MISÈRES
La vieille femme qui donne à jouer est un des fruits ^âtés de la civilisation parisienne. Ses premiers chevrons datent de la fin do la Restauration. A celte époque, elle brillait à Frascati, au Cercle des Étrangers ou dans les maisons de jeu du Palais-Royal. Quelques-unes étaient célèbres par leurs charmes, leur luxe, les passions qu' elles inspiraient ou leur prodigalité. Il y en a qui ont mangé des millions. On m'en a montré une qui perdit un soir, au n^ 129 du Palais- Royal, une somme de 300,000 francs, et qui la paya le lendemain ! C'était, dans son temps, une merveilleuse beauté. Elle n'avait pas de rivale pour la ri-
chesse des toilettes. Quand elle entrait au jeu, un murmure général d'admiration Taccueillait ; les gazettes disaient le nom de l'étranger qui avait été assez heureux pour la reconduire jusqu'à sa voiture. Par quelle succession d'incidents ignorés était-elle tombée de cette opulence inouïe dans une misère profonde? On eût fait un livre plein d'intérêt en le racontant. Elle avait ainsi dissipé aux quatre vents de la vanité et de la folie Torsi facilement gagné, et un beau matin elle s'était éveillée vieille et sans ressources. Lorsqu'on me la montra, je lui trouvai cet aspect repoussant des visages qui ont été beaux et que le vice a flétris bien plus que les ans. Sa toilette était une friperie sordide. On eût dit qu'elle portait encore, dans sa vieillesse, le chapeau, la robe, les rubans et les fleurs dont elle s'était paréo à vingt ans. Son œil était vif et cynique. Elle se teignait les sourcils, se maquillait de rouge et de blanc et abusait de la poudre de riz. Ses rides disaient ses mauvais instincts bien plus que son âge : la griffe de Satan les avait creusées. A distance, il y avait encore je ne sais quoi de la jeune femoie chez elle : de près, elle était plus aue vieille, elle était affreuse.
Il y a dans Paris un certain nombre de créatures coulées dans le moule de celle-là. Ce sont les héroïnes survivantes de la Ferme des Jeux. Elles n'ont pas pu, conime le personnel masculin de la Ferme, tailleurs, messieurs de la chambre^ bouts de table, qui, après la suppression des maisons de jeu, s'est abattu
sur rAlIemagne, où Ton en trouve encore les débris, se faire une existence hors de Paris, et elles y sont revenues ou restées. Fidèles à leur passé, elles vivent des cartes, soit en jouant, soit eu faisant jouer. Il y en a qui prennent assez philosophiquement les misères de leur sort et se consolent des tristesses du pré< sent par les gais souvenirs d'autrefois. Elles vivent, et c'est d^à beaucoup pour elles, quand tant d'autres, dont elles se rappellent les noms et les triomphes, sont mortes depuis longtemps. Mais il y en a aussi qui, après avoir dissipé vingt fortunes, font, à cinquante ou soixante ans, d'incroyables efforts pour assurer le repos de leurs vieux jours, et donneraient une fois de plus leur âme au diable en échange d'un coupon de rente de douze cents francs. Celles-ci (c'est le petit nombre) envisagent avec effroi l'hôpital qui les attend. Elles veulent mourir chez elles, le plus tard possible et dans leur lit. Elles tiennent à la vie et se reprochent amèrement de ne pas avoir conservé, pour la seconde moitié de leur existence, quelques miettes des somptueux festins de leur jeunesse. Ce qu'elles dépensent d'audace et de volonté, sinon d'intelligence, pour se faire un petit pécule, est chose incroyable. Il y en a qui se lèvent avec le jour en hiver, afin d'arriver des premières à la halle et d'économiser vingt ou trente sous sur les légumes et les fruits que leurs pensionnaires mangeront le soir. Sont-elles a3sez cruellement punies ! La voilà cette eauté qui fit l'ornement du Cercle des Étrangers^
celle qui prodiguait l'or, celle qui avait les plus beaux chevaux de Paris: elle est vêtue d'oripeaux, elle marche la tète tuasse, et son bras, déjà débile, est meurtri par l'anse d'un lourd pauierl Elle fait aujourd'hui, pour gagner cent sous, qu'elle mettra de côté, ce qu'elle n*eût pas fait jadis pour gagner mille francs. Elle travaille de ses mains autant qu'elle peut, prépare elle-même la cuisine de ses habitués, se montre complaisante jusqu'à la bassesse pour les jeunes femmes qui vont chez elle, veille la nuit et se brûle les yeux pour retirer d'une partie défendue un profit dangereux. Quelle misère et quelle leçon t Et ce n'est pas tout. Elle est réservée à de plus cruelles épreuves. Ce ne serait rien ou ce serait peu de chose que tant de travail si on atteignait au but souhaité; si, après huit ou dix ans de ces fatigues écrasantes, on pouvait enfin se dire: c Me voici petite rentière, couchée sur le grand-livre de l'État, après l'avoir été si longtemps sur les épines de la misère. »
Celles qui arrivent au port sont de rares exceptions. Il n'y en a pour ainsi dire pas. Le voyage est si périlleux! Sans compter l'œil de la police qui, un jour ou l'autre, tombe sur vous, on est entouré de tant de pièges; la société au milieu de laquelle on vit est si mauvaise 1 A qui se confier? Quand on a péniblement anàassé une petite somme, à qui le dire pour la rendre féconde en la plaçant avec sécurité? A l'homme d'affaires qui paraît au jeu le soir et qui est un ancien notaire? Mais, si c'était un honnête homme.
viendrait-il en pareil lieu? Au boursier qui donne vingt pour cent par mois de l'argent qu*on lui prête? Mais madame une telle se plaint de ne pouvoir remettre la main sur ses économies^ dix mille francs qu'elle lui a confiés. Il faut pourtant prendre un parti. On ne peut laisser toujours dans sa commode^ cachée entre deux serviettes, une somme improductive; et, d'ailleurs, elle n'y est pas en sûreté. Après avoir longtemps réfléchi, on se décide et Ton donne tête baissée dans le piège d'un escroc qui a promis monts et merveilles et qui disparaît avec l'argent, c Le bien mal acquis ne profite pas. » Ce proverbe est vrai quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent.
Quel jour que celui où l'on apprend son malheur! Quel coup de couteau dans le cœur! Que de larmes dans ces yeux flétris qui ne savaient pas pleurer autrefois! Que faire? Recommencer! C'est alors qu'on fait jouer avec audace, qu'on brave la police, qu'on recrute son personnel. On sait que le métier est dangereux; mais, après tout, quelle profession n'a pas ses périls? Et puis, le hasard ne peut-il pas faire qu'on ne soit pas pris pendant un an ou deux? et si le jeu va bien, si la cagnotte donne, ce temps suffit pour que l'on mette de côté cette petite fortune tant souhaitée et dont on avait déjà gagné une partie.
