I. Lettre à l'auteur, de M. Henri de Haastert
montrant tous les atouts que IWllemagne avait eus un moment dans son jeu ; comment elle avait laissé échapper les trop belles occasions, qui s'étaient offertes à elle, de nous porter des coups décisifs ; à quels dangers les alliés auraient pu se trouver exposés ; avec quelle habileté et quel bonheur ils avaient, en gagnant du temps par une résistance héroïque, enlevé à l'ennemi tous ses avantages et ses armes les plus redoutables. Et il avait conclu en disant : « La situation militaire générale aura radicalement changé d'aspect à la fin du mois de septembre 191 6 ou dans les premiers jours d'octobre' ».
Ce n'était pas trop mal raisonné. L'événement a vérifié, somme toute, au moins dans une proportion importante, la prévision. Au début d'octobre de ladite année, le discours du chancelier allemand constituait le plus morne aveu d'infériorité, la plus rageuse confession de faiblesse. S'il ne renfermait pas l'expression même dont s'était servi l'amiral japonais, il prouvait, tout au moins, avec une force singulière, à quel point la situation avait changé cV aspect ^our Y AWevadigne . Ce changement r^^/c^Z, il n'était pas, alors, un front où il ne fût devenu évident. De quel côté l'ennemi pouvait-il se flatter, à ce moment-là. d'avancer et de réussir une seule offensive ? Où n'était-il pas traqué, immobilisé avec pertes ou refoulé avec une vigueur qui l'atteignait dans tous ses moyens de défense ? Etait-ce à Verdun
I. Autre prophétie japonaise de M. Yusbo Kumamoto, ex-directeur de l'Ecole supérieure de commerce de Nagasaki. Fin de la guerre : entre août et novembre 1917. En novembre, les troupes alliées devant Berlin. Conférence de la paix à Copenhague. Grands différents entre les alliés. Puissances médiatrices : Espagne. Hollande. Ruine totale de la Turquie. Restitution à la Russie de la Pologne avec gouvernement autonome. Versement à la Belgique d'une indemnité correspondant au préjudice causé. L'Alsace-Lorraine redevient française. Restitution de Kiao-Tcheou à la Chine si le Japon est remboursé de ses frais de guerre. Restitution aux Allemands de leurs colonies des mers du Sud (Pacifique). Nouvelle guerre mondiale en 1930.
qu'il se pouvait dire encore menaçant alors qu'il n'osait plus reprendre la route sanglante qui lui avait été fermée ? Il venait de tenter un grand coup en Transylvanie et l'avait manqué. Falkenhayn s'était promis de racheter les inutiles massacres de la Meuse en coupant l'armée roumaine à Sibin. Il n'avait point réussi en cette audacieuse manœuvre et, à la risquer, n'avait gagné que de payer très coûteusement la vaine gloriole d'une violente attaque demeurée sans résultats appréciables. Cependant les Roumains, pour un instant, franchissaient le Danube et posaient le pied en territoire bulgare.
Les Russes, par ailleurs, contenaient les masses qui leur étaient opposées, s'avançaient dans la direction de Lemberg en effectuant de larges rafles. Le i^'' octobre, ils faisaient 5.000 prisonniers. Quant aux Bulgares, ils reculaient à ce moment et les Serbes remportaient une victoire sur leur propre territoire reconquis. Sur la Somme enfin, l'armée allemande ne parvenait pas à obtenir un succès, fût-il le moindre. Elle n'y comptait plus ses échecs.
L'amiral japonais avait été bon juge, au moins pour le moment duquel il avait parlé.
Retenons encore une prophétie musulmane. Celleci date de 1907. Elle fut publiée au Caire à cette époque, et en ces termes : « En 1914, une grande guerre éclatera en Europe, déchaînée par l'empereur d'Allemagne; plusieurs puissances y prendront part. Elle marquera la fin de l'empire allemand. Sa dynastie disparaîtra. Deux des fils du kaiser mourront tragiquement (dont lekronprinz), un troisième mourra de maladie. L'impératrice deviendra folle. L'Allemagne sera démembrée et la République proclamée en Prusse ».
Nous n'avons, au début de ce chapitre, qu'exposé des considérations générales sur la propension de l'Allemand à vaticiner. Le moment est venu de fournir quelques exemples typiques, choisis dans la multitude des prophéties qui se firent jour, outre Rhin, depuis la nuit des siècles jusqu'au temps où nous vivons. Nous l'avons dit, notre ouvrage ne prétend point contenir les éléments intégraux d'une « Prophétique » à travers les âges. Le lecteur nous excusera de savoir nous borner.
Il y a d'abord la prédiction d'Hermann.
Ce prieur du monastère cistercien deLehnin, dans le Brandebourg, déchiffrait au xiii^sièclele destin du Futur. Il mérite en vérité quelque éloge pour avoir annoncé en vers latins. — et sept siècles d'avance — que lorsque « le sceptre sera aux mains du dernier de cette race 'les Hohenzollern). Israël c'est, en l'espèce. Guillaume II) osera un crime terrible qui mérite la mort » . Mais qu'en fin de compte « il n'}^ aura plus de loup pour dresser des embûches au noble troupeau ». En un autre paragraphe de ses œuvres sybillines. Hermann avait annoncé la guerre de 1870 et la constitution de l'Allemagne en Empire.
