I. Exctlsior, 30 juin
phéties et faire la preuve de leur extrême élasticité. C'est pourquoi nous pensons qu'il est utile de la rappeler ici : « Après tout, dit-il, ce Serbe est peutêtre un malin qui a voulu jouer sur la différence des almanachs. Quand le grand et si amusant aventurier Casanova fut emprisonné sous les plombs du palais ducal à Venise, il fut très frappé par la prédiction d'un jésuite qui lui annonça qu'il ne sortirait de prison que le jour de la fête du saint dont il portait le nom. Jacques- Antoine Casanova attendit donc avec impatience la fête de saint Jacques de Compostelle, qui était son patron baptismal. Puis celle de saint Jacques, frère de Jésus- Christ. Mais tout aussi vainement. Alors il se rejeta sur saint Marc qui, étant le patron de tous les Vénitiens, devait être le sien ; puis sur saint Antoine, et je ne sais combien d'autres saints dont lise figurait pouvoir réclamer la protection. « Enfin, « dit-il, je m'évaderai le jour delaToussaint, et il est « certain que si j'avais un saint pour moi, il fallait « qu'il se trouvât du nombre de ceux qu'on fête ce jour-là, puisqu'on les fête tous ». C'est par de tels détours que les prédictions se réalisent généralement ».
Au cours de leurs si cruelles épreuves, les Serbes ne durent pas manquer de se remémorer les très anciennes prévisions de Mata, paysan de Kraman ou Krema ^ Ce bonhomme semble avoir en effet annoncé l'attaque de l'Autriche, le premier recul serbe, le retour victorieux contre l'ennemi, la retraite vers la mer, l'exil... Par malheur, Tinspiré d'autrefois n'a pas fait connaître les événements qui suivirent. Et c'est ainsi que les Serbes restèrent dans l'indécision sur le destin de leur patrie jusqu'au jour où la réalité des batailles en décida.
I. 'Le Journal des Débats du 25 août 1916 évoquait ainsi que suit le prophète Mata. Selon lui, le paysan de Kraman eut une prévision complète des événements. Dautres sources, consultées par nous, établis-
Mais vers juin 191 6, ils eurent une diversion d'ordre prophétique, et ils la durent à un soldat encore, illuminé présentant cette particularité qu'il pouvait parler pendant une heure et plus avec une telle volubilité que les sténographes en étaient mis en déroute. Ce soldat, réfugié à Corfou. eut une vision. Un vieillard fantomatique se présenta à lui et lui déclara que son frère venait de mourir à Vido, petite île voisine de Tile corfiote. Ordre lui était donné d'aller sur sa tombe et d'allumer un cierge. Le vieillard profita de la circonstance pour apprendre à son hôte que la guerre finirait sous peu de temps. Mais il lui en faisait la stricte confidence et lui interdisait d'en ouvrir la bouche à qui que ce fût. Le fantassin pourtant, n'eut qu'un soin et dans l'instant : celui de répandre la nouvelle. C'est probablement pour cette raison que la guerre dura encore très longtemps après la révélation. Mal en prit d'ailleurs au bavard. Sitôt après avoir révélé le secret, il partit pour Vido. De fait son frère était mort : il alluma le cierge sur la tombe, revint à Corfou, tout juste. . . pour trépasser de mort subite. Il ne faut jamais désobéir aux envoyés des Ténèbres.
sent que l'oracle se limita à la période des grandes infortunes serbes, c'est-à-dire au moment de la grande retraite vers le Sud.
