Scène : Une tranchée
i" Poilu. — Tu trouves pas qu'la guerre est longue 1
30 Poilu. — Tu parles J'commence par en avoir par-dessus la tète t
i»' Poilu. — C'e<t-y pas malheureux d'voir des choses pareilles au siècle où nous sommes I
2' Poilu. — J peux pas roupiller une heure !
i" Poilu. — A cause des obus ?
3' Poilu. — Tu rigoles ? Non, c't" à cause des totos.
1" Poilu. — Moi j'ai une dent épouvantable
3» Poilu. — Pas étonnant, on n'a rien bouffé depuis vingt-quatre heures.
1»^ Poilu. — Ces s... d'Boches ont fait un tir de barrage qu'a empêché l'ravitaillement.
2« Poilu. — L'tir de barrage, j'm'en fous. J'dis qu'si j'ai rien dans rbuffet j'marche pas! En cas d'attaque, j'me planque.
I»'' Poilu, — Moi aussi, j'en ai mare.
{La conversation continue sur le même ton) .
Une heure plus tard. Même scène.
Un officier. — Vite Ic'î gars, préparez-vous, on va attaquer t
I" Poilu. — Sans blague? Tant mieux! J'commençais à avoir l'cafard dans mon trou.
jopoilu. — N. de D... ! on va en f... un coup t
Autre remède au cafard, mais moins efficace, n'en déplaise à Paris- Midi, qui le recommandait en septembre 1917. l.e traitement consiste en un mois de permission, suivi d'une injection au peroxyde d'hydrogène.
malaise psychique (pas un seul n'en mourait, mais tous étaient frappés), l'homme ne tardait guère à laisser vagabonder sa pensée du côté de ce qu'il aimait, très loin du front. Mais nous croyons bien ne pas nous abuser en écrivant que c'était là une étape seconde, le réflexe d'un phénomène premier dont il eut fallu chercher l'explication, le point d'origine, sur le front même et pour un motif d'ordre essentiellement professionnel. Fatigue, surmenage, choc nerveux, émotion vive, permission ajournée, courrier attardé \ etc. Le moindre incident M de service » pouvait suffire à provoquer la crise de découragement et plus d'un cafard naquit, par exemple, d'une fausse nouvelle du front, qui ne se fut pas manifestée même si l'intéressé fut, pour prendre un exemple parallèle, resté sans nouvelles des siens pendant un temps fort long.
Perte du potentiel nerveux, affaiblissement de l'énergie, chancellement de la volonté, aspiration vers le repos et le calme, asthénie mentale, désaffection momentanée, fléchissement de la maîtrise de soi, le cafard a ses raisons morales qui dépriment
En parlant du peroxyde d'hydrogène, on entendait désigner Vaqua sintplex.
Or, Vaqua sintplex, n'est pas du peroxyde d'hydrogène, mais bien du protoxyde d'oxygène.
Des injections au peroxyde d'hydrogène ne tueraient peut-être pas le cafard, mais tueraient sûrement le poilu.
I. Concernant le bienfaisant effet du courrier, citons le Temps du 28 novembre 1917 : Lettres de l'arrière.
« La lettre qui arrive au cantonnement, aux tranchées, c'est la voix du pays, du foyer, de la famille, qui parvient, malgré la distance, à l'enfant séparé des siens, au vieux territorial saisi de nostalgie, à tous ces hommes de l'avant, qui, pour accomplir leur tâche surhumaine dans l'immense épopée, ont besoin de se sentir soutenus, réconfortés, aimés par ceux dont ils sont les infatigables défenseurs. Le soldat est triste, quand il n'y a rien pour lui dans le sac du vaguemestre. L'arrivée d'un pli cacheté, d'un colis, d'une simple carte postale crayonnée à la hâte et signée d'un nom familier ou sympathique suffit à lui donner du contentement, de la joie, et, comme ils disent, du « cran » pour tout un jour. La disparition du cafard, le progrès du cran, cela dépend, en grande partie dç l'arrière. Songeons-y sans cesse ».
l'espoir et éliment la patience, comme il a ses raisons physiologiques, qui, de nature distincte, sortent du cadre de notre étude*.
