I. M. Abel Hermant. le Ternes, i novembre
a. Assimilable à la prophétie italienne de saint Antoine de Padoue dont il a été parlé plus haut, ne signalons que sous toutes réserves cette information qui fut pour la première fois publiée par le journal Excehior le 28 juin iqib, et depuis lors rééditée par nombre de journaux parisiens et provinciaux, comme un fait nouveau, constaté la veille même, sur tel ou tel réseau de nos transports en commun :
« Tout dernièrement dans le tramway de Neuilly-Courbevoie, une dame donne un billet de 3 francs à la receveuse.
— Madame, déclare l'employée, n'auriez-vous pas une pièce de dix centimes? (c'était la crise des sous) vous m'obligeriez... Je viens de prendre mon service. Je n'ai pas de monnaie.
— Moi non plus. Vous devriez en avoir. C'est énervant.
— Madame, regardez bien dans votre sac. Vous trouverez six francs et quinze centimes... Vous voyez bien que vous avez deux sous.
La dame interloquée, compte son argent. Il y avait en effet six francs et quinze centimes dans le réticule.
Sur ce, un voyageur, stupéfait du don de double vue de la receveuse, s'approche d'elle :
— Madame, dit-il. j'ai deux fils au front. Pourriez-vous me dire quand la guerre finira?
— Le dernier coup de canon sera tiré le 28 juillet iqi6.
Cette histoire nous a été contée par un fonctionnaire de la préfecture de la Seine qui a entendu ces propos et assistait à cette scène étrange ».
de ceux qui trop vite ont voulu nous donner la substance des communiqués futurs. Dès le jour que fut commencée la guerre, les liseurs d'avenir auraient dû comprendre que les souffles de l'inconnu ne pouvaient plus utilement leur parvenir ^ Dans le tumulte des canons, la voix lointaine et toujours confuse des oracles n'a pu que leur dicter de fallacieuses inspirations. La fièvre qui arrachait des paroles saccadées aux lèvres de la Pythie n'est point celle qui, aux premiers temps de la guerre et dans chacune des grandes circonstances, nous jeta en foule autour des kiosques où l'on vendait les derniers journaux parus Le délire des augures s'accommode mal de cette tension d âme où il nous fallut vivre. Et si, comme nous le verrons, la prophétie au jour le jour ne chôma point, elle eut bien moins le caractère d'une révélation remontée des abîmes de Tocculte que celui d'un exercice quotidien d'imaginations en travail, sous les crânes de simples bavards réalistes, nullement sorciers, mais parfois beaucoup plus dangereux pour la tranquillité publique que ne le fut, pour Œdipe, le sphinx antique.
I. Ceux qui croient aux liseurs d'avenir le comprendront-ils désormais? On en peut douter si l'on médite cet entrefilet suggestif, publié après plus de trois ans de guerre, par la Libre Parole le ic) août 191 7 : « Il a été fait récemment la statistique des somnambules, tireuses de cartes, médiums, pythonisses, voyantes, lucides et extra-lucides, ainsi que tous les flibustiers qui vivent sur les revenus de la crédulité publique. Rien qu'à Paris, les professionnels publics de sciences plus ou moins occultes et louches sont au nombre de 34.607. Dans ce chiffre ne comptent pas les spéculateurs et spéculatrices du métier de « sorcier » qui exercent leur triste profession en secret. Les gains de cette entreprise immorale s'élèvent, d'après un périodique bien renseigné, à 73 millions par an ».
A la minute même où Guillaume II reçut la nouvelle quel archiduc héritier du trône des Habsbourg venait dètre assassiné à Sarajevo, il décida que le moment était venu de réaliser son grand rêve secret : déchaîner la p'uerre sur le vieux continent et assu-
rer par les armes, au cours d'une brève et facile campagne, le triomphe du. Allttel Biiropa, du germanisme, sur le reste du monde. Cette décision ne fut pas improvisée.
« Les délices du genre humain » ', (ainsi fut baptisé l'Empereur d Allemagne, pendant la guerre même, par un de ses docteurs d'universités), méditait l'extermination d'où devaient sortir la grandeur, la prééminence de son empire. Cette méditation n'était point d'origine récente. Par les grâces que de tout temps il prodigua aux Français, par l'affirmation solennelle qu il voulait un jour avoir la satisfaction de mourir en prince de la paix, l'épée dormant au fourreau, par la discipline morale qu'il avait cultivée chez son peuple en le sens résolu d'une Allemagne supérieure et dispensatrice de toute la loi de Progrès, par le rayonnement économique de son pays sous tous les ciels, par l'armée extérieure de ses marchands, de ses commis voya-