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let-Malassis nous a entretenus de cette splendide bibliothèque qu^il possédait à Choisyle-Roy, près de son théâtre particulier ; nous connaissons aussi ses deux ex libriSy objets de curiosité pour les collectionneurs, et sur lesquels le possesseur a fait graver, en allégorie de ses œuvres, un tartare, un mandarin, un arlequin avec une sirène se baignant dans une fontaine/ ornée de ses armes, et sa devise emportée dans les nuages par un amour :
Dulce est desîpere in loco. Mais ce qui distingue la bibliothèque de Gueullette plus encore que la jolie vignette dont elle est marquée, c^est la grande quantité de notes et de feuillets manuscrits qui enrichissent chacun de ses volumes : Gueullette y a répandu des trésors d'érudition, et la découverte de Tun d'eux est une véritable bonne fortune. J'en possède pour ma part trois échantillons qui peuvent aisément faire juger des autres.
C'est d'abord un exemplaire des Mémoires secrets pour servir à Vkistoire de Perse (lisez à l'histoire de France sous la régence et sous le règne de Louis XV) que Gueullette accompagne de renseignements en marge et
quMl termine par la « clef des noms propres figurant dans ces mémoires», précieux docu* ment sans lequel Fintelligence de l'ouvrage serait impossible.
Cest ensuite un exemplaire de son édition de Gérardy comte de Nevers — 1728, en tête duquel il reproduit Panciçn prologue composé par lui, nous apprend-il, pour un magnifique tnanuscrit in-4* vélin avec miniatures très-finies, et à la fin duquel il con« signe, pour notre propre instruction, que « ce livre fut écrit par Guyot Dangerans^ sur le commandement de Philippe, duc de Bourgogne, de Brabant, de Limbourg, comte de Flandre, etc. » Quelques notes figurent dans rintérieur du volume; mais ce qui prouve jusqu'à quel point le commentateur était scrupuleux dans ses travaux, c'est une remarque, signée de son nom et fixée entre deux pages, oti il est dit : « Les libraires qui m'engagèrent à donner au public le petit Jehan de Saîntré me remirent en main uti feuillet sur lequel étaient une douzaine de notes qu'ils m'assurèrent être de M. Le Duchat et que j'employai dans cette édition :
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c^est pourquoi je jugeai à propos de 4ire ici que ces notes épient non pas de moi, mais de différents personnages. »'
C^est enfin un exemplaire, très-précieux pour lès bibliophiles, des mémoires de Rochefort, où GueuUette, dans une préface manuscrite, prouve que le titre du volume :
Mémoires de M. L. C. D, iî., ne doit pas se lire, comme le croit I0 public : a Mémoires de Monsieur le comte de Rochefort», mais bien : « Mémoires de Monsieur le Chevalier de Rovillac », et dans lequel il donne Thistoire de Tauteur, qui s'appelait Gatien Sandras. S' de Courtils.
Je connais encore un exemplaire, provc^ nant de I4 bibliothèque de GueuUette, les Annales galantes de la cour ef de Paris ^ par le même de Courtils, qui porte des notes explicatives, et je sais plusieurs volumes de la même origine, aujourd'hui propriété de Monsieur le baron Pichon, qui sont également enrichis d'utiles renseignements que leur ancien possesseur a tracés de sa main«, Mais le savant bibliophile ne se conteatait point de confier à Stes livres le fr^it de ,sps études et dç
ses découvertes; il écrivait beaucoup pour lui-même, et les manuscrits qu^il a laissés sont nombreux. On en retrouve dans les collections particulières, et j'en ai vu passer un |adis que je regrette vivement de ne point avoir acquis et que le libraire Guillemot a vendu à un Américain, moyennant la somme de 200 francs.
Je ij'ai point terminé.
La bibliothèque de TArsenal possède de GueuUette, sous le titre : Notices sur les œu^ vres de théâtre^ un manuscrit en huit volumes, oti 1 auteur, remontant aux origines, passe en revue l'antiquité, le moyen âge, et, arrivant aux pièces de son temps, donne sur les comédies et les comédiens des détails judicieux, bierf faits pour intéresser les gourmets d'ancien théâtre.
