Avant la malheureuse confirmation de décembre
2. Déclarations d'ailleurs ?îincères à Tépoque, et distinctes des événements qui découlèrent en Russie, de la révolution éclatée le 13 mars 1917.
3. Nous avons dit que, depuis quelque temps, ils mettaient une sourdine à leurs tristes guitares. Convaincus d'avoir, an début, trop forcé la note, ils s'essayaient au silence. Insuffisamment, puisque le Gouvernement crut devoir les menacer.
d'un témoin : « 7 décembre : — Rares sont les indices qui laissent pressentir, à moins de cinquante lieues de nous, l'existence de l'ennemi. Assurément, ce sont toujours les sentinelles aux portes de la cité, gardant les maigres travaux de défense ; ce sont les passages rapides de grandes automobiles de santé, ce sont les marchands de cartes postales au boulevard, ceux qui crient la liste des blessés, un peu partout, les soldats de toutes armes à tout coin de rue, autant de détails qui ne sont point du temps de paix et qui ne trompent point sur les misères du temps présent. Mais il faut redire que, si un étranger, venu à Paris, trouverait encore prétexte à surprise en ces manifestations extérieures, nous y sommes, nous citadins, à ce point habitués déjà, que nous ne les voyons plus. Nous vivons au milieu de cette ville modifiée sans nous apercevoir désormais de sa transformation. Les drapeaux attachés aux fenêtres seraient-ils enlevés demain que nous commencerions à en être étonnés. Présentement nous ne les voyons plus : ainsi va-t-il du reste. C'est dire qu'il faut se contraindre pour discerner l'image de la guerre en ce Paris qui a bien fermement pris le parti de ne plus laisser se former un pli trop profond sur son cœur, ni apparaître un sentiment trop vif dans ses yeux, jusqu'à ce que quelque forte nouvelle vienne mettre fin à cet état de stagnante confiance où nous maintiennent les pâles communiqués. On vit, calme et patient, avec cette réserve : « Nous sommes en pensée avec nos chers enfants, avec ceux qui tiennent le destin de la patrie entre leurs paumes ». Cela est l'expression d'un digne calme, d'une tenue morale, qui ne doivent pas être interprétés comme de l'indififérence, et qui, tout bien apprécié, honorent les Parisiens. Je présume que les provinces doivent être plus émues, sinon moins confiantes . Elles ont le droit d'être ainsi . Nous vivons dans le torrent perpétuel des nouvelles. La vie est
DE LA FÊTE DES MORTS A l'ÉVEIL DE l'iTALIE 83
plus longue à vivre, à Bourges, à Lorient, à Gap, entre deux communiqués ».
La moindre dépêche stimulante qui fut parvenue delà-bas eutd'aiheurs en un instant rallumé sur les lèvres, entre les sourcils et dans les cœurs, les flammes d'un feu de joie qui ne demandait qu'à jeter, au ciel français, toutes ses étincelles.
Pourtant, on n était pas d accord sur tous détails. Cette étude de la psychologie d'une grande ville en temps de guerre manquerait le but qu'elle se propose, si elle ne tenait compte des nuances sensibles, des vents contraires qui, à ce moment, ridaient à contre sens le beau lac de Paris.
Un exemple entre cent : le Gouvernement allait, tout entier, revenir de Bordeaux'. D'où deux courants d opinions : i" 11 a tort. Les Prussiens vont trouver, en ce geste qui les nargue, un stimulant et un ressort. 11 vont toncer avec une nouvelle énergie vers Dunkerque et Calais, comme sur leur extrême pointe du Sud, pour obliger nos ministres à reprendre les routes du Midi. — 2" 11 a raison. Ce retour va prouver au pays qu'il n'y a plus à craindre une ruée de l'ennemi sur Paris. Et 1 effet sera démoralisant pour nos adversaires, de cette réinstallasion d'Excellences dans leurs sièges réguliers.
Et l'offensive générale ? C'était un mensonge. On s'était attardé dans un rêve stupide. Avec un peu moins de béatitude dans l'âme, on aurait dû comprendre la nécessité des délais. L'offensive générale ? Ce fut celle des Allemands, au moins du côté russe. On attendait gros bénéfices de ce «rouleau à vapeur » moscovite qui, à en croire les renseignés, allait broyer les routes prussiennes et qu'en novembre 1914 on appela la roulotte à vapeur. Or, Berlin illumine. Lodz est aux mains des soldats du Kaiser. . .
Il n'en faut pas plus pour rouvrir sur le boulevard