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CHAPITRE V

Étudiant ici, et parallèlement, les variations de l'âme de Paris et le va-et-vient des fausses nouvelles, — autant dire ce que fut le réflexe de celles-ci sur celles-là — sortant de la période d'expectative quelque peu impatiente qui suivit la période d'enthousiasme dont l'aboutissement fut la victoire de la Marne, nous n'approchons pas sans une certaine appréhension d'un troisième cycle de guerre : celui qui prit place entre la fête des morts en 19 14 jusqu'aux jours de mai 191 5 choisis par les Italiens pour se joindre au bloc des Alliés.

Pourquoi cette appréhension ?

Par la seule crainte de la monotonie. Les historiens qui étudieront le cours de la grande guerre à un point de vue plus général que le nôtre, n'auront pas à redouter le risque dont on nous voit, maintenant, préoccupés. L'énorme panorama des champs de bataille, le jeu secret et enfin connu des diplomaties, tout le spectacle multiforme et à chaque instant modifié, de ce chaos gigantesque où s'affrontaient les peuples, fourniront à leur plume une matière surabondante et telle qu'il leur sera bien malaisé, ne fut-ce que pour quelques pages, de laisser s'affaiblir l'intérêt de leur récit.

Mais il n'en va pas de même pour le psychologue spécialisé qui, tout en gardant un permanent con-

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tact avec les grands faits de l'épopée géante, prétend se borner à noter, avec les oscillations, souvent peu perceptibles, de l'opinion publique, les raisons insidieuses, les pièges et les embûches, les mensonges et les vaines rumeurs qui, de bonne ou de mauvaise foi, contribuèrent à la faire trébucher dans le doute ou le désespoir, à moins que dans la fausse joie.

Matière considérable, certes, et où chaque jour apporte des éléments nouveaux. Là n'est pas le danger pour l'auteur : il ne manquera jamais de faits à consigner, même pendant les semaines où l'information fut rare et où les nouvellistes, lassés de fabriquer des contes, interrompirent leur colportage. Paris bavarda toujours, même et surtout quand il n'avait rien à dire.

Mais la vérité est qu'un moment vint où ses imaginations, mal nourries par les renseignements qui descendaient du front de combat, réduisirent sensiblement le cercle de leurs audaces, et maintes fois répétèrent, à quelques modulations près, des sottises défraîchies et déjà passées au laminoir du démenti.

La lenteur d'une guerre, qu'on n'eut jamais pu supposer aussi longue, provoquait déjà chez les nouvellistes cet état d'esprit plutôt déprimé. Il correspondait à la mentalité du grand public qui, sans être jamais découragé — et c'est un honneur à lui rendre — en vint, à plusieurs reprises, entre novembre 19 14 et mai 191 5, à ne plus espérer de promptes décisions et à accepter, tout en gémissant, de vivre dans la guerre comme le poisson vit dans l'eau.

— « Ça traîne ! et ça traînera », disait le faubourg.

— Il faut savoir patienter, disait l'avenue aristocratique.

De ce temps commence, en principe, en germe,

et sans avoir encore porté sa fleur, la croissance de cette attitude « installée » dont il est plusieurs fois parlé en ce livre. Installation qui, chez certains, devait prendre toutes les formes de Tégoïsme mais qui, à cette époque, loin d'être un défaut, était une qualité indéniable. L'on ne s'installait pas dans la guerre « pour n'y plus penser », mais parce qu'on y pensait mieux que ne le faisaient beaucoup de gens pressés d'en finir. On s'était aperçu, en la raisonnant, que cette énorme aventure se jouerait à long terme, et qu'il fallait, pour être sage, prendre un bail dans la guerre. C'est à cause de cette déduction (contrôlée par l'avenir), que l'on calmait les ardents et tempérait les optimistes. Il n'est peut-être pas inutile d'avoir montré, par cette courte parenthèse, que V installation au cinquième mois de la guerre fut la vertu des clairvoyants.

Il fallait bien, en effet, se résoudre à comprendre que les solutions brusquées étaient impossibles. Dure nécessité pour des Français qui avaient cru l'Allemagne au bord de l'abîme, le 13 septembre, L'Allemagne tenait, et tiendrait. Peu à peu, on ne s'hypnotisa plus sur l'espérance du communiqué décisif. Il ne faisait rien pour entretenir cette illusion des premiers jours. De plus en plus, il prenait l'aspect d'un froid billet, d'un « compte de caisse » quotidien signé par le patron d'une maison de commerce, avant d'aller se coucher. Comment soutenir les âmes au plan du grand lyrisme avec ces froids bordereaux? La presse, par contre, persévérait à stimuler sa clientèle. Mais « les boniments des journaux » qui, nous l'avons dit, avaient déjà indisposé bien des gens, perdaient de leur puissance de persuasion. On sentait, entre les lignes, la sueur de l'effort péniblement perpétré au fond des salles de rédaction. On disait volontiers : « Ces journalistes, ils ont raison de faire leur métier. Mieux

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vaut lire cela, encore, que rien du tout ». Mais on repliait le journal, sans conviction ni fièvre.