« Prophétie de Mata » :
« On l'appelle la prophétie noire et elle est due, dit le Carrière deîU Sera, à une espèce de Parsifal, très pauvre et ingénu, du village de Krema. Le lo juin i8fa6, il se rendait à Ujitza quand il s'arrêta tout à coup au milieu de la route en criant : « Au secours ! au secours ! on « assassine notre prince Michel à coups de yatagan ». On le crut fou, mais le lendemain on apprit que Michel Obrenovitch avait été victime d'un attentat dans le parc de Topchidéré. près de Belgrade. Dès lors. Mata eut une réputation de voyant et se mit à prophétiser l'avenir de la Serbie Au roi Milan lui-même, il annonça qu'il aurait un fils unique qui périrait avant l'âge de trente ans et qu'une autre dynastie monterait sur le trône. Puis il ajouta : n Cette nouvelle dynastie verra bientôt son « règne troublé. Des événements sanglants provoqueront l'invasion du « pays par une armée étrangère qui occupera tout le royaume Mais, « après une période de grandes souffrances, un homme se lèvera du sein « de la nation, la mènera au combat contre les oppresseurs et parviendra « à affranchir tous les Serbes qui vivront désormais unis en un Etat « libre et indépendant ». La prophétie s'est vérifiée point par point jus-
Parmi les prophéties italiennes ^ — et nos alliés du Sud ne furent pas les derniers à pratiquer l'art de ranimer, pendant la guerre, la parole des augures antiques, — retenons seulement les prédictions de Côme, et celles de MM. Candiotti et Macala.
C'est à Côme en effet que, dans le cours de 19 16, fut retrouvée une prophétie de saint Malachie, évèque d'Armagh, en Irlande. Saint Malachie, que Saint Bernard dans les bras duquel l'évêque irlandais expira, appelait « un ange et un prophète ^) n'était point un novice dans le métier : on connaît sa célèbre suite de révélations sur la succession des héritiers de saint Pierre et des déclarations touchant la fin du mondée Le document dont ils'agit
qu'à ce jour; quand aux prédictions dont l'échéance est encore à venir, il est intéressant de noter qu'elles n'ont pas été faites pour les besoins de la cause. On les trouve dans un livre anglais, RecoUection of a Society Clairvovant, qui a paru en 1911 ».
î. Conçu dans un esprit exclusivement catholique, le livre de M. Guiseppe Cuiffa : La guerra Europea et le Profeiie, cite un bon nombre de prédictions de religieuses, prêtres et évêques.
3. Prophétie des Papes de saint Malachie O'Mongoir, évéque d'Armagh, en Irlande. Cette prophétie commençant par Célestin II (1143- 1144) va jusqu'à un pontife qui s'appellera Pierre II et qui sera le dernier représentant du Christ sur la terre. La prophétie retrouvée à Côme est due aux patientes recherches du docteur Santé Molli, directeur du musée civique de cette ville, et président de la Société d'histoire comasque. IU'a recueillie dans un livre portant la date de iboo. Au reste, voici le texte, daté de 1127, tel qu'ila été traduit en français, après avoir été publiée par divers journaux italiens :
« Lorsque le premier numéro rencontrera le neuvième et lorsque ces deux numéros se réuniront au premier et au sixième, pendant le sixième mois, deux fois quatre, deux fois dix jours écoulés, de nouvelles gens, issus de Romulus, surgiront et s'allieront aux peuples puissants.
« Alors, la bête farouche qui s'entoure, déjà depuis deux ans et un mois, de massacres et de blessures de sang et qui, blessée à son tour, rougit, cherchera encore de tous les côtés qui dévorer, mais ne le retrouvera pas.
« Donc, pendant tout ce temps, il y aura des carnages et les nouvelles lunes naîtront et mourront trois et dix fois, et le cinquième jour
LES PROPHÈTES DE LA GRANDE GUERRE }l<-,
était expressément relatif à la guerre de 191 4. Composé en un langage plutôt opaque, il annonce pourtant, en termes assez clairs, l'intervention des Roumains dans le grand drame européen îles Roumains y sont désignés comme les nouvelles gens issus de Roniulus . Selon Malachie, ces nouveaux alliés devaient entrer en ligne le 28 juin 19 16. Entre autres précisions, il donne pour certain qu'à la fin du moisd'août 1917, une vierge venue d'Italie, nation jeune, doit écraser l'ennemi. « Alors les peuples latins se partageront des dépouilles avec le peuple russe ».
