‹ Les fausses nouvelles de la grande guerreChapitre 28 sur 52 · VILLE DE BRUXELLES · texte numérisé non relu

VILLE DE BRUXELLES

Le gouverjieur allemand de la ville de Liège, lieutenant-général von Kolewe, a fait afficher hier ravis suivant :

Aux habitants de Liège.

«L Le bourgmestre de Bruxelles a fait savoir au commandant allemand que le gouvernement français a déclaré au gouvernement belge l'impossibilité de l'assister olïensivement en aucune manière, vu qu'il se voit lui-même forcé à la défensive ».

J oppose à cette affirmation le démenti le plus formel.

Bruxelles, le 30 août 1914.

Le Bourgmestre, Adolphe Max.

D'aussi cinglantes réparties ne paraissent piquer l'Allemand au vif que pour stimuler sa verve inventive et lui donner des forces pour lancer plus loin, sur la terre étonnée et anxieuse, son venin d'information. Il n'est pas de pays qu'il dédaigne. Les Persans ont droit, eux aussi, à leur part d'information. On leur en envoie et Ton a pu justement dire, sur le mode gai, que la distance justifie la longueur démesurée des ailes du canard. Téhéran apprend donc avec stupeur, dès le lo septembre, que « Tarmée allemande est devant Paris pour donner une bonne leçon à ses habitants. Une automobile armée de quarante canons, munie de quatre-

3o8 LES FAUSSES NOUVELLES DE LA GRANDE GUERRE

vingt obus du plus terrifiant effet, a été mise en marche automatiquement. Les ingénieurs allemands avaient si bien établi leurs calculs que le formidable engin s'est arrêté devant le palais du Gouvernement, au centre de la capitale. Par un déclanchement provoqué à l'arrêt même, les quarante canons ont craché dans tous les sens et fait des milliers de victimes. Il fallut 3.200 coups de canons français pour capturer et réduire cette machine, et jamais les ingénieurs français n'ont pu en découvrir le mécanisme secret, en sorte qu'elle est toujours en place » \

Mais il nous faut revenir à la Suède. Ainsi devrons-nous zigzaguer à travers le monde et plusieurs fois, repasser par les mêmes chemins, selon les saisons. Certains Suédois, faisant une fâcheuse exception à des amitiés sincèrement vouées à l'Entente, prêtaient trop volontiers l'oreille aux discours de ceux qui prétendaient voir en peu de semaines la guerre s'achever au bénéfice des Empires. Il y a les déclarations de Sven-Hedin qui sont historiques et que l'on ne saurait oublier si vite. Cet explorateur aux gages de l'Allemagne dit en propres termes que la France était une race dégénérée et pourrie. Parlant de nos Alliés, il assura sans sourciller que la Russie n'avait pas deux régiments prêts à entrer en campagne, que l'Angleterre était une nation de traîtres bien résolue à faire fortune aux dépens des Français. Et il n'eut pas honte de proclamer cette basse sottise : « La noble Allemagne est lâchement assaillie. Mais sous son drapeau, tous les peuples germains (il sous-entendait : la Suède et quelques autres) vont s'unir ».

Si nous explorons le sud européen, nous constatons que l'agence WolfF « travailla » l'Italie comme

I. En marge du drame. Journal d'une Parisienne pendant la guerre (1914-1915), baronne J. Michaux.

elle travailla le reste du monde. Aux premiers jours de septembre, divers journaux de la péninsule enregistrent de sang-froid, et avec, malheureusement pour eux, . Tiniention de plaire à nos ennemis, des absurdités variées. On y peut lire que la France est en pleine révolution, que les Parisiens sont courbés par l'épouvante sous le permanent bombardement des avions allemands. Les atmées françaises sont en complète déroute. Le Gouvernement est à la minute de solliciter la paix. Et c'est mieux encore en Russie. Nos Alliés viennent de perdre 1.500.000 hommes. Le tzar — c'était à prévoir — est assassiné. Toutes les gloires mises en commun, entre les Italiens et nous, depuis lors, ont effacé le souvenir de ces... erreurs de jugement. Nous n'y voulons plus penser avec acrimonie. L'amitié jurée sous la mitraille fait tout pardonner. Mais il est du devoir de l'historien de noter cependant ce qui fut. La Stampa s'égara. Elle accueillit avec trop peu de prudence des récits de correspondants de guerre. Dans la première quinzaine de septembre, son délégué à Paris lui écrit : « Les succès allemands en Prusse orientale ont causé dans les esprits français des ravages terribles. On ne s'intéresse qu'aux radio télégrammes qui arrivent par la tour Eiffel ». Ou encore : « La femme française a senti dès le début de la guerre que la France serait vite vaincue : elle hait la guerre, et n'a aucune confiance dans les fanfaronnades militaires. Avant peu, dans Paris envahi par les Allemands victorieux, elle proclamera sa haine de la guerre et tous les hommes la suivront ». De telles as.surances sont signées d'un journaliste connu.

Avant de nous éloignei c. s terribles semaines du début, force nous est bien de rentrer une seconde fois en Suisse, pour admirer avec quelle sérénité dans le jugement, le petit peuple, enclavé dans la tourmente, soupesait les contre-vérités que lui

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