Quelqu'un se fut^il appliqué à définir lapidairement la marche de ce sentiment nouveau — au moins pour la capitale — qu'il eut composé une série de formules généralement atones, d'un jour à l'autre, jusqu'à l'heure où l'on sut que les Italiens marchaient.

Essayons ce petit jeu : il nous constituera, à vrai dire, une excellente préparation pour étudier l'âme parisienne jusqu'au 24 mai 191 5.

En novembre 1914. — Tout va-t-il aussi bien qu'on le dit? (6). — Paris se laisse vivre (8). — Le temps coule, petite rivière... (18). — La stratégie des gens pauvres de nouvelles (21).

En décembre. — Hivernage ; de la patience (i).

— Au calme plat (3). — Le feu sous la cendre (7).

— Faut-il croire ou douter? — La fausse joie italienne (12). — Dans les nuages (15). — Les âmes grises (23). — Les jours se suivent (27). — Patientez (29).

En janvier 191 5. — En attendant (2). — L'entr'acte prolongé (3) . — Rien que des « épluchures » (6). — ■ Lenteur des jours (9). — Les « fatigués » (10). — Le temps passe (14). — Dans la nuit (18).

— L'unanime litanie [22). — La fausse joie roumaine (24). — Un jour comme tant d'autres (26).

En février . — Oîi en est la guerre ? (i). — Statu quo (3). — Que la vie est donc quotidienne ! (4). — Mélancolies (5). — La guerre piétine à l'Ouest (13).

— L'idée fixe (17). — Apparente inertie (19). — Tel qu'hier (20). — Le dimanche vide (21). — Un sentiment désormais avoué (23). — Est-ce pour bientôt? (27).

En mars. — Notre foi voudrait grandir (i). — Les « larmes à l'œil » (5 j. — Le nouveau reste rare (15). — Les fins inconnues de la guerre (18). — Malaise (26).

En avril. — Des on dit font leur chemin (i).

— Autant dire : rien (5). — Jour creux (11). — Laissons faire le temps (16). — Un jour sans histoire (17). — Italia? (23). — Vox populi (30).

En niai. — Les bêtises (i). — Farniente et moindre souci (2). — Sous le masque de Paris (10).

— Turlupinades (15) — Hesitalie (19). — Y es-tu, Italie ? (21). — Pas partis (23). — L'Italie part à la guerre (24).

En résumé, traverse pénible, dure côte à monter. Les fausses nouvelles furent-elles moins fréquentes du fait que les grands coups étaient plus rares, ou semblaient l'être ? Qu'on ne le suppose point. Alors que le pays vivait dans l'incertain, un inépuisable trésor de courage était dépensé sur les champs de bataille et cette guerre qui, dans nos villes, semblait n'envoyer que des échos amortis, traversait alors une phase d'énorme qui ne sera pas la moins terrifiante et la moins sublime. Autour des faits géants auxquels l'esprit public reprochait seulement de ne point aboutir à quelque solution nette, l'admiration pour nos braves rassemblait chaque jour des hommages nouveaux. Mais les nouvellistes, eux non plus, ne déposaient point les armes, et Ton va voir qu'ils excellèrent, alors comme toujours, à découvrir des perles dans le glorieux fumier.

Les feuilles tombaient, aux premiers jours de novembre, quand la France allait fleurir les tombes de ses morts, et Guillaume II s'était trompé en assurant à son peuple le retour au foyer allemand pour la saison des feuilles mortes.

Et l'arrière s'était singulièrement abusé en croyant que l'on ne lui parlerait bientôt plus de Roye et de Lassigny. On s'y battait, ces jours-là. Peut-être étaient-ce les dernières fois que le communiqué

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ramenait Tattention vers ces lieux d'âpre combat. En attendant, on acceptait volontiers l'affirmation que des Japonais arrivaient nombreux — non plus, comme on l'avait dit un jour, vers notre front — mais vers les pays où le Turc pouvait avoir la velléité d'intervenir. Les grosses nouvelles mensongères s'essayaient à fouetter les nerfs. Le 3, c'était la reprise, cachée depuis plusieurs jours, de Lille, de Roubaix, de Tourcoing. Il fallait bien cela puisque les Turcs venaient de se décider à être de nos ennemis. Et à quoi bon s'arrêter à la demimesure de l'hydromel tonifiant ? On en a un peu besoin. On en aura plus besoin encore.

