C'était le père de la Galette des ArJeiutes
lOO LES FAUSSES NOUVELLES DE LA GRANDE GUERRE
guerre fait naître l'indignation . Il ne suggère qu'un seul sentiment au Rappel, une méchanceté, une calomnie : il dit que ce journal doit être rédigé par M. Albert Wolif^, dont le journal de Victor Hugo a déjà annoncé faussement la présence à Versailles.
Lundi 24 octobre. — Le soir, une magnifique aurore boréale apparaît au-dessus de Paris, et, avec leur enfantillage ordinaire, les Parisiens s'empressent d'y voir un fatal présage pour les Prussiens, sans réfléchir que les Prussiens peuvent tirer exactement le même pronostic de ce phénomène. Parmi les autres chimères dont se repaît l'inquiétude, il faut citer deux fables qui montrent la mesure de notre confiance : l'évacuation de Choisy-le-Roi par les Prussiens et l'ordre donné aux Compagnies de chemins de fer de tenir leur matériel disponible pour le rétablissement éventuel de la circulation. Déjà, en rapprochant ces deux nouvelles, on voit Paris débloqué et les communications reprises directement avec le gouvernement de Tours. (Renseignements pris, Choisy-le-Roi n'est pas évacué.)
Mardi 25 octobre. — Le bruit de l'arrivée de M. Thiers à Paris prend une grande consistance. Un journal républicain, assez généralement de mauvaise foi. le Tribun du peuple, lance une nouvelle à sensation pour la plus grande édification des badauds : la proclamation de la République à Munich, et la pendaison du musicien Richard Wagner. Ce canard est froidement accueilli.
— On annonce que M. Dupuy de Lôme aurait résolu scientifiquement le problème de la direction des ballons.
Mercredi 26 octobre. — Le bruit court que le matériel de siège des Prussiens est arrivé : on parle de 36 canons portant à plus de 9.000 mètres. Les Parisiens reçoivent cette nouvelle avec une sorte d'indifférence : on s'est résigné à tout.
— On s'entretient beaucoup des exploits du sergent Ho£f, qui en est à son vingt-troisième Prussien tué. Ce courageux soldat venge ainsi la mort de deux de ses parents tués dans une ville de l'Est.
Ce n'est pas là une faus.se nouvelle. Nous l'enregistrons cependant parce qu'une fausse nouvelle se
I. Il y a des noms prédestinés. Ce pauvre x\lbert Wolff, est-il besoin de le dire, était entièrement innocent en cette affaire. Il eût été le premier indigné si quelque propliète lui avait annoncé l'œuvre de l'agence Wolff... dans Vautre piierre.
greffe sur ce fait authentique. Hoflf, recourant à toutes les ruses, abattait, en effet, son prussien presque chaque nuit. Il ne tarda pas à être très populaire. Dans les journaux, on alla jusqu'à lui attribuer la prise de Neuilly-sur-Marne, qu'il aurait conquis... avec deux camarades. Puis, le braconnier glorieux connut l'impopularité la plus ingrate. Paris- Journal imprima que le sergent était un espion prussien. « Comment est-on arrivé à cette découverte? disait cette feuille de diffamation. C'est assez difficile à raconter. Il y a une femme dans l'affaire. Celle-ci fit des aveux qu'on ne lui demandait pas. Elle avait reçu en quelques semaines 7.000 francs du sergent Hoff. Sept mille francs d'un simple sergent sans fortune ? Cela parut louche ! On se livra à une enquête minutieuse, et enfin la vérité désolante a lui. Notre Admiration-Hoff était un farceur : il lui était aisé de rapporter casques et fusils prussien'scomme pièces justificatives de ses exploits : il n'avait qu'à passer au vestiaire dans le camp ennemi, où il était comme chez lui ''■ ».
Jeudi 27 octobre. — On dit que le général Trochu a enfin fait connaître son plan à ses collègues du gouvernement.
— - Les bruits de négociation et de médiation circulent de nouveau dans les groupes. On parle, entre autres, des bons offices de la Russie et des Etats-Unis.
Samedi 29 octobre. — Un crédit de 40.000 francs est ouvert pour la construction de ballons dirigeables, sous la direction de M. Dupuy de Lôme.
— Un bruit vague se répand vers 10 heures du soir : on dit que les Prussiens auraient repris le Bourget-.
— On assure qu'une de nos voies ferrées doit être livrée très prochainement, demain peut-être, au passage des trains.
1. Hoff se lava de cette accusation et plus tard fut longtemps c gardien de l'Arc de triomphe ». Depuis. Paris a donné le nom du sergent Hoff à une rue du quartier des Ternes, entre les rues Demours et Saint-Senoch.