' j au contraire , qu'il était de son devoir d'associerifc destinée à celle d'une patrie dont la liberté allait renouveler l'énergie , il devint colonel en 179?^ Il se distiu^ gua dans les premières gnerres de l'indépendance fran^ çaise, et fit la campagne de 1799 en Italie ,'où il fut fait général de brigade ^ après avoir été 9 sous Vérone, blessé d'un coup de^feu à Tépaule.

En i8q3 , il fut. fait général de division, se battît^ avec éclat dans les champs d'Austerlitz , d'Iéna et d'Ey-» j|au , et entra au sénat-conservateur le i4 août 180,7, ' En 1809 , il eut le oommandemept d'un corps d'obser-» Tation cantonné dans le cercle d'Augsbourg, A l'is$ue de la campagne de cette année il fut nommé grand'croix de l'ordre militaire de Bavière, premier chambellan de ma-^ dame , mère de l'empereur, et grand qfiEicier de la l.égion-d'honneur, ♦

Après la première rentrée des Boui^bons, il fut décoré de Ja croijç de Saipt-Louis et appelé' à la Chambre de* Pairs; mais pendant les cent jours il resta sous le drapeau national, et çpmmand(3^9 après la batajiUe de Mont-6ev|nt'« iem j> une des divisions sous V^xUa

De la gloire. ïè^

GAY ( Jean ), caJJitaine au io6* régiment d'infan^ terle de ligne ^ né en ^']^5^ à Soirans^ département de la C^te-d'Or. >

Soldat, le 13 vendémiaire ail 2, Gay, s'éleva par sa bra« Toure au gvade de capitaine , après avoir passé par tous les degrés intermédiaires de Favancement. Il eut plusieurs fois la gloire de verser son sang pour la pairie ^ et de se signaler sur les champs de bataille , en HoUan^ de^ sur le Rhin , en Espagne , à Farmée de l'Ouest , à la grande armée, en Prusse, en Folegne, en Autriche et, en dérrûer lieu, dans les plaines de la Champagne* II fit des prodiges de valeur au siège de Philipsbourg et ne montra pas moins de courage dans les combats de Monlmirail, de Bar et d'Arcis-sur-Aube , qu'il n'avait fait dans des temps plus heureux à léna , à Eylau , à , Ëilsberg^ à Pulstuck, devant Koenigsberg et sous les murs de Ratisbonne* Par une &talité inconcevable ^ il ne reçut jamais l'étoile de Phonneur , qu'il avait mé* ritée par de brillantes actions^ Plusieurs fois elle fut demandée pour lui , par le général Levai , par le général Musnier et par le Conseil d'administration des corps auquel il appartenait ; mais il attendit en vain cette récompense, dont peu de Françaia étaient plus dignes.

Un dernier trait de la carrière militaire du capitaiQe Cây , prouvera que dans les circonstances les plus criti* qijes , il conservait ce sang-froid et cette éniergîe , que ne rebute aucun obstacle, et qui ne s'effraient d'aucun péril* Ce trait eut lieu le 37 février i8i4, pendant la campagne de France.

A l'affaire de Bar-sur- Aube , cet officier s^était avancé ^n tirailleur av^ sa compagnie ; il venait de repousseï*

i^ù lËS FASTES

pluâiears chargés succesâivcâ^ lorsqu'enfin accable parle nombre , il dut songer à affectoer sa retraite^ eti^eioppë de toutes parts ^ il s'ouvrit un passage ] et s'enfonça dans un bois , où il se croyait hors de danger } mais à quelques pas de la , trois rëgimens russes étaient embusqués dans un ravin ^ il tombe au milieu d'eux , et ne pouvant îplns rétrograder^ il devient leur prisonni^. On le plaça avec sa troupe sous l'escor^te d'un escadron de cosaques. Plusieurs des soldats de Gay étaient grièvement blesses et hors d'état de soutenir la marche , il demanda qu'ils fussent tràïisportés sur des v(ntures | «Des voilures!,., ré* pondit le chef d«s cosaques , ils n^en ont pas besoin. » Et à peine s'est^on mis en route t, que le barbare fait sauter la cervelle à un de ces malheureux:, gui^ dans l'impossibilité de suivre le convoi) était reslé en arrièi'e» Gay y indigné de la conduite du commandant russe ^ s'approche de lui et ose la lui reprocher j il n'en reçoit que ces paroles menaçantes : « Je te jerai conduite en Sibérie. — En Sibérie î reprît-il vivenàent ; hé bieri} demain à huit heures , je ne serai pas entre tes mainSéV^ Il n'en fallait pas davantage pour qu'on le ressenit de plus près 5 Gay fut enfermé avec ses soldats dans une maison dont toutes les issues étaient soigneusement gatdées : mais dût41 périr dans son enti^eprise j il était résolu à déjouer cette surveillance. « Mes amis , dit-il , )> à >es compagnons d'infortune ^ vous voyez les mau- » vais traitemens et les humiliations qu'on nc^s » fait éprouver au sein même de notre patrie ; que » sera-ce donc , lorsque nous serons au-delà du Bhin? » Quant à moi , je vous jure , qu'ils ne m'y conduiront » pas vivant. Qui de vous est prêt à me seconder? Nous le ïf sommes tous, s'écrient les soldats, oi'donnezy nous ne

» vous abandonnerons 'pas. » Aussitôt Gay fait sautet les barreaux de sa prison , en brise les portes , se glisse entre les sentinelles sans en être aperçu , traverse plu-^ ^ sieurs lignes de Pennemi , et parvient , après plusieurs jours, à rejoindre le io5*^, où il ramène soixante hom«< mes de sa compagnie*

En iSi5, Gay fut licencié avec Parmée de la Loire ^ dont il &isait partie. Ben Iré aujourd'hui dans ses Foyers^ il partage avec deux soeurs son modeste patrimoine ainsi que la modique pension de retraite, que Pon n'a pu refuser à Pancienneté de ses services*

TOURNEFOTTE {François), lieutenant du traîu d'artillerie, chevalier de la Lëgion-d^honnenr.

Enfant de troupe au régiment d'Artois , Tournefotte a &Lt toutes les campagnes de la révolution, d'abord dans le 30" régiment de chasseurs à cbeva], et ensuite dans le train d^artillerie. MaréchaMes^logis chef, il se distingua aux combats d'Albek , en sauvant un aide-^de*eamp du maré« chalNey, qu'un maréchaWes-logis de dragons autrichiens avait £)it prisonnier; resté seul de sa batterie avec deux sol* dats, Tournefotte, dans la même affaire ramena les deux pièces qu'il commandait, et fut mentionné honorable*' ment par le général Dupont. Après la campagne , il fut nommé adjudant sous-lieutenant, et reçut l'étoile du courage. Depuis cette époque, il s'est encore Sgnalépar plusieurs actions d'éclat. Cet officier qui n'a cesse de I seiTir qu'en i8i5 , est aujourd'hui en retraijte.

BERNARD^ (Joseph-Marius) ^ capitaine en retraite, membre de la Légion d'honneur, né, en 1769^ à Aix^

49* LES Passes

département àes Bouches- du -Rhôiie (addition à son article, tom. !.•' des Fastes, pag. 20^ et 208).

Bernard à peine Âgé (}e dix - sept ans, se fit sol? dat au 6^ régiment de chasseurs à cheval des Ardennes. En i;79i, ri devint sous-^lieutenant au 2* bataillon des. Bouches-du-Rhône , dans lequel il fut nommé càpitaineadjudant-major en 1792. Depuis cette époque jusqu'en Fan 9 de la i^épubliqùe, il servit en Italie dans la 27* demi* brigade d'infanterie légère^ dans la 61* d'infanterie de ligne 5 et à l'état-major de l'armée de réserve.

Grenadier parla taille et par le courage, Bernard fnt particulièrement connu et estimé du général Bonaparte; qui, pour faire allusion à sa haute stature (il avait six pieds deux; pouces)^ l'avait surnommé le dôme de Milan.

Pendant les glorieuses campagnes de nos armées au* delà des Alpes ^ Bei^nard remplit avec succès les missions les plus périlleuses. Aptes le passage du Saint - Ber-nard, il traversa les montagnes du Piémont autniliea des postes autrichiens, qui occupaient les bords du lac Majeur, et porta, sut le Sifnplon, à la division Betaïicotirt, l'ordre de se i^endre à marches forcées à Milan^ d'où il avait été envoyé auprès d'elle.

Deux )ours aVant la bataille de Marengo , il se dévouai encore pour aller chercher le premier régiment de dragons, qui, sous le commandement du général Lapoype, ' était resté au-delà du Pd. Pendant la bataitle , il fut envoyé par Bonaparte auprès des généraux Cari^-^Saint- Cy t et Girard , afin d'ordonner au premier d'emporter à la baïonnette ixn village occupé par l'ennemi, et au second d(& le tourner. Girard ayant devant lui des masses impénétrables de grenadiers hongrois, ne put exécuter le mouvement qui lui était prescrit. Dans cette circonstance,

\DE Lk GLOIRE- igS

tance, il était urgent que le général en chef fôt promptement informé que le résultat h'avait pas répondu à kon attente» Bçrnard se bdte de revenir auprès de lui ; mais déjà la cavalerie des Impériaux a pénétré sur les derrières de notre infanterie, et il tombe au milieu des chasseurs de Bussi : « Nous n'avons plus quà nous tendre, » lui dit alors un lieutenant de dragons, qui, comme lui, venait de porter des ordres, et, en même temps, cet officier j saisissant son sabre par le milieu de la lame, le présente aux Autricliîens. L'imminence du danger etrimpossibililé d'échapper étaient évidentes : on pouvait, sans déshonneur, céder aii nombi'e; mais, datis cet instant, rintrépide Bernard ne calcule que les funestes conséquences du non-accomplissement cleJa mission qui lui a été confiée; s'il est prisonnier, qui apprendra au général en chef que les dispositions qu'il a commandées ont été déjouées par un invincible obstacle? Dé cet avis dépend peut-être le salut de Fhrmée. Bernard n'hésite pas. Résolu à périr ou à se frayer un passage, il se précipite sur les chasseurs , feit mordre la poussière à l'un d'entr'eux , et , après aToir eu l'aile gauche de son chapeau partagée par un coup délabre qui lui a légèi-emeijt entamé l'épaule, il se fait jour, est emporté avec rapidité pat son cheval dont une Hessure augmente Fardeui' et la vitesse, et ,' ix)ùjours pbursuivi , arrive enfin à Tétat-màjor. Dans ce moment, la victoire paraissait iibandonner nos drapeaux ; Bonaparte, Bertliiep et Murât avaient quitté le champ de bataille: tout faisait présager une entière défaite. Mais le général Kellerman et le vaillant Désaix rétablissent le combat; Murât, qui , de la tour du château de Garaffola , est témoin du suc- Tome V. *3

i9f LES FASTES

ces dQ Uvtrs efforU, accourt ventre k terre; les grena* diers à cheval el les chasseurs de la garde font jusqu^à la nuit des charges réitérées; iU renrersent tout par rimpétuosité de leur choc; et lyiarengo est, à" la fin de la journée, l'un des plus éclatans triompher de nos armes. Dans cette mémorable action, çù il remplit sOU9 Murât les fonctions d'aide-de-camp, Bernard tua d^sii main trois cavaliers dont il prit les chevaux.

Lorsque Bonaparte voulut renverser la Bépubliqae^ Bernard , qui aux beaux jours de la liberté avait vers4 son sang pour elle , protesta courageusement conti'ç cette usurpation : quoique admirateur sincère du héros, et enthousiaste de son génie , il ne craignit pas de lui reprocher cette ambition , qui le portait à s'emparer du pouvoir suprême. Bernard fut puni de cette franchise ; comme tous les officiers qui avaient tenu une semblable conduite, il fut exilé ; mais, par une ei^ception des plus honorables , seul il conserva son grade. Transporté dans rîle de Ré , il y était encore le i3 août x8o8 p lorsque les péniches d'une frégate anglaise, qui était entrée dans le Perluis, enlevèrent un bâtiment français à poilée de pistolet du rivage et malgré le feu de' la citadelle. Ce navire était ricbeo^ent chargé; pour le reprendre, on envoya soixante ^ntassins, dans 4eux chaloupes , mais ils n'osèrent pas tenter l'abordage. Toute la, garnison ^ forte de deux mille hommes était sur la côtis; Bernard y était aussi accouru : apercevant l'hésitation des soldats qui montaient les chaloupes , i) s'écrie : <.( Si dou9Q

)i bons B bien armés> veulent me seconder , je pro-

» mets de ramener le bâtiment dans le port. » Il eut bientôt trouvé les compagnons qu'il demandait ; dQÙze

gardès*naUonaux(i), s'cls^l^cent avec lui dans une ernbarcation , et se dirigent a force de rames et aux ciîs dd vive l'empereur, sur les Anglais, qui, voyant leur déter-' mination çt craignant d'être c£ipturés à leur tour., 3e hâtent tl'abandonner leur proie.

Après ce Irait dont le général Dufour et le commissaire , de marine lfacïx)ix j rendirent conipte au gouvernement, Bernard vit cesser fou exil et fut de nouveau employé activement,

SOURD ( Le baron , Jean-Baptiste ) , Colonel du 2* r^imenl d€l lanciers, oflBcier de la Légîon-d'honneur, chevalier de Saint-Louis , né en 1779 , à Signe, département du Var (addition à son article, tom.l®** des Fastes, pag. 266. )•

Parti en 1792 avec le 1*' bataillon du Var, Sourd se signala à son début par une intrépidité peu commune, ' el fut en 1797 admis comme maréchal-des-logîs dans' le corps des guides du général en chef de l'armée d'Italie. Depuis celte époque , il ne quitta plus le champ de bataille , où chacune de ses promotions jusqu'au grade de col6nel qu'il reçut en i8r5 , a été méritée par des ac-

(1) Parmi ces âoiicq hmeà ëtaient :

MM. Lafifond, ëpicier.

Quink>up^ maître cordonnier.

Boufard, fils de rentrepreneur des fortificatipns»

Malaxd, marin.

.DuiAoïit , aujourd'hui juge de paix.

Au npment ou ce dernier s'embarqUait , on vint lui annoncer <]ue sa femme ëtalt dans les douleurs d^^renfantement. a Bites-Iui qu'elle se dépêche, répondit-il plaisamment à la personne qui lui donnait cette lidtt- Telle, liar je compte revenir bientôt pour lè baptême 3 l'Anglais paiera les dragées.»

196 LES FA&TÈS

tioBs d^éclal ou achelëe par 3e graves blessures. Compter les cicatrices dont cet ofBcier est couvert , ce serait faire rhistoire de nos campagnes durant vîngl-quatre ans de guerres. Nous ne ferons que transcrire ici , d'après ses ëtats de service , la colonne consacrée à rapporter les occasions dans lesquelles son sang coula pour la patrie.

Au siège de Gênes, le 29 'germinal an 8, il eut Té* paule dit)ile travei-sée d'une balle.

En l'an 9, au passage du Mincio, il fut atteint d'un coup de feu à la ^arnbe droite.

A léna, le i4 octobre 1806, il reçut deux coups de baïonnette dans le bas-ventre.

Le 7 février 1807., à Eylau ,.il rieçi?t plusieuirs coups de sabre sur la tète et fut atteint d'un coup derlance dans le cou.

Le 19 octobre 1812 ,àPolotsk en Russie, il fut blessé d'un coup de sabre au bras droite .

A la Ferté-sous-Jouai-e , en février 18 14 , une b^Ue lui perça la main droite , et malgré sa blessure il ne cessa pas de commander une brigade composée des 20*, 7*5 ^> 33" et 24* régimens de chasseurs et 6' de lanciers. Ce fut à la tête de cette cavalerie, qu^il 6t la brillante charge de Vauchamp et de Montmirail, ainsi que toute la campagne de France.

Blessé de six coups de sabre, le 7 juin i8i5 , à l'affaire de Geramapes , où sa valeur inspira des prodiges à sou régiment , il subit l'amputation du bras gauche dans les plaines de Mont-Saint-Jean , remonta aussitdt à cheval ,

fit cent cinquante lieues (1), et au bout de vingt-huit

(1) Pour se faiie une idëe de oe que c» lait a d'extraordinaire , il. É»"* *** lire les détails dans- le certificat qui le constate : nous rcprQduilo»* icic«^^ pièce dans son entier.

jours se mît de nouveau à la tête du 3* lanciers qu'il arait réjoint à l'armfée de la Loire, et dont il ne se sépara qu'au licencrement. Le colonel Sourd, est aujourd'hui en non activité.

FERRET ( Pièrre^Chrysos tome) y sous 'Meuienant au 34« régiment d'infanterie dé ligne , chevalier de la Légion-d'honneur 5 né à Saint-Pons , déparlement de l'Héraulli

Je Boassigaé, chirurgien -major du 2^ rëgiment de lanciers , certifie arotc traité M. le baron Sourd , colonel audit régiment , de m coups de sabre qu'il reçut, le 17 juin 181 5, à raffaire de Gemmapes. Le premier, dont la cicatrice existe, est situé sur le pariétal droit ; le second à la face antérieure et supérieure du coronal, au-dessus du som-cil gauclie j le troisième Ion g de cinq pouces à la partie supérieure de Vomoplate du côté gauche j les trois autres bien plus graves éuient situés Tun à la face antérieure du poignet droit et pénétrait profondément l'articulation ; l'autre à la face postérieure de la même extrémité , et divisait toutes les capsules articulaires } le troiitième enfin ^ beaucoup plus considérable, était situé au coude droit , divisant toute l'extrémité saillante de Vapophise oUcrane ^ mettait k nu toute l'articulation et partageait, en obliquant du bas en haut Yhumèrus dans sa totalité. La gravité de ces trois blessures nécessita l'amputation du bras au tiers inférieur.

Malgré l'aBaiblissement total de M. le colonel , par la perte considérable de sang avant et pendant l'opération , malgré les douleurs occasionnées par les différentes contusions qu'il reçut sous Wpieds des chevaux au moment des diverseé charges de cavalerie , la guértson de M. le baron Soi4rd 6*est opérée dans l'espace d'un mois jour pour jour , époque à laquelle il se remit à la tête de son régiment et pendant le trajet de plus de i5o lieues qu'il fit achevai, s'étant mis en route une heure après l'amputation, on ne peut attribuer une cure aussi étonnante et tant de dangers vaincus qu'au grand courage de M. le colonel et à cette force de caractère qui ne l*a jamais abandonné. Signé Poumier, chevalier de la LégLon-<l'honnear*

Le conseil d'administration du a^ régiment de lanciers, certifie que la signature ci-dessus est celle de M.'Fôumier^ chirurgien-major audit ré-> giment.

Auch, le 1*' décembre i8i5. '5rgn^ Cavaléry et David, capitaines Achille de Pcreyra et Barbut, chefs d'escadron.

jgS LES FASTES

Soldat en Tan 7, FeiTet ne ^dut qu^à sa bravoure !e gfade de sous-lieutenant, qu'il obtînt au bout de dix années de service , après avoir été successivement caporal, fourrier , sergent et sergent-major. L'Italie, les Grisons, TAutriche , la Prusse , la Pologne , l'Espagne et le Portugal , furent pendant nos guerres les théâtres où se déploya sa valeur. Ce fut le 6 brumaire an 8 ^ à l'affaire de Lesignano en Italie, que la patrie eut les préraice» de son sang ; il y fut blesse d'un coup dcT fe« à la jambe droite. Le 10 octobre 1806 , au combat de Saaifeld , il donna des preuves de courage et de saug* froid : sa compagnie composëe en grande partie de recrus , qui comptaient à peine quelques mois de service , se trouvait embusquée daiis un chemin creux , dont la profondeur la mettait à Pabri du feu de l'ennemi ; Ferret sortit de ce chemin, monta sur la berge » se plaça à découva^t sar un tertre en boitte à Tarlillerie prussienne , et en affrontant ainsi 1^ mitraille et les boulets, conlrrbua à aguerrir des soldats qui avaient encoi'e besoin d'apprendre comment on peut mépriser le danger.

Quatre jours après , à léna , où il était sergent , il prit au premier rang la place d'un grenadier tué au commencement de Faction , et y combattit jusqu'à la fin.

A Friedland , le 24 juin 1807 , il fut atteint d'un coup de feu qui lui fractura la mâchoire inférieure , et lui disloquja Pos delà joue gauche : cette blessure était grave, mais , malgi-é sa douleur fet la perte de son sang , Pèrret, ne iH>ttlant point quitter le champ de bataille, continua â tirer sur Pennemi et à donner aux soldats Pexempk de Pinliépidité.

Pendant le siège de Dantfcig , il fit pai'tie du 4* régi- ment des grenadiers et voltigeurs réunis , et eut souvent

le bonheur de se signaler, notamment le 19 mal y ^en sautant drs premiers à bord d'une corvette anglaise, partie de WeUchselmunde pour porter dans la place des munitions de guerre, dont les, assiégés avaient le plus grand besoin. Dans cette occasion glorieuse , il tnontra une audace et une résolution qui, en irflposant à l'équipage , accélérèrent son désarmement , et le forcèrent à descendre à terre*

Celte action valut au brave Ferret l'étoile de l'honneur, dont îl fut décoré le i" octobre 1807.

En 1809 , Ferret fit la campagne de Wagram , et vit alors renouveler les triomphes d'Austerlitz , auxquels il avait pris part cinq ans auparavant. Peu de temps après il franchit les Pyrénées , suivit nos aigles victorieuses en Espagne et en Portugal, et resta deux ans dans la Péninsule , on il se distingua , surtout aux sièges d'Âstorga y de Rodrigo et d'Almeïda.

Cet officier est aujourd'hui rentré dans ses foyers avec la solde de retraite.

COURTOIS, aum<inier des ambulances de l'armée française , aujourd'hui curé de Pilon, département de 1^ Moselle. \

COURTOIS , officier d'élat-n^ajor , chevalier de la Lé- "j^ion-d'honneur , i^' frk'e du précédent.

COURTOIS , capitaine au 64' régiment d'infanterie de ligne, chevalier de la Légion-d^honneur , 2* frère.

. COURTOIS , colonel , officier de la légioa-d'honneur , 5* frère.

COURTOIS , çfltpitaîtie au 76* régiment d'infeiiterie de ligne , neveu des précédens*

2op lES FASTES i

Lé canton de Longuion dans le département de la Moselle , a éié le berceau de cette famille de braves. Ele* vésau sein d'une population esseatiçllement belliqueuse, les Courtois n'attendirent pas , pour voler à la défense de leur patrie, qu^une loi de l'état les appelât sous les drapeaux» -

Le premier, curé constitutionnel deLonguioii, lorsquVn 1792 , les Prussiens osèrent fouler le sol sacré de la liberté, sut inspirer à ses ouailles, un dévouement sans bornes à la plus sainte des causes. Véritable pasteur selon l'Evangile, il l^r enseigna que la religion du Christ, n'est pas la religion des esclaves , et leur montra dans les livres du divin législateur, les maximes qui en fondant l'égalité, livrent le dispotisme à Fexécration deshommes,à la réprobation et au courroux du ciel. A Rapproche des ennemis , le cui'é de Longuion devait être signalé à leur vengeance : il le fut en effet 5 mais il n'attendit pas leur arrivée el avant l'occupation , il se réfugia a l'armée qui e'tait campée au-dessus de Mouzon : nommé aussitôt aumônier des ambulances , il suivit nos troupes à Grand-Pré, et, dans plusieurs actions qui eurent lieu à cette époque, il affronta la mitraille et les baltes pour prodiguer à nos blessés dessecours et des consolations» Après avoir éprouvé un échec à Lacroix-au-boîs les républicains forcés de céder au nombre, battirent en retraite ; une de leurs colonnes fut surprise au village d'Autre ; elle se défendit avec fureur. Pendant le combat , Mouereau , sous-lieutenant de grenadiers au régiment de Vivarais, est atteint d'une bïtUe , et tombe baigné dans son sang ; dans ce moment on perdait du terrain et Monereau allait être pris ou peut-êtH^ massacré ; mais C^rtois, à côté dequt il a été frappé, l'enlève du champ de bataille, se jette

DE LA GLOIRE. aoi

avec lui dans la rivière, la franchit, et n'abandonne IVfficier qu'après l'avoir mis en sûreté* Ah ! si le zèle turbulent (les missionnaires, en ranimant chez nous les dissenlions , en entretenant la discorde , en réveillant la haine des partis a pu créer des ennemis à un culte, qui ne commande que des œuvres de paix et de charité ^ des traits de la nature de celui que nous venons de rapporter ne sont-ils pas bien faits pour réconcilier isivec une doctrine , qui compte sans-doute encore parmi ses ministres quelques-uns de ces hommes pieux, pour qui c'est un besoin de marcher en toute humilité et avec un sincère détachement des biens de la terre sur les traces glorieuses des Vincent dePauleet des Fénélon?

lié curé de Longuion avait trois frères ; tous trois se rangèrent volontairement sous les drapeaux de la révolution. Le premier s'éleva par de beaux exploits ,au grade de capitaine dans le i3* régiment de, dragons; successivement aide-de-camp et officiel: d'état-m^jor, il fit la campagne d'Espagne en . 1808 ; subit h Baylen le sort des braves qu'une capitulation consentie par la lâcheté ou la trahison livra aux Anglais, fut emmené prisonnier, s'échappa du ponton la vieille Caatille ^ après avoir désarmé trois soldats espagnols de l'équipage, et revînt combattre sous les aigles à l'ombre desquelles il avait mérité l'étoile de l'honneur. .

Le second , capitaine au 64* régiment d'infanterie de ligne, pérît à Wagram, en conduisant à l'attaque du Village de ce nom, une compagnie de voltigeurs et de grenadiers réunis à qui ison exemple inspirait des prodiges de valeur. Ce guerrier renommé pour son intrépidité, avait fait toutes les guerres de la Vendée dans le 8* bataillon de là formation d'Orléans; il s'était signalé ^

ifA lES FASTES

])eii<laiil la èônquète àe Naples; avait été fait officier sur le champ àé baf aille par le gënëral Massënâ, en 1799 (voyez tome i*' des Fastes, page 71 et 73; Taclion dVclat qui lui valût cet avancement y est rapp€3i€e),ct avait échange une arme d'honneur contre les inâigues de la moderne chevalerie.

Le troisième se fit en Italie une des plus brillantes réputations militaires.

A Mosembano, étant chef de bataillon de la 45* demibrigade d'itifanterie de ligne, il se saisit d'un drapeait, et marcha ainsi: à la 0te de son corps pour le conduire à la tictoire» *

Nommé major du 76* régiment, et ensuite colonel, il commanda a Wagram une brigade des grenadiers et voltigeurs re'unis; sa belle conduite dans cette journée ou il reçut deux graves blessures, avait attiré l'atteBlion de TEmpereurqui voulut lui déférer k litre de baron avec une dotation considérable) mais le bruit de sa mort «'étant i^pandu, il ne fut point compris dans le décret de promotion, et se vit ainsi frustré de la récompense due à ses éclatans services.

Le capitaine Courtois qui fut tué à Wagram, arait presauie toujours combattu sous les ordi^es du colohel son frère; ils avaient assisté ensemble à plus de trois cents combats, sièges ou bataille^.

Le colonel se fit particulièrement remarquer i Marengo et au passage du Miiieid. Il est officier de ja L^ion* d'honneur.

Courtois neveu , fit sous ^n oncle l'apprentissage de la guerre; entraîné par un invincible penchant pour la profession des armes, à seize ops il s'enrâladans le 43 d'infanterie de ligne^ et passa ensuite dans le 76'» ^

bte LA GLOtftE- «5

avant tfav^nr atteint sa vingt-septième année il fut nommé capitaine sur le champ de bataille; c'était là que depuis le rang de soldat il avait obtenu tous les grades intermédiaires.

• Il fit la campagne du Hanovre; montra dans celle de Prusse en 1806 et 1807, une valeur à toute épreuve; se distingua à lëna ^ à Eylau , à Ostrolenka; fut envoyé en Ë^agne au commencement des hostilités et fit partie, a Baylen, du corps du général Dupont. Emmené prisonnier et jeté, avec ses compagnons d'infortune, dans le ponton la vieille CaatilU, il s'évada après avoir désarmé deux des Espagnols préposés à leur garde, et arriva à terre le premier.

En Portugal , il pénétra dans les rangs d'un régiment anglais , et y fit prisonnier un officier. Pendant les sièges du Lerida et de Rodrigo, il mérita souvent des éloges y ainsi qu'en plusieui's autres occasions ou s^ conduite fut mentiounée honorablement dans les î-apporls des généraux. Chaque jour, il ajoutait quelque nouvdie prouesse à rejcploît de la veille : les cliefe de Courtois sollicitèrent pour lui l'étoile du courage, mais^ par une fatalité trop commune en Espagne, le courrier, qui portait le mémoire de proposition , fat enlevé par des guérillas > et la demande ne parvînt point à l'Empereur.

En 18 13, Courtois ayant quitté la Pénîtisulè alla combattre dans les plaines de la Saxe, où, avec la grande annëé., il*cueillit les derniers lauriers de l'Allemagne, k cette époque, la compagnie de voltigeurs , dont il venait jrécemment 4'être fait capitaine, se comporta avec tant de valeur dans plusieurs affaires d^avant- postes, que Napoléon satisfait, décréta qu'elle recevrait un certain nombre de croix d'honneur; Côiwtois les distribua toutes à sei

m4 les fastes

soldats. On s'étonna alors que^ suivant Pusage^ il n'«ût pas commencé par Itiî^mème, mais il était trop modeste, et à la fois trop certain que ce prix de la vaillance devait tôt ou tard lui être décerné^ pour ne pas refuser de se l'adjuger par son propre choix. Il l'eût, en effet, reçue peu de temps après, mais, dans un combat aux environs de Dresde, il fut atteint .d'un coup de feu dans la hanche, et fut transporté avec les ambulances de l'armée ; après la déroute de Leipsick , il tonaba au pouvoir de l'ennemi, et mourut des suites de sa blessure dans l'hôpital de CoUin en Bohème.

Le capitaine Nicolas-Alexandre Courtois , a qui nous avons consacré un article dans nos Fastes , est de la même famille que les cinq qui font l'objet de cette notice. (Voyez ce qui concerne cet officier, lom. i."j pag. 359 et 36o , et, dans le supplément annexé au 4/ vol. , les pag. 46» et 465 ).

DUVIVIER (René-Charles), chef de bataillon à la légion du Puy-de-dôme, officier jle la Légion-d'honneur, né à Ernée, département de la Mayenne.

Duvivier sortit de l'école militaire en 1799. Quinze années de glorieux services, trois blessures graves, et de brillantes actions sont les titres de cet officier à l'estime des braves.

En i8i3, il fit partie de la garnison de Sletlîn, et se signala pendant le siège de cette place. Au moment du blocus , aucune mesure n'avait été prise pour l'approvisionnement ; Duvivier, à la tête du 4:* bataillon du 124® régiment etd'un bataillon du 65% commandé pa^ le chef de bataillon de Roy de Wichen (1), sortit des

(1) Aujourtlliui colonel^ aide-de-camp du prince d'Orange.

DÉ LA GLOIRE. ^ ao«

remparts , battit la campagne , demeura yîngt-quatre heui-es dehors, et parvint, malgré les efiForts de la cavalerie russe , à ramener dans la ville plus de sept cents têtes de bétail, des fourrages, des grains et des prisonniers, parmi lesquels se trouvaient cinq cosaques avec leurs chevaux.

Celte expédition eut lieu dans le mois de février. Quel* ques jours. après, il alla sous le feu des batteries ennemies , incendier des maisons qui ofiFraient un refuge aux assiégeans pour tirer sur nos postes extérieui^s. Avec moins âe quatre cents hommes, il engagea la lutte contre six mille Prussiens, la soutint pendant trois heures, leur fit éprouyer une perte considérable , et ne se retira qu'après «n avoir reçu l'ordre. Dans cette occasion , où il déploya autant d'habileté que de bravoure, cinquaate-neuf dô $es soldats furent mis hors de combat , un de ses officiers fat tué et un autre grièvement blessé. Duvivier, et le chef de bataillon Casiillon (i), qui, sur la fin de Taclioti, était accouru pour jr prendre part, reçurent'alors les éloges du général-gouverneur, qui men-« tionna leur conduite dans un ordre du j our.

Le 29 mars, Duvivier guida le' bataillon, qui, sous là direction du général Dufresse (2) , repoussa' les Prussien* «or tous les points d'attaque, et* couVrit de leurs morts k terrain' sur lequel ils s'étaient avancés^. Aussi longtemps que dura le siège, Duviviei? ne cessa pas de donner des preuves d'intrépidité et de dévouement; chaque jour, il affrontait de nouveaux périls, et mérita , par' ses suc-

(1) Aujourd'hui lieut^ant-^colond de la Lëgion de TAin. (a) Foyez dans le tome U de cet ourrage, page 81 > 8a et S5 , la notic* «or le général Dafri^se.

2o6 LES FASTES

çès et par Taudace de ses entreprises, d'être compté parmi le^ guerriers qui avaient le plus effîcacenient coutribut à la défeûse d^ Stettin. Il en fut réco^]pen8é par la croix d^officier de la Légion» d'honneur , que lui conféra un décret impérial du 29 juin i8i5; mais, par un oubli inconcevable, son nom ne fut point cité dans la relation que le général Dufresse fit imprimer dans le Moniteur.

ARNAUDAT ( Pierre-Henri d') , général de brigade, commandant.de la Lêgion-d'honneur, né à Orthès, département des Basses^Pyrénées. -

Après avoir servi daps le 60* régiment où; jl» avait été auccessivemeat cadet gentilhomme en 17799 soui^-Iieutenant en 1780, et li^itenant en 1783, d^Arisaudat devint capitaine le 1*' juillet 179^. Il fit aveo distinction la première campagne. de la révolution, pendant laquelle îl fut hlessé, et obtint, sur le chattip de bataille, le grade d'adjudant- général chçf de b{it(^iUon,«et €S)juite celui d'adjudant-général chef de brigade, auquel il fut promu le 27 avril 1 795 5 il était alors à P^iz^mée dea Pyi^énées-Occidentales , et se signala coatte \e» Espagnol, au combat de la montagne de L<;^is XIV«

Dans son rapport, le jénérul -Servito , com*»aî*dant en chef, s'ejcprimait en ces termes : « Quatre pièces de » canon supérieurennent servies , et judiçi^usegient pl^** » cées par l'adjudaiit-général d^Arn^tKlat, déterminèrent » le succès de celte hviHwHfi )op|*qée. Ce &t là que ce » brave officier fut atteint à > poitrîpe d'un éclat d'or » bus, et renversé de cheval; quelques instans aupara- » vant,^ un grenadier d'Angoumois avait eu le bras cassé; » l'adjudant d'Arnaudat court pour te secourir et \^ » témoigner sa sensibilité. « Ne me plc^ign^/s pas g !«'

DE lA GLOIRE. ao;

» répond le grenadier , U me reste encore un bras pour ï> la république ». ^ .

