‹ Les fausses décrétalesChapitre 3 sur 7 · OU · texte numérisé non relu

OU

que de nom les fausses deer e tales , vous qui le prenez de si haut ! Avouez que c est im pen hardi. La question n etait pas encore elucidee an temps de Bellarmin : cependant le cardinal Nicolas de Cusa avait deja emis des doutcs au quinzieme siecle; Erasme, au seizieme siecle, avait aussi suspecte Tauthenticite des fausses decretales contenues dans le recueil du Pseudo- Isidore; le savant cardinal Baronius avait ecrit (ad annum 865, n. 8) :

Suspectas epis tolas, et David Blonde!

n avait pas encore fait paraitre le pre mier travail de solide critique sur ce sujet (a Geneve, en 1627)^, lorsque le cardinal Bellarmin, qui mourut en 1621, disait des fausses decretales:

Indabilatas esse affinnare non ausim, je n oserais affirmer qu elles ne sont pas douteuses. Est-ce la de la mauvaise foi?

Quant a avoir appuye ce qu il dit

de 1 infaillibilite pontificale sur les fausses decretales, le P. Gratry salt parfaitementque celan est pas : Bellarmin aurait-il cru etablir solidement sa these sur une base qu il declarait lui-meme etre douteuse? Le simple bon sens repond a cette question.

Enfm saint Liguori a son affaire :

Bella rmin travaille comme Melchior Cano ; saint Liguori travaille comme Bellarmin (page 18) . Et plus loin (page 21) : Qu on me permette de dire que le doux et aimable saint Liguori a fait preuve d un injuste mepris de la science, en maintenant les fausses decretaies comme base theologique jusqu a la fin du dix-huitieme siecle.

J ai cite plus haut une phrase de saint Liguori qui indiqueson opinion sur le recueil du faux Isidore : Quant aux decretales d Isidore ? dit-il , je n entendsnullementlesdefendre ton-

tes eomme authentiques; car je sais que ptusieurs cfentre elles, surtout parmiles lettres desSouverains-Pontifes, sont fattsseS) oa da morns allere es, on attributes a ceux qid nen so/it pas les auteurs (i). Or il se trouve que cette opinion du saint est precisemen t celle de la critique moderne.

Je conviens, du reste, que saint Liguori reproduit avec une trop grande confiance les textes produits par Melchior Cano ; mais, mon Pere, ce n est pas moi qui vous apprendrai que ce n est pas seulement sur ces textes que s appuie saint Liguori, c est encore sur 1 Ecriture sainte, et sur les conciles cecumeniques, et sur des temoignages non falsifies de la tra dition : pourquoi done ne le dites-vous pas a vos lecteurs? Yous accusez saint Liguori, mon Pere, d avoir fait preuve

(1) Vindicise, cap. iv.

d un injuste mepris de la science; il y a en effet, dans son traite centre Febronius, quelques lignes plus loin que celles que je viens de citer, un passage qui traite de la science, et que je vous demande la permission de mettre sous vos yeux (i) :

Que repondrai-je a Febronius, dit saint Liguori, lorsqu ii ajoute que des decisions empreintes du meme esprit que les decretales isidoriennes se sont glissees dans les actes des conciles, parce qu alors nos Peres vivaient dans les siecles de tenebres, pendant lesquels on ignorait des verites aujourd hui decouvertes, et que, par conse quent, on peut maintenant juger plus sainement du pouvoir pontifical que ne Font fait nos ancetres, abuses par ces faux documents ? Je declare que je ne veux pas etre du nombre de ces

(1) J emprunte la traduction du R. P. Jules- Jacques.

clairvoyants modernes, mais que je prefere riYattacher a ces anciens Peres abuses, qui out parle dans les conciles generaux ; et, en agissant de la sorte, je crois ne pouvoir errer, parce que ces Peres, en traitant de 1 autorite du Souverain-Pontife, ne pouvaient etre trompes.

