‹ Les fausses décrétalesChapitre 4 sur 7 · DE SAINT THOMAS D^AQUIN · texte numérisé non relu

DE SAINT THOMAS D^AQUIN

Saint Thomas d Aquin , ce grand homme de genie, ce grand saint, dites-vous vous - meme , mon Pere (page 26), a ete victime du second grand mensonge iondamental. Et vous faites Fhistoire de ce faussaire du treizieme siecle qui trompe d abord le pape Urbain IV, puis saint Thomas d Aquin, a qui ce pape remet, pour Texaminer, le manuscrit dans lequel se trouvent trois fragments frauduleux de saint Cyrille d Alexandrie, et douze autres pieces fausses attributes, soit aux conciles de Constantinople et de

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Chalcedoine, soil a saint Jean Chrysostome et a d autres Peres grecs.

Le grand docteur y fut trompe, dites-vous ; pas entierement pourtant, puisque vous-meme, mon Pere, vous citez (page 29) ce debut de 1 opuscule contra errores Grcecorum : a J ailu avec grande attention , tres-saint Pere, le livre que vous m avez remis. J y ai trouve beaucoup de choses u tiles a la defense de notre foi ; mais je dois <( dire que le fruit qu on en peut tirer pourrait etre diminue pour ce fait a que, dans ces textes et autorites, se trouvent des choses douteuses qui pourraient donnerlieua des erreurs, a des disputes et a d injustes accusations. Ce n est pas la le langage d un homme qui se laisse facilement tromper, et qui soit dispose a s appuyer stir des documents ou il soupconne de la fraude. Aussi, mon Pere, remarquezvous que, dans sa Somme, saint Tho-

mas ne cite plus les textes mensongers ou douteux dont il s etait servi dans quelques-uns de ses opuscules ; c est sur 1 Ecriture sainte et sur la raison qu il etablit la souverainete spirituelle du Pape et son autorite pour deter miner en dernier ressort les choses qui appartiennent a la foi et que tous doivent fermement croire, ad cu/us auctoritatem pertinet determinare ea qu& sunt fidei , ut ab omnibus inconcussafide teneantur (i).

Aussi, mon Pere, avec une loyaute qui vous honore, vous dites (page 3s) :

D apres ce qui precede, il est done manifeste que, toujours sur cette uni que et meme question de la souverai nete et de rinfaillibilite personnelle, il faut de toute necessite recuser saint Thomas et son ecole ; il le faut recu ser au moins dans ses ouvrages autres

(1) 2. 2. Qwst. \, art. X.

que la Samme thdologique, et eniin tout (iu inoins dans ceux de ses ouvrages ou il cite et transmet les mensonges du faussaire.

Je suis ici presque d accord avec vous; je vous fais cependant observer, mon Pere; i que, dans sa Somrne theologique, saint Thomas tient pour la souverainete spirituelle du Pape et pour son infaillibilite doctrinale ; 2 que, s il a accepte des textes faux dans ce sens, cela vient evidemment de ce que ces textes etaient conformes a la doc trine universellement admise dans 1 Eglise, de sorte que ce ne sont pas ces textes qui ont introduit la doctrine, mais la doctrine qui a protege les textes et les a fait regarder comme vrais ou probables.

Ce que je dis des textes sur lesquels saint Thomas a ete induit en erreur , evidemment il faut le dire des fans ses decretales. Pourquoi les faUsses cle cre-

tales ont-elles ete si facilement admises, si ce n est parce qu elles n offraient rien de contraire a la croyance des Eglises ? S il en eut ete autrement, que de reclamations on aurait en tendues ! Car FEglise est infaillible en matiere de foi et de mceurs, nous ne devons pas 1 oublier, mon Reve rend Pere, et il est certain que jamais Dieu n eut permis que la croyance a Ferreur fut devenue generale dans 1 JEglise, que des conciles cecumeniques Feussent acceptee, si Ferreur eut en effet existe.

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