Le même jour, d'Arnauclat fut nommé général de brigade, et placé à la tète de l'avant-^gaide de la division de gauche, sous les ordres du général Dubouquet* Peu de temps après, il (kt fait chef d^état-major de l'armée, sous le gmérAl. I^aboqvdoQiiâye. A la paix^ il fut employé à rintérieur, et passa ensuite à l'armée du Bhin, dont il guida l'aVant-ogarde. En prairial an 7, il battit les Au tri-» chiens, et défit entièrement le régiment des Seklers (hua-* sards ), En t^tidant compte de cette journée au Directoire aécutif, le géjqéral en chef Masséna disait : m L'avant- » garde^ .co;mman4éé par le général d'Arnaudat s'est très^ » dislinguée dans cette afiaire» Culbuta de toutes parts | nies Autrichiens ont perdu beaucoup de monde ^ cent » cinquante prisonniers, deux ceilts chevaux enlevas ^ yt et nos positions reprises ; tel a été le résnltat de €ettQ ^ heureuse journée »*

Pendant cinq campagnes de la liberté , If gâféral d^Ârnaudat prit paît à un grand nombre de combats, eJb se cotupoiia., dans toutes les occasions de. manière à^ mériter le» létoges des^néranx eu chef et des représeutaps en; mission. TcHijoars au poste d'bons^ur, ioujours pli^io de cèle poiit la «hose publiquie, il n'a^ij; qu'une fiteule jpiansée^ celle de k prospérité et de Tin* d^iendafioe d^ fia patrie» à lamelle il se mantvà.oons* tammeiîit dévoué, . ' ^

Le général. d'Arnaudat est père du jjenne d'Arnandat. ^ ^^i nous avons consacré quelques lignes dans nos Fastes (voy. tonii i^*^^ pag. 228 )• Son article a été omis dans la nouvelle Biographie des eorUemporains > ainsi que dânt ^ Biographie nèUikUre française, et cependant, lea

2o8 » LES FASTES

auteurs de ces deux ouvrages ont rapporté le brillant fait d'armes par lequel son fils s'est immortalisé.

MAÇON {Pierre) y général de division, aide-de-camp de rfempereur, commandant de la Légion -d'bonnear, né, en 1769, à Chasselay, département du R]bôae^

Soldat en 1787, Maçon dut à sa bonne conduite un avancement rapide. En 1792 , il était adjudant-sousôfficier, et fut fait lieutenant par brevet du ministre de la guerre. En 1795, sa bravoure lui avait mérité le grade de capitaine; les représentans l'appelèrent alors aux fonctions de commissaire des guerres; mais, épri^ de la gloire, ii voulut combattre, et revînt se placer sotis les drapeaux du 6* régiment d'infanterie dont il guida le 2* bataillon à l'armée des Pyrénées^OrJehtales, avec laquelle il fil led campagnes des années 2 et 3 , et où il fut grié* Tem^iit biaisé*

Chef de la 122* demî-brîgade,illac0ndaisit«nItalie,pendant les années 4 et5 , et servit ensuite à l'airmée d'Angleterre ainsi qu'à celle de fOuest,jusqu'au 9 therxiiidoran/.

En l'an 8 , à la tête de ses carabiniers , il franchit des premiers le grand Saint-Bernard y etengage un combat à Bomano, Malgçé les balles et la mitraille, par line manœuvre hardie, i\»e f^récipijte dans la Gbiv^àl^y la traverse avec ses soldats, dans Feau jusqu'au menton, et aborde sur la rive opposée, au moment mèùie où nos grenadiers, qui s'étaient présentés pour enlever le poo^ établi sur cette rivière, venaient d'être repousses.

Le 20 prairial an 8, à la bataille de Montebello^ avec quatre cents honîmes seulement, il tint;eil écfaeb quatre mille Autrichiens qui cherchaient à tourner la VU'oite de

l'armée, et leur fit six ceQts prisonniers.

A la brillante journée de Marengo, avec deux cents braves, il ai^réià, par une charge à la 'baïonnette, une colon ae de trois mille ennemis.

Le 4 nivôse an 9 9 le premier il passa le Mincio à la tête de sa demi-brigade. Pendant la bataille, il soutint avec succès trois charges d'infanterie. Sur les sept heures da soir, les grenadiers. hongrois se précipitent et veulent loi ravir la victoire; il les reçoit à demi-portëe de pistolet, les fioodroie de son feu, les force à la retraite^ et complète par celte action brillante , un triomphe auquel Avaient participé tous les corps ée Fârmée.

Rentré en France, Maçon fut fait général de brigade ^ et sous-gouverneur du palais des Tuileries et du Louvre Il fut ensuite employé à l'état-major de la garde; devinl^ aide-de-^camp de l'Empereur, et mourut général de di"vttion.

TURREAU DE LINIÈRES (le baron) {Loida-Marie) , général de division, grand officier de la Légion «d'honneur, chevalier de Saint-Louis^ né, en 17Ô7, à Ëvreujc, clépartement de l'Eure. . "

Turreau avait fait en Amérique, la guerre de l'indépendance, lorsque la révolution française l'appela de Hoavean' sous ses drapeaux. Volontaire dans le 5^ ba^ taiilon>dè l'Eure^ il fit la campagne de 1792 aux armées da Kord et de la Moselle, parvint au grade de chef de bataillon , suivit les opéra tionsf de la guerre dans le duché de Trêves, commanda quinze cents hommes à l'affaire d'Arien t où sa bravoui^ et ses talens le firent nommer adjudant -(général chef de brigade; passa à Farmée de P0ué8t> y fut chargé, en arrivant, de la direction des colonne» et du campement , «e trouva à trois affaires Tome V. i4

sanglantes dans lesquelles il déploya ilne rare. valeur; battit .les rebelles .au ppnt de Ce, et remporta sureaux, quoîqu'avec des forces bien inférieures ça nombre; un avantage signalé^ les services qu'il rendit alors 4 la république lui valurent le grade d^. général divisioaQaire. Os fut en cette dernijère qualité que, le i3 septembre 1793^ il fut investi provisoirement du commandement de Farmée de$ Pyrénées -Orientales, 11 succédail: au général Da vouât , qu'avaient rebu,té les* prétentions ^.étranges des reprësentans en mission j il ne fut pas pjins heureux que lui, et, après avoir fait quelques reconnaissances 9 et dirigé avec aucoès nos troupes dans plusiiôurs «paires qui eurent lieu, au Piat-Delrezj il .se vit réduit à. demander son changement, et reçut l'ordre d'aller prendre le commandement de Parmée de l'Ouest. Placé au foyer de la guerre civile, contrarié dans ses vues par des boiQmes qui appelaient partout la désorganisation et l'indiscipline , Turreau eut besoin d'une fermeté à toute épreuve, d'une activité infatigable, pour répondre à la confiance que la république mettait en lui. Mal secondé, Inal obéi , et ne pouvant compta* sur personne autre que sur lui-même, il fut oblige, de remplir les triples fonctions dégénérai enob^, de général d^ divi^P^ ^^ de génér<iï de. brigade. ^oflfVent on Iç, vît, à Ja^tête,d'.une poignée de soldats, exécuter de^ alljaques partielles, dPi^^ dans d'autres, oirconstances, il eût laissé la conduite i un sons'-lieutenant. A cette époque, les déroutes à l'armée, de rOuest étaient très-firéqnentesj. le général Turreau n'en éprouva jamais. Sa premi^^e expédition bit $wr l''*^ de Noirmoutier dont il se renditmatîtr^ l^. i4 nivôse an 2. L'ennemi y avait, âix-buit«eiM:4 homnie» ^l trente pièces d'artillerie. Malgré ces moyeps de défense, la côte fut prise

DE Là G^^OIRE. 211

à l'abonlage , et la ville enlevée d'assaut. On y fit quinze cents prisonniers ^ parmi lesquels se trouvait d'Ëlbéé ^ gé^ néralissime des armées catholiques et royales. .

Après cette victoire, Turreau s'embarqua pour Nantes, où il reçut dixrmille hommes dé Farinée du Nord, Dès qu'il put disposer de ce renfort , les Vendéens n'eurent plus de repos. Il se fit le centre de dousse colonnes, qvi, pendant trais mois, ne cessèrent pas de se croiser, dans tous les sens et de battre les rebelles dans toutes les raicontres, à Machecoul, à Fort^-Saint^^Piere , à Tif-^ fauges , à* 1b Chatteignerai, aux Landes de Bouin^ à celles de Corpoué, à Cliâson, à^Saint-Fulgent, etc. L'armée > de Charrette fut mise en déroute, et celle de Laroche- Jacqaetin cpiuplètemént défaite , & Montevraùlt* I^our . achever d'étoufierla rébellion, Turreau ordonna un système de camp , qui, produisant autant de viUea mobiles sur le sol de la Vendée ^ rendait tout p<>int de rallie- , ment impoisjsiUe ^ mettait les campagnes à. Fabri .de la dévastation ^ et fitoilitait au besoin la èonocntration des forces delà république j afin de donner plus d'efficdeité à ses mesures, il eût voulu, dès ce moment, publier un^ atimistie ^énéi^ale, mais le Coimté de sàlut public ne jugea pas à propos de l'accorder.

En prairial an 2,Turreâii quitta Famiée et vint commander à Belle-Isle-en^mer qu'il fortifia avec une rare habileté* Il continuait de consacrer à là patrie ses tra-> vaux et ses yeilles, lorsque , le x4 yeiidémiaire an 3 , il fut arrêté par décret delà Convention. Traduit > après une détention dequatorae niois5 devant un cotiseil.de guerre composé de dix oifieiers généraux, il n'eut pas de peine à se justifier des pifétendus. crimes que lui impu-t

taient des hommes apostés dans rassemblée par le parti royaliste.

Le 18 fructidor an 5 , il fut remis en activité à l'armée d'Allemagne, où il fut chargé de l'investissemeut de Mayence et de celui d'Ereinsbreistein. En Tan 7, ilcoinmanda la pi^mlëre division de l'armée d'Helvétle, occupa le Valais, battit l'ennemi, le 38 messidor, su» les deux rives du Rhâne, força, dans un autre combat, les. Austro- Russes de remonter le Simpton , culbuta tout ce qu'il rencontra dans la gorge de Pavedro, et poussa ses àrantages, dans le Piémont septentrional, jusque sur les bords dû lac Majeur. Après cette campagne , et eut par intérim le commandement de l'armée du Danube, et contribua à ses suécès, notamment dans la journée du 9 floréal, où il passa sur le rentre des Autrichiens ^ et pénétra dans Bibwach.

En l'an 8, il fut appelé au commandement de Taile gauche èê l'armée d'Italie, et établit son quartier-général à Embrun. 11 reconnut par lui*même le pays qui lui était confié, surveilla les vallées de Baroelonnette et de Cézane qu'il devait fermer à. l'ennemi , soutint avec snccàs plusieurs engagemens, et se ^mit ^n route le So floréal, pour rejoindre l'armée de réserve, après son pas* sage du mont Saint-Bémard. Il n'avait que quatre mille hommes : il en dirigea une partie par le Mont-Céois, et i^avança avec le reste par le mont Genèvre^ Â Qtà^ ▼ières, l'ennemi l'attendit dans une positioii que l'art et la nature semblaient rendre inexpugnable j le géné^ rai n'hésita pas à l'attaquer^ et , après dix heures de combat, huit redoutes armées de canons, tombèrent en son pouToir< Quatre mille Autrich^roA furent débos-

DE LA GLOffiE. pi5

qaés par quatorze cents Français, et s'enfuirent abandonnant cinq cents morts, des armes, des munitions, et quinze cents prisonniers.

Il ëtalt sept heures du soir, Turreau ne voulant pas laisser aux vaincus le tempa^ de revenir de leur terreur , le mit à leur poursuite, dans Pespoir d'arriver à Suze aussitôt qu'eux. A onze heures, on se battait encore; la prise du fort Labrunette dont la garnison , forte de . quatre cents hommes , se rendit à discrétion , termina heureusement la journée. Depuis le s jusqu'au i5 prai* rial, Turreau ne discontinua pas de harceler Tennemi, et de tenir en échec une division de douze mille Autrichiens, commandée par le général Keim.Il opéra ainsi une diversion, qui fut très-£sivorable à l'armée de ré- «erye.

Après la bataille de Marengo, Turreau prit posses^ non de Turin , et fut nommé commandant militaire du Piémont. Eln l'an 9, il soigna les travaux de Touverture dttSimi^on, reçut, en l'an 10, la mission d'organiser la république du Valais, etfut, enl'ttn x3, envoyé en ambassade près des États -Uois d'Amérique. Rentré en France^ en 1810, il fut employé en Allemugne, et commandait encore à Marienbourg^dans le grand duché dè^ Wmizbourg, au moment de la chute de l'Empire. /

En i8i5, il fut ^dèle au drapeau de la révolution» Arprèa lé désastre de Mont^Saint-Jean, il fut chargé par le gouvernement provisoire delà défense de la rive gauche de la Seine , et ensuite nommé commissaire de l'armée française pour l'exécution de la convention du 5 juillet* Depuis cette époque,. il s'est retire dans sa terre de Cdnche e» Normandie^ où il vit heureux des souvenira d'un guer^ rier sans reproche, d'un citoyen vertueux^

3i4 LES FASTES

Le général Turrean a publié, sur la guerre de la Yen* dée , des inëiiloires> qui sont du plus haut intérèjt. Ces mémoires ont été réimprimés .pendant les dent jours.

BAlLLYDEMONTHION(F. G.), chef d'escadron au 9^ régiment de chasseurs à cheval , membre de la Légion-d'honneur, né à Pile-Bourbon, en Afrique.

Bailiy avait à peine dix-sept ans, lonsqu'en 1793 il fat nommé sous -lieutenant au. 74* régiment d'infenterie. Il combattit dans ses rangs aux armées du Nord et de la Moselle , se signala par sa bravoure aux affaires du bois de Saint- Vandèle, de la forêt de Monnaie, du bois du TilIeuK Au blocus de Maubeuge, il fut destitué comme noble^ reintégré ensuite comme patriote, il devint aide-de-camp du généralïarreau, montra beaucoup de sang-froid et de courage dans l'expédition et à la prise de l'île de Noirmoatier, ainsi que dans les difiEéi^entes actions qui eurent lieu à Tiffauge, aux Landes, de Bouin, à celles de Corpoué, à St.- Fulgent , à Montevrault ; fut.successiTement attaché à l'état-major des généraux Beaupuy et Canclaux , devint lieutenant-adjoint de l'adîudant'^énéral Robert, fut promu au grade de capitaine, et reprit , en l'an 5 , ses fonctions d'aide - de - camp. Pendant trois ans, constamment à l'avant-garde de l'armée d'Allemagne , il s'honora pai* des prodiges de valeur devant Mayence et fut envoyé trois fois en parlementaire, pour sommer la garnison d'évacuei' la place.

En l'an 8, Bailiy. de Monthion se distingua plusieurs fois à la tête d'une réserve de grenadiers , dont son générai lui avait confié le commandement. A l'enlèvement des redoutes de Gravières , à la prise du fort Labru-

nette et de la ^ville de Susse, l'exemple de son inlrépi*

DE LA GLOIRE. 2i5

dite électrîsa les soldats. Dans la dernière de ces actions qui toutes trois se passèrent dans la même journée, il eut tin cheval tué soûs lui , et ses vêtemehs restèrent criblés de balles. Il fut àlorè ^evé , sur le champ de bataille, au grade de chef d'escadron, mérita la[ croix d'honneiir par de nouveaux exploits ; et continua à donngr à ïa patrie d'éclatantes preuves de son dévouement.

BEAUNIER {Léaurent)^ capitaine , quartier-maître du i4* régiment de chasseurs à cheval , chevalier de la Légiourd'honneur.

Ati moment, où en i8i5, les Àustro-Bâvarois pénétré»» rent dans le département du Haut-Rhin , la place de BelFort dont ils formèrent le blôcus , ne renfermait des "vivres que pour vingt-huit )ours. En décembre le siège commença , dans cette circonstance critique le capitaine Beaunier fut chargé de veiller a l'approvisionne- 'ment 5 il ne pouvait pas créer deB subsistances , mais son intrépidité et son audace, lui en firent trouver hors de^ remparts : Beaunier exécuta des sorties , enleya les magasins des assiégeans , et mit ainsi la garnison en état de régler pendant quatre mois^

FERRUS {Jean^Joseph) , chef de bataillon du génie, né en 177e , à Brîançon, département des Hautes-Alpes.

Peu de mois après sa sortie de Técole' de Metz , Fer* ras fut fait tajiitaine du génie. H était alors âgé de dix*neûf ans et ne dut cet avancement qu'au courage qu'il montra pendant le siège de Maestricht. Employé en Italie, il y servit avec distinction et suivit Bonaparte en Egypte. Ferrus mérita la confiance du général en

2jl6 les fastes

chef^ qui ne tarda pas à apprécier ae$ talens. Ferras soutint dans toute la conyictîon de son àme et avec toute la pétulence d'un jeune homme, que Sainl»Jean- d'Acre ne pouvait être emporte de vive force. Cet avis partage par plusieurs officiers , et notamment par lé gënéral Lannes, ne fut pas écouté. Ferras- ne s'en dévoua pas moins; il fut blessé deux fois dans la tranchée et mis hors de combat. Il était a l'ambulance y lorsqu'après des éBbrts inonis, Bonaparte , désespérant enfin du succès de son entreprise , fit venir le colonel Bessières; « Allez ^ lai » dit-il j annoncer au capitaine FeiTus, que )e le nomme y> chef de bataillon 9 en récompense de ses sei^icesetde )) sa franchise! Je n'ai su que par lui la vérité toute en* » tière. » Malheureusement, Ferras ne put pas jouir de cette distinction. Le i*»'' prairial an 7 , il succomba dans Caïfià aux attaques de la peste, et emporta dans la tombe l'estime d'un héros et l'amitié de ses camarades.

THIÉBAULT (Le baron, PauUCharles-François- Adrien^Henri'DieU'-donné) y Lieutenant-général, corn* mandant de la Légion-d'honneur, chevalier de Saint- Louis , né en 1769 , à Berlin.

Thiébault, s'enrôla le 3 septembre 1792 9 comme grenadier au premier bataillon de la Butte*des-Mouliii5 ^ et lit avec lui la campagne d'été dans la Champagne , et celle d'hiver à l'armée du nord. À la suite de la première, il fut fait sergent; après la deuxième et notamment pour sa conduite , le 6 novembre , à l'afiFaire de Blaton , en avant de Condé , il fut fait lieutenant au i«' régiment de Tournay , qui devint ensuite le 24* d'infanterie légère. L^ a4 mars 1795, il fut nommé capitaine. En juillet,

DE LA gIoIRB. 2T7

il fat adjoint à l'adjudant « général Jouy ( i ) , chargé par le goavernemeni de se rendie aux armëes des Ardennes et de la Moselle , et d'en ramener en poste vingt-cinq mille hommes pour secourir Valenciennes. Rentré à son bataillon , il se distingua an combat livré le 21 àeptem-. hre, dans la forêt de Mormale^ pour débloquer le Quesnoy ) enlera avec sa compagnie , forte de trente-six hommes seulement, les retranchemens qui couvraient le vil* lage de Fontaines, et prit part aux nombreuses actions auxquelles donna lieii le blocus de Maubeuge. Le général Chancd , qui avait été témoin de sa valeur, le prit pour aide-de-camp la veille du jour où la place fut débloquée. Pende temps après, il reprit les fonctions d'adjoint auprès de l'adjudant-général Cambray, et ensuite à Tarmée du Rhin , auprès de Pàdjudant-général Donzelot , avec qui il acheva la campagne , pendant laquelle les lignes de Wissembom*g furent reprises et Laniiau débloqué.

En 1794, il suivit aTec Donzelotle général Pichegra envoyé à l'armée du Nord , et combattit squs ses ordres en Belgique et en Hollande. Tour à tour employé à l'étatinajor-général , ou placé dans Tes rangs du 3^ bataillon de tirailleurs , il déploya partout une extrême bravoure et de véritables talens militaires. A la prise d'assaut des U* gnes de Bréda , il s'élança des premiers dans les redoutes, après avoir passé sur la glace à moitié brisée. Pendant cette attaque , avec douze chasseurs , il an:êla un esca'^

(1) Aujourdlitti membre de racadémîe frftnçaue, et Fum det liommeg les pliu spiritueLs de notre siècle. LlHermite de lalChaussée-d'jtntin^ VUermiU en province , la Féstale, opëi»» Bélisaire t(L Scylh , trag^ 4ici; i<mt M» prixidpaiis tiuee à la floire littéraîvt.

2i8 tiES FASTES

droa ennemi , et termina par cet exploit une campagne, qui était sa sixième depuis le commencement de la guerre de la révolution.

En 1795, Tadjudant-gënéral Jouy , qu'une injustice avait quelque temps éloigné des armées, fut réintégré dans son grade; le capitaine Thiébault le rejoignit de nouveau comme adjoint , senît avec lui, à l'intérieur, et se trouva à la journée du x5 vendémiaire. L^année suiyante , il fut adjoint de l'adjudant-général Solignac , et se rendit en Italie , oiî dans la division Masséna , il fit les campagnes de 1796 et de 1797. A la seconde journée de Rivoli , il chargea à la tête du 2* bataillon de la 32* de ligne , et reprit sur le soir toutes les positions que la gauche avait perdues le matin.

Elevé au grade de chef de bataillon , Thiébault devint chef d'état-major de la 2* division , qui fut opposée aux insurgés dans les États Romains. Il dirigea contre eux une des premières expéditions , et leur enleva six pièces de canon , quinze cents fusils et dix-sept quintaux de poudre.

A la réorganisatipu de l'armée de Rome', par Champi^nnet , il fut chef d'état-major de Faite gauche successivement commandée par Casabianca et Duhesme, et fut blessé à la bataille de Porto-Fermo, par laquelle s'ou- ^vrjt la campagne de 1799. A l'attaque de Naples,qui, deux fois avait été tentée infructueusement, il commanda pendant cinquante-quatre heures de combat , six r^imens , ayant leurs colonels en tète, brûla le faubourg de Càpoue, s'empara de dix-neuf pièces de canon, fut le "premier chef français militairement établi dans la ville et reçut sur le champ.de bataille le brevet d'adjudantgénéral. Envoyé dans la Fouille, avec deux barques de'

pécheurs ^t cinquante grenadiers , qu'il avait fait déguiser en matelots , il prit à la hauteur de Menfredonia , à six milles en m^r , de nuit et à l'abordage , une polâcre arm^ de quatorze bouches à feu et montée par quatrevingts * marins. Au moment où nos troupes évacuèrent cette contrée pour revenir dans la haute Italie , à la tête des grenadiers de la division Olivier il força les remparts d'bola , et entra dans cette place en franchissant sous un feu meurtrier, et sur une seule poutre le pont détruit du Garigliana Ce passage coûta soixante grenadiers.

Pendant le blocus de Gènes j ThiébauU fut Pun d^ quatre adjudans-généraux spécialement attachés au général en chef Masséna. Le 20 germinal aii 8 (1800)9 il assista à ce célèbre combat de Vareggîo, dans lequel douze cents Français résistèrent pendant huit heures à quinze mille Autrichiens. Ce fut à la un de cette, sanglante journée que Masséna lui adressa ces mots si connus : i\ La mort, Thiébault, ne veut donc pas de notes! »

Le 10 floréal, Thiébault fut nommé général de brigade sur le champ de bataille , pour avoir enlevé le fort de Quezsd, après un combat inégal el très-acharné. En 1801 , il commanda àRochefort les troupes qui devaient s'embarquer sur la flotte de l'amiral Brueis, et passa peu de temps après au corps d'observation de la Gironde, avec lequel il entra en Espagne et fit la campagne de I^ortugal. De retour en France, il fat successivement employé dans la vingt-deuxième et dans la première division militaire^ y commanda à différentes époques, les subdivisions de Seine-et-Oîse , d'Eure-et-Loir , et du Loiret, et fut appelé à Pinspection générale, du 4o* de ligne et du 5® de hussards. Le 4 juin i8o4, il fut nommé

commandant delà Légion-d'bonneur ^ dont il ëtait membre depuis 1809.

En iSoS) il sfaivît la grande armée en Autriche, et contribua à la prise de Memmingen ainsi qu'à l'investissement d'Ulm.

A Austerlilï, il emporta à la baïonnette le village de Praten, et bientôt après commença, pour sa brigade , celte luite pendant laquelle trois mille cinq cents Français résistèrent pendant sept heures aux efforts de vingt mille Austro-Russes , les repoussèrent sur tous les points, gardèrent les hauteurs et coupèrent ainsi en deux l'ai^ mée des alliés , qu'ils empêchèrent de foimer sa ligne de bataille. Vers le soir , le général Thiébault, après avoir enlevé le chiiteau dé Sockolnits; , voulut avec cent vingt honunes s'empai*er de ~six pièces de canon , que les Rus* ses avaient de ce côté. Le succès couronna son audace ; mais le général Thiébault fut frappé par un bîscayen qui lui brisa le bras droit et l'épaule ; dans cette bataille, il eut deux chevaux tués sous lui.

En 1806, la grande armée courut à de nouveaux triomphes dans les champs de la Prusse: TbiébauU, dont les blessures étaient encore ouvertes, fut nommé gouverneur du pays de Fulde. A peine était-il depuis un mois à ce poste, qu'il fut entouré par trente mille Hessois , révoltés : il n'avait avec lui que treize gendarmes ; mais il fit un appel à la population Fuldoise , et , eh dix: jours, il eut un corps de trois mille citoyens, arides et prêts à combattre 5 unanimement secondé , il se maintint et^ avant l'arrivée d'un renfort que le maréchal Keltermann lui envoyait de Mayence , il se trouva n'a* voir plu3 besoin de secours. Les habilans en réconnaisr-

sancede ce qu'il, avait dans cette circonstance. prësené leur territoire , lui firent don d^une belle épée d'or.

A la paix de Tilsitt, Tbiébault fut nommé chef d'étatmajor gênerai du premier corps d'observation de la Gironde ) destiné à agir contre le Portugal. Il fit avec lui cette expédition si teiTÎble par les soufiErances ^ les privations etlesfatlguesy qui marquèrent la marche de nos troupes c^e.Salamanque à Lisbonne. Débarqué à Qutbe* roD par suite de la capitulation de Cintra , il repassa bientôt les Pyrénées, fut fait général de division le 17 novembre ,1808, et fiit investi , dans le mois de janvier 1809, du gouvernement des trois provinces (de la Biscaye, et ensuite de ce^ui de la Vieille^Castilte.' L'étal de ces contre était horrible. Borgos était encombrée d« troupes de' passage , de blessés et de malades ; une épidé* mie y exerçait ses ravages , aucun service n'était assuré, ua désert s'était formé autour de cette malheureuse ville: en moins de six semaine , Thiébault eut changé l'aspect du pays : les subsistances abondèrent , la confusion cess^ ei la maladie perdit de. son intensité. Au milieu des soins multipliés d'une administration dans laquelle il fallait tout créer, il put songer à -honorer la mémoire du Cid et de Chimène , et des débris de leurs tothbeaux , détruits à Saint-Pierre de Cardegua , il leiir fit élever un monument. Au nombre des combats^ qu'il livra à cette épo* que, on doit citer celui dans lequel avec cinquante* cinq chasseurs de Nassau , il attaqua et défit devant Logrono .sept cent cinquante cavaliers espagnols. Il fit alors construire à Burgos, ce fort dans lequel troia ans plus tard ^ le général Dubreton, devait s'immprta-* \mt par une belle défense ^ et fut le pi^mier qtti> en Es«-

pagne 9 fit retrancher les lieux d'étapes et les villes qu'il était le plus important d'occuper.

En 1810 ^ il fut nommé chef d'état-major du g* corps et se couvrit d'honneur^ en ravitaillant avec deux mille cinq cents hommes la place de Rodrigo ^ presqu'entièrement cernée par toute l'armée anglaise , et par le corps du mi^rquis d'Espagne. Créé baron en 1811, et appelé au gouvernement de Salamanqne , Toro , Zamora , Cuidad- Bodrigoet Almeida, il sut par sa modération se concilier l'estime de tous les habi^ans , et laissa dans la première de oes villes deu?: monumens , une place publique qui mit le pillais épiscopal en regard aveô la cathédrale , et à laqaeUe son. nom fut donné ^ et un rapport général sur l'universitt^ , seul ouvrage qui contienne l'histoire de cette école aussi ancienne que célèbre. Ce travail valut à son auteur le diplôme de docteur de celte université. Les efforts du baron Thiébault , pour alléger les charges du pays 9 la )ustii:e qu'il rendit à tous , pendant quinze mois que dunason administration, au milieu des convulsions d'une guerre nationale , «t^an* avoir fait périr unhom' me ; firent de son départ- un sujet de consternation et de larmes. Un plan d'opérations sagement conçu , et qui fôt ejcécuté par neuf colonnes de cavalerie et quinze colonnes d'infanterie, le mit à même de harceler les însurg|és à l'improviste et sur tous les points à la fois: deux des principales bandes furent anéanties, les autres perdirent cinq à six cents hommes. Dix-huit cents guérillas dé Don Juliano, déposèrent :les armes, et ce chef luimême entra en négociation,, pour se soumettre. Sur ces entrefaites , la retraite de l'armée de Portugal , vint rendre aux insurgés espagnols , toute leur énergie^, et

DE LA. GLOIRE. aaS

l^espoir de terminer la conquête^ s'éloigna de plus en plus. Lorsque les années du Portugal et du âord dé l'Espagne se réunirent pour ravitailler Çuidad-Rodrigo ^ le baron Thiébault ajouta à son gouvernement le commandement d'une division, et soutint à Âldea-^de-Ponte , un combat dans lequel trois mille &ntassins et quinze cents cavaliers , luttèrent pendant trois heures contre quinze mille hommes ^ formant l'arrière garde de Wellington, Un mois après cette action , Thiébault fut chargé de se diriger de Salamanque sur Cuidad-Rodrigo , et d'y faire entrer un nouveau convoi , taiidis que le généi'al en chef de l'armée du nbrd , avec toutes ses troupes, se rendrait de Valladolid à Pampelune : à cette opération se ratta^chaient des périls et des obstacles sans nombre : des ruses qui toutes réussirent , des dispositions dont le succès fut complet , et une n!iarche d'une rapidité sans exemple firent arriver le convoi en entier , et sans que Fon eut à déplorer la perte d'un soldat de l'escorte.

En 1812, Thiébault ayant quitté Salamanqué y parce qoe ce territoire était cédé à l'armée de Portugal, revint à Vlttoria^ où il commanda par intérim l'armée du nord. En mars, 18 13, il passa à la grande armée j organisa à Wesel la 3^ division , la conduisit à Brémen , commanda quelques jours la rive gauche de l'Elbe , alla prendre le commandement supérieur de Hambourg, et fut nommé gouveriieur de Lubeck ^ qu'il occupa avec sa division et une brigade danoise y sous les ordres du prince Frédéric, jusqu'à l'expiration de l'armistice. Il fit la campagne du Mecklembourg , livra le 21 août le combat de Mastrow , revint à Lubeck , et fut ensuite bloqué dans Hambourg.

En iiixéf il renUa en France etfut mis en non activité.

224 tES FASTES

Le baron Thîébault, aujourd'hui l'un des huit Ikûjtenans-généraux de Pétat-major, allie le goût des lettres aux connaissances de l'homme de guerre ; il tient le premier rang parmi nos bons ëcrivains militaires : ses principaux ouvrages sont : I. Manuel des adjudans^généraux et des adjoints, employés dans les étals^majora divisionnaires, i«-8. 1799. IL f^ue sur la réorganisation des quartiers' généraux et des états-majùrs j in-8. 1810. IIL Journal des opérations du siège et blocus de Gènes, 2/z«i2 ^i/z*8. et in-i, 1800 , deux éditions, IV. Discours prononcé sur la tombe du maréchal Masséna , prince d^Essling, 1817. V. Relation dé l'expédition du Portugal en 1807 et 1808, m-8. i8i8. On lui attribue la^Liettre â!un officier français à Lord fVeUington sur ses six dernières campagnes. i8iâ , 2* édition.

Le lieutenantgénéralThiébault est fils de Dien-'donnë Thiéba^lt y membre< de l'académie de Berlin^ litfiffrateur distingué et ami du Grand Frédéric. Après avoir séjourné vingt ans en Prusse, Dieu«>donné Thiébault, revint en France, sa patrie, où il publia ses soupenirs^ en 1806, il fut nommé proviseur du Lycée de Versailles; et mourut le 9 décembre 1807, laissant la mémoire d'un homme intègre et estimable sous le double rapport des talens et des vektus.

BELLI ABD ( le comte) (^Auguste-Daniel ), lieutenantgénéral, pair de France, grand-cordon de la Légiond'honneur, commandeur de la couronne de Fer , chevalier de Saint-Louis, né, en 1769, à Fontenay-le- Comte, département de la Vendée.

Belliard fit ses premières armes, comme capitaine 9 dans le x*' bataiUon de la Vendée, qui fat envt)/é à

Tannée

Vavï^ée du Nord. Il fir partie du camp de Maulde, et deviat, peu.de temps après, adjoint à Fétat-majoi' général de.Dumouriez. Appelé ensuite à l'état-major de Beurnpnville , il partit pour la Champagne , se dis* tingua aux affaires de Grand-Pré et à la bataille d^ Sainte- Menehould, alla; combattre en Belgique, et se fit remarquer à Jemmapes en chargeant à la tête des hussards de Berchini , qui s'euapartarent des redoutes de gauche de l'ennemi* » . . ^

Le lendemain, il entra dans Mons avec le général Beurnonvîlle , et fut nommé chef d'état -major du gé- ^é^al Dampierre qu'il quitta bientôt pour revenir à l'état -major général de Parmée. Il se signala^ devant Liège, et particulièrement dans la retraite à la bataille de NerWiude , où , en se précipitant avec notre cavalerie , il eut un cheval tué sôus lui , et reçut à la tète un coup de sabre l^nt il fut légèrement blessé. Là valeur qu'iWéploya alors leVît élever au grade d'adjudant-général.

