I. Mercure de France, mai
bras) qui s'applique à merveille au Kaiser, manchot d'Allemagne. Coulogne est évidemment ici pour Cologne ».
La marchandise de Coulogne Preux et preiises saccageront Le Foudunbras s'ouvre le front A Strasbourg où va la cigogne.
Petite monnaie de sorcier : nous ne la donnons que pour mémoire.
Nous passerons vite sur les prophéties lancées pendant la durée de la guerre. Pour la plus grande part, elles se confondent avec la fausse nouvelle proprement dite et il est tout à fait superflu de les distinguer.
Il y eut ce que l'on pourrait qualifier les rappels de légendes, comme, par exemple, cela se produisit pour la cloche de Nay, près de Pau. Ce rappel était d'ailleurs lui-même un parfait mensonge, une nouvelle forgée par quelque journaliste aux abois. Cette cloche, racontait-on, s'était détachée sans raison plausible, et cela signifiait, au début de mai 191 6, que la guerre était sur le point d'être terminée. En effet, même phénomène s'était produit à la fin de la campagne de Crimée et peu avant l'armistice de 1871. Pour en avoir le cœur net, quelqu'un écrivit au curé de Nay qui répondit : « Pas un mot de vrai dans cette histoire de cloche ».
D'autres farces du même genre furent de temps en temps propagées : elles sont indignes d'être consignées.
Il y eut les prophéties de campagne, du genre Comète, telle, parmi beaucoup d'autres, celle dont parla le journal V Echo de la Mayenne. Le 5 juillet 19 16, vers 8 heures du soir, le ciel s'illumina
soudain d'une lueur intense « qui semblait scintiller )). Le phénomène dura au moins une demiheure et l'on devine les commentaires qu'il a dû susciter... Les gens d'un certain âge peuvent se souvenir d'en avoir contemplé un semblable en 1870, en pleine guerre « .
Il y eut les prédictions par le chiffre. Nous choisirons. Toutes sont aussi niaises : toutes furent également infirmées par les faits. Voici la plus notoire. Des mathématiciens, frottés d'un peu d'histoire contemporaine, ont assuré, en 19 15, qu'une opération d'arithmétique élémentaire leur permettait de fixer l'époque du traité de paix. « Prenez, disaient-ils, les dates des trois guerres franco-allemandes. Chacune d'elles a chevauché sur l'espace de deux ans. Additionnez 1814 et 1815 : cela donnera 3.629. Additionnez deux à deux les chiffres de ce total : vous obtiendrez 9 et 11, autrement dit 9 novembre : c'est la date du traité de Paris.
« Faites de même pour la guerre suivante : 1870 + 1871 = 3.741 . Additionnez deux à deux les chiffres de ce total : vous obtiendrez 10 et 5, autrement dit 10 mai : c'est la date du traité de Francfort.
« Renouvelez l'opération pour la guerre d'aujourd'hui 1914 + 1915 = 3829. Additionnez deux à deux : vous obtiendrez 11 et 11, autrement dit II novembre. C'est la date du traité de demain ^ ».
Et comme un traité de paix ne se signe pas en
I. Ce fut surtout une fausse nouvelle. Ecrivant cette page en novembre 1916, nous essayions la combinaison sur 1914 -|- 1915 -\- 1916. Nous obtenions 12 et 9 : 12 septembre : fausse nouvelle encore. Anticipant sur les événements, nous refaisions l'expérience sur 1914 -j- iQij -f~ 1916 -|- 1917 soit 7O62. Nous obtenions cette fois i^ et 8. Le traité eut dû être signé le 13 aoiit 1917.
Mais relisant nos épreuves en août 1917, nous sommes bien obligé de constater que notre calcul de novembre 1916 était aussi vain que celui de nos prédécesseurs. Peut-être le lecteur réussira-t-il mieux en tentant l'expérience sur la combinaison 1914 -\- 1915 4" 1916 -f- 1917... + 1918.
un jour, comme les négociations pour les deux précédents ont duré plus de trois mois, ces mathématiciens de 191 5 en concluaient que la guerre serait finie en août. Une seule infirmité réformait leurs savantes supputations. Si le traité de Francfort date bien, en effet du lo mai, le traité de Paris n'est point du 9 novembre, mais bien du 20 du même mois...