Nostradamus, au xvi" siècle, avait abondamment et assez exactement prophétisé les événements et les bouleversements européens des xviiT et xix^ siècles, mais il faut avoir recours à des interprétations laborieuses pour appliquer ses dires à notre époque. N'insistons donc pas sur ce « ténébreux clairvoyant » non plus que sur son contemporain Noël Olivarus, qui semble pourtant avoir eu la vision de l'action commune et victorieuse de la France, de l'Angleterre et delà Russie.
La prophétie du frère Johannès est de l'an 1600.
Il faut reconnaître que celle-ci contient des passages d'une précision troublante. Elle a fait le tour de la presse vers le second mois de la o-uerre. alors que M, Peladan en publia, dans le Figaro,
un commentaire fort explicite ^ C'est celle qui assimile Guillaume II à l'Antéchrist, qui le montre manchot, qui lui prédit qu'il perdra sa couronne et mourra dans la démence. Elle montre encore l'agression de l'Allemagne: « L'aigle noir se jettera sur le coq (la France) qui perdra beaucoup de plumes, mais frappera héroïquement de son ergot » . Elle prédit l'intervention du léopard (l'Angleterre) et de la Russie (l'aigle blanc.) ... « L'aigle noir se verra forcé de lâcher le coq pour combattre l'aigle blanc et le coq devra poursuivre l'aigle noir dans le pays de l'Antéchrist pour aider l'aigle blanc ».
Et plus loin :
« L'aigle blanc, par ordre de Michel, chassera le Croissant d'Europe.. . »
Les feuilles allemandes ont parlé, de même, et surtout dans le nord de l'Allemagne, de la non moins curieuse légende du peuplier de Fehmarn (île située à l'est du port de Kiel.) Cet arbre était en fleurs en août igi6, circonstance qui ne s'était pas produite depuis 1871. Et suivant la tradition, lorsqu'un peuplier fleurit, il y faut voirie signe certain que les hommes partis à la guerre vont rentrer au pays, autrement dit que la paix va être signée. S'il en est ainsi, on ne peut s'expliquer pourquoi le peuplier de Fehmarn n'a pas fleuri dès juillet 1914, alors que nos ennemis étaient si parfaitement convaincus qu'ils nous écraseraient en peu de jours.
Les Westphaliens et les gens de Prusse rhénane sont allés plus loin dans le recul de l'histoire : il ne
I. « 19 août 1914 : "LeFigaro publie une prophétie de 1600, dite du frère Johannès, où il est beaucoup parlé de l'Antéchrist, que le traducteur Peladan, qui fut lui-même autrefois prophète, identifie à Guillaume. Il est annoncé que cet Antéchrist doit succomber à l'endroit même où il a forgé ses armes. Or, Essen et la métallurgie allemande sont en 'Westplialie, province que d'autres prophètes désignent comme le lieu de la suprême bataille. Je veux bien que cette propliétie soit authentique, mais elle a le double défaut d'être trop précise et surtout d'être présentée par Peladan ». (Léon Bloy, op. cit.)
leur a pas fallu moins que la prophétie du très ancien Barthélémy Holzhauser, curé de Bingen. En 1653, cet homme de Dieu vit un énorme ver attaqué par d'autres plus petits. Après une effroyable lutte, ces derniers vinrent à bout de sa résistance et parvinrent à le dévorer. En une autre occasion, le curé de Bingen eut le cauchemar de terribles batailles, mauvaise nuit au lendemain de laquelle il rédigea cette phrase décisive : « Le peuple de meurtriers s'est enfui, et quand la tranquillité a été rétablie, un char triomphal s'est dirigé vers l'est, et dans ce char étaient assis trois grands seigneurs couverts de gloire. Et alors, après ces tumultes guerriers, la terre a joui du repos et le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ a été glorifié par le monde entier ».
Ces indications restent plutôt maigres pour tranquilliser le peuple germanique sur les solutions de la kolossale culture,
La Bavière opta pour la Légende du fils du Burgrave de Nuremberg. « Les fils des burgraves — des adolescents — partent pour la chasse \ En passant devant la maison des taillandiers, la meute princière apercevant auprès d'une porte l'enfant d'un de ces ouvriers étendus sur une peau de loup, se jette sur lui, le met en pièces et le dévore. Attirés par les cris du petit, son père, sa mère et les autres taillandiers accourent et à la vue de cet horrible spectacle dont ils sont les témoins impuissants, ils s'arment de faux et de haches, se ruent sur les princes et les massacrent avec toute leur suite. Epouvantée par l'acte quelle a commis, la corporation des taillandiers s'éloignepromptement de ceslieux tragiques et va se fixer sur les bords du Danube, tandis que le Prince, miné par le chagrin , et incapable de venger la mort de ses enfants, meurt lentement ».
Aucun fait analogue n'est mentionné dans la chro-