A ne considérer que les raisons morales, nous estimons que le heurt, le choc contradictoire des fausses nouvelles propagées dans le secteur, peuvent être classées, à titre de cas particuliers, parmi les multiples facteurs qui engendrent l'état psychique ainsi déiini par MM. Voivenel et Huot : « Syndrome qui trahit, par des actes ou par des troubles de la cénesthésie, l'attaque insidieuse du système nerveux, la lente corrosion de la personnalité ».
La chasse à la nouvelle, et surtout à la bonne nouvelle, est une des préoccupations constantes du poilu. Pendant que l'on se bat pas, c'est là un précieux emploi du temps que d'anticiper sur les événements et de chercher à savoir ce que sera demain,
I. On consultera utilement 1 étude que firent, du Cafard, les docteurs Paul Voivenel et Louis Huot, publiée en volume après avoir paru au Mercure de France.
« Tous ceux qui ont « tenu » longtemps les tranchées savent — disent MM. Huot et Voivenel — qu'au bout de quelque temps, sous une apparence physique superbe^ et qui vaut au soldat les félicitations énervantes des civils, apparaît un état de fatigue mentale, accompagné d'insomnie et de sensation désolante d'écoulement de la volonté.
« Cet état illustre ce fait que, dans l'effort, la fatigue atteint le système nerveux et non le muscle. Le corps humain est comparable à une machine électrique. L'électricité peut manquer sans que les rouages soient lésés.
« La répétition continue des petites émotions (bombardement, sifflement des balles, gardes, patrouilles, tracés de réseaux, etc.). épuise aussi sûrement que les fortes émotions ; elles grignotent la substance des cellules nerveuses, c'est-à-dire notre provision de potentiel énergétique.
« C'est à cette asthénie qu'il faut attribuer la dépression irritable et l'indocilité qui en résulte ; les accès de colère et de méfiance qui font germer les délits militaires, les interprétations de la méfiance et du soupçon contribuant à la démoralisation collective. C'est de cette asthénie, traduite par la fatigue et l'ennui, c'est du cafard, en un mot, que relèvent les fugues subites, les abandons de poste, les rentrées tardives de permission, les mauvais ferments d'orgueil tels que : « l'ostentation mise à ne pas saluer l'officier..., l'attitude impertinente dans les trains..., l'envahissement concerté des wagons de première classe..., r (1 engueulade » endémique de ceux que le soldat traite généreusement d'embusqués ».
ce demain où Ton sera peut-être mort. Aussi bien tout le front n'est qu'un vaste marché de commérages. Tout le monde y est à l'affût de ce qui se dit. C'est bien parce qu'ils vivaient dans cet état de curiosité permanente que les littérateurs combattants, auteurs de tant d'ouvrages anecdotiques, et pittoresques, y ont fait une si large place aux propos décousus et aux vagues racontars que le front engloba sous le terme générique de « la nouvelle du cuistot ». Ces études sur le vif, si nombreuses et souvent si bien vues, pourraient presque, par leur abondance, nous dispenser de consacrer quelques pages à la fausse nouvelle sur le front, si nous ne tenions, malgré tout, à ne pas laisser dans notre ouvrage une lacune qui pourrait nous être justement reprochée. Il est cependant certain que, sur ce point, notre tâche est extrêmement simplifiée par cette « bibliothèque d'avant-postes » qui contribuera à enrichir copieusement l'histoire de la fausse nouvelle en temps de guerre, pour peu qu'un auteur patient accepte d'y rechercher, de volume en volume, la matière dune compilation savoureuse. Nous ne pouvons ici, en ce qui nous concerne, qu'ad'oindre quelques observations personnelles à cette documentation éparse, après l'avoir signalée aux travailleurs qu'une étude de ce genre pourrait attirer.