En 1908, un médium, M. Candiotti, réussit à obtenir une communication avec l'esprit de Renan. La déclaration que lui fit l'écrivain fut publiée à l'époque dans une revue spirite d'au delà les Alpes. On peut en extraire, pour les besoins de la cause, le paragraphe suivant: « Mon frère, un grand cataclysme frappera la terre dans un avenir prochain ; le deuil et la désolation seront universels, car des millions de nos chères créatures, bonnes ou mauvaises, seront sacrifiés sur les autels de Mars, pour assouvir l'ambition d'un homme, l'empereur d'Allemagne. Dans très peu de temps, l'Allemagne, la France, l'Autriche. l'Italie, l'Angleterre et la Russie seront entraînées en une vaste conflagration. Néanmoins ne croyez pas que l'injustice triomphe. Non, mes chers frères, réjouissez-vous, car la justice prévaudra. Des chefs pacifiques, comme Edouard VII. Victor-Emmanuel et le président de la République sortiront victorieux de la mêlée... ».
Ainsi parla la table animée par l'esprit du grand
qui suivra la sortie du soleil du Lion, elle (la bètei mourra d'une mort très mauvaise et une vierge dont le nom est composé par deux I. par deux A, avec un T et un L, écrasera sa tête, et les peuples latins, avec un autre peuple, se partageront ses dépouilles.
« Pas une seule virgule ni un seul point ne tomberont tant que ne sera pas vérifié tout ce qui est écrit ci-dessus ».
3l6 LES FAUSSES NOUVELLES DE LA GRANDE GUERRE
sceptique et les spirites italiens déclarèrent décisif le tait que ce message ait été recueilli en 1908. Toutefois, il a été fort judicieusement observé que Renan, outre-tombe, avait perdu toutes les qualités qui revêtaient son st3de d'une saveur si particulière et que d autre part, il se risqua bien à la légère en mêlant la personne du roi Edouard VII aux événements qui devaient ensanglanter la terre, en 1914. Gênes, enfin, pendant la guerre, se souvint de la troublante prédiction faite en 1888. lors de l'avènement de Guillaume II, par un certain Macola, dans les bureaux du journal le XIX" siècle. Ce journal ayant publié la photographie du nouveau souverain, Macola prononça : « Cet homme sera fatal à l'humanité ». Un collaborateur, M. Resasco, lui répondit en souriant : « Que vous a-t-il fait ? — A moi rien, consentit Macola. Mais je vois que ce monarque répandra sur l'Europe des flots de sang ». Et, s'exaltant, il s'écria : « Heurt de vingt peuples !.,. Epuisement et oppression !... Iniquités... Carnages épouvantables!... ». Cinq ans plus tard, Resasco rencontra, à Rome, où Guillaume II était venu pour les noces d'argent du roi Humbert, son ami Macola : « Eh bien, lui remémora -t-il. votre prédiction ne sest pas accomplie ». Le visionnaire admit volontiers que la paix régnait encore sur le vieux continent, mais il ajouta : « J'ai voulu voir face à face ce Néronide, et je vous répète aujourd'hui, avec plus de conviction que jamais, qu'il déchaînera une tempête humaine comme on n'en vit de mémoire d'historien^ ».
I. Parce qu'elle paraît un conte de journaliste, nous croyons devoir rejeter en note l'histoire, que, très justement sceptique, publiait le 37 mai 1916. le journal l'CEuvre. Un jour, de cette même année, un détachement composé de jeunes soldats ombriens et siciliens faisait l'exercice sous la direction d'un sous-officier piémontais. Les recrues montraient peu d'ardeur, et leur instructeur les traitait sans aménité. Vint à passer un père capucin qui dit a ce dernier : « Pourquoi tourmenter ces hommes? Ils n'iront jamais à la guerre, car celle-ci sera finie dans deux mois ? »
On saura plus tard si les Roumains ont eu leurs inspirés. Cela est plus que probable. Peut-être quelqu'un se sera-t-il levé au milieu d'eux pour assurer que lui aussi, comme le soldat de 1878, vit Etienne le Grand dans les rangs des combattants. Cette ancienne histoire a été contée tout au long, dans le Petit Marseillais, par M. Paul Ginisty, en septembre 19 16. C'était au temps de la guerre contre les Turcs (1877-1878.) La sentinelle, de garde devant la tente du commandant en chef, entendit soudain auprès d'elle des bruits de pas. Cependant, elle ne discernait personne alentour.
— Halte-là ! qui vive ? cria-t-elle.