Un autre manuscrit de GueuUette est conservé à la bibliothèque nationale et provient de la vente Soleinne ; il renferme la copie de trente-six parades, précédées d'une préface par M. G. S. D. P. D. R, (M. GueuUette, substitut du procureur du roi). Ajoutons que ces parades ont déjà été remarquées comme
devant plaire au public actuel, et qu^elles font partie, à Pexception du Muet aveugle, sourd et manchot et du Chapeau de Fortunatus, imprimées dans le Théâtre des Boulevarts , du catalogue A. Delahays: Bibliothèque Gauloise à paraître.
Avant d'en venir aux œuvres originales de Gueullette, nous énumérons les éditions quUl publia, ne fût-ce que pour témoigner des études multiples et de Pincroyable fécondité de cet écrivain, qui trouva le secret d'être à la fois bibliophile, romancier, auteur dramatique, conteur, traducteur et acteur de société, sans pour cela négliger les charges de sa grave magistrature. Ce sont, en suivant Tordre des dates : en lyig^ Roselli; en 1720, Roland le furieux; en 1722, les Nouvelles françaises, ou les Divertissements de la princesse Aurélie; en 1 724, l'Histoire du petit Jehan de Saintré; les Fables de Pilpay et de Lokman et IMriane de Desmaretz; en 1735, les Essais de Montaigne; en 1728, V Histoire de Gérard, comte de Nevers, et d*Euriant sa mie; en 1^32^ Rabelais; en 1733, les Contes et Nou-»
velles de Boccace et les Cent Nouvelles nou^
velles ;tt enfin, en 1748, le Nouveau Pathelin. N^oublions pas de dire que ^ pour plusieurs de ^es éditions, Gueullette remplit Toffice de traducteur, qu^îl les accompagna toutes de notes explicatives, et qu'il donna, pour la plupart, des préfaces très-inipeftantes.
Nous voici arrivés à Pauteur de contes et de romans, auteur original, brillant, qui eut à son époque une grande vogue et dont plu« sieurs ouvrages obtiennent encore du succès parmi nous, puisqu'on est sur le point de réimprimer ses Mille et un Quarts d*heure.
Dans le genre merveilleux, Gueullette déploya une incroyable richesse d'imagination. « Il a imité avec une étonnante vérité, écrit Mayer, dans le 37* volume du Cabinet des fées ^ le ton, les fables, les allégories des Orientaux. Il a prodigué les images; des tableaux nouveaux succèdent sans interruption à ceux qu^oû a déjà lus.... on est transporté sur le lieu de la scène.... ce qu'il dit, nous sommes tentés de le croire; il ajoute des grâces à un genre estimé, et ne cherche point, comme Hamilton, d'en créer un qui ne ressemble à rien., y M. de
Voltaire s^est placé un moment dans la classe des imitateurs de M. Gueullette ; le /roman de Zadig est calqué sur les Soirées bretjomes.^
Nous dressons la liste de ses oeuvres d^fmagination; elle est suffisamment longue pour établir une réputation littéraire: i* les Nuits parisiennes, une brochure sous forme de lettre, très-rare de nos jours; 2* les Soirées bretonnes, écrites dans le genre des contes de fées; 3» les Mille et un Quarts d'heure^ contes tartares; 4** les Aventures merveilleuses du mandarin Funi'ffoam^ contes chinois; 5** les Sultanes de^ Gu\arate^ coqtes mogols; 6** les Mémoires de M^^^ Bontemps. Nous pouvons ajouter les Mille et une Heures, contes péruviens, inventés, il est vrai, par un auteur inconnu, mais que Gueullette termina et dont il do^na une édition en 1759^
Au tour du théâtre maintenant, objet d'une prédilection marquçe de la part de notre écrivain-magistrat. Nous savons avec quel zèle Gueullette recherchait tout ce qui avait rapport à la scène et particulièrement à la scène italienne. Très-versé dans une langue dont il connaissait toutes les finesses , ce fut lui qui
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fournît aux frères Parfaict les éléments de leur histoire de Tancien théâtre Italien, cçihme ils le confessent eux-mêmes en tête de leur ouvrage : « Nous annonçons de bonne foi, y disent-ils, que rhistoire de l'ancien théâtre Italien, que nous donnons aujourd'hui, est presque toute due à M. GueuUette, substitut de M. le procureur de roi au Châtelet de Paris, qui, pour sa propre satisfaction, a rassemblé la plus grande partie des matériaux qui la composent et qui a bien voulu nous les communiquer. » Mais GuetiUette ne se contenta pas d'écrire sur le théâtre^ il composa aussi plusieurs pièces et en traduisît d'autres, pour être appropriées â la scène française. De cette dernière catégorie dépendent : la Vie est un songe j tiAdamireyOu laStatue de Phonneur, parues en français avec l'italien en regard.