Il n'est donc pas exagéré de dire que, pour un homme qui sait l'ennemi à trois cents pas devant lui et la mort au-dessus de sa tête, les limites du monde qui l'intéresse véritablement ne s'étendent — et pas même — que jusqu'aux limites de son secteur. Si, au moment du repos, il autorise son souvenir à suivre les rails d'un chemin de fer, qui s'éloigne vers les heureuses contrées où l'on n'entend
plus le canon, si, avant de s'endormir ou avant de partir à l'assaut, il délègue vers des êtres aimés, vers des travaux ou des plaisirs délaissés, une songerie qu'assombrit la longueur du temps mais que colore l'espérance, d'ordinaire il n'est plus que fantassin parmi des fantassins, artilleur parmi des artilleurs et tout ce qui ne fait pas corps avec sa besogne de chaque minute ne le préoccupe que médiocrement. Depuis tant et tant de saisons, il a changé de vie, d'atmosphère, de labeurs, qu'on a le droit d'admettre aussi, chez lui, un changement d'âme. Au physique, c'est un fait, il s'est profondément modifié. C'est maintenant un lieu commun que de rappeler : « Cette guerre nous aura donné le type du poilu comme les guerres du Premier Empire avaient fourni, à Nicolas Charlet et à Raffet, le type du grognard. On peut admettre que Ton reconnaîtra, plus tard, sous le costume du civil, beaucoup de ces guerriers qui, aujourd'hui, sous le casque et la capote bleu clair définissent, avec une rude beauté, un spécimen nouveau, dans la glorieuse lignée des braves. Au moral — et c'est un fait aussi — sortant de cette tragédie qui aura duré des années, il se sera non moins transformé, aura acquis une physionomie spéciale, typique et neuve. Son état d'âme méritera d'être étudié comme un cas inédit. Il est assurément sans précédent. Aucune autre circonstance, dans le passé, n'aurait pu l'engendrer * .
I. « Le poilu de 1917 ! Mais il serait à souhaiter que nos pessimistes de l'intérieur aient occasion de le voir, au moment le plus angoissant peut-être de sa vie guerrière, celui où, quittant le repos, le séjour exempt des fatigues et de dangers, il part avec son régiment pour (( monter en ligne ». Arrivées au premier cantonnement, drapeau déployé, aux accents de quelque marche guerrière, les compagnies défilent devant la loque sublime, présentant les armes, saluant du regard. Conscient des souffrances déjà vécues, des terreurs déjà ressenties, des périls déjà courus, notre poilu de 1917 passe, avec, dans les yeux, un je ne sais quoi de mâle, de résolu, d'offert qui. s'il est difficile à exprimer, n'en fait pas moins secrètement couler une larme d'émotion chez tout chef digne de ce nom admis à contempler pareil spectacle.
« Aucun de ceux qui ont eu l'honneur de combattre dans l'infanterie
Ce fut ici une interminable guerre de siège, sauf cette différence avec les autres sièges connus que celui-ci fut d'une longueur infinie et que c'étaient quatre peuples, quatre empires qui étaient assiégés. Si le milieu crée la fonction, la fonction crée parfois l'homme. Un homme a été créé là, physiquement et moralement. Les combats se prolongèrent tant de mois que cet homme eut le temps de perdre, autant dire, sa première personnalité et de s'en reconstituer une autre. Il n'était plus question, comme à Sébastopol, comme en 1870, d'une expédition, d'une courte mêlée, d'une de ces g-uerres d'épisodes, assez promptement conclues après avoir été assez vivement menées, pour que l'esprit du combattant put rester en relation permanente avec ce dont il avait été éloigné par la mobilisation, pour qu'enfin la foi en un proche retour vers l'existence pacifique fut permise aux armées en action.