Une voix grave répondit : « Roumain ! »
Et poursuivant son chemin, le bon religieux pénétra dans un couvent qui était proche. D'abord interloqué, le sous-officier pensa qu'il était de son devoir de prévenir son lieutenant de ce qui venait de se passer. Celui-ci, qui était toscan, jugea la situation en compatriote de Machiavel et n'hésita pas à déclarer que le capucin ne pouvait être qu'un gibelin, un suppôt du Kaiser, un espion enfin. A la tète de ses hommes, il pénétra dans le couvent, manda le supérieur, et le somma de lui livrer le religieux qui venait d'entrer. Le supérieur répondit qu'il ne savait pas de qui on lui parlait, mais il fit réunir tout le personnel du couvent dans la cour et dit au sous-officier :
— Voyez vous-même si le père en question est parmi nous.
Il n'y était pas, et de plus en plus méfiant, le lieutenant ordonna une minutieuse perquisition. Au moment où l'on pénétrait dans le parloir, les soldats aperçurent un grand portrait accroché au mur : « C'est lui, s'écrièrent-ils, voilà le père qui nous a parlé ». Triomphant, l'officier ordonna qu'on fît venir le coupable. Mais alors, le supérieur : « Impossible de vous satisfaire : ce portrait est celui de saint Antoine de Padoue ».
Tous restèrent un instant stupéfaits, mais comme tous les Italiens croient au miracle, on vit bientôt le lieutenant toscan, le sergent piémontais et les fantassins siciliens et ombriens se précipiter à genoux, convaincus que le saint — propagateur de fausses nouvelles — leur était apparu pour leur annoncer une nouvelle authentique.
Cette histoire est un peu grosse, n'est-il pas vrai?
De même estimons-nous qu'il faut ranger parmi les « fables après coup » cet autre récit, mi-italien, mi-autrichien, qui, par certains côtés, tient de la prophétie et par d'autres s'apparente visiblement à la fausse nouvelle. Le liéros de l'aventure est l'archiduc Charles-François-Joseph et c'est le Carrière délia Sera du 15 novembre 1916 qui narre cet épisode déjà ancien :
Un mois avant que le drame de Sarajevo ne fit de lui l'héritier du trône des Habsbourg, le jeune prince, au cours d'une croisière dans l'Adriatique, fit relâche à Pola, où un banquet lui fut offert au cercle
3l8 LES FAUSSES NOUVELLES DE LA GRANDE GUERRE
L'homme distingua enfin un individu de taille imposante qui s'approchait de lui. Le personnage était vêtu d'une façon singulière, comme aux temps d'autrefois. Son visage était majestueux. On ne sait quoi de lumineux rayonnait autour de sa tête coiffée d'un bonnet à aigrette. Dans l'obscurité, l'apparition en était toute éclairée. Le factionnaire, instinctivement, rendit les honneurs.
— Je viens prendre ma place au Conseil des généraux, dit le mystérieux visiteur.
— Passez, Altesse.
— Pourquoi m'appelles-tu altesse ? Tu me connais donc ?
— Je vous connais comme je connais les images saintes, comme je connais les tableaux qui représentent les héros de notre histoire.
— Qui suis-je ?
— Altesse, vous êtes Etienne-le-Grand, le prince dont le souvenir est sacré pour tous les Roumains.
des officiers. Sorti de table à une heure avancée de la nuit, et tout échauffé de cette réception, l'archiduc alla dissiper la fumée des toasts en se promenant de long en large sur le pont du vieux stationnaire 0 Bellone ». Avisant une sentinelle, il se planta devant elle et demanda :
— Tu es Italien?
Le soldat, interloqué, après une hésitation, répondit :
— Je suis Autrichien, Altesse.
— Où es-tu né ?
— En Istrie.
— Alors, tu es Italien, animal!
L'homme resta quinaud, mais l'archiduc insistant :
— Et qu'est-ce que les Italiens disent de l'Autriche?
— Mais.,, je ne saurais... Ils disent que c'est un grand empire.
— Allons, ce n'est pas vrai 1 Ils disent que sa fin est proche, n'estce pas î
— Je ne sais.
Le prince sourit du trouble de la sentinelle, et, amusé de son embarras, poursuivit :
— Quand croit-on que finira l'Autriche?