Donc, les Français et les Anglais ont repris Ostende et les Allemands se sont retirés de Bruges, profondément démoralisés. « Les Bavarois commencent à en avoir assez », dit la Rumeur. Qu'en sait elle ? Et quel est ce mystérieux blessé, soigné avant hier à Strasbourg, et qui vient de mourir? La Rumeur, - toujours elle — qui sait tout, répond : « Le kronprinz ! »

C'est la première fois que l'on tue ce jeune homme : ce ne doit pas être la dernière. Quant à von Kluck, il n'est plus prisonnier des Français. Il agonise en ce moment dans un hôpital de Namur. Le 5, les iournaux du soir impriment cette nouvelle agréable, mais sous toutes réserves. Ils la démentiront dans les vingt-quatre heures. Mais Paris croit dur comme fer : von Kluck n'est plus, et si le kronprinz vit encore, il a été, pour le moins, trépané.

L'affaire turque ne passionne aucunement. C'est si loin ! Les Russes ne sont-ils pas là-bas pour régler cet à côté en peu de temps ? Et puis, une nouvelle lumière luit à l'horizon : a La Bulgarie ! Elle est capable d'entrer en danse, bientôt, et avec nous. Si elle se tournait contre nous, ce qui est bien peu vraisemblable, les Grecs, ces bons Grecs,

ces Léonidas, lui diraient bien vite : « Halte-là ! » Et puis, les Roumains n'attendent qu'un signe !

Le 6, Lille est reperdue. On va bientôt tirer vengeance de cet affront. Les Japonais, avant la guerre, nous avaient commandé huit cents canons lourds. Comme ils n'en ont pas un urgent besoin, c'est avec cet auxiliaire imposant que nous allons maintenant répondre aux 420.

Les communiqués, vers le 8, inspirent la bonne humeur. « Joffre, dit-on, a assez de ces piétinements. Il va foncer ». Les Belges du boulevard commencent à croire au prompt retour dans leur patrie. Il y a le choléra en Autriche. L'Empereur d'Allemagne est soucieux. Les Canadiens arrivent. Plus de Tauben. Pourquoi le Gouvernement ne rentre-t-il pas ? Il fait si bon vivre à Paris ! « Chauds, chauds les marrons », dit l'Auvergnat au coin de rue. Et le promeneur dominical voit un symbole heureux dans ces marrons si chauds promis aux Allemands.

La Bourse va rouvrir, on voit circuler de l'or : un grand magasin, le 9, a rendu soixante francs en louis sur un billet de cent francs : c'est un heureux signe des temps ! On applaudit les officiers anglais qui viennent déjeuner dans les « restaurants chics ».

Le 10, bonnes nouvelles encore : nous avançons décidément. Nous gagnons des points à la partie. Atmosphère d'optimisme indéniable ! Il y a des gens qui ne veulent plus croire à rien de nos revers passés ; la retraite de Charleroi, la descente sur la Somme, ce sont des rêves de pessimiste. Mensonges que ces chifFres-là, donnés le 11, par la presse étrangère. Prisonniers aux mains des Allemands : 3.138 officiers français et 188.518 soldats ; 3. 121 officiers russes et 187.38g soldats; 538 officiers belges et 34.908 soldats; 428 officiers anglais et 15-730 soldats. Total : 7.225 officiers et 426.545 hommes. Exagération, sans doute. Mais enfin, nous

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avons dû laisser bien des plumes!... « J'en aurais le droit, répondent les optimistes féroces, je vous ficherais une baiie dans la peau, et tout de suite ^ ».

Les Parisiens retirés en province sont moins expéditifs. Ils adressent, à leurs amis citadins, des lettres hérissées de points d'interrogation : « Est-il prudent de revenir... car les délices de Bordeaux, de la Baule, du Croisic et d'Amélie-les-Bains commencent à se faner ? »

Cependant, ces timorés lisent nos journaux. Ils y voient ces titres inviteurs : « Le Kaiser découragé. — Ils se lassent ! — Vers le succès final ! — Tout va bien ! — Les Russes avancent à grands pas ! — La fin prochaine de l'Autriche ! » Que faut-il de plus pour décider un émigré des Quinconces ?

Il est vrai que stricts en leurs rédactions, les textes officiels tempèrent un peu ces joies tapageuses. Les Allemands, si fatigues, sont toujours où ils étaient il y a un mois : iis sont même à Dixmude. Les « ténébreux » s'enhardissent un peu. Ils ne voient pas la fin des opérations, craignent l'hiver, redoutent le printemps, tremblent à la pensée de Tété. Leurs adversaires confiants tiennent le coup. Il y a partage d'opinion, en deux groupes à peu près égaux.

Est-il vrai que les Allemands aient chambré dans leurs tranchées, près de Reims, une infortunée population civile, que le Gouvernement va reparaître, que Joffre ait désigné pour son successeur le général Foch au cas où lui-même serait tué, que nous ayons huit mortiers de 520, que nous ayons fait 2.500 prisonniers à Sainte-JVLarie-aux-Mines, que les Chinois aient le projet de s'insurger contre les Japonais maîtres de Tsing-Tao ?