Un officier anglais, cette fois, avait pu dire : « Les cinq dernières années seront les plus difficiles » et sous ce paradoxe froidement britannique, pourquoi, après tant de reculs et d'avances sans solution catégorique, n'eût-on pas admis que se cachait la plus positive des réalités? Cinq ans? Peut-être que non. Mais quatre, vraisemblablement. Il n'en eût point fallu autant pour que le soldat s'acclimatât dans sa nouvelle existence, de telle manière que l'ambiance l'accaparât entièrement et fît de lui un tout autre être. Nous avons entendu des licenciés, des professeurs de facultés, des artistes, des industriels, nous déclarer : « C'est singulier. Autrefois, je feuilletais des dictionnaires, j'enseignais la linguistique comparée, je peignais des paysages, je
n'y pourront contredire, ce beau soldat se donnant sans emballement, mais sans retour, sans illusion sur ce qu'il risque, mais sans hésitation ni gloriole, c'est le type le plus fréquent de nos fantassins, c'est l'immense majorité des poilus qu'il représente ». (Capitaine de la Rocque, op. cit.).
dirigeais une importante usine. Aujourd'hui, tout cela ne prend plus à mes yeux qu'une apparence effacée. Et je n'exagère pas en disant qu'il me semble avoir vécu vingt ans depuis ces âges légendaires. Le noble métier des armes m'a absorbé au point, non certes que je n'en souhaite plus jamais d'autre, mais, certainement, que toutes mes pensées y convergent, que mon vocabulaire en dépend, que mes gestes, mes attitudes, — mes goûts, ce serait peut-être trop dire, — y sont tous subordonnés. Je suis là. Le temps passe. Personne ne sait quand cela sera fini. Je serai peut-être encore soldat cet hiver, l'autre hiver. De semaine en semaine, j'ai senti comme sortir de moi tout ce qui faisait mon ancien individu, et j'y ai, dans la même proportion, senti rentrer ce qui fait le soldat professionnel, l'homme qui s'est battu, qui se bat et se battra. Il est curieux de constater comme les choses de l'arrière, tout bien jugé, me sont distantes \ Notez bien
I. Il n'en fut pas toujours ainsi. Dans le second semestre de 1917 et depuis lors, le front s'intéressa avec une curiosité souvent extrême, à tels faits qui, à l'arrière, sollicitaient fortement l'opinion publique. C'était l'époque où se dévoilaient tour à tour les « scandales ». La psychologie nouvelle du soldat, sou violent retour de pensée vers les « intrigues civiles » furent tels qu'on les signala, à maintes reprises, en des termes significatifs. Aussi M. Faisant rapporteur de la commission des poursuites à la Chambre, put-il dire le 22 décembre ir)i7 :
« Prenons garde ! messieurs, notre situation est grave, et tout est tragique en cet instant. Nos yeux sont tournés vers le front, mais les yeux du front sont tournés vers nous. Les hommes qui sont là-bas, nous avons confiance en eux; il faut qu'ils aient confiance en nous. Nous leur demandons tout : ils ne nous demandent que l'honneur. Nous n'avons pas le droit de le leur refuser.
0 II ne faut pas qu'un cri d'inquiétude vienne des tranchées vers nous. Voilà ce qu'on doit avoir le courage de dire La justice, nous la voulons, mais toute la justice et rien que la justice. La vérité, nous la voulons, toute la vérité, mais dans le respect de la loi. Nous cherchons le châtiment, s'il y a faute, mais pas la vengeance ».