Puis vinrent ses créations à lui : les Corné' diens par hasard^ — Arlequin Pluton^ '• — le Trésor supposé^ — l'Amour Précepteur^ et enfin PHoroscope accompli^ une très-jolie pièce qui eut beaucoup de succès, comme le constate M. de Paulmy, et qui fut souvent reprise. Les qualités du conteur se retrouvent
au reste dans Fauteur dramatique : beaucoup dUmagînatîon, des idées neuves, un tour vif et piquant. Notons en particulier V Amour Précepteur^ comédie en prose mêlée de vers, qui est une véritable trouvaille.
Je passe à Pun des côtés les plus typiques^ les plus personnels du talent de GueuUette, h ses parades. A notre regretté confrère Henri NicoUe revient Phonneur de lui avoir restitué cette intéressante partie de son bagage littéraire. On savait vaguement qu'il était Pauteur de plusieurs ; Quérard affirme même d*un grand nombre. Mais les bibliographies ne les nommaient point, et c'est à peine si les plus complètes leur accordaient cette mention : « On trouvera dans le Théâtre des bou^ levarts deux parades : Caracataca^ Cura-' cataqué, et le Muet aveugle, sourd et man^ chot, qui sont de Gueullette. » Quafat à Delahays, dans son catalogue de la Bibliothèque gauloise à paraître, il se contente de dire que les parades anciennes, dont il prépare Pimpression, ont été recueillies par Thomas- Simon Gueullette, substitut du procureur du roi. Le magistrat a pounant sa large part
de collaboration dans ces parades, comme il Ta dans les autres recueils du même. genre conservés à la Bibliothèque nationale.
Mais, pour nous en tenir à la plus stricte vérité, ne mettons à Tactif de notre auteur que les pièces dont il revendique la paternité dans une lettre adressée par lui à Favart, lettre que Henri NicoUe a retrouvée par hasard, comme on retrouve d^ordinaire les choses intéressantes, et qui servit de point de départ à deux articles très-remarques, parus en juin et en juillet 1874 dans la Revue de France.
c II y a quelques années, dit en commen- . çant Tauteur de ces articles, le petit-fils de Favart, désirant utiliser des papiers de famille, nous avait demandé de Taider dans ce travail... Qr, en fouillant la caisse qui les contenait, nous tombâmes sur un gros in-quarto, relié tout en veau, qui portait pour titre :
Parades de M. Gueullette. L'intérieur était manuscrit, d'une grosse écriture de copiste.
Une lettre d'envoi, reproduite en tête du volume, indiquait que, sur le désir de M.
Favart; Fauteur se faisait un plaisir de lui adresser son œuvre, avec prière de la lui re-
tourner après quUl en aurait fait prendre copie. « Je vous envoie, Monsieur, écrit en « efifet GueuUette, le recueil de mes parades « que je puis bien appeler delicta juventutis ikeœ. » Suit la liste de ces comédies burlesques, qui forment avec Caracataca et le Muet aveugle la presque totalité des parades imprimées en 1756 dans le Théâtre des boulevarts.
Toute une révélation, comme on le voit, et qui vient rectifier bien des erreurs commises depuis cette époque par les bibliographes.
Voici les pièces contenues dans le manuscrit: Léandre fiacre, — La Confiance des cocus.
— La Chaste Isabelle, — Isabelle double.
— Le Marchand de m..,. — Léandre magi' cien. — Les Deux Doubles. — Blanc et noir. — La Vache et le Veau. — Le Cour^ rier de Milan. — La Pomme de Turquie. — Le Mauvais exemple. — Le Bonhomme CaS" sandre aux Indes. — Le Remède à la mode.