Ici nouvelles embûches. La maison de jeu clandestine a ses parasites, je l'ai dit ailleurs. Le premier de tous et le plus dangereux, c'est le soi-disant protecteur du tripot. Attiré par son instinct, vieux prali«
cien en matière de spéculations honteuses, il a flahré sa proie et il arrive. C'est ordinairement un homme d*un âge plus que mûr, à Tair bonasse, se disant un peu sourd et très-myope. Il porte volontiers une cravate blanche et s^enveloppe Thiver dans une houppelande à fourrures. Il peut ôtre décoré d*un ruban étranger sans qu'on le prenne pour un chevalier d'industrie. Il se rend un beau jour, avant l'heure du dîner, chez la vieille pécheresser. Il commence par l'effrayer beaucoup en lui parlant d'un ton sévère des jeuï défendus que Ton joué chez elle, La maîtresse du lieu croit qu'elle a devant elle un agent de l'autorité; elle le supplie d'être indulgent; elle promet qu'on ne jouera plus désormais que lo loto. Ce n'est pas là l'affaire du visiteur, venu beaucoup moins dans rintérôt de la morale que dans son Intérêt personnel. Au lieu de combattre Fidée qu'on a conçue de lui tout d'abord, il cherche à faire croire, au contraire, à une puissance qu'il n'a pas; il cite, dans ce but, deux ou trois noms très-connus et qui sont particulièrement redoutés dans le monde des joueurs? puis il insinue que sa présence permanente au cercle serait une garantie pour L'autorité qui, se contentant de voir par ses yeux , serait nécessairement indulgente. Madame a compris. Rarement elle repousse une offre pareille. La peur rend crédule jusqu'à l'idiotisme. Il ne reste plus qu'à régler les conditions du marché. D'abord , le protecteur aura son couvert tous les jours; de plus, une fois ou deux par semaine, il
sera libre d'amener un invité dont il ne payera pas le dîner, et il aura droit, au même prix, à deux bouteilles de c< vin supérieur » ; le matin il pourra venir déjeuner (il viendrai), et on lui servira quelques viandes froides arrosées de thé. Enfin, comme il no saurait avoir trop d'argent de poche pour faire bonne figure au dehors, on lui donnera, à titre d'allocation gracieuse, mais régulière, une somme de cent cinquante francs par mois , payable par quart tous les dimanches. Cette dernière exigence fait un peu crier la victime, devenue aussi parcimonieuse sur ses vieux jours qu'elle était prodigue dans sa jeunesse; mais il faut la subir comme les autres, au risque de voir échouer un plan qui doit rendre la sécurité à son pauvre esprit perplexe et lui permettre de développer ses affaires.
L'homme entre en fonctions le jour même, la sangsue s'attache : est-il nécessaire de dire qu'elle aspire le plus qu'elle peut? Elle use et abuse. Une fois entré dans la place, le confident en est le maître. La femme n*est plus que sa chose, qu'il exploite cruellement. Rarement il se met au jeu (de tous les habitués de la maison, il est celui qui apprécie le mieux le danger, et il ne voudrait pas être trouvé les cartes à la main au moment d'une invasion); mais il le suit avec attention pour en connaître les produits, et le lendemain d'une belle moisson , il vient effrontément en réclamer sa part. On se plaint, on crie, on proteste, on invoque les conventions; mais on cède
parce qu'on a peur. Après tout, si on n*a pas encore été inquiétée par la police ,. c'est probablement h lui qu'on le doit; et qu'arrivera-t-il si on lui refuse? Cette erreur et cette crainte sont le talisman puissant qui fait passer l'argent des mains de la victime dans celles de son bourreau. De quel nom appeler un être pareil? Ne vous semble-t-il pas placé encore plus bas dans l'échelle sociale que la malheureuse qui, après une vie de dissipations et de folies, s'expose à la prison pour assurer le pain de ses vieux jours?
Quel accouplement étrange d'ignominies ! D'où sortent ces hommes-là et quel est leur passé ? Rarement on le sait. En réalité, on le comprend bien, ils n'ont aucun des pouvoirs occultes qu'ils s'attribuent. La police, qui a besoin d'hommes sûrs, n'en voudrait pas pour agents : elle les connaît trop bien ! Ils ne protègent donc rien qu'eux-mêmes, et si la réunion n'est pas inquiétée, malgré la violation des lois et règlements sur les jeux, c'est au hasard et non pas à leur présence qu'on le doit. Quelque bien renseignée qu'elle soit, l'autorité ne peut pas agir partout et à tout instant. Et puis elle est paternelle, et, avant de frapper, elle veut que l'on soit au moins deux fois coupable. Si l'on s'est mis en règle avec elle, si l'établissement paye patente et a été déclaré et autorisé sous le nom de cercle, on ne sévit qu'après avoir épuisé tous les moyens de persuasion et de bienveillance imaginables. On donne conseil sur conseil, avertissement sur avertissement. Il est tel gérant de cercle qui a été ap-
pclc dix fois à la Préfecture pour recevoir les remontrances de qui de droit avant d'être frappé. C'est dans ces moments de crise que le soi-disant protecteur s'efforce de faire croire à son influence. A l'entendre^ c'est lui qui fait tout; il est le bouclier; sans lui, on était perdu; mais it a vu tel personnage et il a tout arrangé. En réalité, il n'est allé nulle part, il n'a vu personne, et il a eu raison, car sa recommandation serait le coup de grâce pour l'établissement en péril.
Mais s*il est incapable de protéger, il peut nuiret II sait qu^une dénonciation^ un simple avis anonyme suffit pour donner l'éveil à l'autorité et la mettre en mouvement. Au besoin, il dénoncera, et c'est par là quMl établira sa puissance aux yeux de ceux qu'il a intérêt à tromper.