Aussi cet état d'esprit motiva-t-il cette déclaration dans la revue La Vte en novembre iqi7 :
« Plusieurs camarades qui reviennent des tranchées disent quelle profonde impression creuse là-bas l'Affaire. Comment un mouvement unanime et spontané ne s'est-il pas produit dans la presse pour remettre les choses au point? Que les soldats soient indignés, cela est trop
26o LES FAUSSES NOUVELLES DE LA GRANDE GUERRE
que je les désire, qu'on me dirait : « C'est la paix », j'y courrais, je m'y replongerais, avidement. Je suis certain de ne les avoir abandonnées qu en apparence. Qu'on me les rende et vous verrez bien. Mais le fait est qu'ayant perdu l'habitude de cherchera fixer un terme à ce stage sous les armes, je me suis laissé aller, et tous les camarades sont comme moi, à vivre au jour le jour, dans ce métier accidentel qui est devenu un métier chronique, à y vivre, dis-je, pleinement, d'âme et de corps, et comme s'il devait se prolonger toujours. Mon raisonnement n'est pas infirmé par ces fréquents et légitimes retours de cœur et d'esprit qui, — cela ne peut être autrement, — me ramènent, en pensée, vers ma famille, vers mes intérêts, vers tout ce que j'étais et tout ce que j'aimais. Bien entendu, de tout cela, la mémoire reste, vivace, inaltérable, mais comment vous pourrais-je expliquer l'étrangeté de ce phénomène psycholo-
juste, excellent, et plus efficace qu'ils ne le croient 1 Mais parfois découragés, non : en tout pays, en tout temps, il est fatal que beaucoup de diffamations et quelques trahisons vicient Tatmosphère et affaiblissent l'effort ; autour d'eux on fusille de temps à autre des espions : cela anniliile-t-il le résultat déjà considérable de leurs magnifiques peines ? Qu'ils exigent de plus âpres enquêtes, des sanctions terribles ! mais qu'ils ne doutent pas que rien de cb qu'ils sont la-bas n'est PERDU. Et qu'ils soient sûrs qu'à l'arrière, si beaucoup trop — qui devraient être nettoyés — font la fête, bien plus s'usent tant qu'ils peuvent à seconder et économiser le grand effort des effectifs, se privent volontairement, et sans cesse pensent à eux ! »
Et M. Clemenceau fut amené à dire le ao décembre 1917, à une séance de la commission des poursuites :
« Je me trouvais, le 16 avril, à un observatoire du front de Champagne, quand les soldats sont passés. On ne pouvait pas voir quelque chose de plus beau ; le moral des troupes était au-dessus de tout ce qu'on peut rêver. Je voyais ces gens descendre dans le tunnel et sortir dans la plaine : c'était à pleurer. Deux jours après, vous savez ce qui est arrivé! Il ne faut pas qu'à ce moment de la guerre, nous ayons une nouvelle épreuve. Le moral est excellent, il n'a jamais été meilleur ; mais les poilus regardent beaucoup du côté de l'arrière. Il y a des haines qui se font, les uns sont au feu, les autres n'y sont pas ; il y a des privilégiés, il y a des embusqués, il y a des gens dans les usines. On répand des propos, on réveille de mauvaises passions. Eii bien ! voyez-vous, vous avez la garde de l'esprit public, comme vous avez celle de l'armement des frontières, qui sont défendues par nos canons et par nos hommes »,
gique qui a pour conséquence de me montrer mon passé de civil à travers une sorte de buée, épaissie de plus en plus, et toute pareille à ces brouillards qui, du fond des plaines, le matin, viennent rouler jusqu'à la crête de nos abris et estompent dans la distance les coteaux où veillent les Allemands ? »
Cette buée dont me parlaient le licencié ou le peintre, c'est la même qui, invisible et présente, se dresse constamment autour du périlleux domaine où vit le poilu en action. La stupeur est grande, des civils, — et la longueur de la guerre ne les a pas corrigés de ce travers naïf, — quand, demandant au permissionnaire des nouvelles de l'universelle mêlée, ils s'entendent répondre : « C'est à vous de m'en donner* ».
Le soldat, pourrait-on presque dire, ne sait rien, si l'on compare ce qu'il sait à ce que savent les gens de l'arrière. Son rythme quotidien, ses risques de tous instants, lui mettent des œillères à peine ajourées de quelques trous.