Et voici comme je raisonne : Que le Pape soit faillible ou infaillible dans les definitions de foi, et qu il soit superieur ou inferieur aux conciles en fait d autorite, ce sont la des points qui ont tout particulierement rapport a la regie de foi ; par consequent le Saint-Esprit devait se charger de faire declarer dans ces conciles qui des deux, du Pape ou du concile, possede dans FEglise le pouvoir de definir d une maniere infaillible les ques tions de foi, afin que les fideles fussent certains des verites qu ils devraient suivre, et ne fussent point

exposes a des erreurs permanentes.

C est pourquoi j affirme d une maniere absolue que Dieu n a pas pu permettre que les conciles cecumeniques fussent trompes a ce point par de faux documents, comme Febronius cherche a nous le persuader, et qu ils trompassent ensuite tout l univers chretien dans des questions de foi.

J aime done mieux me fier aux decisions prononcees par les Conciles des siecles d ignorance,, qu aux lumineuses decouvertes operees par Fe bronius et les siens dans les siecles de lumiere ; car je tiens pour certain que les conciles generaux, legitimement constitues, sont favorises de Fassistance du Saint-Esprit , et que par consequent ils ne peuvent errer (i).

(1) Void le texte original de cette conclusion : Hinc malo credere sententiis prolatis a conciliis seeculorum ignorantiae quam illustrationibus deinde peractis a Febronio suisque sociis in seeculis illuminatis; habeo enim pro certo legitima concilia gene-

Est-ce que saint Liguori raisonnemal, mon Pere? Mais ne serez-vous pas afflige cle voir que , s il avail mis votr<> nom a la place cle celui de Febronius, il n aurait eu rien a changer a son raisonnement ?

C est qu en effet, mon Pere, dans les deux premieres lettres que vous venez d ecrire, rien n indique votre confiance dans cette conduite de Dieu qui ne peut permettre que 1 Eglise se trompe en matiere de foi et de moeurs , et qu un concile oecumenique legitime, representant toute 1 Eglise, donne une defi nition de foi erronee. Or n est-il pas vrai que vous vous agitez , que vous vons inquietez , et que vous criez aux quatre vents du ciel que tout est en peril, comnie si les Peres du Vatican, meme seduits par Yccole d errem*, meme ne croyant pas a 1 heresie d Honorius,

ralia Spiritus Sancti assistentia frui, et ideo errare non posse.

meme admettant comme vraies lesfausses decretales, pouvaient jamais definir comme de foi 1 infaillibilite pontificale, si cette infaillibilite n est pas une verite ?

Ah ! permettez-moi de vous le dire, mon Pere, votre maniere de proceder, les moyens employes par ceux qui vous poussent, sont loin de montrer cette foi dans le concile cecumenique et dans Fassistance du Saint-Esprit, qui est cependant d obligation pour tous les catholiques. Vous vous agitez, vous vous inquietez comme s il s agissait d une institution humaine, et il s agit de 1 Eglise, il s agit de cette institution divine contre laquelle les portes de 1 enfer, c est-a-dire 1 erreur, ne sauraient prevaloir un moment!

Est-ce done a vous d ebranler notre foi ? Est-ce a nous de vous rappeler au surnaturel ?

Contre les doutes que vous semez a

pleines mains, nous, laiques, nous avons besoin de ranimer notre foi aux promesses divines, et c est parce que vous venez nous troubler par des difficultes deja cent fois vaincues, que nous sommes beureux de repeter avec saint Liguori : Dieu ne peut permettre qu un concile cecumenique soit trompe par de faux documents dans une question de foi, et qu il induise ainsi toutl univers chretien en erreur; c est pourquoi, si la souverainete spirituelle du Pape a deja ete defmie, si son infaillibilite doctrinale est defmie par le concile du Va tican, telle est, telle sera notre foi.

Je ne puis savoir ce que le concile du Vatican defmira ; je sais ce que d autres conciles cecumeniques ont defini a cet egard ; ces decisions ne sont pas de faussesdccretales, mon Pere; en vous les rappelant, j aurai renverse votre these ; je leferai, mais, auparavant, j ai a poursuivre 1 examen de votre deuxieme lettre.

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