Le motif de la vengeance d'un de ces parasites rcs tera célèbre dans les annales du jeu à Paris. Il /)ro<égeaU depuis plusieurs mois déjà, de la façon que j'ai indiquée, un cercle où Ton jouait les jeux défendus, tous les soirs, à une certaine heure, c'est-à-dire quand les abonnés sérieux s'étaient retirés. Un matin, comme il venait de déjeuner aux frais de l'établissement, on le surprit vidant le contenu du sucrier dans la poche de son paletot. On lui fit, à propos de cette vilenie, quelques observations qu'il prit mal et qui furent suivies d'une rupture. Notre homme partit en murmurant des menaces. Le jour même le cercle était dénoncé, et le leijdemain, à minuit, la police envahissait l'appartement et surprenait une vingtaine de
joueurs entourant une table de baccarat. Le mobilier fut saisi, le cercle fermé et le gérant condamné k l'amende et à la prison. On comprit, mais trop tard, qu'il eût encore mieux valu fermer les yeux sur les fantaisies du protecteur, quand bien même il eût poussé la protection jusqu'à emporter, avec le sucre, le sucrier. La faute avait été de le recevoir, de croire à sa puissance, mais cette faute commise, il fallait en accepter les conséquences et surtout éviter de se fâcher avec lui. Huit jours après, il reprenait ses fonctions dans un tripot de la même espèce, établi aux Batignolles, qui le nommait son président.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que le personnel des maisons dont je parle paraît peu s'inquiéter de la présence d'un homme pareil. Ce qu'il fait, ou plutôt ce qu'il prétend faire, n'est un secret que pour le pluspetit nombre. Au besoin môme, le maître du lieu ne manque pas de rassurer les timides en leur disant pourquoi on n'a rien à craindre. Ceux qui vont au cercle pour se distraire et non pour jouer, ne s'occupent pas du protecteur. Il y en a qui ne lui adressent jamais la parole et à qui il n'oserait pas parler. Parmi les joueurs, quelques-uns, les plus madrés, savent fort bien è quoi s'en tenir sur la valeur de la prétendue protection accordée, mais presque tous sont ses dupes, croient fermement à son pouvoir, et s'appliquent à n'avoir que de bons rapports avec lui. Il se maintient donc là où il est par la crédulité des uns, l'indifférence et l'ignorance des autres, et pas une voix
ne s'élève pour demander son exclusion. Les habitudes du jeu rendent d'une indulgence incroyable en matière de fréquentation. On a des doutes sérieux sur la proMté de tels ou tels: on (tit que Vun a déjà eu affaire aux tribunaux, que celui-ci est un banqueroutier, que cet autre a été surpris filant la carte; n'importe ! ce qu'on vous demande, ce ne sont pas vos qualités morales, c'est votre argent. Égalité parfaite devant le tapis vert I On se retrouve, on se salue, on se prend la main, et quelquefois on se tutoie ! Cest qu'ii n'y a chez le joueur qu'un seul désir : trouver d'autres joueurs et jouer. Que les mains qui vont [prendre les cartes soient pures, nul n'y songe; l'important, c'est qu'elles soient celles il'un beau joueur, payant bien. Quand une partie est engagée, déclarez qu'il y a dans la société quatre gaillards en rupture de ban, on vous croira sur parole, et peu de gens se lèveront pour quitter la table. Au jeu, par une sorte de convention tacite, l'homme moral s'abstrait; à sa place il y a un chiffre, une somme. C'est grâce à cette coupable indulgence que les maisons de jeu trouvent toujours à recruter leur personnel. Les sim- 068 tripots ouvrent leurs portes et forment leur clientèle en se faisant annoncer à l'oreille par une demidouzaine de femmes répandues dans un certain monde; il suffit d'entrer pour être admis; on ne vous demande même pas votre nom. Les cercles (je parle de ceux où l'on joue des jeux défendus) ont une apparence d'organisation intérieure, bien moins pour
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eux-mêmes que pour paraître en règle avec Tautorilé. Ou a un comité, un président, deux vice-présidents et un secrétaire ; on a aussi un règlement qui dit que nul ne peut faire partie de la réunion sans avoir été présenté par deux membres et admis par le comité; qu*il faut payer un droit d'entrée et une cotisation annuelle ; que les jeux de commerce seuls peuvent être joués, etc.
Ces conditions sévères ne sont observées que dans les cercles sérieux; dans les autres, elles sont une lettre morte qui n'engage que les naïfs. Le comité ne fonctionne pas, le président est souvent lui-même le membre le plus taré, et, quant à la cotisation, elle n'est payée que par les gens paisibles qui, venant à neuf heures pour faire un whist, et partant avant minuit, ne savent pas ou ne veulent pas savoir ce qui se passe après leur départ. Les noms de ceux-ci figurent sur un tableau affiché dans le salon principal de l'établissement. Parmi ces noms, il y en a presque toujours quelques-uns d'honorablement connus : ce sont les amorces que le directeur ou la directrice du lieu jette à la tête des visiteurs nouveaux potur leur prouver que le cercle € est bien composé. • Ce sont aussi ces noms-là qu'on met en avant dans les moments de péril afin de désarmer l'autorité qui menace, ou tout au moins de la rendre indulgente.
Cest après minuit, quand lésa vertueux «sont partis, que les chevaliers du lansquenet ou du baccarat, appelés par un regard dont la signiûcation leur est
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connue^ se réunissent dans une pièce écartée. Us s'y rendent sans bruit, un à un, avec les allures inquiètes de gens qui sentent qu'ils vont mal faire. La table et les cartes sont prêtes. On est en nombre et la partie commence. C'est alors que le but réel du cercle devient visible. Il s'agit bien de donner un dîner sur lequel on perdi d'avoir de brillants salons et de prélever sur les parties de whist et d'écarté un droit mesquin! Table d'hôte et brillants salons ne sont que fausses étiquettes. On pourrait supprimer Tune et fermer les autres sans que les bénéfices de l'établissement en fussent moins grands; ils seraient même plus considérables, car on aurait moins de frais. Mais il faut quelquefois savoir faire un sacrifice, et la prudence a conseillé celui-ci. Les véritables soutiens du cercle, ceux que la gérance chérit, caresse, appelle et retient, ne sont inscrits sur aucun tableau, et n'ont été présentés ni admis par personne. Ils arrivent et vont droit à la salle de jeu. Ils ne se soucient ni des autres salons ni du cabinet de lecture. Beaucoup n'y ont jamais mis les pieds. Ce qu'il leur faut, c'est la lustrine verte de la grande table sur laquelle court déjà le chemin de fer. Jamais^ à ceux-ci, on n'a demandé un droit d'entrée ni une cotisation ..Ils vous riraient au nez si vous leur faisiez une réclamation pareille. Ils peuvent bien perdre cent louis dans leur nuit et payer deux cents francs de droit de passe, mais pour rien au monde ils ne consentiraient à tirer cinquante francs de leur poche pour concourir à quol-
que chose du régulier et de sérieux. 11 en arrive jusqu'à cinq heures du matin. Ils entrent comme on entre dans un café. Parmi les figures connues, se montrent souvent des visages que personne n'a jamais vus : ce sont dos individus qui ont appris que l'on jouait \h, et qui, sans plus de façon, sont venus ap^ porter leur argent dans Tespoir qu'ils emporteraient celui des autres. Tout nouvel arrivant est bien reçu; on se serre, au besoin, pour lui faire une place, et il est à peine assis que le jeu le saisit et remporte dans son tourbillon. Voilà la table au grand complet. Les coups se succèdent, Tor circule, les passions sont allumées, le délit est flagrant; il semble appeler avec énergie le magistrat ceint de son écharpe et eptouré de ses agents : a Que personne ne bouge I )» Pendant ce temps, le membre sérieux, celui qui figure sur iQ tableau affiché dans le grand salon, quia payé son droit d'entrée et qui paye sa cotisation, dort dans son Ut du sommeil du juste, et rêve qu'il a gagné trois francs cinquante centimes au piquet. Il apprendra peut-être demain qu'une descente de police a eu lieu dans l'établissement, et que son nom se trouve plus ou moins compromis dans une affaire qui aboutira peut-être à la police correctionnelle.