— Isabelle grosse par vertu. — Ah! que voilà qui est beau! — V Amant cauchemat^ précédé d'une lettre à Madame ***, sur les parades. — Léandre ambassadeur.
Henri Nicolle^ ravi d'une découverte qui lui
permettak « de rendre à GueuUette une partie de son bien, dont la bibliographie Pavait dépouillé sans autre forme de procès » ^ emporta le gros in-quarto, copia à son tour les parades, et écrivit sur leur auteur les deux articles que Ton sait et q ue la mort seule Ta empêché de réunir en volume. Une lacune cependant existait dans son travail. GueuUette informait Favart,danslepost-scriptumdesalettre,qu'ilavaît encore à sa campagne une autre parade intitulée : Les Fausses Envies^ et qu'il la lui ferait copier. Mais, de cette parade, aucune nouvelle. Henri NicoUe consulta vainement les bibliothèques, les catalogues imprimés ou manuscrits, les notices sur le théâtre : aucun ouvrage n'en faisait mention, et je commençais moi-même à désespérer de la rencontrer jafnais quand, il y a quelques jours, M. Gabriel Charavay me présenta un dossier que, me dit-il, il avait découven parmi les papiers du petit-fils de Favart et qu^il pensait de nature à m'intéresser. Ce manuscrit, c'était précisément la parade en question, entièrement écrite par l'auteur. La couverture seule était d'une main étrangère; elle portait ces
mots en gros caraaèr^s : Les Fausses Envies OU VAndouille de - Transihanie^ le Calville rouge et le Bigarreau^ parade entrais actes, par M* Gueullettej 1740. Dans Tintérieur du cahier se trouvait une feuille volante sur laquelle existait un commencement de co* pie. Le mystère était donc . expliqué ainsi que le mutisme des catalogues et des biblio* graphies. Les Fausses Envies^ expédiées par Gueullette à Favart postérieurement à ses autres parades, n^avaient pu être comprises dans le manuscrit communiqué à Henri Nicolle, et elles eussent infailliblementdisparu si la coïncidence des noms ne les eût destinées à l'un des petits-neveux de l'écrivain. Le parti à tirer de la pièce était indiqué. Le succès des parades de Queullette leur avait valu de figurertoutes dans le Théâtre des boulevarts; les parades manuscrites de la Bibliothèque nationale, revues, transcrites et quelquefois composées par le même auteur, venaient 4^être jugées dignes de Pimpression par Fun de nos plus intelligents libraires. Combien plus d^attrait devrait avoir pour les chercheurs • de curiosités littéraires une teuvre complète-
ment inconnue I Je n'hésitai point à la publier et j'eus l'heureuse chance d'obtenir que M. Lalauze en retraçât le dénoûment dans la jolie eau-forte qui est en tête de cette brochure.
Restait à présenter GueuUctte au public, et j'ai dû insister sur sa triple qualité d'homme du monde, de magistrat et d'érudit, afin que mon lecteur ne pût voir dans les FaussesEnvtes qu'un simple badinage, une farce, grivoise à la vérité, mais absolument inoffensive. Dé nos jours, on est devenu très-chatouilleux sur les questions dé mots, et les mêmes spectateurs qui accueillent les thèses les plus dangereuses au théâtre y jettent les hauts cris â la môijidre trivialité de langage^ Autrefois c'était différent: on se préoccupait moins des oreilles que du cœur, et les choses n'en allaient pas plus mal. Mais je m'arrête, de crainte, en défendant les parades, de paraître leur donner une importance que l'auteur était loin de leur attribuer lui-même. GueuUette écrivait ces pochades au courant de la plume, pour lui et pour ses amis. Le succès est venu sans qu'il le cherchât; en tout cas il ne s'en est jamais prévalu.
Aussi modeste que désintéressé, il ne les signait pas plus que ses comédies, dont il abandonnait les droits aux acteurs, et, de même qu^il composait ses parades à ses heures de loisir, de même on ne les jouait qu^au temps des vacations. Alors, disons-le, le magistrat devenait acteur de société, et, en compagnie d^hommes du meilleur monde, il interprétait ses pièces aved.une verve et un esprit étourdissants.