Il y eut, pour faire parler les chiffres, la combinaison passe-partout , calcul ingénieux d'après lequel en additionnant, à la date de naissance de Guillaume II ou de François-Joseph, celle de leur avènement, la durée de leur règne et leur âge. on obtenait le total de 3.832. doublede 1916. Additionnant ensuite deux à deux le chiffre de ce millésime, on trouvait 1-1-9= ioeti-|-6 = 7. d'où il fallait infailliblement conclure que le 10 juillet 191 6 serait la date de l'armistice ou de la paix. Mais quelqu'un troubla la fête, en faisant remarquer qu'on arrive exactement au même résultat avec les dates de Georee V, de Nicolas II et de M. Poincaré. Celuici, pour ne citer qu'un exemple est né en 1860 : élu en 1913. il exerçait depuis trois ans, en 19 16, le pouvoir. Il avait cinquante-six ans. Soit : 1860 + 1913 -(- 3 -f- 56 = 3.832. Rencontre singulière ? Refaisant le calcul pour l'Impératrice d'Allemagne, pour 31. de Bethmann-Holhveg, il resterait encore vrai et pareil quant aux résultats. Appliquée à vous-même et à moi, en remplaçant la date de l'avènement par celle du mariage ou de l'entrée dans les affaires, l'arithmétique cabalistique donnerait lieu aux mêmes constatations. Bien mieux, appliquée à n'importe quelle année. — 1914, 1920, etc., — elle amènerait toujours le double du millésime, ce qui n'est pas un miracle, et ne tient qu'au rapport des chiifres additionnés.
C'est, somme toute, la parodie de ce jeu de collégiens qui nous amusa à 1 heure des récréations :
« Pensez un nombre, doublez-le. Ajoutez-y tant. Retranchez-en tel nombre. Prenez la moitié du reste. Et je vais vous dire le nombre que vous avez pensé ».
Il y eut les donneurs de certitudes à trente jours. Bien vite ils se lassèrent et disparurent. C'est en novembre 191 5 qu'ils manifestèrent leur existence pour la première et la dernière fois, sous la forme d'une revue : Les Prophéties du mois. En fait, ils prévoyaient un peu plus loin que les trente jours courants puisque, pour leur début, ils annonçaient le « déboulonnement » de Guillaume et la fin de l'Allemagne pour igi8. Mais, bien à la légère, le marc de café voyait la cessation des combats dès mars igi6. Mieux encore, il assurait, pour décembre 19 15, l'entrée simultanée des Russes et des Italiens à Vienne ! Et, par faveur spéciale, les « esprits » qui avaient collaboré annonçaient, pour l'avant-Noël. une grande victoire. Personne ne regretta ces devins quand on sut que le métier de marchands de fausses nouvelles leur avait, en peu de jours, paru improductif.
Non moins sûre d'elle-même, une dame, dont les journaux parlèrent joyeusement, en août 1916, fixa des dates indiscutables. Le 21 septembre, les Anglais devaient prendre Péronne, le 18 octobre, les Russes occuper Lemberg, le 30 décembre, les Russes entrer à Berlin. La paix était pour le 16 janvier 191 7. En octobre 191 7, le Kronprinz serait assassiné. Enfin le 14 novembre 1917, le Kaiser, à son tour, devait périr par le poignard. La dame avait fait quelques beaux rêves. . .
En novembre 1916, mourait le docteur Encausse (Papus). Ce brave homme, victime de son dévouement, emporté par un mal dont il avait pris les germes en soignant nos blessés, s'était soigneusement gardé de préciser ses vues d'au-delà sur la guerre, bien qu'il pratiquât commerce avec le
monde de l'Invisible. A peine faisait-il confidence à quelques amis de certaines prévisions à lui. En 1915. il avait annoncé l'offensive des Allemands à Verdun, en disant que l'ennemi ferait un formidable effort et que nous en pourrions éprouver quelque émotion. Papus annonçait d'ailleurs le complet échec de l'agresseur. Le reste de sa prédiction fut moins heureux. « Selon le mage, l'offensive allemande devait être presque aussitôt brisée et la fin de la guerre s'ensuivre à bref délai' >^.
Tout le reste de la prophétie de guerre n'est que fretin et répétition". Il aura été prouvé que ce n'est pas sans imprudence qu'un vain peuple d'illuminés s'évertue à prévoir les aboutissements des grands catach'smes humains, alors que la tempête est à son plein et que le drame touche à ses sommets d'horreur. Le mystère, pour nous déléguer ses voix, aime la paix et le silence. Il ne déteste pas non plus le recul des temps. La faillite aura été complète