Que ne donnerait-il pas ^\or$ pour s'être montré plus scrupuleux dans le choix de son cercle! Et si, comme cela arrive quelquefois, le magistrat chargé de ces sortes d'affaires lui montre, dans son intérêt et pour impressionner fortement son esprit, les dos-
siers de quelques-uns des habitués de la réunion, quels aojfers regrets n'éprouvera-t-il pas d'avoir vécu côte à côte avec des êtres dont le contact est déjà près* que une flétrissure ! Il est certain que pas un homme honnête ne mettrait le pied dans certaines maisons de jeu déguisées sous le nom de cercles si le personnel ordinaire de ces établissements était plus connu. Mais ce qui est un secret pour vous et moi, n'en est pas un pour la police. Biographe infatigable et mysté* rieux, elle enregistre jour par jour les faits et gestes de ceux qu'elle a intérêt à connaître. Tout ou presque tout ce qu'il y a de dangereux et de mauvais dans Paris, est inscrit sur ses tablettes, et quand elle ouvre ses cartons pour vous faire une confidence qu'elle jugé utile, vous reculez épouvanté. La vérité est devant vous, une vérité terrible dans sa nudité, mais d'un enseignement profond. Parlant sans passion, ne citant que des faits, l'écrivain inconnu vous dit des choses qui semblent venir d'un autre monde, et vous vous demandez si vous ne rêvez pas. Est*il po.«sible qu'il y ait autant d'âmes viles et d'êtres coupables dans une réunion dont vous faites vous-même partie? Que de poignées de mains, de saints, de démontrations amicales à regretter! Ne* vous êtes-vous pas promené sur le boulevard avec celui-ci? N'avez-vous pas fait de nombreuses parties d'écarté avec celui-là? Ne recherchiez-vouspas la conversation spirituelle de cet autre ? Mais le premier est un chevalier d'industrie, le second un grec, le troisièftie quelque chose de pire!
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Vous VOUS sentez comme asphyxié, vos tempes battent, un profond dégoût des hommes s*empare de vous. L'humanité ne serait-elle qu'une vaste geôle? Eh ! mon Dieu, non ! Sans vous en douter vous êtes allé dans un mauvais lieu, voilà tout. Vous vous êtes fourvoyé. Comme j'ai eu l'occasion de le dire ailleurs, c'est dansles maisons de jeu clandestines que passe nécessairement le flotdes individusdangereuxetsuspects dont le nombre, quoi qu'on fasse, est toujours considérable à Paris: où voulez- vous quMls aillent, si ce n*est là? Vous vous êtes mis sur leur route, il est donc naturel que vous les rencontriez. Changez de chemin et placez-vous dans un autre courant, choisissez pour vos distractions habituelles du soir un salon où nul ne puissse être admis qu'après avoir été Tobjet d'une enquête sérieuse , et vous ne serez pas exposé à donner votre main à un homme qui la souille en la touchant.
Je mets quelque insistance à montrer le danger, et je voudrais même, si c'était possible, en grossir l'image, parce qu'une partie de la moralité de ce livre est là. Les victimes ne sont pas seulement les joueurs : ceux-ci, après tout, n'ontguère que ce qu'ils méritent, et l'on doit les blâmer plus que les plaindre. Mais il y a d'autres victimes, simplement coupables de légèreté, et c'est pour elles que ce tableau est tracé. Elles n'ont jamais joué un jeu défendu; leur seul tort est de faire partie d'une de ces réunions non épurées dont je viens de parler. Gela suffit pour compromettre un honnête
homme et quelquefois pour le perdre à tout jamais. Le contact vous entame. On est sain, irréprochable au point de vue de la morale, mais on a les apparences contre soi. c Dis- moi qui tu hantes, je dirai qui tu es. D On tue un homme d'un mot comme on le tue d'un coup de couteau. De même que tous les fruits d'une corbeille paraissent gfttés quand quelquesHins le sont, tous les membres du même cercle sont jugés au niveau des plus mauvais. L'opinion se trompe, mais pourquoi s'exposer aux erreurs de l'opinion? Combien de fois n'avons-nous pas vu d'honnêtes gens se récrier en apprenant qu'une personne de leur connaissance faisait partie de telle ou telle société? Il n'en faut pas davantage pour que le commerçant perde son crédit, l'employé sa place, le jeune homme une protection dont son bonheur et son avenir dépendaient. Si vous étiez banquier, ouvririez-vous votre caisse à un homme que vous auriez rencontré deux fois avec un individu mal famé? Et si vous étiez père d'une jeune fille, la lui donneriez, pour femme? Votre réponse aura plus d'éloquence que tout ce que je pourrais ajouter.
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C'est un phénomène bien connu des joueurs que la différence de valeur de l'argent selon le jeu qu'on joue, les pertes qu'on a faites et l'état do la partie engagée. Vous vous «êtes mis au jeu sain d'esprit. Le premier louis que vous avez engagé représente vingt francs, sa valeur réelle, que vous supputez mentalement en le jetant sur le tapis. Je vous revois deux heures après : fatigué et troublé par les pertes que vous avez faites, vous n'avez pHis le sentiment de la valeur réelle de l'argent. Vous engagez cinq louis, comme au début vous en engagiez un. Ace moment, cinq louis ne sont plus pour vous cent francs, c'est-
à-dire une somme déjà importante, mais simplement cinq petits objets en or, que votre esprit obscurci ne prend plus la peine de décomposer, cinq médailles, comme disent spirituellement les vieux praticiens. Plus vous êtes éprouvé par la chance, et moins vous avez le sentiment de vos actes. CTest ainsi que vous pouvez être conduit à perdre des sommes que vous vous seriez cru incapable de jouer, à tirer de vos poches les louis par poignées et à les livrer au jeu comme de simples jetons. jQuand vous en êtes là, vous êtes perdu. Tout à rheure, vous jouerez sur parole et vous per- . drez les billets de mille franCs comme vous perdez trois cents francs maintenant, et comme vous avez perdu, un à un, vos premiers louis. Le coup ne sera pas plus cruel ; il le sera peut-être moins. Vous êtes aguerri et aveuglé. Ce qu'on appelle la fièvre du jeu n'est pas autre chose que cette disparition, à un moment donné, du sentiment de la valeur réelle de l'argent. Aussi longtemps que ce sentiment existe', on se modère. Quand il diminue, la fièvre commence; quand il s'éteint, l'accès devient violent. Il y a pourtant telle circonstance qui peut rendre une lueur de raison au joueur le -plus abêti : l'impossibilité, par exemple , d'emprunter et de jouer sur parole quand il a fait de fortes pertes et qu'il ne lui reste qu'une somme insignifiante comparativement à celle qu'il avait. Alors, non- seulement un louis redevient vingt francs, mais on peut dire qu'il en vaut deux, qu'il en vaut dix à ses yeux. En ce moment critique où il
2d2 les faucheurs dr nuit
jcuo (le son resle, la perte de cent sous lui est plus cruelle que ne l'était tout à Theure la perte de cinq cents francs. C'est que, ces dernières pièces d*or parties, il lui faudra quitter la table et s*en aller en laissant une somme considérable aux mains dès autres joueurs. Tant qu'H a un peu d'argent, il croit tenir encore par un fil la somme perdue (le fil, c'est l'espérance). Voilà pourquoi, lui qui jouait tout à l'heure avec tant d'audace, se montre maintenant si timide. L'épaisseur du fil diminue à chaque perte nouvelle. Soyons prudent ; point de coup de tête ; attendons; amorçons la chance ! Qui sait si elle ne reviendra pas à nous? C'est une curieuse et douloureuse étude que celle-là, je vous assure. Dans cette tête courbée sur le tapis vert et qu'emplit une pensée unique, il se fait quelquefois un prodigieux travail de combinaisons. Un général en chef n'est pas plus absorbé la veille d'une bataille par les questions de stratégie.