I. Il existe des civils, et on les dit assez nombreux, qui par réciproque, étonnent le poilu en appréciant les joies du front comme ils le pourraient faire des joies de la campagne. Un exemple de cette psychologie trop optimiste a été fourni parle Cri de Paris, le () septembre 1917; qu'on en juge par ce typique articulet :
« On a parfois raconté dans les journaux que le front est un séjour enchanteur, si bien que certaines personnes ont fini par le croire.
« Témoin cette lettre absolument authentique qui a été adres.sée à un jeune artilleur, par des amis de Paris, peu de jours après l'affaire du Mont Cornillet à laquelle il avait pris part :
« Mon cher ami,
« Nous sommes heureux de recevoir votre bonne lettre du 27 courant. Nous y voyons votre excellente santé et le bon souvenir que vous a laissé votre permission. On comprend qu'il fait beau où vous êtes. La température semble vous charmer et vous paraissez en jouir vraiment. Je vous en félicite. Ce sera pour vous un excellent séjour passé à la campagne et qui paraît vous plaire. Reposez-vous bien. Prenez de nouvelles forces et vous pourrez alors venir les dépenser à Paris... ».
« Le destinataire a beaucoup goûté cette lettre. Le lecteur fera comme lui. Ce séjour à la campagne, ces forces qu'on reprend au front pour venir les dépenser à Paris, c'est tout un poème ».
'< La guerre, écrit quelque philosophe dans le journal du front : La Roulante, c'est tout le contraire du théâtre. Ce n'est pas ceux qui sont au premier rang qui sont les mieux placés ».
On se bat et on laisse aux civils la vaine distraction de déduire et de supputer, de comparer, d'espérer et de prophétiser à grande échelle. Un autre journal de l'avant, VEcho des Guitounes, résuma un jour cette façon de voir et cette différence d'attiiudes en un articulet qui vaut un long discours :
-s Nous allons constituer la Ligue des poilus pour le réconfort des civils. La ligue enverra au public non mobilisé, avec des exhortations morales et des tracts patriotiques, des bagues en aluminium, des ogives transformables en pressepapier, des porte-mines fabriqués avec des cartouches, des éclats d'obus montés en broches, des journaux de tranchées même, si la lecture peut lui en être agréable, des balles allemandes que leurs possesseurs pourront montrer plus tard avec orgueil en déclarant qu'ils les ont reçues pendant la grande guerre. (Ils ne seront pas tenus de préciser qu'ils les reçurent par la poste). Bref, nous nous efforcerons de distraire le public pour que le temps lui paraisse moins long, et, pendant que nous ferons la guerre, il nous f ichera la paix. La réalisation de ce vaste et patriotique programme nécessitera un gros effort ».
Charmante ironie. Est-ce à dire, pourtant, que le soldat dans sa tranchée ne soit point satisfait quand lui parviennent des nouvelles du pa3"s d'arrière ? Ce serait mentir. Il reçoit avec plaisir, mais ri encaisse pas toujours avec empressement. Il a été si souvent trompé... qu'il se méfie ! Un exemple entre cent mille : lorsqu'il y eut à Paris des grèves de midinettes, aux mois de mai et juin 191 7, le bruit se répandit, tenace, au front, que les Annamites étaient postés derrière des mitrailleuses, au coin des rues de la capitale, et qu'ils avaient mission de tirer, au premier signal. Cette folle rumeur courut de l'Yser à Belfort. C'était la Révolution à bref
