I . Lycas qui revient de Versailles
Le sait, déclare-t-il. du duc de...
(S. Je le tiens aussi de l'hostel de...
Aussi rien qui soit plus certain ».
(Mercure galant, janvier 1695, P- *^7)- Et encore :
En cour, malgré la foule et la garde revêcke. Il TOUS gobe e7i passant une nouvelle fraîche. Souvent contre le mur appliqué fortement. Il comprend des seigneurs certain bourdonnement Dont il rumine après toute la conséquence.
[Nouvellomanie) .
— J'en conviens.
— Persécution certes. Avez-vous souvenir de l'arrêt du lo avril 1620 contre les colporteurs de potins politiques, littéraires ou scandaleux ? Prison. Confiscation de biens. Ah ! ce n'était pas un métier de tout repos que celui de meubler les esprits publics ! Autre arrêt le 18 août 1666, un autre encore le 9 décembre 1670 : celui-là prononçait la peine du fouet, voire les galères pour les colporteurs de libelles manuscrits. Ce n'étaient d'ailleurs que petites misères si l'on évoque le temps du Bon Louis XI.
« En juin 1 471, le connétable de Saint-Paul ayant été calomnié par des propos de rue et des affiches, le roi mit la tête du rédacteur à prix d'or. Tristes temps pour l'information. Gabriel Nicolas de la Reynie qui devint lieutenant de police en 1667 fut bien sévère, mais jamais toutefois avec tant de rigueur.
— Mais, monsieur le nouvelliste, vous m'aviez promis une nouvelle...
— Je vous la confierai tout à l'heure. Il faut pourtant que je vous entretienne de la Régence et de Louis XV. Cette madame Doublet à laquelle faisait allusion la commère vaut bien que vous patientiez un peu. La femme Doublet de Persan tenait logis proche le couvent des Filles Saint-Thomas, Chez elle, se réunissaient son frère, qui était l'abbé Legendre, et des nouvellistes distingués comme Voiseron, d'Argental, Piron, Lacurne, Chanvelin, Falconet, de Sainte-Palaye.
« En cette a paroisse», — ainsi était baptisé par eux le lieu de leurs réunions, — chacun avait son portrait et siégeait tout en s'admirant en effigie. Deux registres s'ouvraient dans ce cénacle où étaient, après délibération, consignées, ici, les nouvelles incontrôlables, et là, les nouvelles certaines.
« A la fin de chaque séance, il suffisait, vous le concevez, d'entrebâiller la fenêtre pour que Paris entendît passer dans son ciel un bruit bien connu : « Voilà les nouvelles de chez M""-' Doublet ». Et chacun d'y faire la chasse. Cette dame était donc fort précieuse. D'aucuns l'estimaient moins nécessaire : ceux à qui elle avait, par ses indiscrétions, porté quelque dommage, par exemple son neveu Choiseul, et d'Argenson et les gens au pouvoir. Certain soir, elle combla la mesure. Choiseul prévint la police, sans égards pour sa parente : « M."" Doublet a fait dire hier à l'abbé de Breteuil que l'escadre de M. de Blenac avait été prise en entier par les ennemis. La nouvelle de M""" Doublet est fausse : je n'en ai nulle connaissance. Cependant, d'après les malheurs qui sortent de la boutique de M""' Doublet, je n'ai pu m'empècher de rendre compte au roi de ce fait et de l'imprudence intolérable des nouvelles qui sortent de chez cette femme, ma très chère tante. En conséquence, Sa Majesté m'a ordonné de vous mander de vous rendre chez M."" Doublet et de lui signifier que, s'il sort derechef une nouvelle de sa maison, le roi la renfermera dans un couvent d'où elle ne distribuera plus de nouvelles aussi impertinentes que contraires au service du roi ».
— Quelle mémoire vous avez, monsieur le nouvelliste 1
— C'est encore une de mes qualités professionnelles. Pour en terminer avec la tante de Choiseul, je vous dirai que la leçon ne la tempéra point et que malgré d'autres incartades, elle ne fut point conduite parmi les Dames de la Religion. Tout au contraire, elle institua un registre pour le premier passant venu qui y pouvait à l'aise consigner ses nouveautés. Les serviteurs venaient, de chez les nobles, prendre copie, et c'était un aliment de conversation pour le souper des maîtres, comme pour
les promeneurs du Palais-Royal ^ et des Tuileries, pour les habitués des ombrages que versait un arbre fameux, l'arbre de Cracovie. Est- il besoin de vous dire que cet arbre tenait son nom du cercle permanent qui se tenait à ses pieds et d'où s'envolaient des « craques » sans nombre ^
— On mentait donc quelquefois?
— Souvent. Mais n'avait-on pas d'illustres précédents ? Plus d un roi avait lancé des fausses nou-
1. Au sujet du Palais-Royal, voir la comédie Les Nouvellistes (1741).
Chrisante
// n'est pas au logis ?... Et quelle est donc l'affaire Qui de si hou matin fait sortir votre frère ?