Tel joueur qui perdra, tout à l'heure, sans se plaindre, dix louis sur un coup de lansquenet, et qui fait bourgeoisement une partie de piquet en attendant (jue l'autre partie soit montée, se lamente outre raison d'une perte insignifiante. « Comprenez-vous, ditil d'un ton désolé, que j'aie perdu dix francs au piquet en jouant vingt sous! d II entre au lansquenet, et le premier coup lui enlève une somme de vingt fois plus forte, qu'il perd sans proférer un mot de
lainte.
Ceux qui savent conserver dans le cours d'une par-
tie chère le sentiment de la valeur de Targent sont des exceptions très-rares. Il faut être tout à fait fort pour ne jamais oublier, quels que soient le jeu joué et les sommes perdues, qu'un louis vaut vingt francs. Les joueurs doués de cette force sont froids et prudents. Les autres les détestent, d'abord parce qu'il n'y a pour ainsi dire rien à tirer d'eux, ensuite parce que cette prudence les blesse. Introduisez la Sagesse dans une maison de fous, et dites-moi comment elle y sera reçue el quel visage elle y fera ! Jouer deux francs quand tout le monde joue des louis, c'est s'exposer à ameuter contre soi la plupart des autres joueurs. Les nerfs s'irritent; la colère se concentre. Si le joueur prudent gagne, on est encore plus crispé contre lui. Enfin un trait, un mot agressif part de la bouche du moins patient ou du plus grossier. C'est la fusée qui donne le signal du feu d'artifice, a Quel jeu jouezvous donc? Cest pitoyable! Cela nous gêne! Vous avez bien peur de perdre un louis ! etc. • Quelquefois ^ les observations prennent un caractère tout à fait blessant. « Monsieur, dit un soir un joueur à son voisin, j*estime qu'avec une chance soutenue vous pouvez gagner cent francs dans votre soirée en jouant votre petit jeu honnête qui m'irrite. Acceptez ces cinq louis et permettez-moi de vous engager à passer au salon de lecture pour lire la Patrie, qui est trèsintéressante ce soir. » On se battit le lendemain, et le joueur prudent, qui savait mieux défendre son argent que sa DOitriâL?^ *f '^"t un coup d'épée qui mit sa
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Vie en danger. « Avec les loups, ii faut fturlér,* dît le proverbe. Avec les joueurs, il faut jouer. La conclusion, c'est qu'il ne faut pas aller parmi les... loups!
Quand la fîèvte du jeu s-est emparée à*un homme. Il faut qu'îl jdtté. Il lui Serait, je crois, plus facile de se priver de dîner que de manquer un seul jour de S'asseoir à une tatle de jeu. Pour satisfaire sa passion a lui faut de l'argent, et quand il n'en a pas il déperisè des tf ésors inouïs d'imagination, d'intelligence et d'audace pour s'en procurer, tel habitué de tripot qui rie peut pas payer les trente francs de son garni et dîne pôuir dix-huit sous chez une crémière, apporte trois cents francs au jeu et les perd. Il les avait empruntés, elàemaînîl en trouvera trois cents autres. Le personnel des joueurs de 'i'àris forme une sorte d'affiliation dont lés métiibres se Viennent réciproqueinent en aidé. *Celui qui a le ^pliis de cïiance de trouver de l'airgent quatid il en manque, est celui qui le perd le pliis facilement : c'est ce qu'on appelle un beau joueur. Cela dit tbut. Au besoin on ouvrirait né souscription pour le remettre à flot, cofaihie s'il s'agissait de restaurer là fortune de quelque victime illustre. On ne veut pas qu'il disparaisse, qu'il émigré pour d'autres tivages. Comment laisser partir un homme qui se montré si magnifique au jeu! Il a perdu hier, il gagnera demain, et le jour suivant son bénéfice retombera sur nous en pluie d'or. Dans cet empressement è lui venir en aide, les chefs de mai-
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sons ne sont pas les derniers. Leurs bénéfices dépendent souvent d'un joueur qui sait entlretenit \h pattie, qui en est Tàme et l'en train/ qui rayonne et dont la présence seule semble dire : Ici ïl y a de Targeïit à gagneur. Ceis considérations mérîtetit bien qu^on ouvre sa bourse et qu'on reùde le nefrt de la guerre au vôfincu.
Cette confiance réciproque des joueurs n*est paî aussi souvent trahie qû'oto pourrait le croil*e. La dette de jeu est encore aujourd'hui la dette d'honneur. Je âiraiplus loin pourquoi, et comment il fout entendre ce mot. C'est, de toutes les dettes, celle dont On se libère avec le plus d'empresseîhent. On doft pendant dix ans à son tailletir, et sa facture ne trouble pas vos songes : on paye aussitôt qu'on le peut l'argent perdu au jeu où l'argent emprunté pour jouer. La raison en est bien simple : c'est qu'on veut jouer, et que, pour pouvoir jouet, il fôut d'abord payer ce qu'on doit , sous peine d'être tout à fait déconsidéré et de ne plus avoir aucun Crédit. 'Ol-, 'le crédit est l'âme du jeu , comme il est l'Ame du commerce, de l'industrie et de la spéculation. C'est quelque chose que de pouvoir compter sur la bourse du prochain, dans le cours d'une partie, quand on a épuisé la sienne. Rendre deux cents francs qu'on a empruntés hier, c'est se ménager la possibilité d'en trouver cinq cents h un moment donné de la soirée.
L'intérêt, à défaut de la probité (qui pourrait souvent être muette), commande donc la fidélité aux engagements pris en matière de jeu*
A propos de confiance et de crédit, j*ai prononcé le mot de spéculation. Quoi de plus remarquable que ce qui se passe à la Bourse, dans la Coulisse, par exemple^? Deux agents^ deux simples employés se rencontrent; ils échangent quelques paroles, et voilà on contrat aussi sérieusement conclu que s'il était passé par-devant notaire. Pourtant il n'y a rien eu de signé, nul témoin n'a entendu, et tout s'est borné à ces deux mots que Ton s*est dit à l'oreille, et à la mention de quelques chiffres inscrits au crayon et à la hâte sur deux petits calepins. Gela suffit. Une opération sur laquelle on peut, du jour au lendemain, quelquefois en un instant, perdre ou gagner une somme considérable, est conclue. Tous les jours il se fait, à Paris, pour des millions d'affaires comme celle-là , sans qu'une seule donne jamais lieu à contestations entre les parties, a Nous avons quelquefois, très-rarement, des erreurs, me disait le chef d'une importante maison de la Coulisse; mais t7 n'y a pas d'exemple, dans les annales de la Bourse, de contestations entre agents résultant de la mauvaise foi. » Si des agents nous passons aux clients, nous trouvons, je ne dis pas toujours la même probité, mais la même sincérité. Nul ne songe à contester l'opération qu'il a faite. Bonnes ou mauvaises, ruineuses ou fécondes, toutes les affaires sont reconnues par leurs auteurs,
^ La Coulisse existait encore qaand cette étude a été écrite.
petits ou grands. Il ne vient à l'esprit d'aucun de dire au courtier : cf Vous vous trompez; je n*ai pas acheté cinquante Mobilier l'autre jour. » A l'heure de la liquidation , tout spéculateur, çhétif ou millionnaire, honnête ou douteux, se reconnaît dans son bordereau comme dans un miroir. On peut ne pas payer, mais on ne nie pas I J'ajoute qu'à la Bourse, comme au jeu, on fait les plus grands efforts pour payer, et par les mêmes raisons. Payer, c'est assurer son crédit : le crédit, c'est la fortune fictive, en attendant qu'un majestueux mouvement de hausse ou de baisse vous donne la vraie. Là, comme au jeu, tout le monde se soutient, clients et agents. On tend volontiers la perche à ceux qui se noient, parce que les noyés d'aujourd'hui peuvent être les superbes du lendemain, et réciproquement. Ceux qui désertent la lice parce qu'ils sont vaincus, sont les idiots : la confiance est illimitée, et la chance a d'incroyables revirements. Confiance, sincérité, crédit et probité, voilà les quatre colonnes du temple de la^spéculation. Cette dernière est cimentée par l'intérêt. L'intérêt peut faire des miracles et donner des apparences de vertu au vice lui-même, puisqu'il fait que Bertrand paye ses dettes de jeu, et Macaire ses différences de Bourse.
