‹ Les fausses nouvelles de la grande guerre (volume 2)Chapitre 16 sur 46 · Publié ici pour la fausse nouvelle y incluse · texte numérisé non relu

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point de départ de notre régénération. C'est une sorte de renouveau qui donne de l'espoir aux plus découragés. Laspect de Paris s'en ressent : la joie est sur tous les visages, et les prophètes de malheur sont asse\ 7nal reçus.

Jeudi 22 septembre. — « Paris résistera jusqu'à la dernière extrémité. Les départements viendront à son secours, et. Dieu aidant, la France sera sauvée ». (Déclaration du gouvernement).

Samedi 24 septembre. — Une fausse joie : Le Réveil annonce que le service sur la ligne d'Orléans est rétabli. Hélas, ce n'est qu'un canard... à la vapeur.

Mardi 27 septembre. — "Vers midi et demi, une épaisse colonne de fumée, compacte et noirâtre, vient obscurcir le ciel radieux dont nous jouissons malgré la saison avancée. Grand émoi dans Paris ! C'est la forêt de Bondy qui brûle, disent les uns. Non, répondent les autres, c'est l'usine à gaz de Pantin qui flambe ! En réalité, c'était le dépôt des huiles de pétroles emmagasinées autour du lac des Buttes-Chaumont qui avait pris feu. L'incendie a été promptement localisé. Il est dû à l'imprudence d'un ouvrier qui a fumé sa pipe et jeté des allumettes auprès de ce dépôt.

On prête à l'Académie française l'intention d'annuler l'élection de M. Emile Ollivier. Ce bruit, peu à l'honneur de l'Académie, ne sest point confirmé.

Vendredi 30 septembre . — L'émotion produite à Paris par le combat de Chevilly efface toute autre préoccupation. Avec l'impressionnabilité des Parisiens, on exagère, soit dans un sens, soit dans un autre, les résultats des engagements dirigés par les généraux Ducrot et Vinoy. Pendant que les pessimistes transforment en défaite la retraite de nos soldats vers nos lignes, il se forme une légende sur les pertes énormes des Prussiens, qu'on aurait amenés dans un angle formé par les forts de Charenton et de Bicêtre et où ils auraient été canardés par notre feu.

Samedi i*^"" octobre. — Les alarmistes font courir le bruit que M. Thiers, revenu de Londres, renonce complètement à sa mission auprès des puissances étrangères.

Dimanche 2 octobre. — Tous les prisonniers enlevés par nos reconnaissances manifestent leur profond étonnement de n'être pas fusillés sur place, idée que répandaient les officiers ennemis, dans leurs troupes, pour empêcher la désertion.

Sur le soir. Paris s'émeut du bruit de la défaite d'une partie de l'armée de la Loire aux ordres du général de Polhès.

l']2 LES FAUSSES NOUVELLES DE LA GRANDE GUERRE

Lundi 3 octobre. — Le bruit court que M. de Bismarck est parti pour Berlin. — Le Siècle, pour la généreuse tentative du Figaro de faire parvenir aux Parisiens des lettres de leurs familles, accuse ce journal de rapports secrets avec la Prusse '.

Mercredi 5 octobre. (Partie officielle). — Pour calmer les inquiétudes occasionnées par l'absence de nouvelles, le gouvernement déclare : i*^ que le rapport de la délégation de Tours, qu'on l'accusait d'avoir gardé pour lui, n'a jamais existé ; 2° qu'il n'y a pas la moindre indication relative à la défaite du général de Polhès ; 3° qu'il a, au contraire, les meilleures nouvelles de l'armée en formation sur la Loire et dans l'Ouest. Le gouvernement rend hommage à la belle attitude de Paris, et fait appel à la confiance, à Tunion, pour abréger la durée d'une épreuve que notre vaillance et celle de la province feront bientôt tourner à la confusion de nos ennemis.

— Les Prussiens, d'après un bruit, doivent commencer à bombarder le g.

Jeudi b octobre. — Un corps de francs-tireurs aurait enlevé aux Prussiens un convoi de 1.500 bœufs

— L'accident du 5, explosion de la fabrique de produits chimiques de la rue de Javel, attriste Paris : Tout d'abord, le bruit de l'explosion avait fait croire à une attaque des Prussiens.

— Le bruit grandit (où a-t-il pris naissance ?) que le bombardement est fixé au 9 octobre.