Après le départ de Dumouriez, Belliard revint, sous le commandement. du général Dampierre, à YalenciennesJ Arrêté bi^it4t après par ordre des représentans^eu mission, il fnttranféré à Paris et conduitdevant le comité de sûreté générale; mais rendu immédiatement à ses fonctions, il fut envoyé, à Farmée de la Vendée , sous les ordres de Chalbos, et fut chargé, trcûs jours après son arri« vée, d'amener a la barre de la Convention le fameux Weslerman. Ce général fut jeté dans les priions de Paris; et Belliard, destitué injpstement par 1^ ministre de la guerre , Bouchotte, qui croyait avoir des motifs de lui en vouloir, fut forcé de sortir de la capitale et de se retirer à Angoulême. ^

Dans ces temps. d'enthousiasme, servir la patrie. étaU Tome V. , ^5

Digitiz-ed by VjOOQ le

526 LES FASfTES

}e seul bnt da militaire français : rex-ad)uâani-généial Belliard , plutôt que de renoncer à la carrière qu'il avait t^rabrassée, aîma mieox la recommencer* Après la chute de Robespierre ^ il s'enrôla volontairement dans le 3^ régiment de chasseurs à cheval , ou il entra comme soldat ^ bientôt il fat nomm^ brigadier) quel-< ques mois après , il passa en Hollande, fut appelé auprès, des reprësentans , travailla au traité de La Haye, et fut 4'éintégré dans le gi^ade d'adjudant- général. Enifployë de nouveau dans la Vendée, sous le général Hoche, il resta sur le théâtre de la guerre civile jusqu'après la prise de Charette le 23 mart a Presselière, et fut, en 1796, envoyé à l'armée d'Italie commandée par le général en chef Bonaparte. En arrivant, il remplit les fonctions de chef d'état-major de la division Serrurier, qui assiégeait Mantoue^ et donna, dan» toutes les occasions ^ sous les murs «de cette placf , des preuves d'une activité infatigable et d'un courage supérieur 4 tous les. périls. Pendant les travaux y son poste fut presque toujours à la tranchée.

Au moment de livrer la bataille de Castîgliotie, Bonaparte eut besoin des forces qui étaient sous Maittoue; dans cette circonstance, l'adjudant -général Belliard à qui le général Serrurier mdade avait confié la érection de sa division , parvint à dérober la connaissance de son mouvement aux assises, arriva rapidement au point indiqué par le général en chef, attaqua le quartier-géné* rai de Wurmser, s'en enipara , enleva une forte batterie qui protégetiit la gauche des Autrichiens, et, f^t I-i^ropos et 'la précision de sa manœuvre, décida i^ succès delà journée. L'ennemi, placé eâtredeox feux, ae Jrat résister : il fot de toutes^ parts enftboé et poursuivi jusqu'à Vérone. . ^

A la suite de cette victoire importante à laquelle il n'avait pas moins contribué par une bravoui^e éclairée^ que par un sang-froid inaltérable,, l'adjudant --général Belliard reçut du général en chef les éloges que méritait sa conduite , et passa à la division Augereau tou« jours en qualité de chef d'état*majm\

Le 2 septembre, tandis que cette division se dirigeait de Vérone sur les montagnes de Molara entre Lugo et Kovère, il pénétra avec un régiment dans la vallée d'Arsa, fit tourner par un fort détachement la gauche des Âu<^ trichiens , qui , à Fapproche de sa colonne formée en ligne de bataille, s'étaient portés en avant, attendit que ce détachement fut parvenu à la hauteur dont il était convenu d'avance^ et donna aussitôt le signal de l'at* taqae. L'ennemi abordé avec vigueur, pris à la fois en flanc et à revers , de partout culbuté, abandonna ses positions, en laissant deux cents prisonniers au pouvoir de ses vainqueurs. Maître alors de la vallée qui se trouvait entièrement dégarnie, Belliard, avec sa troupe, rejoignît sur les' montagnes la division Augereau, qui se disposa à opérer dans la vallée de l'Adige sur Levico et ensuite sur Bassano par Borgo-di-Val-Sugana , Espetaletto et Primolano. Il y eut alors plusieurs actions plus ou tnoins meartrières dans lesquelles Padjudant-général Bellkrd montra la plus rare inti'épidilé. A Primolano, à Bassano, k Portolegnago ^ ou il eut un cheval tué sous lui , et au combat de Lenove en avant de Bassano, il fut compte parmi les plus vaillans.

fieiliré^ à' Vérone après cette expédition , la division Aogereau en sortit de iiouveau le 1 1 novembre, parut le lendemain devant les hauteurs de Caldiero, et Vempara da tiHage de <5d nom. A la tète du 4o*'de ligne,

l'adjudant-général Bellîard, qui, la veille à l'avant-garde, avait repoussé les postes de Saint-Michel et de Saint- Martin , se précipifa sur la gauche des Autrichiens , la rejeta jusqu'au pied des reIran chemens, et emporta la première redoute. Il marchait sur la redoute principale, quand, arrêté dans sa course par des forces trop supérieures, et n'étant pas soutenu, il fut contraint de se replier et de prendre position à quelque distance. Assailli à son tour, il se retourna brusquement, et eitécuta une charge par laquelle il fut promptement dégagé^ mais, dans cette journée oii il fut atteint d'une balle, et eut encore un cheval tué sous lui, il lui fut impossible d'obtenir d'autre résultat de ses efforts. D'après l'insuccès de cette attaque , notre armée allait se trouver dans une situation des plus difficiles; Bonaparte ayant encore une fois concentié ses troirpes autour de Vérone , réunit fies généraux, pour les consulter sur le parti à prendre dans une telle conjoncture. Pendant qu'ils étaient assemblés, l'adjudant-général Belli^rd, qui venait prendre les ordres pour la division Augtereau , entra dans la salle du conseil; il voulut sur*le-champ se retirer, mais Bonaparte lui ordonna de rester, et l'invita à donner son avis; plusieurs généraux pensaient qu'il fallait se replier derrière l'Adda; BelUard exposa les motifs d'après lesquels il jugeait plus convenable de faire une dernière tentative , et , en ce point , il se trouva d'accord avec le général en chef et le général Augereau , qui firent adopter leur opinion.

Augereau , à la tête de sa division , passa, le premier l'Adige à Ronco, et se dirigea vers Arcole. Par deux fois, la tète de ses colonnes s'approche du pont, et deux fois elle est repoussée; alors, il se saisit d'un drapeau^ max'che

tn avant, et va le planter sur la digue à Pentrée du pont; les Iroupes s'élancent pour un troisième* choc , mais leur impétuosité échoue encore contre l'énergie de la résistance , et l'adjudant-général Belliard est obligé de rapporter le drapeau. Cependant Bonaparte, irapatieut de renverser les obstacles qui lui sont opposés, meL pied .à terre, et, espérant éleclriser les ''soldats par son exemple , vient se placer à leur tête; il les guide pour un quatrième assaut, et court avec eux affronter la mitraille et les balles ; prejrque tous les officiers qui l'entourent sont tués ou blessés; les premiers pelotons disparaissent foudroyés; la division Augereau fait un mouvement rétrograde; le petit nombre d'officiers qui restaient encore près du général Bonaparte le pousse sur le revers delà dîgu€5, pour le mettre à l'abri d'une épouvantable mousqueterie; l'ennemi, débouchant alors, poursuit nos. troupes en retraite sur la digue y et dépasse de beaucoup le général en chef. Dans ce pressant danger, Fadjudant-général Belliard rallie les grenadiers, fond sur^ les Autrichiens, sauve . Bonaparte , et reprend les positions : ce fut la dernière tentative delà journée , il fallut renoncer à forcer le passage. L'adjudant-général Belliai*d vit périr, à ses côtés ses deux adjoints Mathelon et Martineau ; il .eut deux çheVaux tués sous lui.

Le 16 novembre, l'ennemi marcha pour reprendre Eonco , et le général Masséna s'avança contre Provera ^ qu'il rejeta dans Porcil ; Belliard occupé dans ce moment de réorganiser les brigades en avant du pont , prit les premières troupes qu'il avait sous la main , et chassa Pavant-garde autrichienne sur Arcole, pendant que le général Robert , avec le 75*, exécutait sur la chaussée du centre une brillante charge à la baïoBfnettô. On fit beau?

35o LES !PASTES

coup de prisonniers dans cette occasion; mais 9 comme la veille, le pont d'Arcole fut une barrière insurmontable. Enfin le troisième jour on attaqua de nouveau ; un pont avait été jeté sur FAlpone 5 la division Augereau le passa de vive force; Fadjudant général Belliaid eut ordre de manoeuvrer sur Arcole j en suivant le cours de ta rivière, afin de se lier par sa droite avec la colonne que le général Guieux amenait d^Albaredo. Ce mouvement, favorisé par Tin trépi dite de quelques guides , sous la conduite du lieutenant Hercules (1), et par les troupes du général Masséua , qui s'avance par Porcil et par la chaussée du centre , est couronné d'un entier succès: toutes les têtes- de colonnes arrivent en même temps sur Arcole , l'ennemi est culbuté , le pont tourné et pris. Les Autrichiens se retirent sur Montebello ; mais à la nuit close , ils reviennent à la charge : un corps considérable de grenadiers hongrois accourt par la chaussée^ dans l'intention de reprendre ^ Arcole et le pont qui avait été si long - temps disputé ; déjà ils n'en sont plus qu'à cent cinquante pas, lorsqu'ils sont aperçus de

(1) yoyez son article^ tome I*"^ des Fastes^ pag. i4.

Cet officier , qui avait assiste à plus de cinquante hataillee , qui comptait plus de cent actions d'éclat ^ qui était tout coarert de bles8tu«8 , est mort en 1817 , laissant dans la plus profonde misère une veuve et des enfans , qui n'avaient pour subsister que la modique pen^ifm par laquelle le gouvernement acquittait la dette de la patrie. Hercule^ , dont la hiavoure passait en proverbe , était connu de tous les généraux, de tous le» ofl^iers , de tous les soldats. Les maréchaux Massent , Lannes €t Bessières Tavaieut surtout pris en grande affection. On a tout lieu de s'étonner qu'une souscription n'ait pas été ouverte en faveur de la famille de ce guerrier , qui donna k la France des preuves multipliées 'de wn amour et de ion dévouement : cette souscription eût été promptemcnt remplie p^r les témoins de ses exploils.

ME M GLOIBë- 25i

Masaéna , qoi ^ n<m loin de là , donnait des ordres pour la position des troupes 5 aussi tôt ce général prend une caisse, bat la charge avec le pommeau de sou épée , et commande à Belliard de se porter en avant , contre les Hongi*ois, qui bientôt mitraillas par une batterie formidable de notre artillerie , liésitent , s'ébranlent et fuient dans le plus grand désordre , en couvrant le terrain d'une foule de leur».morts et de leurs blessés. La défaite de cette colonne fut la dernière action de cette fameuse bataille de soixante et douze heu^^* res, pendant laquelle Padjudant - général Belliard fut nommé général de brigade.

On se mit à la poursuite des vaincus : une partie de Varmëe les poussa sur Vicence tandis que la diTision Masséna et celle d'Augereau jje rabattirent sur Vérone 5 la première pour attaquer de front les Autrichiens dan» la vallée de l'Adige, passa le fleuve , tandis que la se-*conde. pour les déborder et leur couper toute retraite y gagna , par Saint-Martin , les hauteurs de Sainte-'Anne. Ce mouvement èombinë eut tout le résultat qu'on s'en était promis. Belliard déblaya toutela vallée de Panthéna : la division dont il guidait l'avant-garde s'empara de l'impoi*tante position de Dolce, ramassa un grand nûnibre de prisonniers et brûla deux équipages de pont. Après ce succès, elle alla s'établir à Legnago y se liant par sa gfiuche avec Masséna sur Vérone , et poussant des partis sur Montebello et Vicenee, afin d'observer l'ennemi > et de surveiller depuis Bonco^ Voûte la ligne du Bas Adige.

La division était dans celte position y lorsque le i5 ài« soir , Provéra força les poste^ d'Anghuiari , repoussa la brigade du général Guieux venue à leur secours , jei^

un pont^^paasa TAdige et se dirigea surMantoue arec environ huit mille hommes^ Augereau, rassembla de suite toutes les troupes qu'il avait sous la main y et marcha à renuemi;

Une très-forte arrière-garde qu'il rencontra fut écrasée et prise en entier, avec quatorze pièces de canon; on s'empara du pont qui avait sen'i au passage ^ et qui fut brûlé. Après cet avantage, Âugereau ayant rétabli ses communications avec le général Quieux , à Ronco , et rallié tous ses bataillons, se porta en toute* bâte sur le corps principal , pour le combattre et l'empêcha' de débfoquer Mantoue ; il l'atteignit bientôt , le pressa vigoureusement , et réuni aux divisions M asséna et Victo^ , amenées de Rivoli par le général Ronaparte , il força Prpveraà mettre bas les armes avec les six mille soldats qui lui restaient. Dans les trois journées de combat qui précédèrent la reddition de ce général, Belliard, constamment à l'avant-garde , donna l'exemple d'une valeur intrépide, notamment à l'attaque d'Anghuiari et à la prise du pont, où il s'élança des premiei^s avec les généraux Lannes et Duphot, et l'eçut les félicitations de sqngénéra 1 divisionnaire.

Peu de jours après , Bonaparte lui donna l'oxdre de se rendre dans le ïyrel , pour faire partie de la division Joubert. Le 37 janvier 1797, celte division se dirigea sur Trente par la rive droite , et BelUard détaché sur la rive gauche avec la 85^ demi*brigade , dont il avait pris le commandement, manœuvra sur Roveredo, qu'il occupa, après avoir, par le sommet des montagnes, tourné la position des Autrichiens qui furent forcés dans leurs refranchemens.

Le 5 février, le général Bellîard^ avec l'avant-garde, &t*

DE lA GLOIRE. sSS

taqua le gênerai Alvinzi , qui , après s^être vigoureusement dtfendu devant Trente, dut abandonner cette ville , laissant au pouvoir des Français trois cents prisonniers, deux pièces de canon et des approvisionnemens considérables.

' Après' cet avantage,. Bellîard se rendît sur le Lavis, rencontra l'ennemi à Bedol , enleva ses positions , et s'établit à sa place 5 il y ëtait depuis quelques jours , quand , assailli à son tour , il fut contraint de se replier devant des forces supérieures ; mais' le 23 février il reprit l'offensive , culbuta les Impériaux sur tous les points , leur fit éprouver de grandes pertes, et les rejeta au-delà du Lavis. Un de leurs bataillons était venu se poster à Monte* di-Savaro , Belliard le délogea le 2 mars , et le prit prèsqu'en entier avec un drapeau, des magasins et cinquante bœufs.

Le 20 mars^ le corps de Joubeii: se mit en mouvement pourfairela conquête du Tyrol; le général Belliard à là tête des troupes, se jeta dans le Latis, torrent aussi profond que rapide','et le traversa au village deLevignano, malgré le feu meurtrier des Autrichiens , qui bordaient l'autre rive et qui furent repoussés jusques sur le plateau-de Cém* bra où était le corps de Kèrpen. Là s'engagea un combat des plus opiniâtres : Belliard ayant fait promptement déborder la gauche de l'ennemi , attaqua vigoureusement Kerpen, qui enfoncé et rejeté sur Saint-Michel, se retira précipitamment par les hauteurs dans la direction de Botzeti. Quatre pièces d'aii;i]lerie et deux drapeaux fu* rent, pour la brigade Belliard, les trophées de cette action, dans laquelle , deux à trois mille Autrichiens ou Tyroliens furent tués ou pris, et qui devint eu quelque sorte décisive , en ce qu'elle &ciliu les opérations principales

Did^tized by VjOOQIC

254 LES FASTOS

dans la yalléede rAdlgcSurJe soir , Belliard fut joint à Cembra , par le général Joubert^ qui lui téaioigna sa satisfaction n et le dingea le lendemain par Cayriana sur Neumarck, afin de tourner les Autrichiens^ de tomber sar leurs derrières et d'erapêcher en coupant la route de Cavaleze, leur extrême gauche d'efifectuer sa jonction avec Kerpen et Landon. Après une marche des plus péniblei à travers des sentiers escarpés et couverts de neige ^ Belliard à la iête de sa brigade, descendit sur le revers d'une montagne , qui formait un glacier , chassa l'ennemi sur les hauteurs de Pexa, dont la cime domine Neumarck ^ emporta de vive force les postes de Gleen et cle Puison , s'établit sur la route de Cayaleze , et se trouva ainsi avoir complètement taurnéla ville ^ où son approche avait jeté l'épouvante. Les Autric^iiens ne pouvaient plus tenir dans cette position ; ils évacuèrent la place, en toute hâte, abandonnant quelques centaines de piisonniers et un ^rand nombre, de chariot^, C^te expédition sagement conduite et heureusement terminée , ouvrit la vallée de Neumarck , dans laquelle douze hernies après , toutes nos jçdlonnes se renièrent.

. Xe 32 mars , le général Jôubert s'avança par la roule de.Bpt^eâi, sur Sauta*Barbara ; mais tandis qu'il manœuvrait dans cette direction , Landon , qui se trouvait sur la rive droite de l'Adige., parut vers Servi^en dans le dessein , après avoir pas;ié le pQnjt de Neuiparck^ q;ai avait Mé conservé, de prendre à revers la divisian du Tyr^t et.de la couper de l'Italie. Le généi*al Belliard , à ^«i ^^ mouvement n'avait pas échappé , marcha #jssitôt à la rencontre de Landon avec l#i 85" demi-brigade. D^jà 1^^ avant-postes autrichiens se disppsaient à francbirje pont} il les força à se ireplier mv le corps princigal ^ ayec le-

DE LA GLOmE, 555

qnel il ne tarda pas à engager une vive fusillade. Les Ilnpériaux, d'abord chassas de Serviten ^ensuite de Rungy ^ s'arrêtèrent i Saint- Yalentin , dans une position formidable y leur résistance y fut opiniâtre ; mais le général Belliard ayant formé ses colonnes , aborda les retranchemens 9 qui furent enfin* emportés a la baïonnette par ses grenadiertî. Ces braves pénétraient dans le village , et déjà les Autrichiens fuyaient de toutes parts , lorsque, par une charge brillante, cent de nos cavaliers accourus au bruit de la mousqueterie, achevèrent la déroute de liandon , qui fut poursuivi jusqu^à Tran^in. Le général Belliard rentra le soir dans Neumarck, ramenant arec lui plnùeurs pièces de canon qu'il avait enlevées et mille prisonniers. Tels étaient les fruits de cette victoire , qui attesta tout à la fois sa présence d'esprit et son courage , l'babilel^ etla promptitude de ses dispositions et décida peut- ^tre du succès delà campagne, en neutralisant et en re* jetant dans la vallée de Méran, les forces de Labdon, destinées à agir sur nos derrières.

Le 35 , Botzen ouvrit ses portes à Joubert , qui manœuvra aussitôt sur dauzeu , où le général Kerpen s'était retranché; la position quoique valeni^uscment défendue , fut enlevée après une lutte meurtrière dans laquelle le général, Belliard suivant sa coutume , se porta aux endroits les plus périlleux de l'attaque. Le jour suivant eut lieu l'occupation de Brixen , et Belliard i la tè|^ de Favant-garde, alla se poster à l'embi*anche«» ment des routes.

Cependant tout le pays s'était mis en insurrection 5 la guerre s'était, pour ainsi dire nationalisée , et les habi-^ tans du Tyrol , organisés et armés par Landon .et Kerpen, contonnaieût toates les montagnes. Tout faisait présa*

ii6 - LESPAS^rÈS"

ger qu'ils descendraient bientôt pour uhe attaque génërale, déjà ils avaient débusque nos grands postes de la montagne de Mulback , d'où ils avaient eux-mêmes été cbassés aussitât , et Kerpen avec des troupes fraîches venues de l'armée du Rhin , se présentait dans la vallée d'Inspruck , en avant de Mitterwald. Le général Joubert sentit la nécessité de prévenir l'ennemi : Kerpen attaqué le 28 mars, fit d'abord bonne contenance, mais à la suite d'une courte canonnade^ TafTaire fut décidée par une chai'ge que le général Belliard fit à la têtfj du 85* eu colonne serrée par bataillon : la droite des Autrichiens , qu^il enfonça dès le premier choc, fut poursuivie jusqu'à Mittei^wald *, là elle tenta de se reformer; mais, culbutée une seconde fois , elle fut contrainte de se jeter dans la 1 vallée d'Inspruck , après avoir perdu quelqueé ^entaine8 1 de prisonniers. A la fin de ce combat tonte la division | Joiibeit rentra dans les positions qu'elle occupait aupa* I ravant. Quelques jours après, elle se mit en marche par la vallée de la Drave, pour se réunir à Farmée de Bona* parte, et arriva sans être inquiétée et sans opposition à Villac où s'opéra la jonction. '

Ites négociations pour la paix venaient d'être enianiiées , et tout portait à croire que la division Joubert touchait au tenne de ses travaux; mais des troubles ayant éclaté à Vérone, «lie eut \ ordre de rentrer . en* Italie , et d'aller s'établir à Vicence. Le général Belliard avec la 85* demi-brigade fut détaché dans lî^première de ces villes , où il resta jusqu'à l'arrivée de la division Augereau ; il revînt alors à Vicence , et remplaça par intérim dans son ' commandement le général Joubert qui avait obtenu un> congé pour aller en France. L'assassinat du général Duphot, et l'insulte faite à

DE LA GLOIRE. aï/

rambassadeiTr . de- ]a république française, parla populace de Rome, furent le signal de nouvelles hostilités : cet attentat commis à Ifinstigation du Sacré Collège , ne pouvait rester impuni : Berlhier , qui , en l'absence de Bonaparte, commandait en chef l'armée d'Italie, reçut du Directoire l'ordre de pénétrer dans les états du Pape ; il emmena avec lui le général Belliard , et lui confia un corps de troupes, avec lequel il devait s'emparer de Ci vi ta- Vecchia. Belliard parut devant cette place le 8 février 1798 , en prit possession , le 9, après une faible résistance , remplit toutes les instructions qui lui avaient été données , et rejoignit à Rome le quartier-général; chargé peu de temps après d'une mission auprès du gouvernement napolitain, il séjourna vingt jours à Napies, et apprit à son retour, que le général Bonaparte venait de le désigner pour faire partie de l'expédition d'Egypte , dans la division Désaix avec laquelle il s'em- Ijarqua à Civita-Vecchia dans le courant de mai. Le 6 juin , le convoi qui portait cette division , fut en vue de Malte et attendit l'escadre de Toulon qui arriva le 9 au soir. Le lendemain , le débarquement eut. lieu sur tous l(gs points de l'île.

Le général Belliard, à qui l'expédîtîoa de la gauche de l'armée avait été confiée , s'avança à la tête de la 21* demi-brigade d'infanterie légère, et descendit dans la baie de Marza-Siroco malgi'é le feu de deux batteries , dont iU'ettipara, et les efforts d'un bataillon de milices qui fut prompteraent dispei-sé. Toutes les redoutes et autres ouvrages destinés à défendre la côte , furent pris aussitôt qu'attaqués ; le fort de Saint-Julien où commandait Laguierinière fit seul une plus loriguç résistance* Belliard ne jugeant pas à propos dç «^arrêter à cet oùtaclet, le fil

bloquer par un détachement , et continuant à se rapprocher de la place , fit l'investissement de la Cotonnière, Pun des points de l'île , les plus faciles à garder. Le lo, il fut rejoint par le général Désaix arrivé avec le reste de sa division, et prit le surlendemain le commandement de Marza-Siroco et de la' baie , où vint mouiller le convoi de Civita-Vecchia. ,

Le 19, toute l'escadre appareilla et parut, le 1*"^ juillet, devant Alexandrie;; le général Belliard reçut Tordre de débarquer sur-le-champ, mais, la mer étant trop orageuse, il fut obligé d'attendre, et ne prit terre que le lendemain , à trois heures du matin , près de la tour des Arabes, où il fut suivi du reste de la division, qui, s'étant formée aussitôt , se porta sur Alexandrie déjà occupée par nos troupes.

Le 3 juillet, on se mit en marche sur le Caire*, Belliard, avec la 21^ d€mi-4)rigade d'infanterie légère, faisait Tavant-garde de la division Désaix , qui était elle-merae l'avant-garde de l'armée. Il ne rencontra d'abord que trois a quatre cents Mameloucks , qui n'osèrent pas afiFronler la fusillade, et qui bientôt s'éloignèrent à toute bride , épou* vantés par notre artillerie, et surtout, par les obusiers qu'ils nom m'aient des canons â deux coupa. Le x 4, on apprit à Miniet- Salamé que Mourad-Bey, avec toos ses Mameloucks , des Arabes et deux à trois mille paysans armés, attendait les Français k Chebreiss. Aux approches de ce village , chacune des divisions composant l'arm^^ d'Orient se forma en carré, La si* demi- brigade, commandée par Belliard , dessinait l'un des côtés de celui de la division Désaix. Ce fut sur elle que les Mâm^' loucks exécutèrent leur première charge, îliais elle la . jL^ut avec sang-froid, et la repoussa avec vigwe«f* I^

• Digitizédby VjOOQIC

DE LA GLOIRE. aS^

efforts de celte cavalerie pour entamer d'autres cari'ës n\iyant pas été plus heureux, elle se retira sur sa première position; mais Bonaparte la fit poursuivre, et donna au général Désaîx Tordre d'attaquer, Aussitôt la brigade Belliard, appuyée parle reste de la division, s'élança au pas de course dans Chebreiss , culbuta l'ennemi , le dispersa, lui prit «ses canons et ses bagages, et le rejeta sur la route du Caire. Après ce combat, nos colonnes continuèrent de s'avancer vers la capitale de l'Egypte. C'était auprès de cette ville, sur la rive gauche du Nil , au village d'Embabé, que Môurad-Bey avait rassemblé ses forces. Notre armée se prépara à l'attaquer à peu près dans le même ordre qu'à Chebreiss; la division Désaix tenait la droite. A peine est -on en position que les Mameloucks , sortant de leurs retranchemens , se pi-écipiteni sur nos troupes : d'abord , ils se dirigent sur le centre, puis, à moitié chemin, tournant brusquement à gauche ^ ils fondent sur la division Désaix et sur la face dd carré où commande le général Belliard qui se dispose à recevoir le choc : il fut impétueux et terrible , mais la résistande était invincible; la fusillade fut si vive et si bien nourrie que les escadrons rompus furent contraints de se retirer à la débandade vers le désert, en laissant sur le champ de bataille un grand nombre de morts et de blessés ; plusieurs Beys furent tués , en chargeant avec la plus rare intrépidité et toute la fureur du d4e^oir.

La gauche de l'armée emporta les retranchemens d'Embabé, et compléta ainsi cette victoire, qui reçut le liom i^ Journée des Pyramides, et décida de la conquête de la Basse-figypte. L'ennemi fut poursuivi jusqu'au-delà

24ô LES FA5TES

de Giseh, où le quartier-général arriva, le 22 juillet, à neuf heures du soir, et occupa la maison de plaisance de Mourad*

Le lendemain, le Caire ouvrit ses portes aux Français. La division Désaix , destinée à agir dans la I^âute- Egypte, resta, à Giseh, sur la rive gauche du Nil, elle général Belliard, nommé commandant de la province, alla en avant au village de Tersy , où furent établis un camp retranché et une batterie , dans le but de dominer la navigation du fleuve. *

Après la' prise du Caire, on remarqua une grande fermentation dans quelques corps de Parmée. Des généraux , des officiers supérieurs exprimèrent hautement leur mécontentement. Le général Belliard fut assez heureux pour maintenir le bon ordre et la discipline dans sa brigade , qui donna alors des preuves de la sagesse et du bon esprit qui Panimaient. Le 23 août, le général Désaix: partit poiir combattre Mourad-Bey dans la Haute-Egypte mais il ne put emmener avec lui le général Belliard , qui, atteint d'une cruelle ophtalmie , et aveugle depuis plusieurs joursj'dut rester à Giseh, pour attendre sa guérison.

Après le 28 octobre , Belliard fut appelé au Caire, pour remplacer, dans le commandement de cette place, leg<^néral Dupuis, assassiné pendant la révolte 5 mais, à cette époque, il avait recouvré la vue, et dans Tespoir d'être bientôt à même de rentrer en campagne , il sollicita et obtint du général en chef Tautorisation de revenir à la tête de sa brigade. 11 ne tarda pas à quitter Giseh avec une faible colonne d^infanterie et un couvoi de. muni-' tioris^ entra dans la Ha'ute-Égypte, et, après avoir, dans plusieurs combats sur sa route, repoussé victorieusement

les

DE L^ GLOIRE. 24i

les attaques dés Mameloacks et des Arabes , il rejoignit dans le Faïoum la division Désaix , dont il ne devait plus ceaser de pariaget les travaux.

Le 32 janvier 17999 cette division rencontra Parmée de Mourad auprès du village de Samanhoud ; elle s'élevait à :près de cinquante mille hommes ^ et se composait de M^uneloucks^ d'insurgés du pay$ , de Maugrabins y de Nubiens , et d'un grand nonibre de tribus arabes , parmi lesqqelle» celles de.Djedda et, d'Yambo» L'avant-garde de Désaiix p'bésiia pas un moment à charger celle de Mourad. Pendantqu'elles en viennent aux mains , Désaix dispose sa petite atiinëe eri trois carrés 5 à peine a-t-il arrêté cet ordre de bataille qu'une immense cavalerie se développe sur ses ailes. £n même temps de fortes masses d'infanterie et plusieurs escadrons se précipitent sur le. carré du général Belliard qui les attend presque à bout portant et faits^r eux un fet^ d'artillerie et de mousqueterie d terrible, qu'en ua instant ils sont dispersés ; l'ennenCii reçu avec^la même vigueur sur les autres points, est également repoussé. Les beys et Mourad lui-même, prennent la fuite, entraînant avec eux le reste de leur ai*mée qui fut poursuivie à plus de^six lieue^ jusqu'au village de Farchou^ où la lassitude seule engagea les Français à s'arrêter.

Le 35 janvier, ils continuèrent à chasser devan|: eux les Mameloucl^s et arrivèrent le 28 à Esneh, où resta le général Friant avec sa brigade. Les autres corp$ poussèrent jusqu'à Siçpne ou Âssouan , ^t entrèrent le 2 février dans cette dernière ville de l'Egypte méiûdionale ,, après des fetigues excessives à travers les déserts , où ils n'avaiçnt pas cessé de harceler les troupes de Mourad. Convaincus à la foiâ qu'il n'y avait plus de salut pour eux sur le ter- Tome r. .16

Digitizèd by LnOOÇlC

aiîi LES FASTES

rilotre égyptien, ce chef et les siens s'enfoncèrent dans l'affreux et triste pays des Barabras y niltion qui habite la Basse-Nubie , et qui est aussi connue sou^ le nom de Bribes. '

Le 3 9 le général Belliard fit avec le général Diésaix un détachement à l'île de Philé en Ethiopie , et s'empara au-dessus de Sienne , d'une grande quantité de barques que les MaiHelouoks avaient remontées avec une peine in* finie jusqu'en cet endroit du Nil, mais qu'ils n'avaient pu conduire plus loin : elles étaient chargées de kurs effets les plus précieux et portaient , en outre, de^ vivres et des munitions. L'expédition se borna à cett« cafpïure; le manque d'embarcations convenables , et la certitude tienne pouvoir enlever par un coup de main , Phifcé dont les habitans étaient résolus à se défendre j obligèrent de différor cette conquête. Désaix revint aloi*s sur ses pas, et laissa à Sienne le général Belliard , qui s'occupa auâsit6t d'y élever un fort dont les matériaux furent réunis et portés à bras par les officiers et les soldats de la 121* légère, que son exemple encouragea à ce pénible travail. Peu de jours après , le général Belliard apprit que les Mameloucks venaient de poser leur camp à quatre journées de Sienne; il partit sur-le-champ pour les combattre^ pénétra en Abyssinie , et porta nos aimes jusqu'à Calatsché , fixant ainsi le premier, les limites de nos conquêtes au-delà de celles que les Romains avaient assignées aux leurs. Les Mameloucks n'attendirent pas nos troupes 5 ils remontèrent au*-delà des cataractes €t allèrent chercher un refuge dans le désert. Le général Belliard dut alors redescendre à Sienne '5 tnais avant de rentrer , il fit l'expédition de l'île de Pfailé dont il prit possession.