Tous les joueurs ne sont cependant pas également confiants. Il y a des natures soupçonneuses absolument réfractaires ayx emprunts. On m'en a cité un bel exemple. Douze ou quinze personnes faisaient un baccarat. Survient un autre joueur qui offre à l'un
des gagnants de se nieUre de moitié d^ans son jeu. a Vous jouez très-bien, dil-i^, avec prudence et intelligence, et, si vous voulez, nous ferons à nous deux un fonds de vingt-cinq louis. » On accepte. Au bout d*u^e heure, l'association gagnait trois mille francs, a En voilà assez, d^t notr^ homme; partageons. » On lui rend ses deuz cent cinquante francs, plus quinze cents francs pour sa part du gain , et il s'en va. Le lendemain, les deux associés se rencontrent au boulevard, a Vous êtes dé(»démenl ub homme très^fort, dit celui qui «vait proposé l'association; hier» vous m'avez fait $i lestement gagner soixanter quin:pe louis, que je serais ratvi d^ continuer. » il esl convenu que l'on se reverra le soir, et, en effet, on §e retrouve. Le gagnant de la v.eille était encore arrivé te premier. Il perdait quand l'autre survint. « Jo n'ai plus d'argent, lui dit-il, et j'ai demandé au gérant vii^t-cinq louis que le domestique est allé me chercher; en attendant qu'il n\e les apporte, prêtezmoi ceut francs pour contiuupr la partie, i^ — a l4oil prêter ! répondit l'autre ; désolé, mon cher, je ne prête jamais ; c'est contraire à mes principes 1 Tout ce que jç peux faire, c'çfit de(^ous offrir deux francs poup prendre une voiture ; vous n'êtes pas en veine ca aoirl »
Le conseil pouvait être bon, mais le refus étâil odieux.
Voici ce qu'un joueur, beaucoup^ plus généreux, avait imaginé pour qu'une channante personne de
sa conDaissance, qui lui reprochait de trop aimer les cartes, le laissât en paix se livrer à ses goûts. Il s'était engagé à lui donner un louis par heure qu'il passerait au jeu après minuit. Inutile de dire que l^ convention avait été acceptée avec empressement. À minuit, le joueur en question était demandé dans Fantichambre du cercle. Il y trouvait un cocher de remise qui lui disait : « Monsieur, je suis çharg^. (Jç vous dire que l'on vous attend en bas, » A partir de ce moment, les effets de la convention commençaient. Le joueur renvpya^it le cocher en, lui disaAt q^'il allait descendre, puis il retournait au tjapis yert. ^lors nul ne l'inquiétait plui§. Il pouvait s'en donner à copur joie jusqu'au matin^ et c'était ordinairement ce qu'il faisait. Seulement, quand la pend\,i^e sonnait une heure nouvelle, il avait le soin, de placei^ un louis dans la poche de son gilet; c'était le boui^si^co^ dç madame, {l tenait sans doute beaucoup à ne pas la contrarier, car il ne touchait jamais à la pelitç somme qu'il avait ainsi mise à p^rt. Si tout son autr^ argent était perdu, U empruntait ^^ et ci ses amis i^e pouvaient lui venir e^ $\\de, il quittait \^ jçn, Arrivé dans la rue, il montait en voiture et reniettait ûdèlement, selon rheure,deux, trois, quatre oucinqlouiç k la belle enfant, qu'il trouvai^ I9 plus sonvent profondément endormi^, A vingt ans, on se fait à toutl Une fois, \\ lui en rçmit huit ! Il çst vrai quç çett^ , nuit i\ avait perdu cinq mille francs, et payé plus ^e cen^ francs ^çi paçs^s au flambeau. Un^ autre fois, il
ne lui en donna qu'un, a Eh! quoi, vous voilà déjà? lui dit-elle, je venais à peine de m' endormir ! » Le bien vient en dormant. Une nuit de sommeil rapportait probablement plus à la jeune femme qu'une nuit de veille à son ami, car au bout d'une année l'un se trouva sur la paille, et l'autre acheta un des principaux bureaux de tabac de Paris. Espérons que la victime y trouve au moins de temps en temps l'aumône d'un régalia.