Tout ceci, en bien ou en mal, serait insuffisant à émouvoir la capitale. Quelle âme concentrée montre

I. Citation textuelle d'uu propos qui nous fut rapporté, plus tard, et dont nous respectons la couleur triviale.

cette grande cité? Voyons les notes d'un parisien, le i8 novembre : « Il est en vérité assez malaisé de tirer quotidiennement de Paris, en ce moment, la substance d'une importante observation psychologique. L'inertie des gens est générale, j'entends dans le sens qu'il faut prêter au mot, lorsque l'on se met en chasse pour trouver trace d'une passion, d'un sentiment vif, d'une émotion extérieure. On vit, on se laisse vivre. C'est la guerre, mais personne n'est au créneau. Le temps coule, petit rio sans ressauts, hormis le léger rebondissement sur le caillou du communiqué. Aucune trace de fièvre et quelque citoyen de la lune tomberait-il place de l'Opéra qu'il serait un bien grand génie s'il s'apercevait qu'il arrive dans la capitale d'un paj^s menacé de destruction prochaine, par un ogre dont la botte sonne sur la terre dure, à moins de vingt-cinq lieues de l'Arc de Triomphe »,

Toutefois, ce n'est là qu'un vernis sur le visage de Paris.

Il s'émeut en silence et à froid : « Vous verrez un jour, continue l'auteur des notes, ce qu'il a enfoui en lui, sans dire un mot, vous le verrez le jour où il apprendra que le territoire est enfin libéré. Alors cette ville que l'on croirait assoupie et loin de la guerre, montrera son allègre délire et comment elle a su vivre avec ses défenseurs ».

Si la ville n'est pas visiblement « passionnée », elle bavarde sans repos : l'hiver sera froid et arrêtera autant dire la guerre. Trois ministres vont sauter. Joffre a brisé beaucoup plus de généraux que V Officiel ne le dit. Il va y avoir un remaniement ministériel.

Broutilles ! Et, réalité trop certaine, les Russes sont obligés de reculer. Cette nouvelle suffit à déterminer bien des Parisiens à ne pas brusquer leur retour de villégiatures forcées. Parmi le concert des optimistes forcenés, les désabusés, nombreux,

jouent d'une morne clarinette. Au reste, ce ne sont pas seulement les faits du jour qui les dépriment, c'est la désillusion d'une guerre qui se prolonge et qui va durer très longtemps. Moment psychologique important et qu'il convient d'observer avec précision. Après un mois d'alertes et de craintes — le premier — venait de s'écouler une période où, encore sous l'effet de la victoire de la Marne, le premier emballement (qui ne se mesure jamais), avait considéré comme certaine la paix à bref délai. Puis des lenteurs s'étaient produites. La guerre de tranchées commençait, inédite, nouvelle de tout point. On n'y était point accoutumé. Et le pis est que l'on ne voulait pas s'y accoutumer. On restait dans la conviction que cela n'était pas possible, qu'un trou est un trou et qu'un Français est un Français. Le Français enjamberait le trou allemand.

Pourtant le trou se défendait avec une âpreté singulière, déconcertante. Les communiqués, par force ou par 'raison, prenaient ce ton amorphe qui d'abord étonna, et bientôt agaça. Un temps viendrait où, sous leurs fades couleurs, les récits officiels montreraient si peu d'attrait que les citoyens de la nation envahie ne le liraient plus — autant dire — que comme un fait divers. On n'en était pas là. On prenait ouvertement le parti de dédaigner ce communiqué insipide, et secrètement on le regardait, on le retournait dans les coins pour découvrir s'il ne s'y cachait pas quelque présage heureux. On avait la tenace espérance que nos informateurs officiels, connaissant les fièvres de chez nous, voulaient épargner au peuple la crise de joie tant qu'elle ne serait pas bienfaisante et durable. On comprenait, ou croyait comprendre — car, en réalité, le communiqué n'étouffait qu'une vérité peu faite pour surexciter — que derrière ces phrases banales s'abritait la prudence d'une sorte de censure maternelle, soucieuse de ne pas voir l'enthousiasme prendre feu

trop vite, mais qui, un beau matin, allait avouer : « Eh bien, oui, citoyens, allez-y. Le moment est venu. Dansez, chantez, soyez heureux sans réserve. Nous avons fait ceci. Nous avons conquis cela. Les ennemis sont rejetés jusqu'à tel point. Ils ne reviendront plus. La victoire est prochaine. Nous ne voulions vous le dire que lorsque nous en serions positivement sûrs ».

Mais les jours suivaient les jours et, au 20 novembre, rien n'apparaissait qui ressemblât à cette prestigieuse aurore. Alors, on sentit qu'on descendait d'un beau rêve. On discerna que les pessimistes et leur guerre d'un an — on disait un an à cette époque ! — pouvaient bien avoir raison. On rechigna, sans colère extérieure, mais, en son fond, chacun se sentait fortement atteint dans sa présomption de vainqueur à court terme. Un peuple qui aime la charge, la claironnade, les ruées superbes, les belles pages rayées de sabres au clair, les Marseillaises déferlantes, ne s'accommode pas sans en être un peu indisposé, d'une philosophie de calme patience, d'une théorie de sage résignation. On n'arrache pas de son chapeau, sans qu'il s'en affecte, le panache et la cocarde.