Vers la fin de février , il reçut Favis que les Beys, ame* liant avec eux un grand nombre de^ Bribes et de cavaliers nubiens ^ avaient , par un grand circuit dans le désert , gagilé de nouveau les frontières de l'Egypte , et veûaient tout-à-cçup de traverser le Nil à Erment. Afin de s'opposer promptemeut à leurs progi-ès, il descendit aussitôt à Esneh, ou il sut que les Arabes d'Yambo, grossis par tin retifort de trois mille, hommes qu'ils avaient reçu de Kosseïr , s'étaient joints aux Mameloncks. Après Hvoir pris dies vivres et des munitions, il^archa avec cinq centâ botaimes d'itifenterie , deux pièces de canon du calibre de quatre, et tfènte dragons , à la recherche de l'ennemi. Eri itotitç , il fat averti que la flotille française , commandée par le brave capitaine Moraudi , qui s'était faitisanter plutôt que dé se rendi-e, était tombée au pouvoir de Hassan-Bey. On lui annonça en outre , que les troupes du schérif se trouvaient réunies en très-grand nombre à Benouihal. Belliard , certain dès lors de la di^ reètiôn qu'il devait prendre , passa le Nil à Elkamoulé , et arriva dans la matinée du 8 itiars , près de rahcîenue Captos. L'ennemi n^eùt pas plutôt aperçu les Français qu'il lança contre eux irois fortes'colo'nnes d'infanterie , qui y avec quatre à dwi cents Mameloucksdéboucbèrent tambotir battant , dra]^aux déployés. Soudain Belliard forme de sa petite troupe un carré, qu'il fait flanquer par la seule de âes pièces que la chaleur n'eût pas mise hors de service. Dès que la fusillade est engagée , Belliard détache deux compagtiies d'éclair eurs , qu'il soutient avec le centré qu'ils précèdeiit* Hassan ^ à la vue de ces tirailleurs, &it avancer ulie masse considérable d'Arabe» dTTambo , et ordonne solennellement à cent cinquante des plus braves et des plus fanatiques , de scNdévouér et

a44 LES FASTES

d'ëgorger les infidèles qui se piréseutent* Les tîraifleurt se réunissent, et attendent de pied fermé le chpc qui les menace. Alors commence une lutte corps à corps , dont le succès reste encore indécis lorsque quinze dragons, placés sur l'un des côtés du carré , chargent avec im^ pétuosité , séparent les combattans et sabrent les agres^ seurs. Deux étendards de la Mecque furent le# trophées de cette action , pendant laquelle des coups de canon bien dirigés empêchèrent le schérifde secourir ses seïdes. qui périrent tous jusqu'au dernier. Deux colonnes qu'il avait envoyées à leur soutien et une charge de ses Mameloucks fm'ent vigoureusement repoussée^, . . i , ' , > . Belliard continuant sa marche^ franchit plusieui^ fossés et canaux dont les Arabes tentèrent envain de disputer le passage , et arriva devant Benouthal , où Hassan s'était arrêté avec legrQsde ses forces. Là s'offrirent de. nouveaux obstacles bien plus difficiles à su;-monter. U ne s'agissait pas seulement d'attaquer un grand rassemblement de fantassins mal a^més , et une cavalerie sans tactique, il fallait encore affronter une artillerie bien servie et bien approvisionnée, car Hassan ayant fait débai*quer et met* ire en position les canons de la flôtille de Morandi; faisait usage des munitions trouvées à bord des b^timens capturés. Sur la bei*ge d'un canal large et pro' fond s'élevait une batterie de quatre .pièces^. ,dojit le feu causa d'abord quelque surprise au général Belliard 5 il alla la i^econnaître , fit former les carabiniers de la 21 légère e» colonne d'attaque , et leur ordonna d'enlever la batterie, pendant que le. carré passerait le ç^nalet manoeuvrerait pour tourner, l'eiinejoai posté dans un bois de Palmiers en avant du village. On bat la charge, tout se met en mourenient : les can^etfaiiii^x^^ 7 ^ P^^'

pitent dans la redoute, passent à la baïonnette tous les Arabes qui la défendent, et s'emparent des pièces; en même temps le caiTe, conduit par le^ général Belliard , éloigne les Maraeloucks , culbute Finfanterie de HaJsan , et la rejette dans Benouthal où elle cherche un refuge dans les maisons, et s'amoncèle dans la mosquée. Hassan avait fait créneler les murailles d'un grand bâtiment , qui avait autrefois servi de résidence au Kachef; c'est dans ce lieu , maintenant transformé en urie «orte de citadelle , où sont déposées toutes ses munitions de guerre et de bouche , qu'il se retranche avec ses Meckains^ Pour Pattaquer dans celte retraite, le général Belliard dut changer ses dispositions : il partage sa troupe en deux colonnes , Tune destinée à entourer le palais du Kachef, et Fautre à pénétrer dans le village pour enlever de vive force la Mosquée , les maisons et les barques, occupées. Les Français s'avancent au pas de charge , et bientôt le combat n'est plus qu'un horrible carnage. Les Arabes font feu de toutes parts : excités par le plus ardent fanatisme, ils n^ veulent ni fuir, ni se rendre; nos soldats forcent les maisons^ se jettent dans les em* barcations , et trouvent partout les dépouilles sanglantes de leurs malheureux camarades égorgés sur la floiille; ils ne respirent que la vengeance; pour réduire leurs ennemis, ils emploient à la fois le fer et la flamme ; la mosquée et l'édifice où Hassan s'est retranché , sont le but ^es plus grands efiEorts. Guidés par le brave Ëppler, les carabiniers de la 21*, d'abord repoussés par une fusillade terrible , reviennent à la * charge avec des brandon» , mettent le feu à la mosquée , et tous les Arabes qu'elle renferme périssent étouffés par la fumée ou dé--

Torés par l'incendie. Toutes les autres maisons ont le ïnème soirt. En peu dHnstans le village ne présente pins qu'un aillas de cendrés , et les rues sont encombrées de cadavres. Depuis que les Français étaient maîtres dePEgypte, il n'y avait pas encore eu d'exemple d'une scène aussi affreuse : la nuit put seule suspendre ce massacre. L'enceinte défendue par Hassan était encore intacte. L,e lendemain, au point du jour, 3elliard s'occupe de mettre un terme à l'opiniâtre résistance de ce chef. Tout est prêt pour l'attaque. Les sapeurs de la 21" légère brisent la grande porte à coups de hache, pendant que cçux du génie jentament la muraille de gauche , et que les chasseurs mettent le feu à niofi petite mosquée ou chapelle attenante , dans laquelle sont placées les muni* lions de l'ennemi. Bientôt la flamme gagne les poudres , et la chapelle saute en l'air avec quarante Arabe* Aussitôt le général Belliard , résolu à pirofiter dé Fou» verture que présente l'écroulement produit par l'expieîsion, réunit une partie de ses forcer, et, malgré la fureur des Arabes, qui^ le fusil à la main, le sabre on le poignard dans le§ dents, et entièrement nus, lui disputent le passage, il franchit la brèche, et parvient à se rendre maître de la grande cour. Les ennemis qcie le scbérif Hassan anime du geste et de la voix se barricadent alors dans le principal corps de logis; là ils soutiennent encore -Hjn' siège, et cq n'est que dans la matinée du troisième jour, après qu'ils ont tous péri sous la baïonnette ou dans l'embrasement, que le général Belliard reste en pos* session des ruines fumantes qu-ils avaient défendues avec tant d'acharnement. Au milieu des débris de l'incendie s'élevaient des monceaux de cadavres. Le schérif fut- trouvé

DE LA GLOIRE. a47

parmi les morts doiit le nombre s'élevait à plus de douze cents, sans compter une immense quantité de blessés. Lea vainqueurs eurent trente-cinq hommes tués et soixantedix .atteints plus ou moins grièvement. Mais celte perte élait bien compensée par les autres résultats de ce combat^ l'un dés plus glorieux qui aient été livrés pendant l'expédition d'Egypte; le général Belliard recouvra toute l'artillerie et tQus les bdtimens de la flotille ; deux drapeaux pris à l'ennenii attestèrent en outre sa victoire.

Après avoir rejeté dans le désert les Mameloucks , qui , ' depuis le commencement de l'action, en étaient restés spectateurs, Belliard n^ayant plus que vingt-cinq cartouches par homme et douze charges de mitraille, chercha à se rapprocher du général Désaix , dont il n'avait pas de nouvelles depuis long ^ temps. Il fit embarquer tous ses blessés ainsi que ceux de l'ennemi, et descendit à Keué , où il s'établit dans une maison de Mameloucks qu'il fit mettre en état de défense. Il y apprit bientôt que Désaix ayant reçu le rapport qu'il lui avait adressé, était sur-le-champ parti de Siout pour venir le jk'ejoiadre," et qu'il amenait avec lui des vivres, des munitions et deux bataillons de la brigade du général Priant. 'Désaix arriva en effet le 5o mars> et témoigna sa satisfaction au général Belliard , à qui Bonaparte venait de décerner un sabre d'honneur pour sa belle conduite dans la ^ Haute-Egypte.

Le 5 1 , les Françai3 se mirent en marche , pour aller attaquer un nouveau rassemblement de Mameloucks, qui, depuis deux jours, s'était formé, à Kous, sous la direct tion d'un neveu du sdiérîf Hassan; mais, à l'approche des colonnes envoyées contre lui , l'ennemi rentra dans le désert) et se rabattit sur la Guitta^ espèce d'oaés

248 XES FASTES

inbabitëe^ mais qui est cependant la station la plus im« portante^ de la vàllëe, qui communique du Nil au port de Kosseïr sur la Mer -Bouge, Le général Belliard eut ordre de se porter sur ce point, par Adjazzi, avec la 21^ légère et le ao* régiment de dragons. Les Mameloucks, inform(?s de ce mouvement, quittèrent leur asile, et se dispersèrent) pour sortir du dësertet rejoindre lesMeckains à Aboumanah 2 à Bir-el-Bahr, ils se rallièrent, mais ils en furent çbassés, et s'éparpillèrent dans la vallée de Bedizy, afin de gagner Assouan, Le général Belliard suivit leurs traces, les atteignit plusieurs fois, et les mena battant jusqu^à Kom-Ombos, où, ne pouvant pas rester plus long-tetops éloigné du général Désaix, il léa ahm* donna pour redescendre vers Kené,

Cependant, les Anglais avaient paru en vue de Kossjeïr, et il était à craindre qu'ils n'effectuassent un débarquement dan3 ce port qui établit la communication entre l'Arabie et l'Egypte, Il était essentiel d'occuper ce point maritime; le général Belliard, chargé seul de l'opération , marcha à grandes journées sur Kosseïr, dont il prit possession le 29 mai, pour ainsi-dire en présence des Anglais, qui croisaient toujours sur la côte; il laissa garnison dans le fort , et , après Favoir mis en ^tat de com-' mander l'entrée du port et les environs , il revint à Kené, où il fit achever les ouvrages pour la sûreté de cette position , et s'occupa à régulariser l'administration de la province de Thèbes dont il avait été nommé gouverneur, et où il protégea les recherches et les savantes investigations des membres de l'Institut du Caire.

Lorsque, par suite des évènemens dans la Basse Égypte> }a plus grande partie de l'armée d'Orient eût été r^p-^ pelée au Caire , Mourad-Bey^, profitant de l'absence des

tronpes françaises, se réorganisa dans la Haute-Egypte, et voulut de nouveau tenir la campagne. Il était parvenu à se créer une force de cinq à six mille hommes , cavaliers et fantassins. Belliard commandait toute la contrée. Il partit avec cinq ou six cents baïonnettes, atteignit Mourad à Japht-Rachin , lui présenta la bataille, le défit complètement après huit heures de combat , le réduisit à demander la paix, et lui accorda une honorable capitulation qui fut ratifiée par le général en chef.

Sur ces entrefaites, Farmée turque s'étant portée sur Salahieh , Kléber avait conclu avec le gr^nd visir une convention d'après laquelle les Français devaient évacuer l'Egypte, Déjà tout se préparait pour le départ, lorsque les ^nglais s'opposèrent à l'exécution du traité : il fallut reprendre le^ hostilités; le général Belliard eut ordre de quitter ]a Haute-Egypte, et de forcer de marches, pour 8e rendre au Caire avec toutes ses troupes. Il y arriva le 18 de mars 1800, et défila, à la tête de ses soldats en grande tenue , devant le palais où était établi le quartier-général; Kléber avait, depuis quelques jours, reçu du commodore Sidney - Smith des dépêches auxquelles il avait jusqu'alors différé de répondre y l'oflScier anglais qui les lui avait apportées était encore ûu Caire; il le fit venir, et quand la colonne du général Belliard parut , « ^Voici , lui dît - il , le général » Belliard qui arrive de la Haute-Egypte; vous voyez » ses braves troupes. Eh bien ! c'est mon ultimatum que » j'attendais. Demain, j'attaque le visir, je le bats, et » vous porterez à votre général la nouvelle de la vie- » toîre »...,

Le généial Belliard alla s'établir au camp , où , dès le lendemain^ on lui composa une brigade de la si*" 1er

î»5o , , LES FASTES

gère et, de la 88* de ligne j et tout 9'apprèta ponr la bataille.

Le 20 mars y rarmée française se forma dans la plains de Qoubbeh; elle était disposée en quatre grands bataillons carrés, dont celui de droite était cooimandé par le général Belliard y sous les ordres du général de division Priant. Après avoir livré ou soutenu plusieurs combats dans la matinée, ce bataillon carré fut attaqué par une masse énorme d'Osmanlis agglomérés pêle-mêle et sans ordre; ils se croyaient certains de la victoire, et s'avan^ çâient en poussant d'aflFreux burlemens 5 Belliard les laissa approcher à demi- portée de canon, et fit faire un&usi vif e\. si CQUtiuvt que cette multitude , écrasée par la mitiraille et par la mousqueterie , se vit arrêtée dans sou mouvement, et contrainle de prendre la fuite. La terre fut jonchée de ses morts et de se» blessés. Les troupes françaises n'avaient jamais déptoyé plus de courage que dans cette grave circonstance qui pouvait décider du sort de Tarmée et de celui de- l'Egypte.. La prise du village d'Héliopolis , enlevé de vive force par la division Régnier , compléta le triomphe de cefte brillante journée. ^

Les Turcs en pleine retraite- furent poursuivis jusqua Belbeys, où l'armée française entra , après avoir éprouva une faible résistance. Elle y ti'^uva une grande quantité de bagages, des litières, des effets de campement et des armes. Le lendemain , elle continua 5on mouvement sur Salahieh. A Koraïn, un parti considérable de cavalerie, formant J'arrière^garde des Otlomans, fut battu, disperse et rejeté sur les débris de leur armée, qui se repliait pr^ çipitamment vers la Syrie. On s'attendait^qu'ils se rallieiçaient à Salahieh, mais le grand visir ayantapprisla dsfei^^

DE LA OLQIRE. sSi

de «on arrièite-gardé à Koraïn , se h&ta de ^erer son camp , çt «e sauvn à travers le désert, abandonnant ses tentes, son artillerie et Ms bagages» Les Français ne trouvèrent per^oQpe dans la ville, où ils purent se reposer de leurs longues &tîgliea, et disposer, poar leur usage, des objets que les Turcs n'avaient pas eu le temps d^emporter.

Une partie de Parmëe vaincue se dirigeait vers Damiette» Qelliard ayant reçu Tordre de }a suivre et de r^ prendre cette place, ainsi que le fort de Lesbeb, partit pour jcetie expédition avec la 21* demi-br^ade forte de dou^e ceçts hommes. Parvenu au canal de Moïse , il ne trouva point de barques pour le passer^ l'eau avait quatre pieds de profondeur : c'était plus qu^l ne £gillait, dans un fonds vaseux, pour qu'elle pénétrAt dans les caisson9, et que les chevaux ne pussent pas traîner les pièces 5 il n'y avait alors d'autre moyen que de faire transporter les munitions par les soldats, qui auraient ensuite conduit les canons sur la rive opposée. Belliard se jeta le premier dans le canal, et^ en un instant, le passage fat effectué. A une lieue de Damiette, l'avantgarde ennei|iie ftit rencontrée et répétée sur le corps principal, qui avait pris position, en avant de celte ville 9 au village de Schouara. Les Turcs étaient au nombre de douze mille; ils furent aussitôt attaqués, et, malgré la supériorité de leur nombre et la vigueur de leur défense, ijs durent céder à la valeur des douze cents Français et aux habiles dispositions du chef qui dirigeait leurs efforts; enfoncés dans leur centre, tournés par leur droite, culbuté^ sur tous les points, ils s'enfuirent dans le plus grand désordre, laissant entre les mains du gêné* rai Belliard de^x drapeau^ , dix pièc^ de canon, beau*'

a53 LES FASTES

coup de prisonniers et une foule de blesaés. jCette Tictofa'e ouvrit les portes de Damiette à nos troupes, qui prirent immédiatement possession • de cette ville ^ où les Turcs avaient formé des magasins considérables en grains et en biscuits. Un détachement suivit l'ennemi sur Lesbeh, et s'empara du fort.

Après ce succès décisif, tout le pays rentra dans l'ordre, et vint faire sa soumission. Le général fielliard , d'après la volonté du général en chef , céda le commandement de la province au général Bampon, et partit en toute hdte pour aller renforcer, avec la 2 1* demi-brigade d^in- Ëinterie légère , l'armée occupée d'assiéger le Caire et - Boulak , qui s'étaient insurgés pendant l'expédition de Salahieh , et où avait pénétré un gros corps de l'armée turque. Entraversant le Delta^il appaisasur sa route toutes les insurrections^ fit rentrer tous les villages dans l'obéissance , fit acquitter les contributions et frappa des tâjuisitions de vivres. Il arriva, dans les premiers jours d'avril 1800 5 devant le Caire , et se réunit à la division Priant chargée de réduire Boulak. Le i5 , avec le jour, commença le sac de cette viUe; Beliiard guida l'altaijue du centre; sies soldats emportèrent les retranchemens, renversèrent toutes les barricades qui défendaient les approches, et fermèrent toutes les issues 5 hommes, femines, enfans^ toute la population était sous les armes, ponv repousser l'assaut. Quand l'enceinte fut forcée , il fallu* assiéger chaque quartier., chaque rue, chaque maison; tout fut enlevé ou incendié : c'en était fait de Boulak, si les habitansn'eusseut pris le parti d'implorer la clémence des vainqueurs^ Les chefs des diverses corporarations se rendirent, à cçt eflpat , auprès du général Ftiant.

DE LÀ GLOIRE. a55

L'otdre fat donné à l'instant , pour faire cesser le feu et le pillage, et le pardon fut proclamé du ]baut des minarets et sur les places de la ville.

Le 18 , Kléber , voulant profitet de la terreur que la prise de Boulak avait dà inspirer aux habitans du Caire , ordonna l'attaque générale de cette dernière ville^ Celle du centre, sur la place Esbekieh, fut confiée au général Belliard 5 il la conduisit avec son intrépidité ordinaire, mais, après avoir emporté une partie du quar-^^ lier Cophte, il fut atteint d'une balle qui lui traversa le corps. Le combat, qui avait duré toute la nuit, cessa au jour, et les Français s'établirent dans tous les postes â'où ils venaient de chasser leurs adversaires. Le 19, le Caire demanda à capituler, maîsles propositions faites par les envoyés d'Ibrahim-Bey et de JussutPacha, n'étant pas de nature à être acceptées , une nouvelle attaque eut lieu dans la soirée du lendemain : elle fut moins violente que la première, mais elle décida du succès , et la reddition de la place fut signée le 21* Deux jours furent accordés pour les préparatifi de l'évacuation; et les Osmanlis ainsi que les Mameloucks, sortirent de la ville le 25 avant midi. Kléber réconipensa alors les officiers qui avaient le plus contribué à lui faire reconquérir leCaire; il coii* fera à Belliard le grade de général de division.

Feu de temps après , ce général eçi chef ayan^ été ^^ sassiné, le général lyienou prit .y. le i.5 juin, le. con^mandement par intérim \ Belliard , heureusement rétabli d^.sa blessi^re que l'on avait d'ubord jugée mortelle^ fut nomnaé gouverneur du Cai^e., où Parmée française resta dans l'inaction jusqu'au 24- mars 1801 , époque à laquelle on reçut l'avis que le général Âberçi:omby, à U

fl54 LES FASTES

t6te d^une armée de vingt-ti*ois mille Avglau , ê^née à agir , de concert avec les forces ottomonef , Tenait de débar-^ quer dans la rade d'Aboukir , malgré la yÎTe opposition delà division Priant. A la nouvelle de cet événement , Menou rassembla les généraux pour les consulter «ur le parti qu'il devait prendre ; tous déclarèrent qu'il fallait sur le champ marcher à l'ennemi avec toutes les troupes disponibles ; Menou émit seul une opinion contraire et se borna à envoyer sur Alexandrie le général Lanusse avec trois régimens , et sur Belbeys , le général Beynier avec sa division , qui revint bientôt au Caire ^ où elle retrouva encore le général en chef. A son retour , , Menou se détermina enfin h se mettre en mouvement ^ Je général Belliard resta seul au Caire avec Ja 9* demibrigade y forte seulement de neuf cent cinquante hommes^ il rechercha l'amitié des Mameloucks de la fiaute-Egypte, qui promirent de devenir ses auxiliaires ; mais Mou^ rad-Bey qui les commandait , étant mort de la peste i Benîsouef, ils se bornèrent à garder la neutralité. Bd^ liard y Toyant qu'il ne pouvait plus compter sur leur appui, s'occupa avec plus d'activité que jamais à mettre le Caire en état de défense ^ et quoique Fopération fût des plus difficiles y vu l'immense développenfent de Fenceinte , elle ne rebuta point sa persévéranjce.

Cependant, le général Lanusse s'était réuni au général Priant, et îlà avaient ensemble remporté un léger avantage sur les premières troupes qut avaîeiit débarqué. Il était évident que si l'armée entière fut arrivée (flus tôt'^ ainsi qu'elle le pouvait, les Anglais eussent été anéantis ; mais de coupables lerttebrs et une inconcevable liésitation leur donnèrent le temps de se fortifier , et quand Je général eh chef Menou fut en mesure d'agir, il fallut

DE LA GLOIRE, ùSS

attaquer des redoutes ^ des retranchemens et de grands ouvrages contre lesquels vinrent échouer les efforts de nos si^ldats. Après une action sanglante , notre armée divisée fat obligée de battre en retraite, et l'Egypte fut perdue sans retour pour les braves qui Pavaient conquise.

Menou avec une partie des troupes se renferma dans Alexandrie, où il ne tarda pas à être bloqué ; l'autre pap^ tie, sous les ordres du général Lagrange fut envoyée à Bamanhieh, où elle fut suivie par les Anglais , qui la fot'cèvent à. se replier sur le Caire ; elle rentra dans cette ville le i5 mai; déjà Parmie turque de Syrie ayant traversé le désert 9 était à Salahiehet avait occupé Belbeys.' La situation des Français au Caire, était devenue des plus critiques $ les Anglais n'avaient plus «que quelques marches à faire pour ati^iv^r devant Boukk , et les avantpostes turcs en étaient à peine éloignés de trois milles. Dans cet état de choses le général Bdliard, depuis long-' temps habitué à braver de grands dangers conçut le hardi projet de marcher contre l'armée ottomane , qui était la pins rapprochée, et de la combattre avant que^ Par*mée anglaise n'eût opéré sa jonction avec elle. Il avait calculé qu'une victoire éclatante remportée sur les Turcs pouvait de suite dégager son corps d'armée , et lo laisser libl:<e de déployer ensuite toutes ses ^rces oontre les Anglais , dont le système -«de temporisation pa* raissait favorable à ses vues. Décidé en conséquence à prendre l'initiative de l'attaque , il sortit du Caire le i6 mai , en se dirigant vers Belbeys aveo quatre mille six cents fantassins , ^euf cents chevaux et vingt* quatre pièces d'artiUerie. Parvenu à Bl-Zouaneh , il rencontre une avant-garde forte tfe neuf cents Osmanlis et

cinq cents Anglais. Aussitôt il forme son infanterie sot deux ailes \ en colonnes serrées et plaçant sa cavalerie aa centre y il aborde l'ennemi par le» hautears qni tracent k lisière du désert ; l'attaque fut prompte et Tire; en un instant l'artillerie fi^ançaise eut (ait taire celle qui lui était opposée; deux pièces anglaises sont enlevées par ]a cavalerie du général Belliard , qui sabre les canonniers dans leur batterie y et met en fuite l'infanterié^tui* que. Belliard la fait poursuivre ; mais un corps considé' rable sorti de Belbeys, se porte au devant de lui , poar le combattre; il précipite alors ses soldats au pas de charge : le choc eût été ten'ibie; pour Tévîter , la grandvisir , d'après Tinstruction du général anglais , dispersa ses troupes en groupes nombreux , de manière à entourer la petite armée dont il redoute le courage ; le reste des Ottomans débouche en même temps de Belbeys, et de. fortes masses de cavalerie^ en se prolongeant dans le désert ^ semblent , par de grands détours y Tauloir se diriger vers le Caire. Le général Belliard , considét'ant que pendant qu'il escarmoucherait avec une armée qui refusait tout engagement sérieux j on pourrait le couper de oette ville et s'en emparer y comme on l'avait SbàV au moment de la bataille d'Béliopolis ^ prit le parti de s'en rapprocher , et y rentra le 17 mai) après avoir fait éprouver de grandes peiles aux ennemis ) qui 9 intimidés par son audace^ ne s'avancèrent plus qu'avec une extrême circonspection. Il s'occupa sans délai de multiplier ses mojrens de défense , afin d'en imposer à ses adversaires par les préparati& ' d'une résistance' vigourei/se; Le 30 juin , l'armée combinée des Anglo-Turcs , forte de quarante » cinq à dinquaute mille oombattans > corii"

xnença

commença, ses opérations contre le Caire ; toutefois n'osant rien entreprendre de décisif^ ayant Parrivée de huit mille hommes du corps d'armëe des Indes , qui, débarqués à KosAÏer , accouraient par la Haute-Egypte j elle se borna à resserrer de plus en plus la place. Avec une poignée de soldats , le général Beliiard avait à faire occuper quatorze forts et la citadelle; il lui fallait, déplus, garder le vaste espace qui renferme le vieux et le nouveau Caire, Boulak et Gizeh. Toute cette ligne offrant un développement de plus de douze mille si k cents toises, était d'autant plus difficile à garnir et à surveiller sur tous les points , qu'il était nécessaire en même temps de contenir une population nombreuse , qui > lors, même qu'elle n'eût pas été naturellement disposée à la révolte , y était excitée par la crainte d'encourir la colère du grand -vtsir, après une reddition déjà jugée inévitable et prochaine. Le général Beliiard se vit donc obligé de renoncer à l'avantage des grandes > sorties, dans lesquelles, en tombant séparément sur chacun des dorps qui formaient le blocus , il eût pu affaiblir les assiégeans et le» contraindre d'abandonner leur entreprise ; réduit à l'impossibilité d'agir au dehors , il ne négligea aucune des précautions que pouvait suggérer la circonstance; fit élever de fortes redoutes entre le Caire et Boulak , et mit Gizeh à l'abri d'un coup de main.* Tous ces travaux furent exécutés à la vue de l'ennemi, qui, attendant toujours le. renfort des Indiens, continuait à procéder avec lenteur et hésitation. Ce retard fut sans doute favorable aux Français , mais malheureusement les subsistances commencèrent à s'épuiser dans la ville, et vers le milieu de juin, a peine y restait-il des vivres pour quinze à vingt jour». La pénmie d'argent ne se faisait pas moins res- Tome y. 17

Aâ8 LES FASTES

i*entir} les troupes étaient sans solde ^ eî les magasins d'artillerie sans munitions; il n'y avait pas au Caire cent cinquante coops par pièce , et l'on y œaoquiût d'affûts de Inchangé : pour aurcroit de malheur , la peste^ qui d'abord arait paru respecter cette grande cité , s^y était déclarée au commencement de l'année d'une manière si effrayante que les vieillards ne se rappdâieot pas d'avoir vu une époque aussi désastreuse. Plus de trente mille individus avaient succombé depuis quelque:) mois, et chaque jour il entrait au Lazareth plus décent cinquante Français. Dans une situation aussi difficile, le général Delliard, réunit les officiers gén<Sraux et les oiScierssupérieurSy et d'après leur avisait conclut une convention des plus honorables , dans laquelle il fut stipule que l'armée française avec aes auxiliairessortirait de la place , emmenant armes^ bagages, artillerie de campagne ,cais« sonsetmunitions^ serait transportée en Europe aux frais des gouvernemens anglais«et ottoman , et coviduite parla voie U plus prompte et la plus directe , dans les ports français de la Méditerranée. Cette convention signée le s8 juin par le général Belliard , et ratifiée par les che& de l'armée angio- turque ^ reçut sa pleine et entière exécution. Le 9 août y le général Belliard avec ses tioape^ s'embarqua à Aboukir et fit voile pour la France où il fut parfaitement accueilli par le pi*emiec consul^ qui» ^^ 1801, lui donna le commandement de la.a4^diTisîonmililaii^e. 11 resta dans ce poste jusqu'en i8o4 , remplit ^^ i8o5 , à la grande armée , les fonctions de chef d'étatmajor général du corps de cavalerie .commandé par Murat , et contribua aux succès dé Wirtingen 9 de IHe-* reaheim , et de Languenau. Après ces combats , dans lesquels les Autrichiens avaient p^du plus de quatre mill« tommes , Belliard fut désigné pour régler les articles de

DE LA GLOIRE. aSg

la capîtnlatlôti demandée par le général Werneck, qui se rendit prisonnier âtec toutes ses troupes.

Lorselue, le i5 octobre^ deux jours après la prise de Vienne ^ etparsnile de k mésinlelligehce qui avait éclaté entre les AutricWenfe et le^ Basses , le général baron de Winzîrigerodèj-aide-de^caïûp de Fempereur Alexandre^ se présenta aux avant-postes français pour offrir de capituler, Mtïrat ayant àècepté la proposition, le général Belliard fut eftcore délégué pour suivre et diriger les négociations 9 ilée i<endit en conséquence à Hollabrlinn et consentit d'après les instructions qui lui avaient éfé données, les basée d'une cbftvenfion provisoire ^ que Napoléon ne voulut pa» approuver.

Le a dédenibte , Betliard a^^sta à la bataille d'Âusterto, y prît une part glorieuse et fut, le 26 du même mois, nommé grand officiel" dé la Légion-d'hohne'ur.

En 1806, il fut èncol*e employé sous le prince Murât , et fit la caiiipagné de Prusse , comme chef d^étât-majorgénéral de sa cavalerie : il se signala le i4 octobre à là bataille d^Iéna y et le 28 au cofnbat de Pre^nlîilaw , où îl fat chargé de faire à un corps prussien là sommation de metli« baâ les aràies. Le général ennemi se tendit avec seize mille hotnnies' d^infanterîe , six! régimens de cavalerie, quarimte-éinq drapeâiix ou étendards , et soixantequatre pièces d'artillerie attelées»

A Steltiii , Belliard eut Phonneur d^attachei* son nom à la fumeuse eapliatetioh ^ue dicta l'audaCe du général Lasallej à Lubeck, à €rolymin en Pologne, il Concourut également au triomphe de nos aigles* Eti 180^, son activité ne serallentitpwfit r il combattit à HofF, à Heilsberg, àEylau, i Priedlanà j devarit Tibitt , et partout îl de couvrit de gloireenfiemofi^Doli adiâftt iiiliré^iidket général éoil^ommé;

ôéo Les Pastês

. En 1808 i il «passa à ^'armée d'Espagne et con^ tribua à la redditioa de Madrid ^ dont Je gouvernement lui fut conBé. l/ne insurrection violente ayant éclate dans cette ville , au moment de la bataille de Talavera , il se rendit seul au milieu de la population, qui presque entière avait pris part au mouvement ^ et sut à la fois ^ en l'apaisant par sa prudence et en la contenant par sa fer-* metë ) conserver aux Français cette capitale et la préserver des horreurs de la guerre au. péril de sa vie. Peu de temps après , il reçut la croix de commandeur de Pordre de la Couronne de fer*

En 181:1 ) Belliard quitta l^Espagtie, où il avait été major-général du Roi Joseph et commandant de l'armée du centre; appelé à faire partie de l'expédition de Russie, il fit, comme aide major-général de cavalerie , dans la grande armée , cette campagne dont les débuts s'annon-* cèrent^par les plus briUans succès , et qui se termina par d'éclatans revers. Au combat.de Kukoviacky , il chargea et 'culbuta , à la tète d'un bataillon, une co« lonne considérable d'infanterie russe devant laquelle se repliaient les troupes françaises , et reprit à l'erinemi l'artillerie. d'une divisioUé A Witepsk, à Smolendc et à Dorogohoutsçh, il ne se fit pas niçins remarquera

A la Moskowa il décida peut-être du gain delà bataille , en établissant ei^tre le village de Sminskoe et la grande redoute qçe venait d'enlever la cavalerie française , une batterie de vingt pièces de canon j dont le feu arrêta court , et força à la retraite des masses profondes de toutes armes de la garde russe»

A Mojaïsk il eut deux chevaux tués sofx$ lui, et fut dangereusement atteint à la jajtnbepar un.boulet; mal^ les soufirancesque lui causait sa blessure^ il oontinua deabivre

Tarmëe , fit retraite avec elle , fut nommé colonel-gënéral des cuirassiers à Smorgoni ^ et réorganisa à ça rentrée en Prusse , toute notre cavalerie qui se trouvait réduite à l'état le plus déplorable,

A la bataille de Dresde en i8i5, il fut chargé par l'empereur , de remplir les importantes fonctions d'aide-, major-général de l'armée , et se signala pendant la marche de Friedberg à Leipsick. Dans les trois sanglantes journées , qui , sous lea murs de cette dernière ville , eu-p rent un dénouement si funeste ppur les Français , on le vit constamment au milieu dp feu qx\ il eut deux chevaux tuéa et le bras cassé par un boulet, Toujours à son poste, il suivit tous les mouveipens de Farméç jusqu'au passage du Bhin, et succéda en arrivant à Mayence au major^général prîpce Berthier, qui ae rendit à Parîaji avec Napoléon,

Les évèneniens désastreux, qui préparaient la ruine del'Empirç, n's^vaient pu abattre le courage du brave général B^Hiard ; Is) patrie était en danger , il devait se dévouer à sa défense, et fit la campagne de France, en qualité d'£^ide-ma)or - général , jusqu'à la bataille de Craone , à U suite de laquelle , U reçut le commande-i ment en chef de togte la cavalerie de l'armée et de cellet 4e la gai*de impériale. Il combattit à la H^te-Epine , à Château-Thierry , à Fromenteau, à Craon.e, à Ljaon , à Rheims , devant Paris , et mérita par les éminens services, q^'il rendit à cette époque , que l'Empereur, retiï'é à Fontainebleau , lui conférât le grand oordon de la ^Lé-« gion-d'honneur,.

Après l'abdication et le départ de Napoléon , le gêné- I r^Belliard, dégagé de sessermens vint à Paris, reçut I 4^ roi^ la croix de Saintiiouis, fut créé Pair de Fraur^

363 tES FASTES

ce , le 4 juin i8i4 , confinné' grand^croix de la Lëgiond'honneur, le 20 août, et nommé en i8i5 , major-gëlierai de rarraée que devait commander le duc de Berry . Le8mars,au départ de la famille royale, il suivit les princes jusqu'à Beauvais, où Iç congé qu'il reçut d'eux , le laissa libre d'agir suivant ce qui lui. paraîtrait con* forme aux intérêts de son pays.

Bellîard revint à Paris le 25 mars*, à la fin d'avril. Napoléon lui donna l'ordre de se rendre auprès do- Roi Joachim, en qualité de ministre exti'aordinaire , moins pour y remplir une tâche diplomatique , que pour diriger les opérations militaires des troupes napolitaines. Quelque diligence qu'il fît , le général Belliard , ne put pas arriver à temps : le bâtiment qu'il montait ayant été attaqué par les Anglais, il fui obligé de descendi-e à Ischia , et rentra en France sans avoir obtenu de succès de sa mission. Le 2 juin ^ il fut compris dans la création des pairs de Napoléon , alla prendre le commandement des 5* et 4* divisions militaires , conserva intactes toutes les places de son gouvernement y fut exclu de la pairie par l'ordonnance royale du 24 juillet , arrêté et conduit à l'Abbaye le 22 novembre suivant, transféré dans- une maison de santé pour cause de maladie , remis en liberté le 5 juin i8i6, réintégré sur le tableau des Pairs le 5 mars 1819, et rétabli dans les droits et prérogatives delà pairie en juin 1822.

CHAMPIONNET ( J^cm-Etienne ) , général ea chef des arpiées de la république , né en xjG^y à Valence , dé^ parlement de la Drame.

