I. C'était là une nouvelle prématurée
— L'arrivée à Paris d'un nouveau numéro du Journal de Rouen produit dans la capitale une vive émotion. Cette fois, c'est le Journal officiel qui donne les principaux extraits de cette feuille T>e public est navré. Les progrès de l'invasion, maintenant certains, jettent la consternation dans les cœurs. Dans la rue, au foyer de famille, dans les cercles intimes, chacun se préoccupe des mouvements opérés en province, qui, dit-on, se soulève en masse pour secourir Paris. Cet espoir ranime le courage des plus abattus. En même temps, on apprend que les départements s'apprêtent à opposer une énergique résistance aux armées ennemies. Toutes ces nouvelles, différemment interprétées parles Parisiens, impriment aux esprits une mobilité étrange : le doute et l'espérance se succèdent avec rapidité dans la pensée de chacun.. .
Lundi 17 octobre. — Dans un rapport très net, le gouvernement résume l'effort immense qui a fait, en quelques semaines, d'une ville jugée hors d'état de se défendre une place véritablement imprenable.
— On commente les nouvelles venues du dehors : à leur arrivée, il s'est produit dans la capitale une émotion douloureuse. La première de ces nouvelles concerne le général Bourbaki. On dit que ce général a pu quitter Metz pour se rendre à Londres auprès de l'impératrice, protégé par un saufconduit émanant du camp prussien. Au dire de quelques-uns, cette démarche avait pour but la tentative d'un replâtrage bonapartiste Cette supposition n'a pas eu grand crédit auprès des gens sensés. Mais, ce qui était beaucoup plus croyable, quoique fort triste, on lisait en même temps dans le Moniteur que le brave général était le 14 août dans le camp prussien, blessé et prisonnier.
— D'après certains bruits, il paraîtrait que l'armée prussienne quitte Versailles.
Mardi 18 octobre. — M. de Bismarck avait fait, à sa façon, le compte rendu de l'entrevue de Ferrières. M. Jules Favre adresse, à nos représentants diplomatiques à l'étranger, une circulaire où il rétablit les faits dénaturés parla relation quelque peu fantaisiste du chancelier prussien.
Mercredi 19 octobre. — Une dépêche annonce que d'un moment à l'autre, il peut arriver des ballons à Paris. Il nous arrive aujourd'hui une bonne nouvelle : on est prévenu officiellement que les aéronautes qui ont porté nos lettres en province vont tenter la périlleuse entreprise de nous rapporter les réponses. Cet espoir se réalisera-til ? Dieu le sait.
— La présence des princes d'Orléans sur le territoire français est démentie.
— Le bruit court que l'ex-empereur est très malade : il aurait été frappé d'une attaque d'apoplexie.
Jeudi 20 octobre. — Paris a les yeux tournés vers la province et l'oreille tendue du côté de la Loire, pour savoir si, à travers la voix sombre des canons de nos forts, il ne vient pas de plus loin d'autres bruits qui nous fassent entendre enfin un cri de victoire.
— On fait courir le bruit de la mort du maréchal Mac- Mahon.
Vendredi 21 octobre. — Affaire de Cucufa-La Jonchère... A cinq heures et demie du soir, le général Trochu rentre dans la ville. On lui trouve la figure souriante, et malgré les 200 voitures de blessés qui le suivent bientôt, un bruit de victoire court par la ville, qui reprend tout de suite sa physionomie des premiers jours de guerre. On attend, aux mairies, des nouvelles, qui viennent tard ou ne viennent pas et le Parisien se retire sans savoir ce qu'il y a de vrai dans le bruit accrédité que 10.000 Prussiens s'étaient engagés dans la presqu'île de Gennevilliers ; la rumeur disait qu'ils s'étaient vu couper la retraite par la destruction de leur pont et avaient été forcés de se rendre pour échapper au feu de la place.
— Le corps diplomatique fait savoir que, contrairement à certains bruits, il s'est soumis au ravitaillement ^
Samedi 22 octobre. — On a vu que l'histoire de la presqu'île de Gennevillers n'était qu'une fable et on impute au gouvernement qui ne l'a pas inventée, le tort d'y avoir cru. Le Parisien, presque content la veille, est de mauvaise humeur ce matin.
Dimanche 23 octobre. — Le bruit avait couru qu'un certain nombre de canons, enfouis dans le polygone de Vincennes, demeuraient sans emploi, grâce à l'incurie du Comité de défense. Le gouvernement fait savoir que ces pièces ne peuvent être utilisées, étant sans valeur balistique et d'un poids énorme.
— Il arrive à Paris un numéro du journal français : le Nouvelliste de Versailles -, fait par les Prussiens dans le chef-lieu de Seineet-Oise pour tromper la France. Ce triste moyen de
1. Il est question ici des prescriptions concernant l'alimentation de la population assiégée, on avait accusé le corps diplomatique de s'y soustraire. C'est pour dissiper cette rumeur que la dite note fut communiquée.