Il fallait pourtant tolérer ceci et cela, accepter les combats de guerriers tapis dans des tranchées profondes, envisager les terriers imprenables, les gîtes tortueux, les attentes, les salves sur un front de vingt lieues et sans résultat, l'effort anonyme, les terrassements prosaïques, la fin des d'Artagnans.

Cette perspective était aussi peu souriante que possible. C'était la guerre-métier et non la guerreélan. C'était besogne d'ingénieurs et non plus prouesses de soldat.

Et puis, loin qu'il en eût assez, le Français avait tout supposé, excepté l'obligation d'expurger pied à pied notre sol. On comptait au kilomètre, au centimètre, le temps qu'il faudrait pour reconduire les

Germains à la frontière et au Rhin. On eut, pour la première fois, le sentiment de l'interminable.

Le malheur fut que les opérations donnèrent toute vraisemblance à cette morne hypothèse. Nous avons dit, voici quelques pages, en quelles atones formules pouvait se condenser, jusqu'en mai 1915, le sentiment vrai de Paris et de la France. Pas Un « gros coup » pour relever cette courbe monotone. La pièce durait, en un dialogue qui de loin, de loin seulement, semblait fade. Des luttes formidables, des tragédies sans précédent prirent place en cette période. Elles émurent profondément quand elles furent connues. On ne fut jamais insensible à leur grandeur, à leur gravité, à l'importance qu'elles pouvaient prendre dans la gigantesque partie engagée. Cependant elles ne réussirent jamais à « donner », comme on dit au chevet des malades, « de la température ». Quelle que fut leur terrible violence, le pays ne retrouva plus les 40 degrés du 4 août et du 10 septembre. Ce n'était pas là ce qu'il ambitionnait. Chacun restait, malgré l'expérience des jours sans fin, ferme théoricien de l'action décisive. Nos soldats et ceux d'en face menaient une lutte pratique et sévère qui, malgré tout Théroïsme de nos fils, ne rendait pas ce que l'on attendait, ce qui eût restitué à tous ce droit au délire dont on avait déjà deux fois goûté, d'abord en prenant nos armes, ensuite en les couronnant de lauriers.

On conçoit que, dans ce piétinement si peu conforme à ses traditions, le peuple français ait souffert d'un réel marasme. Il reste à son honneur qu'il ait si bien réagi contre son penchant au spleen. On peut ouvrir les chroniques de fin 19 14, celles des cinq premiers mois de 191 5 ; on y retrouvera, certes, les traces de son impatience : on n'y verra pas les preuves de son découragement. Nous sommes un peuple admirablement assimilateur. L'effort d'adaptation fut pénible, mais la France sut ne point trop

montrer, sur son visage, la grimace qu'il lui fallut faire lorsqu'elle dût endosser cette camisole de force : la guerre au compte-gouttes.

Cette observation n'est point placée ici pour parer les Français d'une vertu inventée après coup : nous sommes assuré de ne pas enjoliver l'histoire en attestant que nos compatriotes acceptèrent mal l'obligation d'attendre très longtemps la victoire, mais la supportèrent bien. Les plus nerveux d'entre eux se lamentèrent assurément. Imagine-t-on une nation de stoïques ? Ce serait trop beau, et même presque effrayant. Mais il est juste d'écrire que, dans Tensemble, chacun fut ce qu'il devait être : ennuyé profondément — ennuyé semble le mot de situation — mais nullement découragé.

Pouvait-on demander aux anxieux par surcroît de se retenir de commenter leur neurasthénie du triomphe? C'eût été trop exiger. Ils n'étaient pas des impassibles : à plus forte raison ne pouvaientils pas être des demi-dieux de marbre. lis parlaient donc, et ils parlaient beaucoup. Les nouvellistes, de quelque bord qu'ils fussent, répandaient l'information d'autant qu'elle était rare. C'est leur grand privilège. Leurs facultés d'improvisation ont presque toujours été en raison inverse du nombre de dépêches transmises par le télégraphe II ne manquèrent pas cette fois, à leur mission. La partie leur était trop belle pour qu'ils ne fissent pas tout le nécessaire afin d'alimenter les échos, puisque la bataille était telle que l'on n'en put entendre venir le tonnerre des magnifiques certitudes.

Entre ceux qui s'affligeaient et ceux qui promettaient merveille, une nouvelle classe d'individus prenait place désormais. O.n pourrait les appeler les « juste-milieu » comme on disait sous le gouverne-

ment de Louis-Philippe : c'étaient ceux qui disaient, en langage familier et courant : « Ni pessimiste, ni optimiste. Moi, je crois que nous ne sommes pas de force à les bouter dehors avant longtemps ».