Championnet était fils naturel dh^n avoeat nommé Legrand et dfune plie ferisière. Son nom qu'il a rendu cîélèbre par des services nationaux , ne fat, dans le principe,

qu'an surnom d'amitié que lui donnaient ses compatriotes. Sa jeunesse fut orageuse; livré à la fougue de ses passions y ce ne fut qu'après de nombreux écarts , qu'il se fit solâat dans les gardes-wallones. L'ardeur de son caractère prit dès-lors une nouvelle direction ; il lut avec une attention soutenue presque tous les ouvrages.françaîs qui traitent de l'art militaire. Avant la révolution il avait servi au siège de Gibraltar, sous le duc de Grillon , et avec le vaillant Latour-d'Auvergne. Quand la révolution éclata , il fut appelé au commandement du 6* bataillon de la Drdme. Envoyé bientôt après, avec ce corps, pour comprimer dans le Jura une révolte des habitans qui s'étaient armés afin de venger leurs représet^tans persécutés par les tyrans de la Convention , il ne versa pas une goutte de «aug et pacifia le pays.

Après avoir dans cette mission délicate fait preuT^ d'humanité , Championnet ne tarda pas à se signaler par son courage. Partout dans les premiei^ combats , il se montra intrépide : les soldats s'entretenaient déjà de ses exploits , après les affaires qui , dans la forêt de Brumpt , à Reischweiller , à Haguenau , à Weissembpui'g , avaient marqué les débuts d'une campagne difficile , et périlleuse. Il entra le premier dans Landau débloqué , prit Spire y Worras et Frankenthal. Le général Hocbe , pour prix de sa valeur, lui donna le grade de général de division.

« Le lendemain d'un engagement malheureux sur les » hauteurs de Neusladt ,( c'est Championnet lui-même qui parle dans ses Mémoires ) » je vis deux conducteurs » de mon artillerie pendus à un arbre par l'ennemi , et » à moitié brûlés sur un bûcher de fascines. L'horreur de » cette action me fit donner un ordre barbare ; tous mes y^ soldats jurèrent de ne faire aucun prisonnier. Un com-^

» bat s'engage ; mes troupes sont trop cruellement fidel- » les à leur serment. Un jeune homme de quatorze ans, » de Valence, ma patrie , tambour dans mon bataillon , )> conduit devant moi un grenadier autrichien de la plus » haute taille. — Gënéral, en voilà un que fe vous amè- » ne. — Malheureux ! as-tu oublié mon ordre ? — Gé- » néral , il était sans armes. La sublimité de cette réponse » me fit rougir , j'embrassai le tambour. Il me fallat >> toute l'autorité d'un chef pour le forcer à receyoir tout ,» l'argent que j'avais sur moi» Le lendemain , ce ver- » tueux enfant qui promettait tant à la patrie , fut em- » porté par un boulet de canon. »

Au printemps de 1794 , le général Jourdan^ après des marches pénibles à travers la forêt des Ârdennes, réunit l'armée de la Moselle à celle de Sambre-et-Meuse et à trois divisions de l'armée du Nord.

Les légions républicaines étaient commandées par Kléber 5 Moreau , Bernadotte , Lefebvre , Colaud , Montaigu et Championnet. Les alliés marchaient sous le prince de Cobourg , et les généraux de Beaolieu , de Kray, de Mack et de Clairfait : ils s'avançaient au nombre de cent dix mille contre quatre-vingt-dix mille Français,

Ces deux grands corps , parurent dans les champs de Fleuras. On les vit s'observer, s'éviter , et se heurter enfin avec une fureur impétueuse. L'attaque et la défense des retranchemens, les combats corps à corps et la mè- Jée, tout fut mis en usage dans cette bataille. Championnet, au centre de l'armée, résistait depuis plusieurs heures aux efforts de l'ennemi. Il se précipite à la tête de sa division : au cinquième combat qu'il livré , la victoire se décide en faveur des Français. Du pied des remparts dç

Charleroi, leur armée passa aux rives dû Rhin , où elle termina cette glorieuse campagne qui ëtonna PEu^'ope.

Les hauteurs de Clermont tombèrent au pouvoir de Championnet après une lutte de huit heures. L'ennemi voulut disputer les vastes plaines entre la Roër , et le Rhin. Championnet attaqua et prit Juliers ; Cologne lui ouyrit ses portes. L'armée de Sambre-et-Meuse prit alors ses quartiers d'hiver. Ce fat a cette époque que Championnet éleva à Clostercamp un monument dans l'endroit où périt le chevalier d'Assas.

Le confite du Salut Public résolut de porter la guerre an cœur de l'Allemagne. Il ordonna aux généraux Jourdan et Picheçru de passer le Rhin : le premier conduisait l'armée de Sambre-et-Meuse; Pichegru commandait xelle du Rhin et ^vait franchir ce fleuve devant Dussel- ^orfif, à la tète de trois divisions.

Championnet parvenu sur le bord , ne trouva que cinquante*deux batelels qui pouvaient à peine transporter six cents hommes. La prudence voulait qu'on ne se servît d'aucun batelier du paysj il fallut confier les avirons à des soldats.

Une étrange circonstance retarda ce dangereux passage; en allant reconnaître les postes ennemis , Championnet aperçut un héron immobile au milieu du fleuve, vis-àvis l'embouchure de la rivière d'ErflFl, où devaient déboucher ses bateaux. Un général romain aurait yu dans cet événement naturel , un avertissement des dieux. Championnet fit jeter à la nage deux soldats qui découvrirent un banc de sable de près de cent toises de longueur , dont quelques pouces d'eau baignaient la surface. Il fut

contraint ({6 faire remorquer ses bateaux deux lieues plus

loin , près do yilUge de Grimmilikausen.

Dans la nuit du so messidor » il fait disposer toute^ Parlillerie qui doit proléger son débarquement. Après qu'on eût empaillé les roues et toutes les pièces de fer y ses soldats en silence défilèrent vers les bateaux. « Compagnons de mes périls, leur dil41, demain, D au soleil levant , nous serons a Dusseldorff, ou nous D serons morts glorieusement ». Quatorze compagnies de grenadiers entrent, dans les nacelles ; Champîonnet menace de faire fusiller le soldat qui ferait feu avant d'être sur le bord opposé. Il fallait receroir la mort sans la renvoyer à Tennemi.

A peine les embarcations quittaient le rivage , que le cri de Wer-do (i)se fit entendre de la rive droite : un coup de feu part et engage le combat. Notre artillerie , rangée sur le bord opposé, foudroie les batteries et les bataillons ennemis. Alors le Rhin semble Vouler des eaux embrasées. La surprise / l'ardeur des comballans, la nouveauté^ de l'allaque sur un fleuve rapide , les cris des moui*ans , la profonde nuit qui succède à d'effrayantes clartés répandent le désordre dans la flotille. Plusieurs bateaux dérivent , d'autres s'engloutissent* Cent pièces tonnant à coups pressés , des bombes et des obus se croisant dans toutes les directions , formaient àla-ioisle tableau le plus horrîUe et le plus majestueux des fureui» de la guerre.

Deux barques touchent au rivage. Nos soldats s^élaûcent ^t enfoncent les premiers rangs en criant : F'ii^ laRépU'

(i) Cri du $Qldat avt^rkUiea^ii iactm.

bltquei }é«iême cri retentit sar les eaux. Toute la flolille arrive ; les tambours et les trompettes battent et sonnent la charge, ClifimpionQet^ à la tête de cinq cents grenadiers, q^ar^be vers le bois de Ham , chasse l'ennemi et Ëtit planter des échelles au pied des remparts de DusseldoriF, malgré Je feu d(j l'artillerie. I^a ville tremblante ouvrit ses pc»rtes ; et à cinq heures du matin , quatre mille hommes déposèrent leui^ armes sur les glacis. Cent pièces de ca* non et des magasins immenses tombèrent au pouvoir des Français. Les généraux Jourdan et Kléber ne pouvaient croire à cette étonnante nouvelle. Le premier $oin de Championnet fut de maintenir Tordre dans la oitë conquise et d^ veiller à la sécurité des habitans.

Le lendepa^in de la prise de Du$seldor£f , la division du général Championnet reçut la constitution de l'an 3. U dit à ses soldats : <( C'est sur le champ de bataille encore » fumant du sang des ennemis delà république, que tous » allez vous prononcer pour une constitution républicai- » ne, qui enlève aux Bourbons l'espoir deremouter sur » le trône de leurs ancêtres. Que votre vœu soit libre. » Dans ce moment, vous n'êtes plus soldats, vous êtes » citoyens ». La constitution fut acceptée.

Championnet attaqua le village de Costheîm si ma^ heureusement célèbre par la mort du général Meuiûor et de six mille Français ou Prussiens , dont les osseipens blanchis couvraient encore la plaine. Ce poste fut pris ^t perdu six fois. Le canon de Cassel , les batteries flottantes sur le Mein rompaient nos rangs , qui se reformaient toujours. Coslheim fut incendié. L'ennemi acharné à le défendre n'en sortit que la nuit à la lueur des décombres enflammés. « Dans ce combat, l'un des plus meurtriers ou > )e me sois trouvé , dit Championnet dans ses Mémoires,

m LES FASTES

» un ôffieier de la 59* demi brigade , fait prisonnier , » s'aperçoit que nos tirailleurs cessent leur feu dans la » crainte de le blesser: il s'écrie d'une voix forte, au mi- » lien des soldats qui l'entraînent : « Camarades tirez » toujours fi . On se battit corps à corps : dans leur fureur, les soldats désarmés employaient les dents , comme des armes offensives. Tout l'état-major vit à Phôpital de Hocheim un soldat français qui avait un doigt coupé par la morsure d'un Autrichien.

Cependant les deux armées de Sambi'e-et-Meuse el du Rhin sont forcées à la retraite. Kléber, plaçant la division de Championnet sur le plateau de Bendorf, dît à ce général : « Mon ami , vaincre ou mourir : si l'en-» nemi nous attaque, point de coups de fusil 5 la baïonnette en avant ». Championnet emporta la ville de Slromberg. A la bataille de SondwaI , il occupait le centre de l'armée, et arrêta l'ennemi.

Un armistice proposé parles généraux autrichiens sus-*pendit le cours des hostilités^ dès qu'elles recommencèrent, Championnet battit l'aile droite de l'ennemi au village de Dornebâch qu'il enleva de vive force. Obligé ensnite de repasser le Rhin à NeuWied, il trouva les ponts brises et de nombreux bataillons pour lui fermer la retraite. Jourdan lui dit : « Je compte sur vous- et sur Berna- » dolte ». — « Il y a près d'un an, répondit Champion-' )) net, que nous fûmes arrêtés parle même obstacle, » Nous emploierons la tactique de Kléber ; la baïonnette ; » c'est l'arme des Français ». v

Championnet força le passage et fit défiler io\i^^ sa division, en plein jour, en face de l'ennemi. L^ musique jouait dans les bateaux comité si le générai

eût mené ses soldats à une fête. Il s'empara de Dierdoff et de tout ce qui voulut lui résister. Une deses colonnes emporta de vive force la ville de Eunekel sur la Lahn : les portes furent brisées à coups de. hache par les grenadiers. Au village de Sek , il défait une division de cavalerie, se rend maître d'AschafiFembourg etWurlzbourg, capitale de la Franconie, et arrive ensuite à propos à Bamberg pour dégager un corps de cavalerie enveloppé par l'ennemi.

L'année vint camper près de Francfort : à la vue. de. vastes plaines couvertes de moissons , Cfaampionnnet s'arrête : « Mes amis, dit-il aux bfl&ciers de son état- » major, craignons de fouler les dons de celte terre fer- » tilé ; ne détruisons pas Fespoijc du pauvre laboureur. » J'aime mieux supporter encore une marche et ireposer » plus loin ma tête fatiguée, que de ruiner deux centf )) familles qui sont à la veille de recueillir le fruit de leurs » sueurs ».

Quelques jours après\ ce guerrier si humain fut encore obligé de faire couler le sang sur le champ de ba- < taille-, il emporta le fort de Kœnigstèin. Le général Klébev livra bataille sur l'Aich^ Bernadotte se couvrit de gloire; Championnet, placé au centre de Parmée, reçut les Autrichiens battus par ce général , et acheva leur déroute. Bientôt il fut chargé de chasser l'ennemi de la forêt de Poper* L'action commença avec le jour, et ne finit qu'à minuit. Les colonnies combattirent à la lueur des armes a feu et de l'a][tillerie« Le lendemain de cette journée qui vit tant de résa^tahce et de si glorieux efforts, le général en chef Joucdan visita le champ de bataille : à laspect des arbr^9 renversés par les boulets et des débris sanglans dont la terre, était couverte,^

iyo LES FASTES

il aroaa qur depuis lé commencement de la gueite^ii a'aTait rien vu de ai horrible et gui attestât autant Pacharnement des deux partis.

Arrivé sur la Nab^ près des frontières de^Ia Bohême, Championnet battit tout ce qui était dans la plaine, et poussa des partis jusqu'aux portes de Ratisbonne. Les Français éprouvèrent alors l'inconstance Aex armes. Championnet, à l'heure de la retraite, se posta sur les hauteurs d'Amberg, et arrêta la marche rapide de l'ennemie

Le général Jourdan voulut dégager Vartzbonrg bloqué par les Autrichiens. L'archiduc Charles passd lé Meia à Kitzingen, marchant h la tète de quarante mille hommes contre se^ mille Français. Un cooibal furieux s'en- ^ge. Les tirailleurs de Bernadotte s^taiètif ^avancés jusqu'aux portes de Wortzbourg : ce générât et Championnet avaient repoussé Feûnemi jusqu'aiï Mein; « une charge de » la cavalerie du prince Charles, écrivit le général Jônr- » dan, nous arracha la victoire n^. Jourdan, suivi de quelques braves et des officiers de stm état-^major , soutint long-^temps, à la gauche, tout l'effort de l'ennemi. Championnet, au centre, s'ouvrit un chemin, rallia dans sa marche à travers les bois et les marais , t6us les corps disfperses, et rejoignit Jourdan avec les autres divisons, traînant après lui son artillerie, ses bleôsés et ti^ois cents "prisonniers. Ce fut pendant ce revers que Championnet, apprenant la moti: du géififral Marceau , son âmi? tue à Âltenkirjcen^ laissa échapper ces mots : « Heureux jeune » homme I je voudrais mourir comme toi ».

P^idant le repos d'hivis* , l'ennemi pasda le Bhin ^ égorgea nos postes et^^empài^a du fort Marceau. Championnet s<8r«iUè pœdbnt k ttuit par le caifon de la for-

teresse-d'Shrenbrestein , se précipita h la tète de quelques grenadiers qui défendaient la vil le, reprit le fort, et réjeta les Impériaux dans le Bhin. A cinq heures du malin ^ il rentra dans Coblentz avec six cents prisonniers, tous hommes d'élite. Au retour de cette expédition, on entendait les soldats dire à Championnet : ft L^ennemi ne » sait pas passer les fleures comme nous; faites-ti6us » repasser le Rhin >».

L'accablant fardeau du commandement en chef d'une armée presque détridte et qui mourait de misère fut alors confié à Championnet; il refusa et voulut retenir Kléber. « Et tous aussi, lui écrivatC^ïFj' vous nous quittez! » vou^^Fott des pères de cette armée de Sarabre-et-Meuse ! ■ » Chacun de nous se faisait gloire de lui appartenir, îors- » qu'elle moissonnait des lamnerssonsles remparts de Char- » leroî, aux bords delà Koêr et sur lés rives du Rhin. »)Jene vois autour de moi que des ruines. Nos soldats )f couverts de lambeaux sont consumés par la £aim sur le » sol glacé qui les porte; mais Je retrouve encore sur leurs » faces desséchées et livides l'ardeur de ce courage qui les j> fit triompher de FAutriche. Devons -nous les abandon*- » ner , lorsqu'ils ressemblent aux spectres de ces brave» » que la ^erre a plongés dans hr rmlt étemelk? Ah ! reve- » nez pour ranimer nos bataillons , pour triompher de la ï) fortune par votre génie , pour mourir avec nous , s'il le )>faut Pour moî, je vous le jure, Klébei*, mon sorTest » lié à celui de Farméc : j'ai partagé ses triomp!heô^ je » veux partager son malheur ». Kléber fut inflexible ; il n'écouta que son ressentiment coiitrele Directoire. Championnet , chargé seul du commandement de cette armée, chercha à adoucir le sort de ses soldats j. en traçant avec des couleurs vives le tableau de leur dénu^^ent

et de la rapacitë des fournisseurs et des âgens da Di-

rectoire.

On vit arriver le gënëral Hoche, célèbre à vingt-quatre ans par ses victoires : c'était un chef fécond en ressources , estimé des soldats pour sa valeur, craint de l'Autriche pour son audace. Il sut se former une armée. Lefebvre commanda la droite 5 Championnat avec la gauche forte de vingt»deux mille hommes passa le Vupper, et enleva, le même jour, les célèbres positions d'Ukkerat et d'AItenkirken. Hoche, Lefebvre, Ney,Bichepanse, Rebelle battaient en même temps, dans les plaines de Neuwied , Tennemi qui se rallia de^-rière la Lahn. Championnet franchit ce fleuve à la tête d'un régiment de dragons , et tandis que le généi*âl Lefebvre brisait les barrières de Francfort, il se porta avec tant de rapidité dans les défilésdeLambacfa, que l'armée autrichienne, commandée par le général de Wernek , était sans espoir de salut , lorsque la paix fiit signée à Léoben.

Championnet, après s'être vu arracher la victoire par un de ces traités que l'Autriche en danger sut toujours offrir à la République, et ne jamais tenir, eut bientôt à pleurer la mort du général Hoche , son ami. L'armée entière lui remit le soin d'élever un monument à la gloire de son chef.

Une armée commençait à se former contre l'Angleterre : Championnet fut placé à l'une des ailes. Nous mepacions cette île, lorsque deux mille soldats anglais vinrent détruire les belles éclipses de Schilikens et assiéger Ostende. Trois cents hommes de la division ài général Championnet les firent prisonniers avec tous leurs bagages. Le général anglais eut la cuisse cassée d'un coup de feu*

Cepen4aût

Cependant le r^cit des exploits de Bonaparte en Egypte réveillait dans le cœur de Cbampionnet le désir de ,sl<gnaler son courage dans une de ces exp(^diiions d'outremer, que sa Fertile imagination proposait sans ce^e. Il écrivit an gouvernement*, u Qii\i-:je fait pour être con- » damne à ce cruel repos , quand mes camarades vecsent » leur sang pour la patrie >> ? Le Directoire prévoyant une rupture avec TAutiiche, lui répondit qu'il était trop nécessaire . sur le conlineat pour qu'on le laissât s'éloi- , gner.

La guerre ne tarda pas à s'allumer. Joubert,a]^pelé^u commandement de l'armée d'Italie, demanda que Cham* pionnet fût porté au commandement de l'armée de Rome, destinée à agir contre Naples, qui paraissait vouloir prendre une attitude hostile. « Si la guerre éclate / disait le » directeur Parras à Championnet, tous êtes le premier )) des généraux républicains à qui il est léservé de dé^ » trôner un roi. — Et je m'en acquitterai biep^ répartit » ChanoipiQnnet ». ... ^ »

Ce fut au. commencetnet^t du mois de brilmaii:e aii 7 que ce général arriva daçs les états. romains, qui venaient d'être récemment ©rigéff en république. Le roi de Naples avait déjà fait en personne. (^ revue de son armée dans le camp de Santo-Germano ^ et quelques jours après ^ les Français furent attaqués sur toute la frontière, depuis la Méditerranée jusqu'à l'Adriatique. 1

Les Napolitains s'avancèrent sur deux lignés : la première, conduite par lé duc de la Salandra., était forte de douze bataillons ; la seconde était <^ommand<^e pait le prince de Hesse-Philipstad, Une avant-garde de quatre bataillons et de cinq escachrops, conduite par le maré^ chai de camp Burkaixi, précédait^ ce£| deux chefs habiles, Tomer. 18

que aiiivaient d'autres officiers géqëraux, pleins d'espérance dans la yictoire. Parmi eux étaient de Metscli , de Damas, CaTillon, Serano , IdducdelaTrimouilIe et Cusani. Une réserve considérable était encore aux ordres de« bngadiers Pignatelli et de fiosenheim; Deux autres corps de tixiupes devaient agir sur la droite et sur la gauche du corps de bataille; le premier, de douze bataillons, avait k sa tête le maréchal de camp Micberoux, et les brigadiers Colonne, Tethudi et Bix>cco.' L'aile gauche, presque aus^i nombreuse^ était sous le commandement du chevalier de Saxe et du brigadier Baxod. Le^i régimeus de Ginstahi et Piélra devaient s'avancer par le débouché de TagliacGozo et par celui d'Antrodar. Le général français avait à soutenir l'attaque de soixante-quatre bataiikma, de ti^ente-sept escadrons et d'une artillerie foimidable, qui, avec les huit mille hommes 'embarqués sou5 l'escorte de l'amiral anglais Nelson, formaient nn effectif > de oinquante«huit à soixante mille combattans. 1

Cette armée était approvisionnée pour six mois de cam- |MEigne^ et laissait derrière elle des garnisons et des forteresses. Naples gardait dans son sein plus de huit mille hommes. Capoue^ Pescara ^ Gaëtte, Civitella, toute la frontière enfin était dans un état de défense formidable. A riqtérieur, d'autres troupes étaient prêtés â i^parer les pertes 4^ l'armée qui voyait à sa tète le général Mack et son roi.

A ces apprêts immenses, Championnet n'avait à apposer que douae mille hommes que l'imprévoyance da Dirçcloire laissait dans le dénuement le plus complet. C'est «vec quelques bataillons épars sur tout le territoire 4e Kome qu'il doit arrêlet* toutes les forces d'un royaume» Mais il avait pour lui' le eourage de ses génâ'aux et k

âévùuemeni de ses soldats. La ligne sur laquelle Ils avaient à combattre embrassait plus de soixante lieues : elle pouvait être coupée sur sept à huit points , et il était extrémeineint difficile de la surveiller.

Dans le camp ennemi régnaient le luxe et Pabondance; munitions et vivres, tout j avait été rassemblé à pro-^ fusion. Les soldats de la république, couverts de lambeaux, n'avaient que dix-huit miUe cartouches. Au moment de l'agi^ssion, il fallut en faire venir d'Anodne. Le parc du roi de Naples était de cent vingt bouches, à feu 5 notre artillerie ne se composait que de sept pièces de canon. et de douise obusiers. Nos troupes n'avaient reçu aucune solde depuis trois mois : Parmée ennemie était payée tous les jours, et traînait, parmi ses bagages, des caisses d'or et d'argent. Aucun obstacle n'arrêtait la mar-« ehe du roi de Naples, tout, autour des Français, était agité par la révolte et le fatiatisme. Borne elle-même était dans une crise si terrible, que Cbampionnet ne pouvait camper autour de se» remparts; elle n'était approvisionnée que pour cinq jours, et sa nombreuse population ne^ pouvait plus subsister que par les bienfaits de l'armée du roi de Naples, dont les soldats înterc€i>taîent toutes léa ix)utesk ;^

La mer offrait 0e plus grands dangers encore ) les cdtes . n'étaient plus gardées; partout les canons avaient été en-^ levés^ et les signaux snpprimés. Les parages de l'Adria* tique et de la Méditerranée étaient couverts de vaisseaux anglais, napolitains^ russes et barbaresques. Champion^ net porta son attention ^tn» les forteresses 5 il les trouva dépourvues^ de tout ce qui y était nécessaire. Ici, il n'y avait pas de canon du calibre de trente^trois , et il y avait des boulets de ce calibre; ailleurs, il n^y avait

pas de bouleU) mais il y avait des canons. Dans les calibres dç vingt-quatre, vingt • trois, vingt*un et seize, on voyait partout des canons, et des boulets nulle part. Championnet crut qu'une main perfide avait ainsi, à dessein, placé des canons sans boulets et des boulets sans canons. Les arsenaux étaient aussi dégarnis; tout avait été dilapidé. Ici, on avait vendu les fers coulés; là, on avait enlevé les canons.

Autour de lui , il n^apercevait que la plus effrayante désorganisation* Telle était sa situation , lorsque^ le 4 fra« maire an 7 , l'armée napolitaine , fière^de quelques avantages qu'elle avait remportés y pénétra sur le territoire de Rome ; trois jours après, elle en fit l'invasion par cinq points à la fois. Les Français, attaqués d'abord dans le voisinage de Terni, à Porto.-del-Formo , à Monte-Bossi, à Olricoli , à Calvi y furent partout vainqueurs , après des combats plus ou moins longs , et qui se décidèrent tous parla baïonnette. Championnet, en général habile, sut profiter de ces premiers succès; persuadé que l'ardeur de ses troupes suppléerait à leur nombre , il arrêta dèslors son plan de campagne , et l'exécuta avec cette célérité et ce courage qu'il avait si souvent déployés contre les armées autrichiennes. Il ne conserva de gami.<ion que dans les places et forteresses; .Bpme fut évacuée ; il n'y laissa que quelques Français qui, enfermés dans le château Saint-Ange, jm^èrent de se défendre jusqu'à la derpière extrémité.

Les Napolitains ne tardèrei^t pas à &ire leur entrée dâiis Rome ; leur séjour dans cette capitale fut marqué par des actes de barbarie et de férocité: plusieurs Romains, qui avaient pris parti pour les Français , furent insultés 5 l'arbre de la liberté fut abattu^ le tombeau du générai

DE LA GLOIRE. i^jj

Dapliot fat détruit ^ et la populace de Rome allait peutêtre se porter à de plus graves excès, si tm corps* de troupes françaises ne se fut retourné en menaçant la ville de la plus terrible vengeance.

. Le général Mack , ne pouvant réduire la garnison qui, du château Saint-Ange, se préparait à lancer la foudre, fit déclarer au commandant que tous les Français malades dans les hôpitaux de Rome , ainsi que les gardes i^aissées par Champiounet, étaient retenus en otages , et qu'à chaque coup de canon tiré sur les Napolitains , un républicain serait livué à la fureur des habi-^ tans. A Oâcoli j trois soldats' français prisonniers fureaf attachés à des arbres et fusillés; à Otricoli , trente malades, dont plusieurs avaieiit les bras et ies jambes coupés de la veille, furent fusillés dans Pambalance ^ quelques autres couchés «ur la paille , avaient été brûlés au combat de Népij un des chefs napolitains avait ordonné ^ dans le tas où les républicains seraient vaincus ^ de les passer tous au fil de Fépée. Cette conduite atroce invitait à de sanglantes représailles y mais les lâches seuls sont cruels, diampionnet voulut montrer que les Français sont aussi généreux après le combat, que terribles dans Faction; il fit proclamer dans l'armée que tout napolitain prisonnier serait traité avec douceur et humanité; il rendit les généraux responsables de Paccomplissement de cet ordre, et prononça des peines sévères contre tout militaire qui userait de violence ou de mauvais traitemens envers un ennemi désarmé.

Championnet eut promptemeht repris ro{fensive3 en 1 5 jours l'armée royale fut dispersée. Huit jours auparavant, une retraite honorable paraissait impossible. La bravoure du soldat français changea datis deux combats une si^

tuation si désespérée, Championoét rentm dans Rome } apcès avoir enlève à l'ennemi tous sas magasins, soix^antequinze canons et deux cent quarante chariots d'artillerie. Des victoires aussi rapides ne pei;miL*ent plus au roi de Naples de douter de l'impuissance de ses desseins.

Rome reçut Tarmée dans ses ûiurs avec la crainte d'un grand châtiment. Trop indigne du pardon , elle n'osait l'attendre ; mais , parmi tant de coupables , Championnet ne punit de mort qu'un espion ùe la cour de Naples, qui s'était fait nommer commandant deJa garde nationale , pour soulever le peuple contre les Français.

L'armée napolitaine fut poursuivie sans relâche. Son corps de réserve attaqua la nuit la onzième demi-brigade campée entre les deux routes d'Albano et de Frascati. Malgré la surprise des Français, la colonne ennemie, forte de huit mille hommes et de six canons, qui tiraient à mitraille , fut tournée et taillée en pièces ^ elle laissa sur le champ de bataille toute son artillerie , un grand nombre de nu>rts et douze cents prisonniers. Dès ce moment, rien n'arrêta la marche des républicains ; en deux jours les généraux Maedonald et Rey , à la tête d'une di-' vision , se trouvèrent sous les murs de Capoue«

Les Français Lriomphaient en courant à tràviers une tirmée d'assassins. Un soldat ne pouvait s'éloigner sans perdre la vie : des détachemens de trente à cinquante hommes furent égorgés. Le général Duhesme fit ainsi soixante et dix lieuçs au milieu des embûches, des piégea et des périls de toute espèce : quoiqu'il n'eui que quatre mille cinq cents combat tans, il détruisit ou dispersa le corps entier du général Micheroux , l'étiré dwrière le Tronto. 11 fut blessé^deu:;^ foi», et reçut i|i) QW.p |de hache

DE LA GLOIRE, ^ 27gf

dçins les combats qu'il fut oblige de livrer à ces hordes , dont la Fureur était plus funeste que la résistance dés troupes réglées^ Il n'y eut auctme ville sur urie aui5«î longue route qui ne fût le théâtre d'une mêlée sanglante.

Les deux divisions de droite eurent moins d'obstacles à surmonter pour arriver sur le Volturne , qui ^ d'après le plan du général ' en chef, était le point de concentration ; mais leur, position devint extrêmement critique par les insurrections qui éclatèrent au même ins^ tant sur leurs derrières et sur leurs flancs. Tous les chemins se couvrirent d'habitans armés , qui s'ertibusquaîent pour tueries Français. Des malades, des blessés, des voyageurs , dçs enfans et des femmes tombèrent soufis les coups de ces forcenés ; des bataillons entiers fureilt repoussés par eux , et taillés en pièces* Un aîde-de-camp du général en chef, le jeune Joùrdel , en marchant su^ Lezza , à la tête de deux compagnies , eut la cuisse Cassée d'une balle : les brigands l'emportèrent au fond d'une forêt, l'attachèrent à une potence, et le brûlèi^ent vif à petit feu. Des bandes^ trois à quatre mille de ces scélérats pénétraienldans les villes , et en enlevaient les subsis» tances destinée» â^ nos soldats : ils brûlèrent le pont que lé général français avait établi sur le Garigliano. Un parc d'artillerie tout entier, rfue l'armée attendait pour forcer l'ennemi dans ses retrancbemetis , fut enlevé , et son escorte massacrée. Eln trois jours , le nombre des révolté* s'accrut tellement , que Championnet dut détacher plusieurs bataillons poui* les cerner dans les montagnes. Leut' 'résistance y fut terrible: huit cents des soldats envoyé» contre eux périrent dans un seul combat près de Setza^ En même temps que Championnet avait sur son front

îSp LES FASTBS

la place de Capaueetl'i^rpiëe du général Mack, couyerte par leçaiion de cette forteresse, il était obligé, sur ses derrières et sql* ses flancs ^ de faire une guerre d'autant plus dfingereuse , que Ron^e était en proie à de nouvelles agitations, et ^jue les rebelles, renfermés dans Civita- .Vecchia , étaient décidés à soutenir un siège. Chaque jour venait augmenter les inquiétudes suv Ie& TÎvre& et les fourrages, et les munitious étaient devenues si rares, qu'il restait à peine à chaque soldat six coup.s de fusil à tirer.

Cependant Cliampionnet ne voulut ppint différer sa conquête ; il connaissait le manife^t^ par lequel le roi de Naples avait déclaré ses intentions à ses sujets : « Aussitôt » que les Français ^ disait le monarque parjure, auront » niis le pied sux» le territoire du royaume , il est or- » dopné ^ toutes le comm;unes de se lever en masse et de ^ çoti^mencer le massacre. » Cliampionnet ne se laisiia point intimider par une mesure aussi atroce. Constant dans, ses principes de clémence et de niodération , il les opposa aux menaces d'une cour qui avait abjuré tout sentiment d'bonneur et de loyauté. A l'approche de nos colonnea, les babitan;s de Viterbe, qui avaient àredouter ^ ne juste vengeance, prirent la fuite. Pour les rassurer, il leur adressa cette proclamation : « Les babitans de Ci-* » vita-Ducale , k l'approche des Français ont abandonné )) leurs asiles^ leurs fortunes^ Tépou vante les posrsuit: » quelle erreur!

)> Habitana de ces belles contréea , ra^surez-^vous ? '^* » Français, en entrant sur le territoire de Naples, n'en » veulent point au peuple :1e peuple ne doit poînl être » ^victin\e des faux calculs d'un gouvernement en délire \ » lui seul est coupable, lui seul sera puni.

» Bappelez'dans vos foyers, tos enfans qiie la- force » retient sous le^ drapeaux de nos ennemis. Laissez mar-. » cher ces milices impuissantes d'un roi qui vous trompe; » elles seront battues partout où nous les trouverons.

» Soyez calmes , rehtrez dans vos maisons ^ que le » riche habite son palais , que le pauvre revienne sous sa » chaumière , prenez confiance dans la loyauté française^ » et comptez sur ma parole, sur ma protection: votre roi )) tombera de son trâne : mais votre culte, vos autels, vos » biens, votre industrie seront respectés. Je le répète, râs- » surez-vons 5 mais tremblez si un seul Français est in- )) suite. »

Quel frappant contraste entre la conduite des généraux des deux armées,!

Les troupes napolitaines , battues , se repliaient en désordre. Douze mille prisonniers , quatre-vingt-dixneuf pièces de canon , vingtrun drapeaux ou éten* dards , les bagages et le§ armes des vaincus étaient au pouvoir des Français, et pourtant ir n'y avait pas ea de bataille générale. Championnet se croyait à la veille d'en livrer une; mais le roi et le capitaine-général Mack rentrèrent dans Naples , où la fermentation des esprits faisait craindre un soulèvement. Leur fuite fut si précipîLée , qu'ils oublièrent de donner Pordre de la retraite à quatre mille hommes postés aux environs de Civila-Càstellana. Ce corps, s'étant présenté pour passer le Tibre à Rome , fut attaqué et dispersé par les troupes françaises , qui lui prirent tous ses canons , et lui firent trois cents prisonniers.