— Je ne sais... dans trois, quatre cents ans.
— Beaucoup plus tôt, beaucoup plus tôt 1 La fin, nous la verrons tous.
Le lendemain matin, le soldat s'empressa de raconter l'aventure à ses camarades, et elle fit bientôt le tour delà ville; l'autorité militaire eut beau la démentir en ajoutant tout bas que l'archiduc n'avait pas
Le prince, à la manière de ces chefs qui encouragent familièrement le troupier, posa sa main sur l'épaule de la sentinelle.
— Je suis venu, dit-il, pour vous conduire tous à la victoire : Pour toi, fais ton devoir en brave... Tu me verras dans la mêlée.
Puis, il se glissa dans la tente, et disparut...
D'un genre beaucoup moins... spectral, fut la prévision de Totleben. Celui-là avait deviné la félonie des Bulgares, se faisant les alliés des Turcs pour combattre les Russes et les Roumains qui, en 1877, avaient pris les armes pour les délivrer du jong ottoman. Totleben, dans son Journal de la Campagne de Turquie écrivait en effet, peu après la signature de la paix : « Affranchir les chrétiens des fers turcs est une pure chimère. Les Bulgares s'en trouvent fort bien et ne demandent point à en être soulagés. Ils ne désirent qu'une chose, c'est d'être débarrassés le plus tôt possible de leurs prétendus libérateurs ».
Totleben, on le voit, avait pénétré l'âme de ces barbares et les faits devaient, à quelque trente-cinq ans de distance, confirmer de façon éclatante le sévère jugement qu'il portait sur ce peuple fourbe et ing-rat.
Peu de renseignements sur les prophéties de nos autres alliés. Mais on peut ici grouper dans le même paragraphe divers menus faits, dont celui-ci auquel fait allusion M. Léon Bloy, en son ouvrage déjà cité. Au Seuil de V Apocalypse la 13 novembre 1914. — A Montaigu, petit village de la Campine en Belgique, il existe une statue miraculeuse de Marie et on lui a consacré une église où viennent, toute l'année, beaucoup de pèlerins. C'était dans les premières semaines de la guerre. Des patrouilles de
son sang-froid, l'anecdote, vraie ou fausse, est restée populaire à Pola. Cette histoire, si elle fut vécue, pourrait comporter, en sous-titre, la mention : In vino veritas.
uhlans précédaient partout l'armée des Prussiens et un après-midi, voilà des uhlans qui arrivent à Montaigii. Fatigués d'une longue course, ils veulent établir leurs chevaux dans l'église. Ils trouvent la porte fermée. Un officier ordonne de l'enfoncer. Impossible. Alors, il fait venir un de ses petits canons, le met devant la porte et donne l'ordre de tirer. Au moment où le coup allait partir, les deux battants s'ouvrent lentement d'eux-mêmes, car il n'y avait personne dans l'église. L'officier, nullement impressionné, ordonne à ses uhlans de conduire les chevaux à l'intérieur. Un uhlan s'avance avec son cheval, et à la minute où ils franchissent le seuil, tous deux tombent, raides morts. Alors une panique saisit la troupe et tous s'enfuient éperdûment. Comme ils quittaient le village, toutes les cloches se mettent à tinter ÏAngeliis, sans qu'il y ait personne pour tirer les cordes ^ ».
Ceci n'est que du beau miraculeux et M. Léon Bloy ne met pas le fait en doute. Mais pour revenir au plan prophétique, notons la prédiction bien connue faite par le général Nogi, il y a quelques années. Le grand chef japonais avait nettement V7i la guerre: «... Une guerre sur le continent européen, telles avaient été ses paroles, dans laquelle sera résolu le conflit franco-allemand. France et Allemagne joueront leur partie sur les champs de bataille de la Belgique et peut-être même à proximité de Waterloo. Les Français remporteront la victoire sur les Allemands et ces derniers seront aussi battus sur mer par les Anglais ».
Plus tard, en pleine guerre (juillet 191 6) un amiral japonais faisait de curieuses révélations sur la période nouvelle où allait inévitablement entrer le conflit. Interrogé sur la situation des peuples belligérants, il l'avait résumée avec impartialité en