Vendredi"] octobre. — Le soir, les boulevards sont encombrés d'orateurs en plein vent qui discutent les nouvelles de la journée, ou donnent des détails sur la capitulation de Toul : on dément le bruit du suicide du général Ulrich à Strasbourg ; un groupe plus considérable que les autres s'est formé sur le boulevard des Italiens ; on annonce qu'un menuisier de Château- Thierry a franchi les lignes ennemies et rapporte d'importantes nouvelles au gouvernement. Quelles sont-elles ? on l'ignore, et les suppositions font leur chemin.

Samedi 8 octobre. — Le bruit court que Bazaine serait débloqué.

Nous consulterons encore le précieux petit journal auquel nous venons de faire ces vivants emprunts .

i. Le I"'' octobre, le Figaro avait promis i.ooo francs à quiconque rapporterait à ses abonnés des lettres de province.

Ils démontrent ce qu'était l'état des esprits, dans cette première partie du siège. « Le plus léger fait de guerre, grossi, dénaturé, inventé quelquefois par la diabolique ingéniosité d'un ennemi sans scrupule, trouvait un retentissant écho dans les réunions publiques, dans les clubs, dans les manifestations de la rue, qui allaient quelquefois jusqu'à l'émeute, comme celle du 31 octobre' ».

Chaque matin apportait son potin, son accusation. L'inaction de Trochu ? Explicable par le désir de préserver Paris pour l'utilité des Anglais (?) Ou bien Trochu était devenu fou, dialoguait avec sainte Geneviève. Ou bien Flourens était « de mèche » avec Bismarck. Les généraux? Ils agissaient de même. Trochu crut devoir démentir : « Une trame abominable, — dit-il en une proclamation publique, — dont les fils sont entre les mains de la justice, tend à accréditer dans Paris le bruit que des officiers généraux sont ou vont être arrêtés pour avoir livré à l'ennemi le secret des opérations militaires. Le Gouvernement s'est ému de cette indignité et il déclare ici que c'est lui qu'on atteint dans la personne des plus dévoués collaborateurs qu'il ait eus pendant le cours de ces quatre mois d'épreuves et d'efforts. Entre les divers moyens qui ont eu quelquefois pour but et toujours pour effet de compromettre les intérêts sacrés de la défense, celui-là est le plus perfide et le plus dangereux. Il jette le doute dans les esprits, le trouble dans les consciences et peut décourager les dévouements les plus éprouvés ».

Trochu parlait bien, car il était orateur-né, mais il aimait trop les mots. Ce « participe passé du verbe trop choir » mentait avec une infatigable faconde. Il dit : « Le gouverneur de Paris ne capi-

I. Petite Gironde. 50 octobre 191-I. en un article de M. Ferdinand Real.

tulera pas ». Ses proclamations, il n'y croyait pas, puisqu'en aparté il disait : ^ Nous sommes réunis ici pour commettre ensemble une héroïque folie ».

Son exaltation passait dans les journaux, qui se multipliaient de semaine en semaine. Leur nombre « montre quel besoin de nouvelles, vraies ou fausses, le peuple éprouve, pour calmer l'angoisse qui l'oppresse, lorsque, menacé d'un péril extrême, il attend, de jour en jour, le dénouement, heureux ou fatal, de la crise... Dans leurs articles sensationnels, ces journaux semblaient vouloir battre le record du superlatif, du style ampoulé ' ».

Et afin d'avoir des nouvelles encore, on fait appel aux pigeons voyageurs. Pour leur assurer les libres routes de l'air, quelqu'un suggère de fixer à leur queue un petit sifflet, qui les signalera à l'arrivée et qui les préservera, en route, de tout danger. Car on "sait bien que les Prussiens dressent des faucons pour attaquer nos messagers et que le petit sifflet épouvantera les oiseaux de proie de l'ennemi !

« On rêvait, à chaque fois, que ces bienheureux pigeons porteraient avec eux une ligne, un mot, en échange de longues lettres qu'on avait écrites. Bien rares étaient les privilégiés, à qui l'assurance était donnée que les chers êtres du dehors étaient toujours en vie, assurance toute sèche, mais où tant de joie était contenue " ».

Mais les heures de la famine s'approchent. Le gouvernement de la Défense nationale publie, pour rassurer l'opinion, que l'on regorge d'approvisionnements : 50 millions d'hectolitres de farine, 26.000 bœufs, 50.000 chevaux. Optimisme officiel ! On dit, au 1 1 octobre, que Paris a du pain pour cinq ou six mois. On en manquera sérieusement dès fin

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