L'armée royale , toujours poursuivie , ne devait plus s'arrêter qu'aux portes de Naples. Aquila , que la nature levxble avoir pris soin de fortifier, succomba à un coup

demam. La barrière des Âbruss^es et les pins hautes cimes des Apennins étaient fçanohies : les Français voyaient devant eax la grande route qui conduit i Naples;Ia petite. ville deViterbe seule osa leur résister , et braver leur vengeance ,, en se portant k des actes de cruauté envers nos malades et nos blessés ; les habitam Infusèrent de se rendre à la première sommation* Championnet leur en adressa une seconde ainsi conçue: uPap- » prends avec indignation qu'une poignée de rebelles » a osé^ refuser de capituler devant une armée viclo- » rieuse. Si je mesurais le châtiment à PoflFense., Vîleibe » n'existerait plus. Voici mes dernières résolutions :

» Si Viterbe se soumet , j'userai de clémence •, si Vi- J> terbe résiste , et que, par un crime que l'on n'ose ima- > giner 3 elle insulte aux Français prisonniers dans ses 5> murs , Viterbe sera emportée d'assaut, mise au pillage , )> saccagée ^ brûlée jusque dans ses fon démens , et je » veuk que le voyageur errant demande un jour oi était » Viterhe.

» Habitans égarés , revenez de votre erreur j ouvrez » vos portes, ou craignez ^'impétuodté du soldat, )> qui n'attend que le signâ^l de l'attaque. >»

Cette sommation énergique effraya les rebelles : Viterbe capitula.

, Terracine était évacuée , Fondi s'était soumise, et le« rives du Garîgliano voyaient déjà les patrouilles françaises. Gaëte céda à l'audace inconcevable du générai Rey, qui y trouva une grande quantité de munitions» et environ treize mille médailles d'argent , que le roi de Naples avait fait frapper pour ses troupes ; elles offraient y d'un côté , l'effigie du monarque , coiffé d'un casque \ la romaine, et, de l'autre , la Victoire couroûflâût ^

DE lA GLOiRR 385

gaerricr, avec celte légende : Aux militaires qm ont bien mérité de leur roi et de leur patrie.

Champîonnet , par la prise de Pescara, était maître des deux Abrazzes ; il occupait Gaête , la seule place forte , qui , avec Capoue , se trouve sur la route de Na— pies à Rome , en passant par les Marais-Ponlins et Terracîne ; Farmée française , après s'être portée en trois marches, au-delà du Garigliano,, et s'être emparée desl)elles positions que Pennemi avait cru devoir abandonner sans combattre , parut devant Capoue. Une forte garnison était dans cette place, et Te général Mack en personne la soutenait par son camp retranché de Caserte, où il faisait çle grands préparati6. Championnet, de soû côté , n'attendait que l'arrivée de plusieui^s corps de troupes pour en venir à une bataille rangée. Il n'avait pas encore reçu ces renforts , que le général Mack demanda un armistice limité ou illimité , pour ménager , disait-il , quelque repos aux deux armées , fatiguées par des marches forcées , par des pluies et des neiges continuelles.

Championnet lui répondit :

« J'ai reçu , monsieur le général , vos propositions d'armistice ; l'humanité seule en fait les frais. Les mauvais, traitemens , la pluie, les neiges, voilà vos moti&; mais l'armée , avec sa patience ordinaire , a tout franchi; il ne lui reste plus à Ëiire que l'invasion de Naples. Je marche pour remplir Son vœu , et répondre aux ordres de mon gouvernement , qui , d'après votre déclaration de guerre a coups de canon , m'a chargé de punir cette insull^.

» Je suis fâché, pour mon compte , que ihes instruo<^ tions me portent à tepousseï^ vos pix^positions. >> C^ xé^ ccmsterna la cour s le roi et sa famille abau-*

donnèrent la capitale , et se retirèrent en Sicile ; Naples ëtâit dans les plas vives alarmes. Le vice-roi Pignateli , cédant à, l'effroi des principaux habitans , implora de nouveau une suspension d'armes avec des conditions si favorables à l'armée française , qu'à peine elle aurait pu les attendre dWe victoire décisive : il offrit de feire surle-champ la remise de la forteresse de Capoqe , d'étendre et de fixer notre ligne depuis Salerne jusqu'aux extrémités de la Fouille , de fermer ses ports aux Anglais^ et enfin de verser en peu de jours dix millions dans h caisse de l'armée. La violation d'un seul article du traité annulait cette convention , qui devait être ratifiée par les deux gouvernemens ^ et qui n'imposait au général français d'autre obligation que celle de ne pas entrer dans Naplesiil balança J mais l'intérêt des troupes l'exigeait.* l'armistice fut signé.

Cette capitulation , qui laissait à Championnet le temps de rassembler ses forces, excita un mécontentementi , général dans Nàples, et fit naître la méfiance entre les autorités civiles et les chefs de l'armée royale qui fut enfin attaquée parles habitans mêmes d% la capitale.

, Alors le général français put prévoir qu'une révolution, qu'il avait préparée par ses intelligences, ne tarderait pas à* éclater. Un pareil mouvement , s'il avait lieu, était à coup sûr, portr les Français, d'un plus grand avantage qu'une bataille gagnée; cependant le Directoire osa reprochera Championnet d'avoir , excédé, ses pouvoirs , et d'avoir violé la constitution , en concluant une trêve qui ajournait la vengeance de la république. Mais le général fit connaître les motifs qui l'avaient détermine à suspendre les hostilités, et bientôt le gouvernement détrompé et honteux d^e son injustice^ le conju^^ ^^

te LA GLOffiE. tSS

marcher en apant , d'abolir la monarchie dan», les Deux*Sîciles . et d'établir 1109 Communications avec Corfou , Malte et l'Egypte.

Championnet fait observer dans ses mémoires , qu'une pareille vacillation était aussi humiliante pour le Diréô*toire, que décourageante pour les généraux^ c Dans » quelles limites, ajoute-t-il, prétendait-il dono rén-^ » fermer l'aatorité d'un général en chef, commandant }) a quatre cents lieues, et maîtrisé par des évèiiemens )) qui variaient à cha)que pas qu'il faisait sur une terre » ennemie ? Fallait-il que chaque opération passât ainsi » à la censure, avant. qu'il pût la terminer 7 Avec ce » système, que serait devenue Tarmée deNaplea? » ■

Le. preihier soin de ce gé^ral fut de ranimer l'espoir des républicains de Naples: à, chaque ii^istautt ^ il recevait des rapports de ce qui ^ passait dans oelt^ ville ' agitée. Ses émissaires remportaient des instructions sur ^a conduite que devaient tenir les partisans des Français ^ et les invitaient à se pronçncer avec énergie en leur faveur. Un événement imprévu accéléra cette révolution* Le commissaire-ordonjpiateur Arcan^ibaL avait été envoyé k Naples. pour presser la. rentrée de l!argent proif^js p^ le traité. Le vice- roi qui gouvernait encore, l'accueillit comme il le devait; mais le peuple lui fit ui;i. crime de sa. mission et l'eût immolç,. si son CQUrage et les: efforts â<^; républicains n'eussent éloigné le danger. Dès ce x^oment,. deux partis furent en pi-ésence. .Le mas^cre d^un ré-* pubJjcain ^ devint le signal des fureurs et de . l'a^^M^-. cliie^* les uns veulent venger sa mort , les autres défendant l'assassin. Les moines et les prêtres obligent le peuple à jurer solennellement devant Saint-Janvier deco9ib9ttr^.

2>aS.6 liÈS FASTES

jusqu'à la mort pour la patrie, et djç tremper lear» mains dans le sang de tous les ennemis de Dieu et de la royautë. Ce serment est prononcé par plus de trente mille lazasaroni , aux cris réitéras de Fiife ' le roi ! idtfe Scdnt^anpier / iH^/e JéêUâ'Christ ! Cette multitade •e porte dans les prisons , égorge les détenus pour eptnioû, fille et incendie les palais, enfonce les arsenauji;, s'empare de toutes les armes, signale le général Mack comme un traître et ses soldats comme des Jacobine vendus aux Français. Le vîce-roî lui^mèlne , devint suspect h ces fbrcënés ; il n'eut que le jtemps ^ se sauver dans un canot , et de gagner les cdles de V Sicile - Efirayés de» meiiaces des lazzaroni , les soldats étrangers qui formaient presque toute Farmée napolitaine , Tinrent se jeter comme des transfuges dans les rangs de nos bataillons. Le gâiéral Mack, abandonné des siens , livré sans défense à îa rage d'un peuple en délire , fit demander nn asile au général Championnet. Près d'arriver au quartier-général de Caserta , une secrète pré- Vf^ntion l'arrête ; on lui avait peint lé général français comme un conquérant implacable, et il Favait offense dans une lettre dtii-e et menaçante. Il redoute sa colère ^ à l'entrée du camp, il Hésite entre l'espoir et la terreur qu'un républicain lui insj»ire.' Cfaampionnét s'arance ayéc une douce sérénité sûr le visage : le général Mack éperdu lui présente son épée 5 son vainqueur la refuse, et lui cKt avec un sourire Çn ^ aimable; a Géyr néral , gardez-rla : mon gouvernement m'a défendu de yi recevoir des présenài de fabrique anglaise ». Ce fut sa^ seule vengeance. -Le général Mack fut long- temps jUauét de - surprise f sa confiance augmenta : il osa

demander^ et obtint un sauf-conduit avec une «scorie Jusqu'à .Milan où le Directoire le fit ensuite arrêter comme prisonnier de guérie ^ le général Champion^ net en fut affligé. Sensible et magnanime ^ il n'eut jamais donné de& fers à un ennemi malheureux , qui , pour échapper à des assaâssiçs ^ était yenn se )etw dans ses bras.

Cfipendant le prince Molùerlli , qui , a^ec Pignatelli , avait signé l'armistice , se rendit secrètement auprès de Championnet, afin de se concerter avec lui sur les moyens de mettre un terme aux scènes d'horreurs dont Naples éuH le théâtre. Il fut arrêté , dam l^trevue , que l'armée républicaine marcherait sur la ville, et s'y présenterait du côté de Gapo di Chino et de Foggio-Reale. De retour à Naples, Moli terni s^tablit avec ses troupes au fort Saint-Ehne, et fit tirer plusieurs coups de canon ^ pour rétablir le calme. Mais les lazsaroni, furieux: d'avoir perdu leur jMt>ie, se dirigent eu masse vers Ca* poue, et parvi^ment jnsqvié sur les glacis de cette fofteresse qu'ils prétendent prendre d'assaut. Deux jiours entiers , ces insensés furent criblés par les décharges à mitraille de la place, sans retirer d'autre fruit de leur tentative que de dégager le géi^ral français de l'armistice qu'il avait oonoln.- Champk)iinél ayant dofiiié aussitôt le signal de Fattaque de Nàples , fit avancer sorr artillerie : les soldats montraient beaucoup d'impatience ; cependant il voulut encore fanre porter des paroles de paix à ce peuple égaré par le diésespoir. Malheureusement la ville était sans magistrats : les citoyens frappés de teiTeur gémissaient au fend de leurs maisons; les laz- ^aronî^ au nombre de soixante mille ^ étaient seuls sous

i88 LES FASTES

les armes : îls barricadent les rues et reçoivent' à conps de fusil le parlementaire du gén<?ral français. Championne t crut encore que ^appareil de ses forces ferait tomber les armes des mains de ces fanatiques; il différa l'attaque jusqu'au lendemain. Les lazzaroni escarinouchèrent pendfi^nt là nuit, et firQ|it.*des soiiies appuyées de leur artillerie. Championnet, convaincu enfin c^u'il était inutile dt chercher à vaincre leur obstination, résolut de les exterminer. Il apprend que les républicains fidèles à leur promesse se sont emparés du fort Saint- Elme , et qu'ils sont prêts à tonner contre la ville. Le général Kelleittaila marche à Capo di Monte : deux bataillons, conduits par le colonel Çirardon, s'avancent dans le silence de la nuit vers le fort Saint-Elme, se réunissent à sa garnison, et arborent leurs drapeaux sur la citadelle , qui fait aussitôt une décharge à laquelle le général Eblé , commandant de Tartillerie firançajse, répond par le feu de toutes ses batteries. A ce signal nos troupes se répandent dans la ville , renversent tout ce qui leur est opposé; affrontent une grêle de balles qui part à la ibis du faite des maisons, des croisées et par les soupiraux des caves. Il fallut brûler ces repaires, ou Içs enlever comme des redoutes. Les lazzaroni , ayant i leui^disposition une artillme formidable., se défendirent avec une intelligence et un acharnement que^ n'avait jamais montrés l'armée de lign^. On les accule dans les rues; ils ne sont pas réduits : nos escadrons lea refoiilent jusque dans leur quartier - général que les flammes dévorent ; ils s'avancent avec plus d'audace : la baïonnette les enfonce; leur masse plus serrée revient et nous enveloppe : la yiolence de. leur choc nous renverse»

Us

DE LA GLOffiE. a^

Nos soldats y les bras comprimés ,, furent quelque temps immobiles : dégagé après de longs efforts , chacun d'eux, dans le cercle que sa baïonnette pouvait décrire, combattit un peloton d'ennemis* Les soldats napoli*» tains qui avaient fui devant nous, devinrent des héros $ mêlés aux lazzaroni cpmmandés^ par des chefs intrépides, ils se battirent dans toutes les rues ^ mais enfin, foudroyés par le canon du fort Saint - Elme , vers la fin du jour ils abandonnèrent, la moitié de la ville. Li nuit ne sépara pas les combattans; 1^ uns s'acharnèrent au cai^nage, tandis que d'autres accabléss^de fatigue reposaient près des cadavres , au milieu des décombres, sur des cendres brûlantes.

Quand le jour reparut ,^cette horrible boucherie durait encore ; nos soldats avaient juré de s'ensevelir sous les de'bris fumans de cette ville, ou de s'en rendre maîtres. I^e général en chef veut terminer d'un seul coup cette lutte terrible^ il ordonne au général Kellermann de mar'^ cher sur le Casiello-JN'uovo et de l'emporter à la baïonnette. Les généraux Duhesme et Broussier escaladent le fort de/ Carminé; une colonne pénètre dans le quartier des lazzaroni et Pincendi^ : le colonel Girardon , suivi de la garnison du fort Saint-Elme, se précipite dans la ville : le général Busca investit le palais du Roi. Le combat ne finit qu'après soixante-6ept heures 5 dans les rues s'élevaient des monceaux de cadavres. Championnet n'eut qu'un moyen de se délivrer des Lazzaroni; ce fut de tourner leur fureur contre le château royal, dont il leur permit le pillage.

Il parcourut alors la ville déserte : quelques malheureux habitans sortirent de leurs maisons que la flamme avait épargnées. Le général les aborde et déplore leurs Tome V. 19

»9t> LES FASTES

tniilheurs : il ne vîejat point pour les tyranniser, il leur Apporte la liberté. Il protégera la religion ej fera respecter le grand Saint- Janvier : il promet des vivres au nom de son armée $ et pour achever de dissiper toute crainte, il fait publier la proclamation suivante :

« Napolitains;, vous êtes enfin libres; votre liberté est jn le 8eul*prix que la France veut retirer de sa conquêle » et Id seule clause du traité de paix que l'armée de la » république vient jurer solennellement avec vous dans » les murs de votre capitale et sur le trône renversé de » votre dernier rôi.

» Malheur à qui refusera de signer avec nous ce pacte » honorable , où tout le fruit de la victoire est pour le » vaincu , et qui ne laisse au vainqueur que la gloire » d'iavoîr consolidé vbtre bonheur; celui-là sera traité » comme un ennemi contre lequel nous restons armés.

» S^il y a donc encore parmi vous des cœurs assez » ingrats pour rejeter la liberté que nous vous avons con- » quise au prix de notre sang , ou des hommes assez in- » sensés pour regretter un rioi déchu du droit de les com- » mander , par la violation du serment qu'il avait feit » de les défendre, qu'ils fuient sous les drapeaux désho- » norés du parjure: la guerre contL*e eux est à mort: » ils seront exterminés.

» Républicains y la cause pour laquelle vous avez long- » temps souflFert est enfin décidée; ce que n'avaient pa ». terminer les victoires brillantes de l'armée d'Italie, ce » qui avait si long-temps retardé les intérêts politiques » de l'Europe entière , ce qui avait suspendu les espé- » rances d'une paix générale, ce qu'avaient empêché jus- » qu'à ce jour la religion des traités et la crainle d'une » guerre nouvelle, l'aveuglement du dernier roi l'a opéré.

DE LA 6tX>IR£L 291

h Napolitains, si Farmée française prend aujourd'hai » le litre d'armée de Naples, c'est par l'effet de l'en^ » gagement qu'elle contracte de mourir pour votre cause , » et de ne faire usage de ses armes que pour le maintien }) de votre indépendance et la conservation d'un droit » qu'elle vous a acquis.

» Que le peuple se rassure sur le libre exercice de spn » culte 5 que le citoyen cesse de craindre pour sa pro- » priéië : un grand Intérêt a soutenu les rois dans les » efforts qu'ils ont faits pour calomnier les sentimens et » la loyauté de la nation française ^ mais il faut peu de » jours à un peuple généreux pour désabuser les hommes » ci'édules des préventions odieuses dont se sert la ty- » rannie, afin de les porter ^ des excès déplorables.

» L'organisation du brigandage et de l'assassinat, imà- » ginée par votre dernier roi j et exécutée par ses agens » corrompus comme un moyen de défense , a eu des ré- » sultats bien déplorables , des conséquences bien funestes ; » inais en remédiant à la cause du mal , il sera facile » d'en arrêter les suites et d'en réparer même les effets.

» Que les autorités républicaines qui vont être créées » rétablissent l'ordre et la tranquillité sur les bases d'une » administi*ation paternelle; qu'elles dissipent les frayeurs » de l'ignorance, qu'elles calment la fureur du fanatisme » avec un r-èle égala celui qui a été employé par la perfi- » die pour les aigrir et les irriter, et bientôt la sévérité de » la discipline, qui maintient avec tant de facilité l'ordre » dans les troupes d'un peuple libre , ne tardera pas à » mettre un terme aux attentats provoqués par la haine, » et que les droits de ta représaille ont à peine permis de » réprimer ».

Ce peuple imconstiint qui se battait ea désespéré pour

son roi, fit retenlir le nom de république : ce cri si funeste la veillera qui le proférait, devint le signe du patriotisme et de la sûreté du citoyen. L'archevêque fit circuler un écrit, ou il annonçait que le ciel venait de se déclarer pour les Français, et que le miracle de la liquéfaction du sang de Saint-Janvier avait eu lieu extraordinairemeut. Le général en chef se prosterna au pied de la châsse de ce grand saint , et lui donna une garde d'honneur, avec cette consigne : «' Respect à Saint-Janvier'». On se porte en foule vers le protecteur de la ville, on crie-: pipe la liberté et Saint-Janvier î Le peuple, .étonné de ces sentimens religieux, met bas les armes: un chef des lazzaroni harangue ses compagnons , et passe du côté des Français. Depuis ce jour, Championnet fut révéré dans Naples comme un dieu tutélaire*, il fit désarmer tous les habitans , et veilla à leur sûreté. Le Directoire avait ordonné, qu'après la conquête de la capitale des Deux-Siciles, Tarmée de Rome fût proclamée armée de Naples; le lendemain, le général en chef mit toutes ses troupes sous les armes. Cet appareil , la discipline de nos soldats , une musique guerrière , le bruit du canon , une éruption du Mont - Vésuve dont les 4$oupiraux fermés depuis cinq ans vomissaient ce jour- Jà des feux étincelans et paisibles, formaient un spectacle unique sous le plus beau ciel du monde. Une décharge générale d'artillerie porta au malheureux roi Ferdinand, réfugié dans Palernie, l'accablante nouvelle de Ppccupatioade la capitale de ses états.

Championnet fit respecter les chefs-d'œuvre des arts; il les regardait comme le plus beau prix de sa conquête» Il fit restaurer le tombeau de Virgile près de la gi'otte de Pozzuoli , ordonna de^ fouilles dans lea ruines de Stabia,

DE LA GLOIRE. sgS

d'Herculanum , de Pompeïa , et voulut que le Muséum français s'enrichît des trésors que cachaient ces décombres. Il établit un nouyeau gouvernement diaprés les idées de Pillustre Filanghieri , et se réserva la sanction des loijj^ non pour empêcher la noble indépendance du sénat de Naples, mais pour donner une plus grande force aux décrets qui en émanaient.

L'ordre et le bonheur renaissaient dans ces contrées , lorsque Championnet , après des débats scandaleux entre lui et la commission civile qui avait suivi l'armée, fut rappelé par le Directoire: un décret d'arrestation vint le frapper et le punir de son indignation contre les concussionnaires et les dilapidateurs.

Le 8 ventôse y Championnet reçut de Schérer, ministre de la guerre, l'ordre de se rendre sur-le-cham|) près de lui. Le deuil fut universel parmi les babitans de Naples. Il fit de vains efforts pour cacher l'arrêté du Directoire : on s'as* sembla pour empêcher son départ. Les Napolitains consternés se demandaient « Est-ce donc la reconnaissance dont » on paye les services d'un général qui vient de sauver la » république romaine et de nous donner la liberté!» II » fut obligé de sortir en secret de Naples , prête à se soulever en sa faveur : il partit heureux et satisfait d'avoir fait payer à son arniiée cinq mois de solde arriérée et d'avoir remplacé les lambeaux de leurs habits par des vêtemens. Le général Schérer fut le seul qui osa accepter le commandement de l'armée; dès ce jour elle fut abandonnée de la victoire. Championnet était à peine sur la route de Milan, qu'il reçut cette lettre touchante du gouvernement de Naples : « Rien ne peut vous peindre la douleur du )> gouvernement provisoire , lorsqu'il a appris la funeste A nouvelle de votre départ* C'est vous qui avez fondé no^

» tre république, c'est sur vous que reposaient nos pbi » douces espérances. Brave général , vous empoi^tez nos n regrets y notre estime^ notre amour, notre gratitude. )lJJous ignorons quelles seront les. intentions de votre » successeur â notre ^ard 5 puisse - l - il êti'e assez I» ami de la gloire et de son devoir pour affermir » votre ouvrage ! mais quelle que soit sa conduite, nous » ne pourrons jamaiia oublier la vôtre, cette modération, » cette douceur , ce caractère franc et loyal , cette âme )> grande et généreuse qui vous attiraient tous les cœnrs. » Ce langage n'est point celui de la flatterie; vous par- » tez, et nous n'avons plus à attendre de vous qu'un ten- » dresouvenir>» Ils ignors^ient encore toute l'injustice de l'airêté qui lé déclarait criminel. La voix puWique leur apprit bientôt qu'il était prisonnier d'état à Turin 5 c'est aloi*s que leur dpuleur éclata avec violence dans leurs lettres à ce général , où ils l'appellent le défenseur des cpprimés et V appui des malheureux. Il dut être touché des témoignages que lui adressèrent les braves compagnons de ses victoires, ces soldats et ces mômes officiers qui, d'après la voix de ses dénonciateurs, l'accusaient de s'enrichir aux dépens de l'armée. Les regrets de l'Italie et des marques d'honneur le.suivaient partout sur sa route: leConsuIat romain,au nom du peuple dont Championnet avait pi^éservé le territoire, lui offrit une armure compH^^ .avec cette inscription : « Au général Championnet^ les » Consuls de la république romaine. »

Le 2 ventôse, à minuit, le général Schérer lui signifia un second arrêté, où il était accusé de révolte ouverte contre le gouvernement et menacé de six années de prison. L'&me de Championnet n'en fut pas même émue-, il avait prévu ce triomphe de ses ennemis. Schérer • cher^^

DE LA «LOIRE. agS

chant un lieu sûr pour enfermer sa Ticlime, la fit voyager pendant plusieurs mois de Milan à Turin, de Modène à Milan encore, et de cette dernière ville à Turin. C'est- là que Championnet fut témoin de la fuite précipitée de ses calomniateurs, pressés par FAutrichien et le Russe victorieux. Quelques mois avant , celte troupe financière^ témoin d'un combat éloigné, avait attendu la Qn des dangers pour arriver dans des voitures bien douces jusque dans Naples conquise. « Qu€ sa marche; me parut dUFé- » rente, dit Championnet dans ses Mémoiies, lorsque no« » revers la forcèrent de quitter les villes où elle craignait » d'expier tant d'exactions et de rapines I La. soif de Tor » semblait avoir donné à ces hommes avides d^s ailes )) pour y entrer; la crainte semblait en avoir attaché à )> leurs pieds de plus rapides pour dérober aux ennemis » les trésors qu'ils avaient conquis sur les fatigues, les )> sueurs, la subsistance et les vêtemens des soldats. » Championnet vit du haut de sa prison une route immense couverte jusqu'au Mont-Cenis de voitures et de chariots chargés d'or, et, près de ces riches convois, des milliers de soldats dont les hallions laissaient voir les blessures exposées à un soleil brûlant ou au vent glacé des montagnes. Les yeux de Champioi^net se remplirent de larmes à ce triste retour des soldats qu'il avait tant de fois guidés à la victoire. •

Accusé sans avoir été entendu , pour se justifier, il Jui eût suffi de montrer sa correspondance, il dédaigna de le faire. Le Directoire fit sortir contre lui , des presse* secrettes du Luxembourg, un libelle que Schérer adressa à tous les corps del'armée 5 mais leurs che& indignés le déchirèrent ou le renvoyèrent au guerrier persécuté. M. Blac-

dbyGoogk

que, avocat célèbre qu'il avait choisi pour ëcrîre la simple histoire de sa vie, seul moyen qu'il voulût employer pour confondre ses accusateurs, eut le courage de défier publiquement les auteurs de tant d'horribles calomnies. Eufin, le Directoire le conduisit à Grenoble devant un conseil de guerre. On força l'adjudant-commandant Bomieu son aide de camp à déposer le premier dans cette afiaire. « Que n'appelez-vous aussi s^écria cet officier , tous les » compagnons de ses victoires; leur témoignage sera uni- » foime comme leur indignation. Entendez cet arrêt d'an » historien célèbre : La puissance peut maltraiter an » brape homme, mais non pas le déshonorer. y> Pendant le cours du procès, le général sentit tout le prix de l'estime publique : il trouva partout des amis et des défenseurs. Enfin, il vit la chute de ses implacables ennemis, dans une de ces révolutions si rapides sous le Directoire; un gouvernement plus juste brisa ses fers.

Depuis l'éloignement de Championnet, les ennemis avaient envahi plus de cent lieues; le nouveau Directoire le nomma général en chef de l'armée des Alpes. Commander pendant ces revers était à la fois une témérité et un dévouement sublime. II parvint à former une armée. Il battit l'ennemi à TAssiète , enleva le poiste de la Tuilie sur le Saint-Bernard, éclaira la vallée d'Aoste, emporta Suze , débloqua Fenestrelle et Coni , et s'empara de la Perrière , de la Novalaise et du fort des Barricade», défendu, avec acharnement par les Barbets et les Russes. Il s'avançait dans les plaines du Piémont, lorsqu'il fut désigné pour remplacer Joubert mort à la sanglante bataille de Novi. Le général Bernadotte, mi^ nistre de la guerre , promit de lui envoyer des ren-^

forts. Malheureusement cet illustre guerrier, ami des soldats , quitta le ministère, et les renforts n^arrivèrent pas.

L^ennemi menaçait Gênes : Charapionnet conçut un plan hardi : il voulait marcher sur Bra, percer le centre des Autrichiens, en isoler les forces, et triompher d'une grande armée par la vitesse et la science des mouvemenis. Le petit nombre de ses soldats Pempêcha de réaliser ces intentions. Championnet fut vaincu par les Autrichiens; c'est le seul revers qu'il ait jamais éprouvé : bientôt il eut à lutter contre deux ennemis plus redoutables , la famine et Tépidémie. Des corps , jusqu'alors soumis y abandonnaient le camp : à Nice, les malades et les blessés étaient entassés dans les églises, sur de la paille qui n'avait pas été renouvelée depuis deux mois :1a charpie des Rôpitaux portait des marques certaines qu'elle avait déjà servi. Pour tout aliment, les malades recevaient du pain et de l'eau , et d'infâmes fournisseurs , se jouant de la vie de tant d'infortunés , dont leur cupidité creusait les tombeaux, affichaient^ un luxe insolent. « Je » vous le déclare , écrivait le général au ministre , si de » prompts secours ne me sont envoyés pour les hôpitaux, » je ferai connaître publiquement aux pères et mères de » famille les assassins de leurs enfans , et à la républi- >> que entière les bourreaux de ses défenseurs. » Dans les camps, les soldats se nourrissaient d'herbes et de racines ; plusieurs s'empoisonnèrent trompés par des . plantes vénéneuses. Un trait peindra le désespoir de Championnet au milieu de ' tant de calamités. Rougissant de honte , il donna l'ordre de courir sur la mer , pour capturer les bâtimens chargés de subsistances. « Ah ! » s'écriail-il , j'ai avalé le calice jusqu'à la lie, je ne crains

ao8 LES FASTES

» :plu$ les coups du sort; il a tout épuisé: 4e me transforme » en brigand. » Cependant la contagion achevait de dépeupler son armëe; une mélancolie sombre s'empara de son /cœur, et sembla efiacer jusqu'au souvenir de ses victoires. L'épidémie vint le surprendre dans ce cruel aifaissemenl ; il ranima un instant ses forces pour se traîner au combat. Dans son agonie , il lie parlait que des besoins de l'armée et du saUit de la République : il demandait sans cesse si des vaisseaux chargés de blé étaient arrivés de Marseille ; si on avait battu les Autrichiens, n Mes amis ^ » s'écrîa-t-il en exph-ant , allez consoler ma mère : mon » seul regret est de ne pas mom-ir, comme Joubert , sur le » champ de bataille.» Ce fut à Antibes que ce grand capitaine succomba, le 19 nivôse an 3-

Paris , qui avait dressé des statues aux Marat et aux Bobespierre , n'honora pas . d'une pompe fitnibre ce guerrier que ses revers lui avaient fait oublier. La petite .ville qui l'avait vu naître acquitta seule ce dernier tribut qw toute la France lui devait. Un officier , le. colonel Mermillod) qui av^t perdu un bras en combattant à ses x^tés^ loua s^s vertus près d'un simple monument. Au milieu des larmes que cette touchante cérémonie fit .couler, cet éloge sortit du cœur oppressé d^un pauvre laboureur qui l'avait connu dans son enfance. <vXa^^' tune dea armes l'avait éUvé au-dessus de noup : quanà il reifint dans son pays ., il jj>e méconntit ni les pères ni tejsêryans. »

Le général Cbampipnnet a laissé après lui la renommée d'un ^rand capitaine , d'un citoyen injègre, copsttamment dévoué à ,1a patrie , et prêjt à toi^t sacrifier pourétçndre, affermir et feire aimer le culte de cette . liberté qu'il adorait. Nul n^était plus capable de créer des

f artisans à notre révolution. Quelques pages de sa correspondance et de ses mémoires montreront que personne , mieux que lui, n'en avait compris les intérêts: c'est là qu'il se peint tout entier, et qu'il faut apprendre à apprécier toute ia justesse de son esprit , son désintéressement, son. «austère probité, et la beauté de son âme. Voici ce qu'il écrivait à un directeur: « Je vais m'occuper d'organiser le gouvernement, et de » rendre utile à la république française la conquête » du royaume de Naples •, et puis, citoyen', j'en )) fais la confidence à votre attachement pour moi, je )) solliciterai comme une grâce, auprès du Directoire , la » permission de me retirer, pour jouir enfin du repos » dont j'ai tant besoin 3 mes forces sont très-aflFai- » blies. Paî résisté , je résisterai encore jusqu'à ce que » l'armée soit établie solidement ; je ne demanderai )) alors d^autre récompense que celle de vivre tranquille y> et paisible dans mes foyers, à l'abri des sourdes intrigues » des méchans et des fripons. Mon cœur est ulcéré en y* voyant de quelle manière perfide des hommes , pour » qui l'or est la patrie, trompent le gouvernement sur le )) compte de ceux qui lui sont le plus sincèrement at- )) tachés. Je vous le dis avec ma franchise ordinaire : » l'arrêté du Directoire , qui crée une commission ci- » vile , est très^humiliant pour les généraux ; en voulant » mettre de l'ordre dans les finances, simplifier les opé- » rations, il multiplie la race dévorante des agens, » et accorde tout aux hommes qui , jusqu'à ce jour , ^ n'ont rien fait pour la patrie ; je ne citerai pour » preuve que l'article qui accorde une remise de troist > cen^mes par franc an receveur-caissier ; calculez :

)> si les contributions que je frapperai dans le royaume

5oo LES FASTES

» de Naples sont de soixante millions , la remise da

i> caissier sera donc de dix* huit cent mille livres! Et le

» pauvre militaire qui tous les jours verse son sang pour

» la patrie. ... ! Voyez la cruelle position d'un généml

» en chef, qui n'a pas le droit d'accorder un sou de

)» gratification à ceux qui l'ont servi , sans l'assentiment

» d'un homme avec lequel il ne peut vivre. »

« La république napolitaine , bien administrée y di- » sait-il ailleurs , peut devenir une amie sincère de la » république française ; mais il faut la mettre à l'abri » des vexations horribles qu'on a fait éprouver aux l'é- » publiques voisines avec les grands mots de liberté et » de fraternité.

