Histoire de la Commune de 1871. Lissagarav, p
devant la Commission versaillaise : « On ne. respecta pas son cadavre : on lui fit sauter la tête. Dans la nuit, chose effroyable, un des hommes qui a participé à l'assassinat et qui a comparu devant la justice, vint à un café, offrant aux consommateurs de leur donner des morceaux du crâne de M. de l'Espée et faisait craquer sous ses dents des morceaux de ce crâne ». Il ajoutait : « L'homme a été arrêté, traduit en jugement, acquitté^ ».
Paris, cependant, vivait dans une stupéfiante et presque puérile confiance. Il ne s'attendait pas à être attaqué ! Lorsque le 2 avril, le canon l'éveilla de son rêve, il n'y voulait point croire. On admit un instant qu'il s'agissait d'une salve d'anniversaire, tout au plus d'un malentendu !
Après les combats du 3, alors que la Commune avait été battue sur tous les points, les dépêches chantaient victoire. Fausse nouvelle. La Commission executive annonçait la jonction de Flourens et de Duval à Courbevoie : fausse nouvelle encore. Tout le monde criait : « A Versailles ! » Or, Duval était fusillé. Flourens, surpris dans Rueil, avait eu le crâne fendu d'un coup de sabre.
A Marseille, dans le même temps, le général Espivent de la Villeboisnet maîtrisait l'insurrection.
Le 3 avril, c'est l'attaque de la Préfecture, par les marins de la Couronne et de la Magnanime. Ils s'y lancent courageusement : elle est vide depuis une heure. « Elle a été prise d'assaut, dira Thiers à l'Assemblée, et savez-vous comment? A la hache d'abordage ! »
La province, par lui, et au jour le jour, était alimentée de télégrammes rassurants. Le chef du gou-
I. Ces déclarations ont depuis, été infirmées par dautres témoignages, positifs et probants, apportés par les adversaires mêmes de la Commune.
vernement s'y hâtait un peu trop de triompher. Dès le soir du 3 avril, il dicte : « Cette journée est décisive pour le sort de l'insurrection ». Le 4 : « Les insurgés ont éprouvé aujourd'hui un échec décisif ». Le 7 : « Les insurgés fuient à toutes jambes : on attend le moment décisif». Le 15 : « Nous tenterons, par une épreuve décisive, de mettre un terme à cette guerre civile ». Le 17 : « Nous persistons à éviter les petites actions jusqu à l'action décisive ». Cependant, l'armée versaillaise était toujours aux avant-postes parisiens.
Parallèlement, la Commune soufflait le chiffre de ses forces: 96.000 soldats et 4.000 officiers pour la garde nationale active, disaient les tableaux d'effectifs, 100.000 soldats et 3.500 officiers pour le sédentaire. Les états étaient erronés, fictifs. Tout bien compté : 60.000 combattants. Et, en réalité, on ne put opposer à l'armée de Versailles, de Saint-Ouen à Ivry, « qu'un rideau de 15 à 16.000 fédérés' ». Il n'y eut que 500 artilleurs, quajid les états en accusaient 2.500.
Quel que fût leur nombre, les révolutionnaires tenaient encore les assaillants en échec. Thiers, dans ses circulaires, dénonçait leurs exactions. « Les insurgés vident les principales maisons pour en mettre les mobiliers en vente ». Et il prophétisait la stricte étendue des représailles : « Il y aura quelques maisons de trouées, quelques personnes de tuées [sic)^ mais force restera à la loi ».
Les soldats versaillais avaient été instruits de la férocité des Communards. « Tous les fédérés étaient des voleurs relâchés par la Commune ou les Prussiens et ils torturaient leurs prisonniers. Il y en eut qui refusèrent quelque temps toute nourriture craignant qu'on ne les empoisonnât. 1-es officiers, bonapartistes pour la plupart, propageaient ces