‹ Les fausses nouvelles de la grande guerreChapitre 13 sur 52 · I. Certains ministres étaient déjà rentrés (8 décembre · texte numérisé non relu

I. Certains ministres étaient déjà rentrés (8 décembre

la volière aux hiboux de malheur. Conversations du 9 décembre, entre pessimistes :

— La défaite de nos alliés va libérer un important effectif allemand qui sera bientôt renvoyé sur l'Yser et qui fera nombre avec ce qui est dès maintenant cantonné ^

— Alors, les routes de Calais...

— ...Peuvent être forcées sous peu.

— Avez-vous vu passer cette nuit, avenue de Clichy, les régiments...

— Oui. Tout cela va à Calais.

— Il est temps.

— N'est-ce pas trop tard .*

-i— On va appeler les classes 1915, 1916, 1917.

— Et puis les vieux de cinquante-deux ans.

On ne s'affole pas. Ce n'est pas du pessimisme à proprement parler. On expose de sang-froid la loi des nécessités fatales. On y croit sans grand émoi. L'optimiste traverse les groupes assombris et il lui .suffit de lancer :

— Ennui momentané, et qui sera vite réparé... Alors, le sourire renaît sur les faces. On ne

demande pas mieux que d'être convaincu. Soulignons cet aspect nouveau des caractères, cette forme de découragement partiel qui est tout près de se démentir, si on l'en prie quelque peu. Les ténors de la victoire font effort pour trouver public chez les inquiets. Ils y réussissent fort bien. Les arguments ne leur manquent pas.

— Les Russes ont l'avantage au sud de Cracovie.

— De leur propre initiative les généraux du Tsar évacuèrent Lodz.

— Pourquoi Lodz fut évacué.

— La mauvaise bronchite de Guillaume II.

I. Même raisonnement en novembre-décembre 19 17, au moment des préliminaires de paix russe-allemande.

DE LA FÊTE DES MORTS A l'ÉVHII. DK l'iTALIE 85

— Trois croiseurs allemands sont coulés par la flotte britannique.

— Le choléra en Allemagne.

— Vienne ne sait plus où mettre ses blessés^.

Les mélancoliques se ressaisissent. Ils font crédit à l'avenir, puisque Lodz est un « revers consenti ». Paris-Midi, V Information^ à l'heure du déjeuner, le lo, dissipent les derniers nuages, avec quelques énergiques coups de clairon.

Ah ! la mobilité de l'âme populaire !

A cinq heures du soir : Sursum corda! Il est temps de revenir de sottes alarmes. Les journaux chantent le prochain triomphe. Les faubourgs et les rues veulent que tout soit au mieux. Paris fait des jetés-battus. Le communiqué s'échauffe. Guillaume II va plus mal. S'il mourait ! Les « Livre Jaune » à o fr. 50 s'enlèvent comme des petits pains. Les libraires n'en ont plus.

Et puis, on ne dit pas toute la vérité. Ecoutez les bavards, qui la connaissent bien :

— En Alsace, tout va au mieux : vous verrez!

— Un grand coup français est imminent.

— Cette fois, c'est sûr, je le signerais de mon sang.

~ LTtalie a déclaré la guerre à l'Autriche-.

— La fortune souffle dans les drapeaux serbes !

— Le kronprinz est mort (13 décembre).

— La nouvelle en est venue par Genève.

— On va opérer le Kaiser à la gorge !

— JofFre va se décider ! Il nous donnera un cadeau de Noël.

— Attendez un coup de tonnerre roumain !

— Jeanne d'Arc est avec nous !! (18 décembre) *.

1. La plupart de ces assertions réconfortantes sont des titres darticles publiés le lo décembre.

2. Ce bruit fut positivement répandu dans la matinée du 12 décembre Laffaire fut certaine, une heure durant.

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