» Je vous le déclare , citoyens directeurs , tant que je » commanderai, j'opposerai une digue terrible aux » eflForts continuels des inlrigans, des voleurs et' des » fripons qui sont à la suite de l'armée pour en dévorer » la substance, et pour dépouiller les peuples à qui » nous portons la liberté qu'ils font abhorrer mille fois »' plus que les manifestes des rois. Beaucoup d'hommes » arrivent de IVlilan et de Rome , où ils ont fait Pappren- » tissage du brigandage , avec des principes opposés ; 9 mais les miens sont inébranlables , et dussé-je être t^ic- » time de leurs intrigues j fe saurai vous prouver que » je me suis rendu digne de votre confiance. »

Partout il se montra fidèle à cette conscience qui veut être exempte de tout reproche.

iç Ce n'est pas seul^nent en préservant les habitatis » des maux que l'indiscipline entraîne, dit-il en traçant » l'écrit qu'il publia pour sa justification , que je rendis » au nom français la confiance qu'il avait perdue en Italie

DE LA GLOIRE. 3oi

» par une administration pleine de scandale et de rapines. » Que ne fis-je pas pour le faire chérir et respectes! '» Nulle vengeance ne signala l'entrée de l'armée fran- > » çâise à Naples après une i*ésistance qui avait coûté tant » de sang : nulle pi^oscription ne vengea l'exil, l'em* » prisOnnement et la ruine de tant de républicains pu- » nis par l'ancien régime , Je ne voulus jamais consentir » aux confiscations des biens des familles attaché,es au » gouvernement déchu; les mesures pour les surveiller )) furent actives, les précautions pour les désarmer con- ;> tinuelles : mais on ne rapportera pas l'exemple d'un ji châtiment , qui n'ait été soumis aux recherches de la » justice et aux formes protectrices de la loi. Quelques yt violences purent sans doute causer des.inquiétudes, dans » les momens qui précédèrent Pinstallation des autorités » nouvelles; mais il serait difficile de citer un jour, dans )) une ville peuplée de plus de cinq cent mille âmes , en- » vahie par des soldats irrités, surchargée d'une popit- » lace oisive et presque sauvage , où la suite des affaires » ait été suspendue , où les relations de commerce , les » rapports , les habitudes , le coui-s même des plaisirs » aient soufiert la plus légère interruption;

» Mes délateurs ont- ils connu quelqu'un qui ait inu- » tilement réclamé ce qu'on lui avait volé ou ce qui avait » été exigé injustement de lui ? Quel est l'établissement pu- » blic où des objets y enlevés , même dans le feu de l'ac- » tion, n'aient été promptement rétablis? Est-il un de ces ^ dépôts nationaux y où la fortune des citoyens repose » sous la garantie de la foi publique, qui ait été violé ou » envahi ? S'est-oa emparé , comme à Borne , des » banques , des Monts-de-^Piété , de la monnaie , des n musées , pour y substituer aux agens responsables des

5o» LES FASTES

» réquisHionnaires échappés de l'intérieur de la rëpubll- » que ? A-t-on fait main- basse, ainsi que cela s'est prati- » que dans les ëtafs du pape^ quand le Directoire y avait n ses agens de finances^ sur la matx^ice des ci^dules et sur les » instrumens de leur &bricatlony pour anéantir le crédit » public par des émissions clandestines , qui devinrént la 9 ruine et le scandale de la nouvelle république? Après ces » profusions d'cin papier frauduleux, a-t-on démonétisé » les trois quarts de tout le signe représentatif, comme » on le fît à Rome, sous le règne delà commission ci- » vile? A-t-on vu à Naple», sur les places, trafiquer » des Fide-dé'credito , comme on avait vu à Rome, » sous Pempire financier du Directoire , les scandales » de la bourse de Paris, reproduits par Tagiotage » des cédules soustraites des banques publiques 1 » L^argenterie ftit-elle enlevée à Naples dans les églises, » comme elle le fut à Rome, sans formes conser- » vatrices, sans inventaire et sans garantie? La piété » du peuple y fut-elle révoltée , comme dans la répu- » blique romaine, par l'envoi fait dans toutes les cam- » pagnes d'une armée d'ageiis inconnus , chargés des » dépouilles de tous les lieux sacrés ? A-t-on vu , comme » à Rome , les bibliothèques les plus précieuses , des » collections enrichies par les acquisitions de piusieuii » siècles , vendues à des prix si bas , qu'ils eussent à peme » payé le magasin de librairie le plus ordinaire ? Qi^^» » est l'agent ou le commissaire du général en chef,doût » on ait trouvé la maison remplie de sacs d'àrgenlerie » ou des monuniens des arts les plus recberchés? Vit- » on à Naples les tableaux de Capo di Monte , ou dés » auttes établissemens mis à l'encan comme les fameux » jÉrroMsU de Raphaël, que peu de têtes couronnées

DE LA GLOIHE. - So3

» étalent en état de payer , le furent à Rome y où on les » adjugea pour la somme de 24,20o écus? Les meubles » de Portici et des autres maisons royales ont- ils eu » le soit des chefe-d'œuvre du Vatican, qu'où trouva » cachés chez des agens français , ou qui furent vendus » À un prix qu'on n'oserait avouer ? '

» Sous quels yeux , sous quelle administration , sou$ » quelle influence , des désordres si révoltans ont-ils » été commis ? O honte de la république ! Ces mo- » dern^s Verres , couverts de l'égide du Directoire, ont » été comblés d'honneurs ! et moi , à qui on ne peut » imputer ni ces crimes , ni ces dilapidations , ni l'iti- ^ » soueiance coupable qui les autorise , ni l'intelligence » plus criminelle encore qui les protège, J'ai été accusé, » mis en jugement , calomnié, diffamé! »

MARCEL (Nicolas), capitaine de voltigeurs au 69" régiment d'infanterie de ligne, jnembre de la Légion-d'li<^nneur, né aux Riceys, déparlement de l'Aube (addition à sën article, tom. i.«'", pàg. 307).

Conscrit et soldat en 1806 , Marcel, par sa bravoure , s'éleva au grade de capitaine* Il fit ses premières armes en 1807, et assista à tous lès combats de; cette mémorable époque, en Allemagne, en Prusse et en Pologne. Envoyé dans la Péninsule, au moment de l'ouverture de la campagne, il y fit la guerre, en Espagne et eii Portugal, jusqu'en 181 5 , et fut eomplé parmi les Français qui déployèrent le pins éef courage, pour défendre la frontière des Pyrénées et ^our répousser l'ennemi qiii «'avançait sur notre territoire (x).

(1) Pàimi les officiers (jpj, «Uns le 69^ se signsilèreitt alors par dû i^rfflan-

3o4 ■ LES FASTES

Voici quelque»-unes des actions de cet ofScier, pendant une expédition dans la Galice. Marcel ayant &anchi le premier, sous le feu d'une épouvantable mousqueterie , le pont de Bibaye dont le passage était chaudement disputé, fonça sur les Espagnols et fît plusieurs prisonniers.

Le 23 juillet 1813, à Alba de Thormès, il combattit vaillamment, et, quoique grièvement blessé de la veille i.la bataille des Cerapiles où, se trouvant en tirailleur, il avait été sabré par la cavalerie anglaise, il ne voulut pas quitter les rangs de son bataillon , qui , animé par sa présence et par son exemple, se maintint, sans être entamé, contre le choc réitéré de plusieurs escadrons.

Le 10 décembre i8i3, un bataillon anglo-portugais s'était retranché dans une maison situéesur la route de Saint- Jean-de-Luz en avant de Bayonne; Marcel, avec sa compagnie, reçoit l'ordre de le débusquer et de s'emparer de la position, 11 part , ai-rive à bout portant, malgré une vive fusillade; et voitque l'ennemi commence à s'ébranler : En apantla cuifaleriel s'écrie-t-il au8sit<ît. Ce commandement n'était qu'une ruse, car il n'ignorait pas qu'aucun cavalier n'appuyait son mouvement; cependant le lieutenant Massibaut , passJEint npn loin de là avec douze chas-

tes actions, nous devons citer le chef de bataillon Duthoya, officier de la Légion-d'honneur , et qui , comme capitaine dans le 5o^ de ligne , avait acquis une belle réputation militaire. Le chef de bataillon Gningret , ëgalement offici«r delà Légi<m-*d'lioni«eur , aujourd'hui en activité dans la légion de la Haute-Vienne. Il avait servi âans le 6^ régiment d'infanterie légère , dans lequel il avait souvent donné aux soldats l'exemple de l'intrépidité ; le capitaine Roze ne leur cédait pas en valeur. ^' ous regrettons de n'être pas s^ même de donner un récit authentique des faits glorieux par lesquels ces trois bnyes méritèrent Testime de l'armée.

seurs

DE lA GLOIBE. 5o5

seurs de Fescorte du maréchal Soult, a entendu la voix de Marcel ; ïL accourt au galop , et se précipite sur les Anglo-Portugais, qui, bientôt culbutés de toutes parts, sont dans la déroute Ja plus complette.

Le capitaine Marcel fit des prodiges de vakur dans xîe combat. Au milieu de la mêlée, le sabre à là main il portait les coups les plus terriWesj il faillit alors être tué par un soldat portugais , qui, Payant ajusté de fort près, fit feu sur lui et perça d'une balle le collet de son habit. Marcel s'aperçut à peine du danger qu'il ayait (Bouru, mais le Portugais p^ya cher sa témérité : tandis qu'il rechargeait son arme, un lieutenant, l'intrépide Gou* ley, qui, dans toutes les attaques, était toujours en avant, lui plongeai son épée dans le cœur. Cet officier ainsi que le capitaine Marcel firent à eux seuls vingt prisonniers ^ parmi lesqueb cinq officiers anglais»

Le brave Massibaut, avec ses chasseurs, en prit plus'' de soixante, maîs^ ayant été atteint d'une balle, il ne survéi^ut que deux jours à sa blessure.

Le !.•' janvier i8i4, deux compagnies françaises placées dans rîle de Broc sur l'Adour,, pour y protéget" des travaux de fortifications, furent attaquées par les Anglais4 Après une vigoureuse résistance, elles manquaient de munitions, et allaient se trouver dans la situation la plus critique, lorsque, averti de leur péril, le capitaine Marcel, qui était sur la rive droite, réussit à se procurer des cartouches, et se disposa à les leur envoyer. Pour les transporter, il fallait traverser Vun des bras de la rivière. Personne ne voulait tenter le passage; Marcel s'élance dans une barque, aborde dans l'île, remet les cartouches a |a.troupQ^, tr^nsmçt au commandant de nouveaux ordres qu'il a M mission de lui communiquer 5 Tome V. 20

5o6 LES FASTES

dirige 9 sous tine grêle de balles et de boulets, Pembarquement de cent cinquante travailleurs , les fait passer en trois fois sur le rivage , et ne revient qu'avec le der* nier délachement^ Le bateau qu'il montait fut criblé de coups de feu ; un des travailleurs eut la cuisse coupée par un boulet^ cinq autres furefit grièvement blessés, et lui-même, en descendant à terre, reçut une balle dans l'épaule gauche*

ROYON {Jean- Joseph) y sous-lieutenant au i a* régiment de hussards, né en 1783, à Annonay, département de FArdèche.

En 1801, Royon entra volontairement au service ^ans le 12* régiment de hussards, où il n^obtint l'épaulelle de sous-lieutenant qu'après avoir passé par tous les gradés de sous-officiers que lui méritèrent sa bonne conduite et sa bravoure. Il fit les campagnes d'Iéna , d'Austerlitz et de Wagram, combattit trois ans tant en Espagne qu'eu Portugal , et fut compté en i8i4, dans les rangs des braves

qui défendirent les approches de Lyon.

Royon s'était fait, dans le corps auquel il appailenait, une réputation d'intrépidité que justifièrent des actions du plus grand courage.

 la bataille de Saaifeld, il chargea seul sur les Prussiens, parvint à dégager d^entre leurs mains deux, soldats qu'ils emmenaient prisonniers, et fut blessé d'un coup de sabre à la jambe droite.

A Ostrolinta, avec trois hussards, il délivra vingt de se» camarades tombés au pouvoir de l'ennemi.

A Friediand, emporté trop loin par son ardeur il fut un instant enveloppé^ mais il se fit jour ^ resta ensuite

DE LA GLOIRE. So/

des derniers à soutenir la retraite, sqr qn point où nos troupes étaient momentanément obligées de céder au nombre; dans cette journée où l'on admira sa valeur, il fat atteint de deux coups de lance.

En 18 14, Roy on se signala dans toutes les occasions., notamment à Viilerranche, où avec cinq hussards, il fonça sur deux pièces de canon, et s'en empara. Dans ce combat il eut le genou , le bras et le côté gauche , percés de trois coups de feu,

CAVALIER ( Joachifn)^ capitaine au 1 4 9* régiment d'infanterie de ligne ^ chevalier de la Légion-d'honneur, né à Lalonde , département de la Seine-Inférieure.

Au combat de Diebni^z en Saxe , le x 3 septembre 18 1 5 , la division Rochambeau, placée en colonne serrée sur une montagne qu'elle venait d'emporter d'assaut, souffrait beaucoup du feu de l'ennemi , dont l'artillerie , masquée par un petit bois^ la foudroyait sans interruption; le capitaine Cavalier, envoyé en tirailleur avec deux compagnies de voltigeurs sous ses ordres, fut chargé d'attaquer les batteries qui faisaient tant de ravage parmi nos troupes; aussitcï'^t il s'avança sous une grêle de balles et de mitraille,, aborda la position ^ la baïonnette, culbuta l'ennemi, le débusqua et s'empir:a de deux pièces de canon, malgré les efforts d'un escadron de cavalerie et d'un bataillon d'infanterie russes, qu'il mit en pleine déroute , et qui laissèrent le terrain couvert de leurs morts et de leurs blessés.

Cette action dans laquelle Cavalier fit un grand nombre de prisonniers, lui valut huit jours après, l'étoile des braves qu'il reçut à Hiaorde , des mains de l'empereur*

5o8 LES FASTES

HOCHE (Lazare) y général en chef des armées de k République, né le 24 juin 1768^ à Versailles, département de Seine-et-Oise.

La mère de Hocbe mourut en lui donnant le jour. Ses parens étaient pauvres et ne purent lui donner aucune éducation. Abandonné à lui-même, le jeune Hoche se sentit du goût pour les armes, et s'engagea , à l'âge de seize ans y dans les gardes-françaises.

Au i4 juillet il était dans le corps, lorsqu'il passa tout entier, à l'exception des officiers, sous le drapeau de la révolution. Hoche fut fait sergent-major de la première compagnie des grenadiers soldés de la garde nationale parisienne , et contribua avec elle à sauver le roi et sa famille le G octobre 1789. Bientôt après il passa en qualité d'officier dans le régiment de Ilouergue^ ce fut alors qu'il étudia plus particulièrement tout ce qui est relatif à la science de la guerre, et cultiva avec ardeur des talens dont il ne pouvait encore mesurer l'étendue, ni prévoir la destination. Le 24 juillet 1793, il partit de Paris et rejoignit son régiment en garnison à Thionville. A cet époque, nos camps, au bruit de l'invasion de plusieurs départemens, se remplissaient d'une multitude innombrable déjeunes défenseurs; Hoche s'associa de cœur à cette â^eûr belli* queqse; il fit des prodiges de valeur au siég^ 1^ Thionville; à l'armée des Ardennes, sous Le Veneur, sa compagnie était sans cesse la/ première. Pendant le siège de Maestricht, l'armée française manqua de subsistances; le général Le Veneur chargea Hoche de parcourir le pays avec un régiment de hussards; et en deux jours la troupe eût des farines, de la viande et du fourrage. Cependant , par suite de la retraite de l'armée du nord, après l'échec qu'elle avait éprouvé à Ardenhowen, celle des Ardenne»^

conduite par Le Veneur est obligée de repasser la Meuse. Déjà les hussards ennemis entamaient ses derrières; le trésor, Pargent des contributions, les ambulances allaient tomber au pouvoir des Autrichiens^ Hoche les sauva contre toute espérance. Dès ce moment aide-de-camp du général Le Veneur, il partagea avec lui tous les dangers de la retraite, il était à ses côtés au combat de Gozenhowen et à la bataille de Nerwinde. Sous Louvain, en avant de la Dyle, il se battit depuis quatre heures du matin jusqu'à sept heures du soir. Pendant qu'on rompait les ponts pour arrêter les Autrichiens, à la tête de quelques braves il disputa le terrain pied à pied. Il arriva au camp de Maulde au moment où Dumouriez , général en chef de Parmée du Nord , faisait arrêter Camus et ses collègues, commissaires de la Convention nationale , et tentait de livrer le territoire aux généraux de FAutriche. Le Veneur , fidèle à la France et à' Parmée , envoya Hoche à Paris, près du cottseilexécutif de la république, pour l'informer du danger de sa position. Hoche indiqua alors les mesures les plus propres à prévenir les suites de la ti*ahison de Dumouriez , et reçut , pour prix de ses services, le grade d'adjudant-général chef de bataillon. Le Veneur , qui , en l'absence de Custine , comman* dait dans le Nord , chargea Hoche de parcourir le pays. Hoche le vLsita en trois jours , rapportant de cette course rapide les observations les plus judicieuses. Un mémoire, qu'il écrivît sur les moyens de reprendre Poffensive , parut un chef-d'œuvre. Un jour, qu'après des reconnaissances périlleuses , il revenait au camp, il vitcinquan-tê gendarmes arrêter le général Le Veneur , par Perdre d'un représentant. Il ne fut pas maître de retenir son indignation : « Est-ce Pitt et de Gobourg,i qui gouvernent

5io LES FASTES

» la France ? » s'écria-t-il. Ce propos le fit dénoncer et traduire devant le tribunal révolutionnaire. Il fut acquitté , et courut se placer à la tète des bataillons esi , présence de l'ennemi.

Dix-huit mille Anglais, réuqis à vingt -deux mille Autrichiens venaient de débarquer près de Duiikerqne, " sur les côtes de la Flandre occidentale. Ils carapèxentdam les environs du .village d'Honsçoote, et, après avoir forcé la ligne française , ils parvinreril j usqiie sur les glacis deJa place : avec plus d'audî^ce ils PaHraieM emportée. Bouchard, général en chef de notrç armée, fit entrer des troupes dans Dunkerque; Hoche ranima le coqràge des habitans. « Croyez ^ leur dît-il, que maintenant votre salut )> est assuré 5 la gai^nison sera heureuse si , au prix de V son sang , elle écrase les ennemis de la république, n Chargé des reconnaissances et des atUques, il harcela Tenneœi et culj^uta ses avant-postes ; partout il se nipntra terrible. II fit passer dans, le cœur des soldats ce feu de }a liberté qui le dévorait. C ASSKis- SpARTE , Despotes-. MORT , LIBEB.TÉ--UNIVERS étaient %^ mots d'ordre ; iU peignent son âme républicaine , et quel puissant ressort faisait agir les Finançais.

Le 6 de septembre , Hoche abonda l'ennemi sur qwa-. tre points différens. Son ayant-garde fit replier les avantpostes qui lui étaient opposés. Le lenden^ain , il fit deux, sorties encore plus meurtrières. Tout le camp français s'ébranle; Jonrdan , alors adjudant-général , attaque avec une yigfueur terrible \ Hoche foudroie l'aile gapchç de« Anglais 9 il voulait \^% poursuivre l^épée dans les reins \ faute d'oi'dres supérieurs , il fut obligé de rentrer dans la place. On Fentendit , d^ns un noble courroux , s'écrier : <c Que faisons-nous ici ? Il ne devrait pas en échapper uiii

DE LA GLOIRE. 5il

» aenK » On dit que les Anglais , forcés de se retirer par s le canal de Furnes, on il y avait deux pieds dé sable , auraient perdu leurs bagages et leur artillerie, si Bouchard , général en ohef , les eût fait inquiéter dans leur retraite* Boche avait passé six semaines «ans se déshabiller ni dormir : le repos ne lui parut pas nécessaire. Pendant trois jourB qu'on ne combattit pas , il fit construire des ouvrages très-forts en avanl de Dunkerque > et fit ^ aiix flambeauTç , une estacade tles plus ingénieuses.

A cette époque , il ^tait difiEicile de maintenir la subordination : un chef d'escadron s'était rendu coupable ' d'une négligence; Hoche le réprimanda 5 mais cet officier lui ^épobdit d'un ton' menaçant. «Vous ne m'intimiderez pas » lui dit Hoche ; et après avoir lu l'article qui le constituait en dé&ut , il ajouta froidement : « Igno« I» rantyje vous aurais pardoniié ; insolent, je ne dois » plu6 vous ménager. C'est l'adjudant-général qui vous » paiie , obéisseis. Je vous rendrai toute auti*e raison a » la fin de la campagne ». Peu de temps après , ce chef d'escadroi^i choisit, pour se venger , le moment où Hoche était fait chef de brigade par les repr^senlans du peuple ; il porta devant eux une accusation contre lui. Hoche le confondit , et le fit renvoyer de l'armée.

H avait reconnu ^ue Rosendall est une position avantageuse , il y forma un camp retranché ^ et , prolongeant sea lignes depui« Fmrhes jusqu'à la mer, il cou vint Dunkerque , le mit à l'abri d'un nouveau blocus, exerça aux manœuvres de n<^veaux bataillons , et les accoutuma au feu. il veillait aux travaux de la place , faisait des reconnaissances et des attaques , àltait lui-même cherclier les fourrages , pillait les magasins del'ennenai ^ lui -enlevait ses grains et ses bestiaux , coupait les

5i? LES FASTES

ponfs et rompait toutes les communications. Le gouy^rnemept.^Je nomma général de brigade et lai confia le commandement en chef du camp retranche. L'es trairaux mal dirigés languissaient. Ce que n'avait pu opérer la crainte des punitions , Hoçh^ l'obtint de Pamour de la patrie et de l'enthousiasme pour la lib^*té. En six )ours, des lignes de dix*huit cents toises d'étendue furent tra«cées , le parapet fut à hauteur , et le fossé creusé.

A la marée basse , la cavalerie ennemie pouvait trouver un passage pour tourner les dunes , sur tetKjuelles les Français étaient retranchés. Pour le fermer Hoche fit coa^ per des arbres par trois bataillons , deux cents chevaux les traînèrent au bord de la mer, et Dunkerque fut couvert par une barrière inejçpugnabje.

Hoche fut chargé d'attaquer Furnes, Nieuport et Ostende« A Nieuport , l'ennemi démasqua des batteries très-formidables, Le général n'avait que des pièces do quatre $jil ne put tenir contre d^s^obusiers et des «canons . de quarante-rsept ^ il ramena ses troupes à un quart àe lieue de, la ville , et pendant qu'elles se reposaient y il alla lui-même chercher du gros calibre. Ce? attaques par^ iielles lui parurent faibles, indignes de la puissance d'une grande nation. 11 écrivit cette lettre au Comité de salut public ; « Nous ne faisions qu'une guerre d^rHitati^n ^ }> nous suivons les ennemis partout où ils se prééententyet » sans chercher à pénétrer leurs de96ei^s , nous donnons » souvent dans les pièges qu'ils nous tendent. Je l'ai écrit » au Comité de salut public ^ il y a deux mois; réunis^ » sons-nous eu masse , et marchons fièrement à la vic-r » toîre. Ne nous airêtons que lorsque les coalisés serdkit » terrassés. Ils ont manqué deux fois de l'être; qu'à la ^ troisième ils n'échappent pas. Le salut de la patrie ne

DE lA GLOIRE. 3iS

h dépend pas de la prise d'une bicoque. Réunissons deux » armées ; que l'une de soixante mille hommes , se porte » sur Tournjai ; l'autre de trente mille , sur Ypres et » Ostende, Sortons de Lille : allons renouveler la scène » de Fontenoi; et , dussions -nous nous y noyer, bai- » gnons^nous dans le sang des tyrans. Il n^estpoiilt d'obs- » facle invincible; le Français , conduit par l'amour de » la patrie , les surmontera tous. Il faut que la républi- » que n'attende pas l'an prochain pour être sauvée ». Ce plan , qui fut suivi, décida de la victoire. Ce fut après avoir lu cette lettre , que Carnot , chargé de la direction ée la guerre , dans le Comité de salut public , dit à ses collègues : « Voilà un sergent d'infanterie qui fera du y> chemin. Parcourez cet écrit , sans être militaire , il » vous intéressera ^) . Robespierre 1(B prit ; quand il l'eut achevé', il dit : « Voilà un homme excessivement dan- » gereux ! ». ' Ces paroles s'expliquent aujourd'hui.

Elevé à l'âge de vingt-deux ans au grade de général de division, Hoche fut en même temps nommé commandant en dhef de l'armée de la Moselle. Les destinées de notre patrie, étaient alors incertaines. Cent mille soldats allemands , bien disciplinés , s'étaient avancés du Haut-Palatinat dans le Hundsrucb ; le centre de leur armée s'était emparé du Fort-Vauban , occupait les fameuses lignes de la Lauter et de Weissembourg, et bloquait Landau ; la gauche , retranchée à Kaiserslautern , poussait ses colonnes vers la Sarre , tandis que d'autres troupes passaient la Blise. Ces forces pouvaient se déborder comme un torrent dans la Lorraine. L'armée de la Moselle , campée à Forbach, était cernée par les Prussiens 5 celle du Rhin , commandée par Pichegru , avait été rejetée ^çmère les lignes de Weifisembourg* Quatre mois s'étaient

5x4 • LES FASTES

écoulés sans qae ces deux années eussent osé prendre l'offensive. Les Prussiens avaient eu le temps de se fortifier sur la Sarre; les Autrichiens, dans les Vosges, à Nîderl>on,à Freischvillers,à flhinsoffen. Hocbe arriva dans ce moment d'alarmes. Sa vue ranima l'ardeur des troupes. On ëcrivit dans un journal : « Courage ! confianoe^ dëfen- » seurs de la patrie ! notre nouveau générai m'a para » jeune comme la révolution , robuste comme le peuple. » Il n'a pas la vue myope comme celui qu'il vient de Hf remplacer ; son regard est fier et étendu comme celui » de l'aigle. Nous serons conduits comme des Fraiiçab » doivent l'être. » Hoche voulut connaître l'auteur de cet article ; c'était un jeune officier, nommé Grigny (i). Hoche éleva à de nouveaux grades les chefs qu'il en jugea dignes. Il inspecta lui-même tous les corps de son armée Partout régnait l'ipdiscipline ; les officiers bravés n'osaient punir leurs soldats. Hoche disait aux uns et aux autres que c'était dans l'absence de la subordination militaireu^^ue les rois ligués avaient conçu l'espoir de conquérir la France. A l'approche des Prussiens , pour rassurer les villes , il haranguait les habitans^ Tous ses discours, dans les assemblées publiques^ sç terminajent par ces mots : « Aux armels, citoyens. )> De» magasins qu'il établit n'étaient plus assez vastes pour contenir les offrandes qu'on apportait. Il fit relever les remp^rt^ de Pbalsbourg. « Votre place, dit-il pux citoyens , est la » clef du département de la Meuxthe et des Vosges; » battez- voua. contre les ennemis. Avec du fer et du » courage nous les vaincrons., » Bitche était le. seul fort qui empêchât la Lorraine et FAlsace d'être envahies.

y . ' ' . Il ' ■ '' ■'■ I I I III I. ■■■■^■1 II t ■■■■! ■ ■ .pi.-wii m II II " *

(i) Or^ny d«Tmt ^érai de brigade : il fot tué au aiégc de Gaêu,.en iSofe. '

DE LA. GLOIRE. 5i5

L'avant-garde ennemie s'ëlait avancée 5 les haches brisaient la dernière porte :1a garnison se réveille en sur-* saut ; elle n'était formée que d'un bataillon de jeunes gens : « Aux armes , crie-t-on de toutes paris , lesPrus- » siens sont dans la ville. ». Une maison , construite en bois , est la première sur leur passage. Le maître y met le feu, en disant : « Elle servira de flambeau pour nous » éclairer. » L'Incendie découvrit une hauteur d'où les assaillans se préparaient à descendre ; ils furent foudroyés par l'artillerie de la citadelle, et Bitche fut sauvée.

11 était urgent de délivrer Landau. Hoche , avant d'y marcher, harangua ses soldats : <f Partout , leur dit-il ,les » armes de la république triomphent ; nous sommes led » derniers à yaincre , mais nous vaincrons : vous com- » battez pour la liberté ! Allons , et que l'enq^mi morde )) la poussière sous l'effort de "nos baïonnettiBs, la terreur » des despotes. »

Pour aiTiver à la hauteur de Weissembourg , il lui fallait renverser trentre mille Prussiens. U écrivit au ministre de la guerre : « Par les coup$ que je vajs porter » à la tyrannie , vous pourrez juger de la haine que j^i » vouée anx tyrans:^ — et aux généraux de .ses divisions. <i Le jour de la vengeance approche,: songez qu'elle » doit être terrible. Je vous défends de correspondre )> ave© Kalkregtz autrement qu'à icoups de canon et de » baïonnette. Sa letli^ ^^^hier a pour objet de coiinaitre V le chef de celte armée ; je we ferai corenaîlre à lui » sur le terrain.»

Cette énergie d'expressions, alors si nécessaire pour faire venaitrela confiance dans une armée plusieurs fois battue, tfest rien près 4« l'cMrdre de vaînci'e , que lui envoyaient

Si 6 LES FASTES

les reprësentàns du peuple Saint-Just et Lebas. « Général , » lui disaient-ils , il faut que , dans dix jours , il ne reste » pas uii ennemi pour reporter, dans son pays, des » nouvelles de TAlsace. C'est à toi de nous montrer si tu » es capable d'un coup généreux. Enflamme ton armte : » nous t'attendons^ Landau. »

La bouillante activité de Hoche avait déjà tout réformé autour de lui. Les pillards et les mutins étaient jugés avec une inflexible sévérité 5 Tardeur se joignit à la discipline. Les soldats étaient épars , Hoche les rapprocha : en leur disant voir de près Fennemi^il les aguerrit. Son intention était , après avoir repassé la Sarre , de se diriger par les Vosges , pour attaquer les Prussiens dans leurs retranchemens de Kaiserslautern , et descendre ensuite sur Landau. Dans la supposition d*un revers , il s'était ménagé un dernier moyen de débloquer celte place: c'était de replier son centre sur la droite, de traverser, au nord-est de Bitche , cette chaîne prolongée de monti^es ^ qu'il n'aurait pu prendre à revers , à Kaiserslautern , tandis que , sur ce dernier point , son aile gauche , en partant de Sarre-Libre , tiendrait quelque temps en échec le corps principal de l'armée ennemie.

Le 27 brumaire an 2 , l'armée se mit en marche sur trois colonnes. Hoche attendit, pour ébranler le centre, que les deux ailes fussent assez avancées pour le seconder. L'ennemi, étonné de la' vigueur de l'attaque, se retira sur les hauteurs 5 mais déjà Hoche ayant passé la Blise, s'était emparé de. Bising et de Blisecastel , après avoir tué sept cents hommes dans un combat, Le duc de Brunswick, avec toutes ses forces, s'était arrêté à Kaiserslautern: c'était de là qu'il fallait le chasser , pour réussir

DE LA GLOIRE. Siy

à débloquer. Landau , et asâurer , dans le Palatinat , la défaite entière des Prussiens. Hoche parvient au pied des hauteurs escarpées de Kaiserslauteni , se fraye un passage, et gravit la montagne , défiant les ennemis sur le plateau même où ils se sont retranchés. Aussitôt il se décide à livrer la bataille. Un coup de canon donne le signal •, le général s'élance des rangs , fait voler en Pair son chapeau, et, d'une voix qui a l'éclat du tonnerre, il pronpnce ces nK>ts: « Vive la republique ! » Ce cri retentit de Pune à l'autre extrémité du front de son armée. Quarante mille Français attaquèrent quarante mille Prussiens , qui dominaient sur eux du haut de la montagne. On se lança les boulets de cent pièces de canon; on se battit avec fureur pendant deux jours. Malheureusement l'artillerie légère des Français , placée soua( les redoutes ennemies , fut entièrement détruite. La division de gauche , se trompant dans sa marche , mit le désordre dans le chemin d'une autre colonne , et l'empêcha de tourner la position de Kaisersiautern. Hoche , dont la vue était perçante, voit cet accident à plus de trois lieues il'éloignement. Il accourt frémissant de rage; son plan change, et ses ordres parlent comme l'éclair. Six de ses bataillons attaquent une redoute qui incommodait sa droite, et soutiennent long-temps tout le feu des Prussiens y^ qui emporte des rangs entiers , sans qu'un seul Français recule. La nuit seule pouvait arracher la Victoire à ces braves. II n'y avait plus de cartouches :. ils ne purent continuer le combat. Quelques heures après , un coup de canon fut tiré dans le camp des Prussiens •, Hoche ému s'écria : « Des munitions leur arrivent. » Leurs cris de joie confirmèrent sa présomption 5 toutefois , renfermant sa I tristesse y et ne laissant voir qu'un front calme y il dit :

5i8 LES FASTES

« Qu*on batte la marche rétrogradcé » Le mol de retraite loi demblait affreux à Foreille d'un républicain. II effectua sou mouvement dans un ordre si parfait , que l'ennemi ne put jamais Fentamer. En le voyant abandonner le champ de bataille, deux représentans du peuple lui adressèrent des reproches. Hoche leur dit froidement : « Que ne preniez*vous un arrêté pour fixer la' victoii^e »? On crut qu'il fallait renoncer à secourir Landau. Les Autrichiens répandaient le bruit que cette yille s'était rendue. Ce fut dans ce moment y que Saint - Just et Lebas écrivii'ent cette lettre au général malheureux : « Citoyen , tu as pris à Kaiserslautern un nouvel en- » gagemenl : au lieu d^une victoire ^ il en faut deux* » L'ennemi s'était retranché jusqu'aux dents ; rends-lui » la pareille à Rentel, à Saussekil et à Anweiller ; il faut^ )> sur leurs hauteurs , pratiquer des redoutes et des » batteries. Si l'ennemi s'avance contre Deux-Ponts, » attends-le ; mais attaque toujours sans souffrir qu'il te )> prévienne , c'est le moyen d'entretenir le courage » et Pespérance parmi les soldats. Tu as tout à craindre, » si l'on t'attaque. Il faut que toute la ligne frappe » à la fois , et frappe sans cesse ; que l'ennemi n'ait pas » un moment de relâche. Mets la plus grande rapidité » dans ta marche sur Landau : le Français ne peut » s'arrêter un moment sans s'abattre. »

Hoche supprima les tentes comme inutiles à des soldats républicains , et voulut qu'ils s'accoutumassent à passer la nuit au bivouac. Par un hiver des plus rigoureux, cette épreuve parut trop dure à l'armée : elle demanda à entrer dans ses quartiers. Un régiment se montra plus mutin que les autres. Hoche mit à l'ordre qu'il n'aurait pas l'honneur de marcher au premier combat. Tous les

DE. LA GLOIRE. 5i§

soldats ) les laimes aux yeux , vinrent le prier de lea placer à Pavant -garde*

Il ëtait à craidre que Landau ^ depuis six mois abandonné à ses propres forces^ ne se rendit aux Prussiens; Hoche plaça du gros canon sur les hauteurs de Blisecastel , el , par des coups tirés d'intervalle en intervalle , pendant la liuit , il fit entendre à la garnison qu'il ne tardémit pas à se rappix)cher d'elle 5 en efiFet il reprit bientôt l'offensive y et Pennemi en déroute fut chassé au-delà de Wert* « Amis , dit alors Hoche à ses officiers ^maintenant » Landau est libre* » Aussitôt il précipite ses colonnes dans la plaine de Weissembourg, renverse les Prussiens, enlève leurs rédoutes et leur artillerie , marche sur leur flanc droit, el les force d'abandonner Haguenau ^ qu on regardait comme inabordable. Ce coup hardi ouvrit le passage de la forêt à la grande armée du Bhin , commandée par Pichegru , qui se réunit à Hoche après quatorze jours de marche et de combats sur la glaceé La jalousie du premier de ces généraux éclata à l'instant. Hoche , la joie sur le front , embrassa Pichegru y qui i*épondit à peine à l'accueil d'un rival dont^àson gré, le bras s'était trop signalé dans cette campagpe. Les représentans choisirent Hoche pour commander en chef les deux armées ^ et Pichegru se retira en lui laissant quatre de ses divisions. On entendit Hoche s'écrier : « Que Pichegru est flegma- » tique , ses joues m'ont paru glacées ! » Il dit à un de ses amis en pleurant : « Ne me félipite pas sur mes vicr » toires : j'ai terrassé beaucoup d'ennemis ; je m'en suis » fait de plus terribles dans la république même. » Hoche, à la tête de plus grandes masses , médita de plus grands résultats. L'ennemi , qui se croyait maître de Deux-Ponts , fut étonné de se voir attaqué à Kibelberg et

dans les gorges de Dahn et d^Anweiller. Hoche, ayant franchi les monts, aborda brusquement et enleva les lignes de Weissembourg, défendues par toute Veirmée autrichienne et par les émigrés commandes par le prince de Condé. Si un général de cavalerieeût exécuté son ordre détourner la position de Geisberg y en enfonçant avec douze escadrons trois bataillons de pandours, cette armée des alliés^ dam laquelle se trouvait l'élite de leurs généraux, eût élé réduite à mettre bas les armes : elle se retira en désordre, abandonnant ses hôpitaux et ses magasias. Le chemin de Landau était ouvert à Picbegru. Il entra dans cette ville ; mais le véritable vainqueur était celui qoi avait renversé les premiers* obstacles. Hoche fit élevet en grade tous les généraux qui Pavaient secondé : Championnet , Lefebvre , Debelle , Grenier , Desaix , Andréossy , et ce brave Délré , qui avait perdu une main à Kaiserslautern , sans vouloir quitter ses canons.

