‹ Les fausses nouvelles de la grande guerreChapitre 17 sur 52 · I. Excehior, i" février · texte numérisé non relu

I. Excehior, i" février

germanisme, comme il le déclare lui-même sans détours, par ses écrivains, par ses hommes de guerre, par ses hommes d'Etat.

« La Grèce, si elle est la patrie des grands idéals, connaît aussi la politique pratique. L'Hellénisme a pleine conscience du sort qui l'attend en cas de victoire du germanisme ».

L'expérience des temps devait prouver que nos trop confiants philellènes et que les Grecs ententophiles s'accordaient, de loin, et dans les plus probes intentions qui fussent, pour engager l'avenir hors de toute vérité. Ils pensaient à tout : aux liens du passé, aux devoirs du présent, au jugement de la postérité : mais ils oubliaient le roi Constantin. Et leur acte de foi et de fidélité à l'histoire n'était qu'une fausse nouvelle encore. La patrie des grands idéals subordonnerait ceux-ci un jour, et avec le pire cynisme, à une politique pratique ou présumée telle.

Les nouvellistes quotidiens, alors que s'agitaient ces espérances, se contentaient des miettes du potin de guerre. Ils avaient faussement promis que les Russes tourneraient les lacs mazuriens et déferleraient sur Kœnigsberg; ils avaient aussi garanti que la Hongrie serait envahie sous trois semaines. Mais ici comme là, les Allemands et les Autrichiens continuaient à barrer les routes.

Ce qui mettrait tout le monde d'accord, ce serait la paix. Qu'est-ce à dire ? Exactement ce que l'on dit le 2 février. Les bien renseignés vous font toucher cette vérité du doigt. Burian a remplacé Bechtoldet prononcé des paroles significatives. Dénonçant le péril qui menace la Hongrie et, par voie de conséquence, la monarchie dualiste... et l'Allemagne, il a, en fait, établi les assises d'une paix qu'il estime possible sur ces bases : la restitution de leurs colonies aux Allemands, leur abandon du nord français et de la Belgique, peut-être une cession d'un fragment

DE LA FÊTE DES MORTS A l'ÉVEIL DE l'iTALIE I I 5

alsacien, et d'autre part, aux Russes et aux Serbes, la concession de petits lambeaux territoriaux. Le phénomène est au moins singulier d un ministre qui tient un pareil langage. L armistice est dans l'air. On choisit quelque part la plume d'or qui va servir bientôt à la signature des préliminaires. Ainsi s'expriment les avant-coureurs de la paix. Et on les écoute avec autant de méfiance que d'espoir. L'ange et son rameau d'olivier a été vu par quelques-uns dans le ciel d'Europe. Pour être conforme à la vérité, précisons que les Parisiens et la France n'ont pas été touchés par l'aile de l'ange. Ce n'est pas une question « grand public ». On estime généralement, pour reprendre un mot d'à peu près que... c'est là un coup de paix dans l'eau.

En attendant, on se bat toujours au bois de la Grurie, aux abords de Soissons et sur l'Yser. Tandis que les pacifistes s'émeuvent, les belliqueux jurent que l'Italie boucle son ceinturon. Si Guillaume II lui-même mange du pain KK, nous préparons une exposition des trophées de guerre et l'on nous promet de bientôt l'enrichir par de nouvelles dépouilles ennemies. Deux courants par conséquent et qui ne se mêlent point. Une revue de music-hall, par le titre d'un spectacle gai : Y a pas de paix, nous apprend la vérité en riant. Le communiqué est « à la confiance ». Le beau temps et le soleil fidèle lui répondent sur nos toits. Le ciel n'est qu'un champ d'azur. Qui donc, dans cette allègre clarté, croirait les peureux qui prédisent encore, et pour bientôt, le Zeppelin nocturne? Les Italiens ne se décident pas ? Soit. On les va plaisanter un peu. Les caricaturistes^ nous les montrent, fumant la pipe, près du poteau frontière. Les élégantes ont déposé les manteaux de décembre : elles passent, en taille, avec un petit manchon. On va voir les canons aux Inva-

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