La classe 1915 allait partir vers la fournaise. Bien des gens, mettant les événements au pire, n'admettaient pourtant pas que la guerre pût durer encore lorsque ces jeunes gens approcheraient du front. Pour avancer la solution, les tacticiens en chambre annonçaient un effort des Allemands sur l'Aisne : « Rien ne pourrait être plus agréable à Joffre » disaient-ils, en clignant de l'œil. Ils croyaient à la belle manœuvre qui ramènerait les Prussiens sous Paris, et, une seconde fois, les punirait de leur incorrigible audace. Paris ne semblait pas redouter l'aventure. Le 22 novembre, il s'apprêtait à rouvrir quelques théâtres et cafés-concerts. Les journaux, pour entretenir le réconfortant sentiment d'une paix prochaine, prodiguaient les conseils d'après-guerre, parlaient gi'avement de nos futures réorganisations industrielles, commerciales, économiques. Le boulevard essayait d'être gai. Les Parisiens s'y ruaient à la promenade, à la recherche des fausses nouvelles. On chantait sous les portes. Les cafés annonçaient l'arrivée d'une bonne bière française. Les femmes lançaient la mode du bonnet de police, avec ou sans galons. On vendait, à pleines voiture ttes. le mimosa et la violette, le sifflet du soldat « qui peut lui sauver la vie », et du sel, et des chaussettes, au coin des rues.

Il n'est pas hors de propos de cra)^onner ici d'après de scrupuleux témoins, le petit tableau de Paris, aux approches de décembre 1914. Il fait partie de notre sujet ; avec le recul du temps, on comprend mieux comment cette animation, cette apparente bonne humeur, cachaient l'impatience du grand coup. On vivait, en l'animant du mieux qu'on le pouvait, un entracte qui semblait bien long et, tout

en marchant par les rues, chacun partagé entre les bruits et les rumeurs instables, s'attendait à tout instant à voir déboucher du prochain carrefour, le crieur de feuilles publiques qui — enfin ! — allait, malgré le règlement de police imposant silence aux vendeurs de papier — crier la retentissante vérité : « Une grande victoire, plus éclatante encore que celle de la Marne ! »

Rien ne surgissait pourtant qui pût légitimer cette joie tant espérée. Il fallait, paraît-il, attendre que nous fussions pourvus d'artillerie lourde, que nous eussions un million cinq cent mille obus. (Ce chiffre est authentique, il a été recueilli le 23 novembre : à ce moment-là on ne savait guère ce que l'on disait !)

Les émigrés de septembre revenaient en nombre. Sursaturés de 1" «esprit de Bordeaux», ils faisaient plutôt figures d'alarmistes parmi les Parisiens fidèles. Ils furent étonnés de les voir, en apparence, si placides. Est-ce parmi ces « revenus » que naquit la nouvelle de Compiègne évacué, d'une descente de l'ennemi vers la capitale? Toujours est-il que cela circula.

Un bon communiqué remit l'opinion en selle, et un « ajouté » important, résumant les opérations françaises depuis un mois, porta effet jusqu'en Angleterre. Nos alliés, intrigués fâcheusement par le laconisme de nos comptes rendus officiels, se laissaient peu à peu persuader que l'armée française ne faisaient rien et que les soldats du Roi étaient les seuls héros dans l'affaire. Cette erreur fut rectifiée d'un coup.

Par une de ces sautes de vent qui viennent on ne sait d'où, le 24, tout Paris se reprend à chuchoter, le sourire aux lèvres, la confiance au cœur : c'est la prophétie à la confiture de roses : « Demain, nous allons apprendre un fait extraordinaire, une de ces admirables opérations qui compteront dans les

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fastes de la guerre. On n'en peut dire davantage. Cela se passera aux alentours de Soissons. Ce que l'on peut assurer, c'est que 250.000 hommes viennent de Châlons, 300.000 remontent par 1 ouest, et ces derniers appartiennent à la classe 1914. Ils vont presser l'ennemi sur les flancs. Alors ce sera la bataille sur les deux ailes allemandes. C'est bien le diable si... ».

Si ce n'est pas la tactique de Joffre, c'est au moins celle du garçon de restaurant : les Parisiens dînent de ce bon plat.

C'est peut-être pour cela que M. Poincaré est revenu dans la capitale, que les députés rentrent? Déjà, les infortunés parlementaires font l'objet de critiques. On les blâme, à tort ou à raison, de se réunir dans les couloirs de la Chambre pour fabriquer des fausses nouvelles, et, comme on dit, des « grossissements » de faits sans importance !

Que leur faut-il pour les remonter? Les Russes ont fait prisonnier tout un corpsd'armée allemand, déjà expédié en chemin de fer, du côté de quelque Sibérie. Un deuxième corps d'armée serait en mauvaise posture, les Portugais vont marcher avec nous, la République de San-Marin mobilise pour effrayer Guillaume II, ni Compiègne ni Soissons n'ont été évacués \ Mayol va chanter tous les soirs,

Ni Compiègne, ni Soissons n'ont été évacuées.