Autre anecdote, qui trouve naturellement sa place dans un chapitre ob il est parlé de la puissance du crédit. Tout Paris boursier a connu un M. Schmit, surnommé le père Schmit, mort d'hier. C'était un Allemand de soixante-six ou soixante-huit ans, grand, gros, frais, à figura des plus respectables. De beaux cheveux blancs couronnaient son visage rosé et placide. Il était froid et réservé. Dans quelques groupes, on le considérait comme un oracle en matières de finance, et véritablement, quoiqu'il fût de la vieille école, il possédait à fond les questions de banque et d'agio. Ceux qui prétendaient le connaître le mieux, affirmaient qu'il avait été autrefois dans les aQ'aires et qu'il s'en était retiré avec un million. Il devait donc être fort riche, car il dépensait peu, n'avait pas de train de maison, dînait dans un cercle et se montrait fort économe. Le père Schmit allait à la Bourse tous les jours, faisait quelques opérations, les liquidait promptement et ne s'engageait jamais pour des sommés considérables. Il était généralement heureux
dans ses spéculations, ce qui ajoutait encore à sa réputation d*homme habile. Nul ne voyait dans son assiduité à la Bourse autre chose qu'un passe-temps. Il eût trouvé, au besoin, un crédit illimité; mais il se contentait de ses petites affaires, spéculant en homme qui n'est pas fâché de gagner, mais qui ne veut pas s'exposer à perdre beaucoup. A son cercle, il n'était pas moins considéré qu'à la Bourse ; seulement les jeunes gens plaisantaient un peu son excessive économie, qui pouvait, dans certains cas, être appelée d'un autre nom. On ne lui connaissait aucun parent, aucun ami particulier, et on le disait garçon. Sans rechercher l'intimité de personne, il était bieij avec tout le monde. Jamais il ne conduisit un invité au cercle. U y arrivait vers cinq heures; aussitôt que les journaux du soir avaient paru, et il les lisait laborieusement après les avoir accaparés tous. Ce n'était pas une petite affaire que d'obtenir de lui qu'il voulût bien vous permettre de jeter les yeux sur la Presse quand il tenait la Patrie. Par respect pour son âge et peut-être un peu aussi pour sa fortune,— nous sommes ainsi faits ! — on évitait généralement de le contrarier. Il était, du reste, sans aigreur ni rancune, quoique bourru. A table, il mangeait plus qu'aucun et buvait autant que n'importe qui." Par exemple, do mémoire de membre du cercle, on ne l'avait jamais surpris en flagrant délit de courtoisie envers les autres habitués, ce qui ne l'empêchait pas de prendre une large part aux extra de chacun. Un jour que,
par je ne sais qaelle comhiDaison machiavélique on l'oyait condamné à offrir du Champagne à la société, il eut un accès de colère violent, perdit le sentiment et tomba à la renverse. Daas la crainte de le tuer on ne renouvela pas la plaisanterie, et depuis cet événe* ment le pèi« Schmit ne fut plus tourmenté. On le servait ordinairement le premier, et on lui donnait, autant que possible, les morceaux qu'il préférait, et ^ui étaient toujours les meilleurs. Il adorait }es foies de volaille ; on les lui passait avant que personne fût servi, et comme pour le bien disposer à absorber une aile deux minutes après. Le dîner fini, il le payait très-régulièrement, ajoutant vingt centimes, ni plus ni moins, pour le cure-dent, que le domestique luii offrait, puis il passait au salon où Ton servait le café. L^amateur de foies de volaille aimait le moka très-sucré, Teau-de-vie dans le moka, le rhum après l'eau-de-vie et le sucre dans le rhum. Tout bien compté, il faisait pour cinq francs vingt centimes un dîner qu'il eût payé deux louis au Café Anglais. Comme il ne rendait aucun service èi la maison, n'y attiuait et n*y conduisait personne, on supposait que le chef de rétablissement avait quelque espoir de se faire porter sur le testament du richard. Notre homme ai* mait le «whist avec passion ; il était d'une belle force à ce jeu, et, comme à la Bourse, il y défendait très-bien son argent. Il jouait, du reste, petit jeu, se plaignait beaucoup, chicanait souvent et rentrait rarement chez lui, entre onze heures
et minuit, sçins emporter quelque petit bénéfice.
Il était logé à un troisième, étage de la rue Chaucl^at. Bien ou mal? on n'en savait rien. Personne de la Bourse ni du cercle n'avait été chez lui. La portière qui faisait son ménage, questionnée par des curieux, leur avait répondu, mais en ayant Tair de se moquer d'eux, qu'il était dans Tor et la soie. Une seule personne, une femme mûre, qu'il connaissait depuis quatre ou cinq ans, avait pu donner quelques détails sur son compte, et ces détails confirmaient tout ce qu'on disait do sa richesse et de son avarice. Elle en ' tirait è grand'peine de petites sommes ; mais elle tenait à ne pas se fâcher avec lui parce qu'elle l'avait chargé de faire valoir ses économies, une trentaine de mille francs, qui rapportaient sept et huit pour cent dans ses mains, et qu'il avait, plus d'une fois déjà, menacé de rendre.
Quand on parlait à notre homme de ses millions, il se défendait d'être aussi riche qu'on le croyait. « Voua faites facilement des millionnaires, disait-il. Avec certaines personnes, on ne peut pas être à son aise sans avoir des millions, t Malgré ces protestations, on voyait facilement que l'opinion qu'on avait de sa fortune ne lui déplaisait pas.
• Un jour on annonça que le père Schmit avait été trouvé mort d'apoplexie, dans son lit, le malin. Cette nouvelle inattendue causa une vive sensation parmi les habitués du cercle. On voulut savoir qui héritait, »t l'on se renseigna. On apprit, de là bouche même
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de la dame dont je viens de parler, qu'il était mort insolvable ! Une sorte d'enquête qui se fit les jours suivants prouva : !• que le père Schmit n'avait jamais eu de fortune; 2" qu'il avait vécu depuis trois ans de quelques petites opérations de Bourse et surtout des trente mille francs dont il était dépositaire; S"" que cette somme était entièrement dftsipée, et qu'il restait à peine de quoi payer les funérailles du défunt.
Ce que tout le monde prenait pour une basse avarice n'était que l'économie imposée par le manque d'argent. Et cet bomme, assez bardi pour s'approprier trente mille francs cx)nûés à sa loyauté par une femme, n'avait pas osé tenter quelque grand coup de Bourse que le crédit dont il jouissait eût rendu facile^ et qui eût pu lui donner la fortune! Il avait pu vivre longtemps en paix avec sa conscience, — sa santé et la sérénité de son visage le disaient, — en détournant le bien d'autrui ; mais il avait reculé devant un acte dont l'insuccès eût dévoilé son indiè:nité, et le jour où ses ressources illicites s'étaient épuisées, épouvanté sans doute par l'imminence du scandale, il était mort dans les terreurs nocturnes que lui causait le fantôme du lendemain.
On doit classer parmi les joueurs prudents ceux qui n'empruntent pas et surtout ceux qui ne jouent jamais sur parole. Us sont rares. Il faut, être doué d'une grande force de volonté et d'un véritable empire sur soi-même pour savoir quitter le jeu quand
on a perdu tout Targent qu'on y avait apporté, sans chercher à le rattraper, soit à i*aide d'emprunts, soit en acceptant de jouer sur parole. Ce jeu est le plus terrible de tous. On voit fréquemment des personnes, assez réservées quand elles ont leurs enjeux, engager sur parole des sommes considérables qu'elles n'auraient jamais jouées autrement. Elles ont perdu trois cents francs en trois heures, en les défendant habilement, et elles perdent mille écus en quelques instants, sans se rendre compte de la manière dont elles jouent. • Le jeu sur parole est le triomphe des joueurs de profession. C'est alors que les mains habiles s'emparent de la victime, la saignent à blanc et la strangulent. Nous avons tous dans l'esprit le souvenir de ce procès fameux qui nous apprit, il y a quelques années, qu'un millionnaire très-connu avait perdu sur parole, en une seule nuit, dix-sept cent mille francs. La dette, représentée par des billets, fut annulée par la justice. Plus d'un s'est brûlé la cervelle à meilleur marché.
La folie seule peut expliquer de pareilles actions. Il est évident que l'homme n'a pas sa raison lorsqu'il les commet. Les fatigues de la nuit, l'irritation que cause là perte, ont altéré les facultés de son cerveau. 11 ne se rend qu'imparfaitement compte de ce qu'il fait, et ce qui le prouve, ce sont ses erreurs fréquentes. Arrivé à ce degré d'affaissement, il est en état d'infériorité réelle vis-à-vis ses adversaires et souvent à la merci de leur probité. L'appât est grand pour lés joueurs im-
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pitoyables. Aussi s'^ntrouve-Wl qwi se font une triste spécialité du jeu sur parole. Ils arrivent tard, lorsque la partie touche à sa ûa, et comaie des troupes fraîches, ils ont bon marché des lutteurs fatigués qu'un veigu^ espoir retient encore sur le champ de bataille. Ceux-ci ne mesurent l'étendue de leur faute que lorsqu'ils sont rentrés cbe« eux. Là, dans Tiçoleme^t, ils se reprochent, avec une amertume cruelle, quelquefois avec un emportement terrible, de ne pas avoir quitté le jeu aussitôt que l'argent leur a manqué. Ils auraient perdw une somme insignifiante, cpmparative^ ment à celle qu'ils doivent et qu'il faudra payer tout à l'heure. Une voix intime leur criait de fuir : pour quoi no Tont-ils pas écoutée ? Si 1 homme qui se sent enclin à jouer pouvait assister au spectacle poignant que donnent dans ces moments certains joueurs, après une forte perle, il serait peut-être guéri du jeu comtpe on Pest quelquefois de la passion des spiritueux parle spectacle de l'ivresse. Nul ne serait aussi sévère pour la victime qu'elle l'est elle-même. Elle pleure, elle s'arrache les cheveux, elle se déchire la poitrine avec ses ongles. Mais il est trop tard, la faute est commise, et tout à l'heure il faudra s'occuper de trouver la somme perdue, si on ne l'a pas dans son secrétaire; car la dette de jeu est la dette d'honneur.