Il poursuivit l'autrichien sans relâche , tailla en pièces son arrière garde , lui enleva Germersheim , et le fortifia. Worms et Spire ouvrirent leurs portes; le Fort-Vaubanfut repris parle général Lefebvre. L'armée demandait à se reposer. Pichegru mil ses troupes en cantoimemeut^ Hoche iie voulut pas laisser les siennes dans Pinactiqn. Sur de porter la terreur au cœur de l'Allemagne , il se proposait de passer le Rhin, près de Strasbourg, avec vingt-cinq mille hommes 5 mais Saint-Just , son ennemi y fit rejeter ce plan par le Comité de salul public.

Dans une fête à Thionville ,1e général Hoche vit une

fille de quinze ans j il fut épris de Pair de candeur qu'elle

. unissait à la heauté. Jeune et victorieux , il devait plaire;

il fut aimé et l'épousa. Son bonheur commençait à peine,

lorsque

DE LA. GLOIRE. 5fi

loi'sque la persécution vînt le troubler. Saint-Just , dont fl avait blessé Famour-propre, et qui ëtait irrîlé de n'avoir pu l'attirer dans le parti de Robespierre , lui avait juré une faaine-^implaeable. 11 était résolu à perdre Hoche; mais il était difficile d'arrêter ce général ddYis l'armée dont il était aimé; il trouva le prétexte de le fatre nommer général en chef de l'armée d'Italie. A peine Hoche arrivait à Nice , qu'un général vint lui signifier l'ordre de son îarrestation. « Je vous ai fait d'abord l'accueil » qu'on doit à un officier français , lui répart Hoçhe 5 » j'ignorais, que vous fessiez un gendarme. » Il pensa qu'il lui suffirait d'être «entendu pour être renvoyé à ses fonctions. Il obtint d'être amené directement au Comité de salut public. Le premier député qu'il aperçut fut Saint- Jusl. Hoéhe lui demande justice. « On vous fera tout- » àr-1'heurë ceîle que vous méritez , lui répond le pro- » consul. » Et il le fit conduire en prison. Hoche , dans sa captivité , .montra autant de force d'âme , qu'il av^it déployé de courage sur le champ de bataille. « Eh ! )) qu'est mon malheur ^ di$ait-il , près de tant de cala- )> mités publiques ? Le jour que j'embrassai la révolution , )) je sus que ce torrent pouvait m'entraîner. » 11 ne parut saisi d'aucune appréhension. » Nous ne sommes au pou- » voir de piersonne , quand la mort ost en notre pouvoir » , répétait-il souvent a près Sénèque.

Hoche fut délivré peu de jours après le supplice de Robespierre. La terreur n'était plus; mais, au seii> de la Vendée , la rébellion levait toujours sa tête de géant : Hoche y fut envoyé. A peine sur le théâtre de la guerre civile, il détourna les yeux avec regret vers les champs de bataille qu'il avait arrosés du sang de l'étranger. « Que » ceux qui batfent tous les jours des Autrichiens, disait-il, Tome V. 31

Di^itizedbyCjOOQlC

$^ ' LESFA^rES

» sont heureux! » En arrivant, iWcririt au COmilé d« salut public, comme article premier de son plan dé campagne : « Quelques proclamationa feraient ^\jas que des pièces » de seize. » Son regard pénétrant distingua les ageti^ soldés par FAngleterrc de cette foule de malheureux poussés par le besoin ou par le &natisrae: Il invoqua pour ces derniers , k tolérance et la douceur. « Quant » aux che& , qui sont les instrumens des Ânglaia , |e leur yy réserye , disait-il , la capitulation dèa hawnnettea, » Tandis qu'il poursuivait les che& , qu'il traveU'sait leiir^ d^eins par la rapidité de ses mouvemens^ et que ses p6stes , répandus sur les bords de la mer, ét^i^tlt prêts à arrêter tout nouveau débarquêmerlt d'hoiûines et de munitions^ par sa modération, il cherchait à réi:oncilier avec la république ceux que lai crainte oU la tendeur eu tenaient éloigùés. Il parla aux passions pour lea apaiser) a l'intérêt particulier pour le fondre dans l'intérêt na*^ tional ; il s'occupa d'abovd dépendre à l'armi^^ cet aspect imposant > cet esprit d'unité et d'unicm qui résultent d'une discipline sévère ,- et d'une parfaite soberdinatioa. Etendapt ensuite sa sollicitude aux besoins et au^t vœux du pays , il l'aflFrancbit des mesures qui pouvaient exciter le mécontentement. Pour faciliter la marche des ti'ôupes, et âter aux rebelles les moyens de s'embusquer^ le Comité de salut public avait ordonné de couper toutes te haies qui séparent et garantissent chaque dotlnaine |)articulier; Hoche ne put se déterminer a ce nivellemeat funeste au pays. Dans ce respect de la propriété j il vit ua motif pour les habitans de se réconcilier avec se^ soldais , protecteurs de l'agriculture» Hoqhe vivait sou3 la tentt avec ses grenadiers, couchait, sur Un lit d<; paille t à cûté d'eux 9 et ne mangeait que du pain de niunitieu.

DE LA GLOIRE* 3fe5

Quand tes Iroopes ont un semblable exemple sous les yeua; , elles n'dsent se plait>di-e; elles craignent de paraître plus difBciks que leur gênerai. Si cette vie simple et dure diéplaiBait k quelques obiers colijicheta « ainsi qu'il lei^ hommait lui-même ^ elle lui faisait , dans les soldats^ autant d^hommes dévoues que de témoins.

Le retour de l'ordre rendait la considération à Parmée ; le soldat n'était plus traité en brigand par le citadin qui y n^éprouvant p£|s de vexations , n'eut plus de représailles à exercer. Le laboureur laissa tomber le fer, que la vengeance ou le soin de sa vie avait mis dans ses iHains. Hoche se résjgna lui-même à une espèce de commandement de gendarmerie , indigne de lui. « Je » fais , écrivait-il à tin général de ses v^mis , ce qu'on )^ appelle la guerre des chouans. Continuez d'enlever » des villes d'assaut ^ de gagner de grandes batailles ^ I» «lorsque ^aurai pris un chouan , je m'empresserai do » vous en transmettre ia grande nouvelle. » Il ne lut restait plus à combattre que des royalistes qui avaient refusé le pardon , ou d^ assassins sur \es grandes ton-* tes. Le gouvernement réunît alors, à cette armée des câies de Ckerborurg, celle des côtes de Brest. Hoqbe la trouva en proie â la plus déplorable désorganisation. En parcourant , une nirit ^ tonte la ligne de postes d obser«> dation -y il ne fut arrêté par aucune sentinelle ^ il ne vit dans chaque corps*de**garde que des hommes ivres, avee les plus Ttles, courtisanes. Il ks réduisit tous au joug de la diseipline. Les rèiks de l'état , arrachées au:^ mains liarbares du Comité de saint publip , étaient tombées dans des mains bibles \ le gouvernement pressé de voir finir la guerre ^ la ranima , au contraire y au<-dedan« et au^^bors, en dépeuplant les armées pour repeupler

S^ lES FASTES

les campagnes. Celte faute', que le motif semblait rendre excusable, eut des suites funestes. Hoche les avait prévues : il avait en vain tenté de résister. L'affaiblissement de Parknée républicaine en tiardit les chouans, qui recommencèrent leurs assassinats. Dans les fermes, dans les villages , on leur ofcait des retraites , des vivres et des armes, tandis que les soldats républicains ne trouvaient ni pain , ni asile. Hoche rapporte lui-même qu'à Rennes , il n'y eut pas un seul habitant qui voulût lui louer sa maison. La modération qu'il montra, dès son arrivée, prouve combien il eût aimé à seconder celle de son gouvernement 5 mais il voulait que la générosité fût soutenue par l'énergie. Forcé d'exécuter l'amnistie intempestive accordée a une multitude effrénée de brigands accoutumés au meurtre et au pillage , il conçut l'idée de rendre utile à la république l'audace éprouvée de ces hommes dangereux ; il voulut en former des corps, qu'il eût enfbyés , sur les rivages de l'Angleterre , punir la puissance qui les avait armés ; mais ce projet excellent ne fut pas agréé , et la chouannerie continua à déchirer le sein de la république*

Cependant , il y avait des négociations entre les chefi des royalistes et les généraux républicains. <( C'était une » chose bien ridicule , écrivait le général Hoche , de voir » des scélérats, se disant foit bons chrétiens, ne parler que » de Dieu , se proclamer les vengeurs de l'église , et de- » mander leurs* autels , qu'on n'avait pas voulu encore » leur permettre de relever. » Le principe de ce général était la tolérance ; il recommandait les plus, grands égards pour la religion. Les prêtres avaient une immense autorité 5 Hoche les tenta par l'appât de l'argent qu'il leur faisait donner à titre de secoui:s pour les pauvres*

Il crut qu'il ne pouvait.pas payer trop cher les secrets de son ennemi : il avait dans la guerre ses espions ^ iL voulut en avoir dans le clergé. -Les femmes, qui resteraient étrangères aux troubles civils , s'ils ne favorisaient leur penchant à la licence, firent , par l'attrait de la volupté^ ce que les prêtres avaient feit pour de l'argent. Eprises en secret de la beauté du général de la république 5 elles furent ou feignirent d'être persuadées de la justice de la cause pour laquelle il combattait , et entraînèrent beaucoup de prosélytes dans le parti d'un homme qu'elles n'avaient pu voir sans l'airaer^.

Tandis que ce général faisait servir l'amour même au succès de ses desseins ^ on lui reprochait de contrarier les ordres de la Convention nationale. Averti qu'il était accusé , il osa répondre que c'était à la faiblesse et à la crédulité du gouverneiiient , qu'i fallait attribuer la lenteur des négociations ; que les chouans^ dans l'espoir d'être secourus par les Anglais , ne^feraient que des trêves, et jamais de paix sincère ; que le gouvernement oubliait la dignité républicaine , .en traitant , comme de puissance à puissance , avec des Charelte et des Stofflet. <c Une » grande nation , qui veut être respectée , ajoutait^il , » pardonne et ne transige pas. »

Une première entrevue avec Cormartîn , Ton des chefs de la chouannerie , lui avait donné l'espoir d'un rapprochement; pour le hâter, il avait besoin d'un renfort de troupes qui en imposât aux rebelles ; mais loin de le seconder, le gouvernement sous prétexte d'une pacification prochaine, lui enlevait chaque jour des soldats. Vingt représentansdu peuple semblaient n'être arrivés que pour se contrarier, diviser les esprits j et entraver les opérations.

taB LES F^ASTES ^

Hoche comprit qu'ils détruiraient promptement son oih Trage : il sentit plus vivement que jamais conabiea était nécessaire de conclure la paix ; mais il voulait que l'on forçât les rebelles de cboiar sur-le->champ entre la républ^ue et la guerre. Il était convaincu, qu W<?c cinq cent mille franos et vingt épaulêttes , on €Uirait les plus considérables d'entre les mécontens , et qu'un peu de fermeté suffirait pour le resté. Mais les représeutans du peuple , jaloux du rdle de négociateurs , discu-» taient et ne terminaient rien, ils eurent la faiblesse ^ sur la demande de Co'rmartin -, d'accorder que Hocfae et ses lîeutenans fussent exclus des conférences. Hoche , en se retirant , dit qu'il était heureux de n'être pas présent à la honte d'un traité où la perfidie dictait des lois à la lâcheté.

Les chouans profitèi^nt de la suspension d'armes pour tramer des complots. Hoche avait les yeux toujours ouverts sur dés» dangers qui , mécon»us des représentans du peuple , ne lui paraissaient que plus certains. Il surprit un chef de chouans , tionmié CleiTnont , qui , sous prétexte 4*arrêter les hostilités dans» les cantonnemens qu'on lui permettait de parcourir, distribuait de faux assignats , fabriqués par les Anglais; il en fit arrêter un aqUe nommé Lahoissière , qui avait prêté serment de fidélité Â la république. On le prit sur un esquif, au moment où il se rendait à Get^sey , à l'aimée des princes. A la Prévalaye, retraite deCormartin, trois cents chouans renatent tous les jottrs recevoir de l'argent de la république, distribué au ilom du prétendant. On faisait des recrues pour les rebelles jusque dans le cfamp des républicains. Hoche ne commandait pte 5 les représentaii&

mis GLOIRE. 537

flu peuple avaient usurpé ja conduite des affiiires. Il s'en plaignit avec amertume. On le menaçait de l'éloigner de 3on armée , quand une ilotte anglaise parut à la vue des cotes. Les chefs de chouans se hâtèrent de signer la paix : cette ruse rendait plus facile la descente de quarante ini]]e hommes , rassemblés à Gersey sous les drapeaux du comte d'Artois, Hoche garda son attitude militaire. Pour prévenir l'embauchage , il multiplia les marches et les contre - marches de ses colonnes mobiles. 11 ordonna d'arrèlïer quiconque paraîtrait sans la cocarde tricolore, ou refuserait sur le Qui WVe?.de i^pondre : Républicain. Cormartin , que jusqu'à loi-s on avait vu le plus souple des rebelles , reprit la cocarde noire et son ancien uniforme: il délivra , au nom du roi , des passe-ports , où les généraux de Ja républi<jue étaient qualifiés d'assassins ; il reccti^ait lui*mème so»s la tente de Hoche. Ce général , ayant surpris , sur ses propres ;soldats qui désertaient, des iett^es de Cormartin, s'empara de ce chef et de ses complices, au moment où, à la (été d'un rassemblement, ils voulaient ^e rendre maîtres de Hatse.n^l deCicé. Une auti'e révoUe éclata dans le Morbihan : Hoche fit périr trois ^ents chouans sous les baïonnettes.

Cependant djx mille émigrés débarquent à Quiberon. Hoche , . parti d^ Bennes , prend position a Âuray , d'où il les observe, tandis que son chef d'élat-major, le général Chérin , fait filer sur le même point des troupes , qui «accourent à grandes journées. Hoclie laissa les émigrés s'établir au foii: de Quiberon et dans la presqu'ile qu'il commande , certain de les y renfermer, disait-il , comme un rat dans la souricière. Par une suite de petits combats toujours beui'eux, il les resserra étroitement sur le terrain qu'ils •occupaient. On arrinie à Quiberon par une

langue de lerre sablonneuse , qui n-a qu'une lîeue dans aa largeur ; et qui va en s'étrécissant jusqu'à n'avoir plus que trente toi$es. Le camp des républicains , appuyé à la mer par se& deux ailes y était situé sur cette langue, nommée la Falaise , à une lieue et demie du fort Penthièvre, qui ferme l'entrée de la presqu'île, et qui venait de se livrer à l'ennemi. Les chaloupes canonnières de lâ flotte anglaise s'avançaient , chaque jour , jusqu'à la portée de fusil du rivage. Fendant que les royalistes retranchés s'occupaient à bénir les églises , le gémrsî républicain ordonne à une colonne, commandée par l'adjudant-général Ménage, de filer par la droite, le long de la mer, et de tenter l'escalade du fort. Une autre colonne, conduite par le général Vatteau, fut chargée d^attaquer de fi'ont ; une troisième, sous les ordres d'Humbert , devait tourner la position. C'était à la faveur de la nuit. Unorage affreux éclata; les colonnes se heurtèrent et se rompirent. Hoche , avec un sang-froid admirable , rétablit les rangs au milieu des ténèbres. Le jour découvrît le.fortPenthièvre. Les républicains , pour livrer l'assaut , passèrent dans Veau jusqu'à la ceinture. Ils n'avaient pas une pièce de canon , et leurs fusils mouillés par la pluie étaient des armes inutiles. De front , ils étaient foudroyas par les batteries du fort; sur les flancs^ par les chaloupes et les frégates anglaises. L'intrépide Ménage, à la tête de deux cents braves, à travers les flots ^ et sous un feu teiTÎble, se glisse, de rocs en rocs , jusqu'au pied du môle qtii supporte la forteresse ; il le gravit , et , se précipitant dans l'intérieur , le sabre à la main, tue tout ce qui lui résiste. Le reste de l'armée suivit son général eu chef ; il soumit la presqu'île en courant. Les ennemis , chassés , se réfugièrent au bord de la mer , soi

un rocher , d'où îls parlementèrent , afin d'obtenir des conditions, s'ils se rendaient. Tallien , que Je Comité de salut public avait envoyé, leur répondit : « Qu'y a-t-il » de commun entre nous que la vengeafice et la mort ? » Hoche fit battre la charge. Les boulets et la mitraille ne purent arrêter les républicains : sept cents grenadiers fondirent impétueusement sur le rocher, la baïonnette en avant. Les émigrés, jetant des cris de désespoir, demandèrent de nouveau à capituler. Hoche leur envoya l'ordre de mettre bas les armes , et de faire cesser le feu des Anglais. Ces malheureux s'écrièrent : « Ah ! ne voyez-vous » pas qu'ils tirent sur nous comme sur vous ? Nous ^> sommes aussi des Français. » Cependant quelques embarcations s'approchèrent , et ils allaient profiler d'un moment de trêve pour s'échapper, lorsque Hoche fit traîner deux pièces de canon «sur les bords de la mer. Vingt coups à mitraille empêchèrent les bâtimens de l'C venir vers le rivage, et tous les émigrés furent contraints de se mettre à la discrétion du vainqueur. Parmi les prisonniers , on reconnut l'évêque de Dol , tout son clergé , et presque tous les officiers de notre ancienne marine. Le jeune Sombreuih officier d'un rare mérite , avait commandé toute l'armée royale, à laquelle il avait réuni six mille soldats de la république , qu'on avait tirés des prisons de l'Angleterre. Ces braves gens ne furent pas plus t<ît débarqués, que , se souvenant qu'ils avaient combattu pour la liberté , ils vinrent se ranger sous le drapeau national. Les représentans du peuple firent fusiller les émigrés pris les armes à la main. Sorabreuil subit le même supplice. Le général Hoche l'eût sauvé , s'il avait eu le pouvoir de lui faire grâce : il le pleura.

De retour à Bennes , après avoir encore détruit

quelques bandes d'émigrés, Hoche repnt son pian de pacification. Un plus vaste eommâiidement lui fut confie : il fat nommé général en chef de l'armée de rOuest. Ce fut alors qu'il diC:4( Je suis enfin libre de » faire finir celle guerre funeste* » ^our réduire tes rebelles à l'impuissance , il fitparcoum* les campagnes par ses colopnes mobiles , qui enlevaient partout les bestiaux , «t ne les rendaient qu'en échange des armes ; il amena les paysans à la soumission, et, ce qui est plus difficile^ à la se- -curité. Le gouvernement fondit trois aimées en une seu{e, qui fut appelée arméedes Cotes de V Océan. Le i^égime nsJLlitairé fat établi dans tous les pays insurgés; ks villes troublées par ks faotiotts furent mises en état de siège , et des commissions furent instituées pour juger les rebelles pris les furmes à la main. Hoche était autorisé a offrir des condi* lions aux chefs de la chouannerie, ou à leur permettre de s'expatrier. Il fit poursuivre Cfaareite et StofiBet, les deux bommes les plus dangereux de l'armée ennemie , et livra le dernier à la mort a veo cent de ses complices. Un mois après 9 Charettefut pris : il eut la douleur , en, allant au supplice , d'entendre ce même peuple , qu'il avait cru si royaliste, crier : Vive la république I Avec un enthou- ^9sme de fureur.

Hoche passa la Loire av^c quinze mille fantassinset trois mille chevaux. 11 fit à la fois des battues dans les départemeûs de k Sarlhe, de Maine-et-Loire , de la Loîre-lnférieure et du Morbihan. La résistance des rebelles fut terrible. Lorsqu'atteints par les colonnes mobiles , ils se trouvèrent acculés, ils se battirent h la baïonnette' et cof*ps à/corps. « Ces malfaenreux étaient des Français! » dit le général Hocbe. De Soepeaux , chef de chouans , fut le premier qui se soumit. &on exemple fut suivi par plus

DE lA GLOIRE. 55 1

de cmq d^patiemens. Celui de la Mayefiine ; lés dîslricts de Domfront , Vire , Mortain et Avrancbes ; l'Orne , le Calvados et la Manche furent aussi purgés de la présence dès chouans , après plusieurs sanglans comt)ats. Celle guerre , qui avait coûté tant de trésors et de sang , pendant laquelle tant de réputations militaires s'étaient éclipsées, fut tei*minée en deux mois. La république décerna à Hoche le titi-e Ae Pacificateur delà Vendée , et il s'empressa de replacer les habitans de ce pays sous Pautorité civile et constitutionnelle.

Hoche revint à Paris , où l'implacable haine qu'il avait vonée aux Anglais lai fit concevoir le projet de faire retomber sur eux le ftéau de la guerre. Il demanda à porter dans leur ile les soldats qui avaient été tes compagnons de ses victoires. Il y eut , à ce sujet , une conféi^nce secrète chez Carnot , membre du Directoire , le premier des hetntnes pour bien diriger une gueiTe. Le vice-amiral Trugoet « alors ministre de la marine , proposa un plan T^te et décisif. L'argent manquait ; le Directoire voulut qu'il n^y eût d'expédition que conlre^l'Irlande. Les vues de Hoche étaient plus étendues ; mais il considéra l'Ir* lande comme le chemin de Londres. Ce pays a une popolaiion de plus de quatre millions d'hommres réduits à une sorte de servitude. Le mécontentement des esprits les disposait à recevoir tout changement favorable à î'in* dépendan<;e*Déjà le parti des Irlandais unie y qui forme les neuf dixièmes de la nation , avait préparé les moyens de s'affranchir.

Quarante mille volontaires s'étaient liés par le serment de périr ou de vivi-e libres. Hs n*attendaient qu'un général finançais. Hoche arri^w à peine au port de Brest , qu'il trouve qu'on veut changer le but de Texpédilion , el aller

combattra les Anglais dans les Indes : on perd nn temps précieux. « Il est au moins inutile , s'il n^est dangereux, » écrivit ce général , de faire quatre mille lieues pour » chercher les Anglais , qui sont à notre porte. Ne serons- » nous pas assurés que leurs colonies nousapparliepnent » do moment où nous marcherons sur Londres ? »

, Le refus des secours nécessaires, les dénonciations portées contre lui , dans le sein du Corps- I^égislatif, remplissaient son cœur d'amertume. Il s^indigna sans se rebuter; il pressa le travail dans les arsenaux de Brest et sur fes vaisseaux. Le plus grand obstacle qu'il eut à surmonter fut la mauvaise volonté des officiers de marine , qui, disai.ent-ils , n'avaient des ordres à recevoir que de leur ministre. L'insubordination était alors sur nos escadres.

•» Quel compose bizaiTe que notre marine, écrivait Hoche! » Une vieille carcasse, dont toutes les parties sont désu- » nies ; des contradictions de tous les genres 5 l'indiscî- » pline organisée daïis un corps militaire ! » Cependant c,e général traçait un plan hardi de débarquement. Il voulait , s'il touchait au rivage , ôter à ses soldats tout moyen de retraite , en renvoyant tous ses vaisseaux dans les ports de la république. Il ne lui suffisait pas de brûler les arsenaux de PAnglêlen*e, d'aider les opprimés à briser le joug, il ambitionnait aa<|8i de rendre à la France celte puissance maritime qu'elle avait perdue. Il fit des progrès étonnans dans la scienoe navale. L'amiral firùeix, étonné de ses connaissances , dit que le général Hoélie, après un an éT expérience ^ aurait^été le meilleur minislre de la marine qu'on pût trwvér en France,

Le cabinet de Saint-James était fort inquiet sur la destina lion de l'escadre. Hoche , pour le tromper , fit faire un manifeste an peuple de Portugal , et le communiqua

avec mystère à un prêtre de la chouannerie, en lui confiant le soin de le traduire en langue portugaise ; il était sûr que son faux secret semit révélé : il le. fut en effet, et cette indiscrétion donna le change aux eapîons de l'am<« bassadeur anglais^ lord Malmesbury;

Feu de temps après , Hoche fut averti par le ministre de la guerre qu'un émissaire anglais était parti dç Londras pour attenter à sa vie. Il ne se mit pas en garde. Un coup de pistolet lui fut tiré dans une rue de Rennes ; Tassassiii s'ëtait appuyé sur une borne , qui, en vacillant , détourna la balle. La sérénité du général, fut remarquable dans ce moment. Le coupable qu'il vit sans colère se jeta à ses genoux , en implorant sa miséricorde. Hoche laissa couler des larmes : u Malheureux , lui dit-il , as^tu une » femme et des enfans? » L'assassin avoua* que la misère de sa famille Pavoit seule porté à cet ^itent^t. On lui avait promis cent Ipuis.Hoche en envoya vingt-cinq à sa femme, ei ne rechercha que l'instigateur du crime : c'était un homme de qualité , qui cachait son nom sous celui de Charles.

L'instant du départ était renVL : trois compagnies de gi'enadiers , mécontentes de n'avoir .pas. reçu le prêt , refusèrent de s'embarquer. Hoche ordonna qu'elle» fussent renvoyées dans un villages , à quinze lieues dé Brest , et privées de l'honneur d'avoir part à l'expédition. Une heure aprè?, on lui annonça que les grenadiers ve-* naient de s'embarquer. Hoche ies fit ramener à terre : « Je ne veux point, dit-il, avec mol des hommes qui » n^out d'autre mobile que l'argent. » La honte les .mit au désespoir : ils menacèrent de tuer les auteurs de lèui^ r«voke} il3 supplièrent. Hoche, touché de leur repentir^

534 LE$ PASTËS

Brut leur feute asse» expiée^ et leur permît de rentrer dans ParméCé

L'armée navale ^ forte de quinze mille bomjBiesy &fait mia à la voile le 25 frimaire. Apre» avoir trompé l'ennemi qui croiMÎt devaot BreKf . il ne loi &Uait que deux }ourê pour descendre sur le rivage* Le vent devint contraire iès que Pon fat en pleine m»r i le signal de la sortie avait été donn^ trop t»rd , et la flotte n'avait pat appareillé à^la-fois» Cette première faute fut irréparable* Un ouragan jeta la frégate du général en chef loin du corps de l'escadre ; les vais-» seaux dispersés 9 craignirent d'aborder les côtes d'Irlande; «eux qui en approchèrent furent rejetés par les yagues* Notre pavillon fut reconnu des habitant qui ^ pendant dilK jours Iaisfièi*ent éclater leur joie^ mais au lieu d'agir, oû délibéra* Pendant e^s funeste» irrésolutions , la frégate do général Hoche luttait contre plusieurs vaisseaux ennemis» Echappée à leur poureuiley die parut enfin devant les poits d'Irlande, où elle devait trouver toute la flotte rémiie* La douleur du général éclata , lorsqu'il apprit qu'elle était séparée et qu'elle avait pris le large. 11 voulut d'abord ^précipiter au milieu de quelques patiiotes réunis^ et, par l'effort de son coui'age, jeter au sein de TAn* gkterre le germe d^zme Vendée répukUcaine. La solitude du rivage «i Tabandon de ses soldats le forcé' rent 4e s'éloigner* Il pleura, dii«-on,- au moment où se9 r^ards peidireiiit cette terre qu'il était, venu arra* ^erà l'esdLavage.

U essuya encore des tempAtes^ ESn riant, il hravait la fureur des flots. Afisis sur une peau d'ours blanc ^ U disait k un affidedr de marine : a ^près ayoir vainca

Digitieed by LjOOQIC

^ les Angliiif) nous irons &ire respecter le pavilloit répu^* )) blicain tout autour du globe, i» Sa firésence dV^prit avait plusieurs fois sauvé k fi*^a te ^^ lorsqu'elle tomba au milieu delà flotte anglaise^ maïs la tourmente était tejle^ que pendant tout un jour les ennemis trop occupés de se conserver eux-**n}ème9^ prirent pour un de leurs bàtimens la frégate française qui , changeant vers le soir sa diree^ tion^ arriva à l'îk de Bhë à la faveur desténèbres.

Hoche débarqua à La Rochelle un mois juste après son départ de Br6st; il fut long-temps tourmenté par lé souvenir de ee^ revers. Il courut chez le ministre Truguet î « Mon amt^ lui ditril^ nous sommes ce qu'il y a déplus )» malheureux sous le ciel. J'ai bien souffert, mais le « moindre de mes maux est d'avoir été cent fois menacé > d'êttre engloqti dans la mer. Nous serions les plus viU » des mortels si nous abandonnions le peu{4e irlandais à » la vengeance de $es tyran». Notre entreprise n'est qu'a« » journée. Pendant que je cours combattre à l'armée de » Sambre*et-Meuse, équipez de nouveau votre* escadt^ ; )» réparez votre marine : je m'attache à jamais k sa destin f née« Ecrivez^moi que vos dispositions sont faites, et jo » quitte & l'instant les bords du Bhîli,.ponr volera ceuac )) de l'Océan. )»

L'armée de Sambfe^t-llleose, après avoir vaincu l'Ai-* lemagne dans tant de batailles, et conquis un territoire presque aussi grand que la France, n'avait presque plus de soldats ^ ôe qui restait était nu , affamé, consumé par les maladies* Hoche eut ordre de créer de nouveau cetto ai^mée* Il fit cesser Ui rapines des fournisseurs et des cotnmissairea du Directoire, trouva des ressources sans épuiser le pays occupé, gagna l'affecfcioB deshabitaus'etintrodoisit

dans les troupes une innovation des plus heureoses; de diaque arme il -fit une classe à paît et distincte. Klein commanda les dragons, Richepanse les chasseurs, Ney les hussards, dliautpoult la grosse cavalerie^ de l'infanterie il forma six divisions. Il se proposait, en donnant ainsi pliu d'ensemble à ses forces, d'en Ëiire une masse dont le choc ne pût être rompu par aucune résistance humaine. U avait promis au directoire de culbuter les autrichiens jusqu'à Vienne. U employa deux mois à ses préparatifs. « Il n'est pas possible , disait-il, aux officiers et aux » soldats, décommander une armée plus belle, plus » brave et mieux disciplinée que l'armée deSambre^et- » Meuse. Avec elle, un général en chef est sâr de corn- )i mander bientôt les armées ennemies. » L'Autriche tremblait au bruit de ces apprêts formidables; quatrevingt mille hommes étaient rassemblés au camp près de Newied. Ces troupes s^ébranlèrent enfin. L'avànt*garde , conduite par' Lefebvre , passa le pont de cette ville , et se forma dans la plaine J elle fut suivie du gros de Tarmée. Le général autrichien de Kray , lui fit proposer un armistice, en attendant, disait-il , que la paix conclue enti^e b France et TAutriche fût officiellement annonôée à l'armée française. Hoche lui demande , pour gage de sa parole, que les Autrichiens se retirent derrière le Mein, et fassent la iremise de la forteresse d'Ehrenbreisten. Ces propositions sont rejetées , les conférences rompues. A l'instant l'ennemi commence le feu. Maître des hauteurs qui entourent la plaine de Neuwied , son front était couvert de redoutes fraisées et palissadées. Au premier coup de canon, l'arlillerie légère des Français, soutenue par de» chasseurs et des hussards, se porte en avaiU j on attaque.

Hoche

Hoche feit avancer sa droite pour tourner les positions, et ordonne à l'inFanterîe d'emporter les redoutes à la baïon** nette ) tandis que lui-même, à la tête de deux régimens de chasseurs y coupe les Autrichiens et renverse leur cavalerie. Leur déroute fut complette. Hoche ne leur laissa pas le temps de se rallier; il les fit harceler dans les gor« ges et dsins les montagnes , par les chasseurs et les hns« sards. L'armëe s'avança jusqu'à Montabor, DierdôrflP et Âlteukirchen. Cette bataille fit perdre à l'ennemi quarante pièces de canon, ses munitions, ses bagages, cinq mille morts et onze itiiile prisonniers.

La victoire était décisive ; les Autrichiens , forcés dans toutes leurs positions au-delà de Limbourg,de W«t2zlar et d'Herbon, devaient être poussés jusqu'au cœur des états héréditaires. Giessen , ville fortifiée de toutes parts , fût prise d'assaut. Ils fuyaient épouvantés; tout ce qui ne tombait pas sous le fer était fait prisonnier. Lefebvre, à Tavanl-garde, les atteignit devant Francfort et les culbuta jusque sur les glacis; les autres divisions les enveloppèrent. On allait s'emparer de la ville, quand. Milius , commandant pour PAiitricI|e , vStit an-noncer qu'un courrier, envoyé d'Italie par le général Bonaparte, avait apporté les préliminaires de la paix. Le général Lefebvre crut d'abord que c'était une ruse autrichienne. En voyant le courrier, il lui dit: « Tu aurais bien dû , en route , t'a m user à boire une » bouteille. » Les Autrichiens étaient dans k consterna* tion : deux jours plus tard ils n'avaient pîui d'armée.

Dès que la guerre continentale se fût apaisée, Hoche

songea de nouveau à eflêctaer une descente en Irlande.

Le gouveî^nement britannique,, après s'être d*abord ra:-*

nement humilié devant les Irlandais, avait cru l.s e&

Page 1