‹ Les fausses nouvelles de la grande guerre (volume 2)Chapitre 14 sur 46 · LES FAUSSES NOUVELLES PENDANT LA GUERRE FRANCO ALLEMANDE · texte numérisé non relu

LES FAUSSES NOUVELLES PENDANT LA GUERRE FRANCO ALLEMANDE

Un des pires fléaux de cette guerre fut la diffusion incessante des fausses nouvelles et surtout de ces bonnes nouvelles qui vous transportent au septième ciel. On n'en descend pas, on en tombe et l'on se casse bras et jambes.

(Edmond About. — Le roman d'un bravehomme. Page 412. Ed. Hachette).

... Von Treskov(r avait ordre de prendre Belfort à tout prix ; il a employé tour à tour et simultanément la ruse et la force. Il avait fait apprendre à ses clairons nos sonneries de retraite, afin de troubler les mobiles sans expérience... Plusieurs soldats prussiens profitaient de la nuit, pour crier, sans aucun accent :

• « A nous, mobiles, vive la France! »

Ils nous faisaient ainsi des prisonniers. On nous communiquait tous les huit jours une grande victoire des armées nationales, pour exalter notre espérance, mais on ne manquait pas de démentir le fait dans les vingtquatre heures avec preuves à l'appui, pour nous démoraliser. La mort même de nos officiers et de nos soldats était savamment exploitée par cet ingénieux ennemi, et, s'il nous rendait un cadavre, c'était avec une mise en scène qui devait nous navrer.

(Edmond About, même ouvrage.

page 432).

Ainsi que nous aurons, ça et là, l'occasion de le rappeler au cours de cet ouvrage, la guerre franco-allemande de 1870-71 commença par une machiavélique

l6a LES FAUSSES NOUVELLES DE LA GRANDE GUERRE

fausse nouvelle, d'origine allemande, bismarckienne, et qui gardera dans l'histoire l'infâme qualification de la « dépêche d'Ems » . Ce « guet-apens préparé par un génie satanique », selon l'expression de M. Louis Barthou \ peut être résumé en quelques phrases que nous empruntons au même historien. « La candidature au trône d'Espagne du prince de HohenzoUern fut la cause de la guerre. Cette guerre, Bismarck et le parti militaire prussien la voulaient pour consommer l'œuvre de l'unité nationale commencée à Sadowa. Il s'en fallut de peu que le prétexte ne leur échappât. Le roi de Prusse, en donnant son approbation entière et sans réserve au désistement du prince de Hohenzollern , avait accordé à la France une satisfaction qui paraissait écarter le péril. Notre ambassadeur à Berlin, M. Benedetti, avait exprimé sa gratitude pour une solution qu'il jugeait suffisante. Pourtant, sur l'ordre du gouvernement français, il sollicita du roi, en ce moment à Ems, une nouvelle audience afin de recueillir, sinon un engagement formel pour l'avenir, du moins la confirmation de la réponse antérieure. Le roi Guillaume jugea cette entrevue inutile et fit déclarer à M. Benedetti qu'il n'avait rien à lui communiquer. Ces faits furent relatés dans une dépèche datée d'Ems, où leur succession, clairement établie, donnait à ce refus sa portée véritable. Il marquait simplement la fin des négociations où la France, qui avait obtenu une satisfaction réelle, et la Prusse qui l'avait accordée, n'avaient, au jugement du roi, plus rien à se dire. Quand Bismarck, Moltke et Roon, réunis à dîner dans la nuit du 14 juillet, connurent, à Berlin, cette dépèche, ils l'interprétèrent si bien comme un gage de paix qu'ils en furent atterrés. Tout leur plan avortait. Il y eut entre eux un long et tragique silence. Com-

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