‹ Les fausses nouvelles de la grande guerre (volume 2)Chapitre 5 sur 46 · I. Ces plaintes sont articulées par la femme du nouvelliste · texte numérisé non relu

I. Ces plaintes sont articulées par la femme du nouvelliste

Et, d'un si long travail, las jusqu'au dernier point, Il vint coucher ensuite et ne me parla point.

Dernièrement tout prêt à rendre l'aine, Il pensa me faire enrager.

Et, d'un air tout mourant, il nie disait: « Ma femme. N'as-tu rien de nouveaul Si tu veux m' obliger, Va-t en chercher, je feu conjure, Quelque nouvelle qui soit sûre ».

A son apothicaire il en disait autant,

A son médecin tout de même :

Ils avaient beau le voir avec un soin extrême. Sans nouvelles jamais il n'en était content. S'ils n'en apportaient pas, il leur faisait la mine Et nous étions obligés quelquefois D'en inventer entre nous trois Pour l'obliger à prendre médecine.

« Ce sont là, monsieur, méchantes « rimailles » pour déprécier les gens de bien. C'est vouloir confondre le nouvelliste intègre et le journaliste aux abois, inventeurs de serpents de mer.

— Prenez garde : on a revu le serpent du Constitutionnel, au large de la Norvège, en septembre 1916.

— J'en doute. Mais, à tout prendre, la chose n'est pas impossible. Quoiqu'il en soit, monsieur, puisque vous avez eu la bonté de prêter attention à mon historique, laissez-moi vous remercier en franchise. Il ne m'arrive pas si souvent, dans mon métier d'informateur, de m'en tenir à la stricte vérité. Hélas, il me faut pourtant songer à reprendre ma besogne de nouvelliste, au travers la ville et le monde. L'époque est riche en rumeurs et bien des faits nouveaux ont dû surgir depuis que nous parlons. Précisément, voilà l'immortelle commère qui revient de notre côté. Tandis que nous dialoguions, elle a glané le potin ».

C'est bien elle, en effet. Elle accourt, très essoufflée et murmure quelques mots à l'oreille de l'impérissable nouvelliste. Lui, fait la grimace, dit né-

gligemment « merci » et se retourne vers son interlocuteur.

— Ce n'est rien, dit-il. et je pars...

— Excusez-moi, monsieur, interrompt l'Homme du xx'' siècle, mais tolérez que je vous retienne une seconde encore.

— Faites vite, je vous prie.

— Un mot seulement. Au début de notre entretien, vous m'aviez positivement promis une nouvelle, une grande nouvelle de nouvelliste et je brûle de la connaître.

— Brûlez moins, par grâce! Il n'est désormais plus aucune raison que je vous la dise.

— Et pourquoi, serait-elle...

— Je viens d'apprendre qu'elle est vraie » '.

I. On consultera avec un vif intérêt sur la question qui fait lohiet de ce chapitre le très remarquable ouvrage de M. Frantz funck-Hrentano : Les Noii-cellistes, avec la collaboration de M. Paul d'Estrée. (Paris, 1903. Hachette).

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