Elle Test encore aujourd'hui, je Tai dit, et voici pourquoi.
Elle est la dette d'honpeur, pa^ce que le créancier
n'a pour garantie de sa créance que l'honneur de celui qui lui doit. Légalement, |a dette de jeu n*exist6 pas, elle n'est p^s reconnue; on n'en peut revendiquer le payement devant aucun tribunal. Dette d'honneur ne veut donc pas dire:seule dette qui engage Phonneur, mais dette qui n'engage que l'hqnneur. C'est précisément à cause de la mobilité du gage que tout galant homme veut se libérer promptement. Cet empressement est comme un brevet de loyauté que Ton se donne à 8oi<-même. Il dit : a Mon honneur est le meilleur de tous les contrats, et vous n'avez pas besoin de ipa signature pour que je sois engagé envers voqs. » Autrefois la dette dp jeu se payait inva^ riablemeht dans les vingt-quatre heures. De nos jours, cet usage est encore une loi pour la plupart des joueurs, et il a force de principe dans certaines réunions, dans plusieurs grands cercles de Paris par exemple, où l'en n'admet pas qu'un membre puisse dormir deux nuit$ sur une dette de jeu, et où l'économie intérieure est organisée de telle sorte que le sociétaire négligent devient, dès le second jour, débiteur de l^établissement lui-même, et s'expose, par conséquent, à une réclamation du gérant.
Ce respect particulier de la dette de jeu existe donc encore aujourd'hui; mais il tend à s'amoindrir, et l'on rencontre maintenant, en plus grand nombre qu'autrefois, des joueurs peu scrupuleux, qui se montrent médiocrement aiguillonnés par le besoin de se libérer, il y en a même, oda va sans dire^ qui n'é-
tant engagés que d'honneur, ne se sentent pas engagés du tout, et ne s'acquittent jamais. Toutefois, c'est !a faible minorité. J'ai dit pourquoi, en parlant du crédit tout à l'heure. Ce sont ordmairement des joueurs d'occasion ou bien des joueurs qui, pour un motif quelconque, renoncent au jeu. Les premiers déclarent volontiers qu'ils ont été attirés dans un guetapens, qu'on leur a fait violence, ou bien qu'on a abusé de leur bonne foi ou de leur inexpérience (pauvres victimes naïves!); parmi les seconds, il s'en trouve qui, tout en reconnaissant leurs dettes, se refusent carrément à les payer, parce que, disent-ils, le jeu est une abominable chose, et qu'on leur doit beaucoup à euxmêmes. Inutile d'ajouter que ces retours tardifs et suspects à la vertu sont généralement assez mal pris par les créanciers. Ces conversions rappellent un peu celle du diable qui se fit ermite sur ses vieux jours. Neuf fois sur dix, quand le joueur cesse de payer ses dettes de jeu et le dit tout haut, c'est qu'il ne peut plus jouer.
Un honnête boutiquier ne comprendra jamais pourquoi l'homme du monde qui a perdu hier, sur parole, mille francs au lansquenet, s'empresse de les payer ce matin, au lieu de les donner à son tailleur qui lui demande un à-compte sur une vieille et grosse facture. Il faudra le prêcher longtemps pour lui faire sentir les nuances que je viens d'indiquer, et si l'honnête boutiquier est le tailleur lui-même, il sera absolument réfractaire à tout raisonnement dans ce
sens. Il y a pourtant, indépendamment des motifs d'intérêt, de solidarité et d^honneur qui inspirent au joueur le désir de se libérer le plus tôt possible, des considérations faciles à saisir qui lont de sa dette une dette à part, primant, sous certains rapports, toutes les autres dettes. Un commerçant qui vend sa marchandise fait acte de spéculation. Il la vend avec bénéfice. Dans son marché, il a prévu deux chances: celle du retard de payement et celle de non-payement. En vendant à crédit dix ou quinze pour cent plus cher qu'au comptant, il se constitue son propre assureur : neuf affaires dont la terminaison est heureuse couvrent la dixième qui a été mauvaise et laissent encore sur le total un bénéfice honnête. Voilà pour la dette de commerce; elle a prévu les retards, la perte même, et elle y a paré. « Nous serions trop heureux si tout le monde nous payait, d est une phrase pour ainsi dire proverbiale dans la bouche de certains commerçants. En regard de cette créance , si nous mettons la dette de jeu, argent perdu sur parole et surtout argent emprunté, la différence nous saute 5 l'esj^rit. Ici, aucune chance mauvaise n'a été prévue, on n'est assuré contre rien, et rien ne ressemble moins à une spéculation que ce qui s*est passé. On a joué contre vous, sur parole, une somme> ou bien on vous l'a prêtée. Dans les deux cas, on s'est fié à votre loyauté. Je n'examine pas les circonstances particulières dans lesquelles on vous a obligé. Le principe est qu'on vous a obligé, et cela suffit pour
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que votre devoir soit indiqué. Vous n'êtes pas un débiteur ordinaire, vous ne pouvez pas dormir plusieurs J nuitsi sur cette, dette-là, parce que tout retard est prér- ! judiciable à celui qui vous a rendu service. Au jeu, l'argent fait l'argent. Vous ne pouvez pas retenir une partie du capital, c*e$V^'<U^ ^^ moyens d'action de celui qui, gratuitement, vous a secouru. C'est avec troiss ççnte ftanci^ joués à propos qu'on se couvrira tfune perte de mille écus. Quelle mine £erez-vous ce çoir, çt que ne vou^ dira pas votre conscience, si l'homme dont vous êtes le débiteur renonce, faute d'argent, à jauer certains gros coups qu'il eût joués et gagnés si vous lui aviez remboursé les vingt-cinq louis qu'il vous a prêtés bierî...
En voilà assez, je crois, sur la dette de jeu et sur les obligations qu'elle impose. On cite le trait d'un vieux gentilhomme joueur qui, se trouvant à l'article de la mort et n'ayant plus pour toute fortune que ^ingt mille francs, les remit à son fils en lui disant : a Cours les porter à N..., qui me les a gagnés l'autre soir, et pardonne-moi de te dépouiller, d
Je voudrais que l'histoire ajoutât que le fils remi^ fidèlement la somme, mais qu'il ne joua jamais.