I. Nous apprenons que le bruit a couru ces jours derniers à Paris, de l'évacuation des villes de Compiègne et de Soissons par les Alliés et de l'occupation de ces deux villes par des troupes allemandes.

Or. les correspondants de journaux étaient de passage dans ces deux villes lorsque l'écho de ces fausses nouvelles est parvenu à Compiègne et à Soissons et ils ont pu voir l'éclat de rire avec lequel il a été accueilli par les populations et par les troupes. Nous pouvons donner l'assurance qu'à aucun moment, depuis de longs jours, Compiègne ni Soissons n'ont couru le moindre danger. A Compiègne, la population civile vaque à ses occupations habituelles avec une belle insouciance de la guerre, et si Soissons est soumise à un bombardement intermittent de la part des grosses pièces ennemies, elle est suffisamment défendue pour que ses habitants ne désertent point la ville. (Excehior, a8 novembre i<)i4).

la rue de Saint-Pétersbourg est devenue rue de Pétrograd, la station du métro Allemagne s'appellera désormais Jean Jaurès.

Et puis, décidément, c'est un retour de bonne humeur. La courbe des sentiments remonte depuis quelques jours, sans que 1 on puisse nier son ascension régulière. Elle a même presque fait un bond en une semaine. L'opinion se propage de plus en plus que la guerre pourrait être terminée bien plus tôt qu'on ne l'avait pensé. Berlin voit chaque matin arracher par la police, sur ses murs et dans les quartiers les plus centraux, des affiches où le Kaiser et son fils aîné sont insultés et où l'on réclame la paix a pour éviter un plus complet désastre ». Notre Paris au contraire montre une confiance qui ne va que grandissant : on y croit aux heureuses promesses d'un très prompt avenir. Et d'abord, le dernier assaut allemand sur notre territoire, effort suprême que suivra le commencement de la reculade tant attendue, et puis la suite des magnifiques opérations russes, la grande marche en avant à travers l'Allemagne, la ruée qui affolera les peuples, les jettera sur les routes de la capitale et marquera, là-bas, le crépuscule germanique. Les Russes à Noël dans Berlin? C'était, il y a un mois, un bien beau rêve. Il n'est pas une réalité encore, mais, avec un peu de bonne volonté, on se laisse aller à admettre cette hypothèse qui a pris un corps réel, chez nous, depuis quatre mois. Les Belges verront-ils, au même temps, leur patrie échenillée des hordes qui la blessèrent si cruellement ? Cela est beaucoup moins sûr. Il paraît que ce malheureux pays n'est que mines, nids à poudre, souricières à explosifs. Mais le soir du 29 novembre, Paris ne veut pas songer à ces difficultés futures. Tout va selon son vœu : l'air est doux, les nouvelles sont bonnes, la guerre est une bonne fille... Le centre, les faubourgs, les grandes banlieues, sont du même

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avis : les Russes apporteront la solution du problème. C'est eux qui vont faire la poussée, car les Allemands n'ont plus de fusils. Cette fameuse nouvelle, on la connaît par Berne : elle expliquerait le ralentissement de l'offensive ennemie : « La quantité d'armes que nous avons prises ou que l'ennemi a jetées en fuyant est telle qu'il se trouve à court pour les nouvelles formations. Dans le sud de l'Allemagne, un appel a été fait aux armuriers, leur demandant de donner le plus possible de leur temps aux manufactures d'armes, et pour stimuler leur zèle, on annonce publiquement qu'à l'heure actuelle, il n'}^ a qu'un fusil pour trois réservistes. On voit, paraît-il, beaucoup de réservistes et de territoriaux, manœuvrant sans uniformes ni bottes, avec des bâtons^ ». Ainsi est-il écrit dans la jFr<2WC^ <ie Demain.

I. Hélas 1 c'était exactement ce qui, au même temps, arrivait aux Russes. Ils nous avaient pu soulager, au moment de la Marne, remporter des succès en Autriche. Mais Rodziansko, en mission aux armées, avait vu des soldats déchirer leurs toiles de tentes pour s'en faire des « chaussettes russes sans hottes ». Les canons étaient rares, l'artillerie lourde et de campagne insuffisante. Des brigades d'infanterie .se battaient sans soutien. Aux dépôts de l'intérieur les recrues, sans fusils, faisaient l'exercice, en effet, avec des bâtons. Il y avait partout pénurie. Des soldats au front y étaient sans armes. Derrière les lignes, ils attendaient le moment d'aller ramasser les morts. Goutchkof en fit le témoignage au procès Soukholminof, en citant, pour l'avoir vu de ses yeux, l'exemple de i().ooo soldats d'un corps sibérien. Les munitions d'artillerie aianquaient. A Ossovietz, les gros canons de la forteresse n'avaient pas un obus de leur calibre. Dès la première retraite de Roussky devant Hindenburg et Mackensen, on n'avait pas assez d'artillerie de campagne. De même en fut-il en Galicie. Le grand-duc Nicolas disait alors à Rodziansko : « Nous ne pourrons pas longtemps continuer ainsi ». Des généraux écrivaient : « Nous glissons dans un abîme ». Un temps vint où les hommes, dans les tranchées, n'avaient plus de cartouches, mais se servaient de pierres. Il fallait, selon le proverbe russe, « tenir avec sa poitrine ». Le ministre de la guerre était pourtant optimiste II avait fait ralentir la fabrication des fusils à la veille de la guerre Maintenant il répondait que tout allait bien lorsque l'Etat-major général s'alarmait. Le 1^/26 septembre 19 14, après la Marne, le général Joffre fait transmettre par M. Paléologue une demande de renseignements à cet Etat-major, sur sa richesse en obus Le ministre russe fait répondre : « On n'a besoin de rien «. Il falsifie la lettre de l'Etat-major et y supprime un paragraphe relatif à l'offre de munitions faite par la France, offre qu'il estime inutile. Il fait des commandes fictives à l'étranger, pour rassurer