J^ajoute, pour calmer les scrupules de mon lecteur, qu'à cette époque les parades étaient en faveur à la Cour comme à la ville, et que les grandes dames ne se faisaient point faute d'y rire et de s'y amuser à l'égal des bourgeoises. GuéuUette, dans sa lettre à Favart, nous apprend même, en toute bonhomie, que c'était un plaisir de roi. « M. Favîer, écrit-il, ayant eu besoin de mes parades en Saxe, pour procurer quelques divertissements dans un genre nouveau au roi de Pologne et à la famille royale, me les demanda il y a environ dix ans; je les lui envoyai par la voie de l'ambassadeur... elles lui valurent beaucoup de compliments de toute la Cour. »
Ce n*est pas tout. Lorsqu'à Auteuil Gueullette et sa troupe avaient joué devant un public d'invités, la renommée de ces amusements s'était répandue de proche en proche jusqu'au palais du vieux monarque Louis XIV. Et, a comme ils n'ouvraient la scène qu'à onze heures du soir, quantité de seigneurs et de dames partaient en poste de Versailles, après le souper du roi, pour venir prendre part à leurs plaisirs ». Bien entendu, on ne payait pas sa place, et l'hôtellerie d'Auteuil profitait seule, après le spectacle, de ces innocentes distraaions.
Où était le mal en efifet ? D'abord, on s'exerça entre amis, et ces petites débauches de l'imagination n'empêchèrent point les acteurs improvisés de retourner à leurs travaux, le moment venu, avec cœur et énergie ; ensuite, on continua en famille, et les succès de la scène ne nuisirent en rien aux joies paisibles du foyer, c L'esprit toujours riant, nous confie GueuUette avec une franchise assaisonnée de sel quelque peu gaulois, nous ne laissions échapper aucune occasion de mettre à profit tous nos instants de loisir. Nous avions eu le
bonheur de trouver dans nos femmes des caractères liants et sociables, et de leur bien persuader que la gaieté de Tesprit faisait naître celle du corps. De là vient, en effet, cette vertu prolifique qui se trouve chez MM. Dumont et Faroard, dont le premier, après trente et un ans de mariage, vient encore tout nouvellement de donner un citoyen à PEtat. Leurs enfants, tous aimables, sont nés dans la joie, mais dans cette joie modérée et tranquille qui fait Tessence et le bonheur de la vie.
A mon égard, je n^ai pas donné des preuves de ma bravoure aussi vivantes que celles de ces messieurs. Il faut croire que le champ que je laboure depuis longtemps n^a pas reçu d'en haut cette vertu productive. »
Les parades, on le voit, n'exerçaient aucune fâcheuseinflùencesurlafélicitéconjugale,bien au contraire. Passe-temps favori des bourgeois et des nobles , elles firent les délices d'Auteuil et de Choisy-le-Roi ; en Saxe, elles servirent à ràmusement du roi de Pologne, et, dans sa préface pour les parades, le même GueuUette nous informe que le duc de La Vallière, s'étant plusieurs fois entretenu avec
lui de ces sortes de pièces, et ayant lu quelques canevas, s'imagina d^en offrir la représentation à la Cour, en compagnie de cinq ou six grands seigneurs.
Faut-il insister une dernière fois sur la société de Pauteur avant de lui laisser la parole ? Répétons qu'il était lié avec tous les écrivains de son époque, et que presque tous ses camarades de planche occupaient de brillantes positions. Nous citons au hasard :
Fournier, conseiller à la cour des monnaies ; Aubry, l'un des plus célèbres avocats du barreau de Paris ; le comte de Morville, secrétaire d'État; le comte de Tressan, le comte de Caylus, le marquis de Paulmy, etc., etc.
Et maintenant que vous connaissez Thomme de bien, l'homme du monde, l'érudit, l'écrivain et le magistrat, je n'éprouve aucun embarras, moi, son petit-neveu, à vous présenter l'auteur des parades dans une de ses pochades inédites. Nous sommes à la foire, n'oublions pas que demoiselle Isabelle y est court vêtue, et que, nous choquer des lazzis de Gille ou des cornes de M. de Parlaventrebleu, son maître^ serait un non-sens impardonnable.
Cela dit, approchez Messieurs, et en avant la grosse caisse. Paillasse a fait sa première grimace et la farce commence :
Duke est desipere in loco.
Charles Gueullette.