8o LES FAUSSES NOUVELLES DE LA GRANDE GUERRE

Nouvelles bien agréables pour des Français, mais, cependant, à la même date, les Muenchner Neueste Nachrichten annonçaient ce fait colossal : « Sur 150.000 conscrits du département de la Seine. de la classe 1915, 80.000 seulement se sont présentés dans les mairies et pour le conseil de revision : tous les autres ont passé à l'étranger ». Abominable mensonge s'il en fut jamais. Au moins, chez nous, en parlant des bâtons des réservistes d'outre-Rhin, était-on d'absolue bonne foi. On se maintenait dans un plan de bonnes nouvelles. Il n'était pas toujours par la faute des nouvellistes si ces bonnes nouvelles étaient mal fondées. Celles des champs de bataille, au i" décembre 1914, restaient sans grande signification. On savait que l'on devait hiverner jusqu'au réveil printanier, à moins que les cosaques de Nicolas II, experts en beaux froids, n'avançassent les décisions. Les journaux français ne promettaient-ils pas, unanimes, bien que derrière un point d'interrogation : « Les Allemands vont-ils se retirer sans combat? Les Russes vont-ils cerner deux corps d'armée? » Riantes illusions imprimées qui font tristement sourire aujourd'hui. Le 3, dans les salles de rédaction, tout le monde est sûr que notre (( offensive générale se déclanchera dimanche prochain ». D'où vient ce canard ? D'où sont venus tous les autres ? Le canard, en temps de guerre surtout, est un animal à génération spontanée.

En attendant, la nouvelle vraie c'était que Belgrade avait succombé sous l'attaque ennemie.

la Douma, ou d'autres commandes qu'il ne peut éviter, mais pour lesquelles il fait établir des cahiers des charges si compliqués que la fabrication et la livraison sont presque indéfiniment retardées. Il refuse d'acheter 700.000 fusils que lui propose le Japon, et les rachète, contraint et forcé, à l'Italie qui en a fait l'acquisition, entre temps, un an après! Au printemps 1915. l'Angleterre offre des fusils. Le ministre, en apparence, les accepte, et les fait refuser par un sous-ordre.

« Voilà l'aspect des faits en Russie, au moment précis où, en France, des informateurs bien intentionnés, mais bien légers, nous disent que les Allemands se battent « avec des bâtons 1 »

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Résultat, au dire du nouvelliste ? La Serbie va demander une paix séparée. Première apparition dune nouvelle qui sera rééditée pour la Russie plusieurs fois ', comme pour le Japon, et plus tard pour la Roumanie. La suite des temps prouvera que ce genre d affirmations fut de ceux dont s'alarmèrent le plus les Etats de l'Entente. Pour en contrebattre le mauvais effet, vingt déclarations solennelles furent articulées du haut des tribunes de Doumas et autres assemblées ^

En décembre 1914, la rumeur ne fit qu'effleurer les esprits et ne s'y fixa pas : la « Belgique balkanique », d'ailleurs, prouva bien vite qu'elle ne songeait guère à déposer les armes.

A Paris, baisse des actions de lalarmiste le 4. Pourquoi? Aucune raison. C'est un des mystères de la Bourse aux ragots. A-t-il pressenti, cet affligé de la guerre, que le lendemain on allait l'avertir d'avoir à mesurer ses propos? Toujours est-il que vingt-quatre heures ne s'écoulent pas sans que la presse ne communique un texte où il est nettement déclaré que les propagateurs de démoralisation sont passibles de prison. Que vont dire les bavards d'estaminet ? Rien sans doute et continuer à se taire mieux que jamais ^.

Mais comment ne pas desserrer un peu les dents lorsqu'on sait que la « grande offensive » est commencée ? Le jour même de la circulaire comminatoire, la chose fut chuchotée. Il n'était point besoin de ce fait pour maintenir la calme humeur de la capitale. Recopions prises au jour le jour, ces notes

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