délai. On sait combien peu un tel racontar était fondé. Il accrocha assez, dans les régiments, pour que les permissionnaires, à ce moment, montrassent un étonnement sans bornes, en découvrant, des cours de la gare du Nord et de l'Est, une ville paisible, et qui chantonnait seulement quelques couplets frondeurs, lorsque passaient en bandes les petits moineaux des ateliers de couture et de mode. C'est beaucoup pour éviter de trébucher dans ces erreurs d'opinion que les combattants, sans y attacher une importance extrême, lisent les journaux ^ Et d'abord, ils y trouvent fréquemment des « drôleries » qui leur donnent l'occasion de s'amuser de bon cœur. Nous verrons, au chapitre XI de ce tome, un « vieux chimiste » souligner avec humour les sottises de certains journalistes qui prétendent parler de la guerre sans avoir jamais quitté leurs salles de rédaction. Ces fausses nouvelles de l'arrière, bien intentionnées et d'autant plus réjouissantes, font la joie du poilu. On comprend son éclat de rire quand il voit dans un illustré une photographie soulignée de la mention : Mitrailleuse en action sur le front, alors que la dite mitrailleuse est encore pourvue de son appareil pour le tir à blanc. Même hilarité lorsque l'on découvre dans un journal, après
I. Rappelons ce petit tableau très juste tracé dans les Annales, par le Bonhomme Chrysale, le 21 octobre 191 7 :
« C'est l'instant où le village s'anime : les poilus se pressent au seuil d'une petite boutique de la grand'rue, la boutique du libraire. Ils la mettent au pillage, impatients de savoir ce qui se passe dans le monde et si, depuis la veille, il s'y est accompli quelque chose de nouveau. La lecture du journal apporte à ces isolés la meilleure des ressources qu'ils puissent se procurer contre l'ennui. Vivant de souvenirs et d'espoirs, ils veulent être renseignés. Sur quoi bâtiraient-ils leurs projets et leurs rêves, sinon sur les faits, gros ou menus, que retracent ces feuilles imprimées? Ils s'en repaissent avidement. Et puis, ils en dissertent... Un des principaux attraits de la presse, c'est qu'elle invite à la controverse et alimente les conversations. On n'est pas d'accord. Chacun soutient son idée et s'ingénie à trouver des arguments. D'amicales querelles s'allument autour des tables et se prolongent jusqu'à l'heure du coucher. On discute, et le temps fuit... »
vingt-sept mois de guerre, des phrases de ce genre : « C'est une mitrailleuse qu'on amena et dont on tourna la manivelle jusqu'à ce que les deux cents assaillants fussent tombés » ^ Ces distractions sont quotidiennes et elles manqueraient au front si l'arrière ne les renouvelait avec un zèle infatigable. Et puis il y a les articles de haute littérature, la description pittoresque de combats, tout le ragoût des beaux adjectifs si savamment cuisiné par les témoins (?) prompts à télégraphier leurs impressions. Et enfin les commentaires stratégiques, signés de généraux en retraite, ne sont pas la moins réjouissante lecture, en ces feuilles qu'apporte le vaguemestre et où les civils commentent ligne à ligne, avec componction, Toeuvre prodigieuse des soldats^.
I. « Certains correspondants de guerre se représentent encore une mitrailleuse sous l'aspect d'un moulin à café ou d'un orgue de Barbarie et on les étonnerait beaucoup en leur apprenant que la pièce qu'ils ont prise pour une manivelle motrice n'est autre que le volant de l'appareil de pointage. Serait-ce trahir un secret de la défense nationale si je révélais qu'aucun boche n"a jamais été tué par la rotation de cette « manivelle » et que la mitrailleuse étant une arme automatique, il suffit de presser sur la détente pour déclancher le tir? Dans un autre journal, on donnait gravement la photographie d'un trépied lance-fusées avec cette curieuse légende ; « Un nouvel engin qui, paraît-il, fit merveille à notre dernière offensive ». Je ne savais pas pour ma part, que les Boches craignissent la lumière du magnésium au point qu'une pluie de fusées éclairantes put suffire à les faire reculer «. (Pierre Chaine : Les mémoires d'un Rat, 1917. Pages 7 et 8).
a. Dans l'Opinion (20 octobre 1917) M. Charles Chassé parle en ces termes du « soldat liseur de journaux » :
« Ce que le poilu reproche surtout au journaliste, c'est, quand celui-ci s'adresse à lui, de ne pas lui parler d'égal à égal, mais de le traiter en enfant glorieux, très glorieux, mais très enfant. Plus le journaliste s'efforce d'être aimable, plus il offre d'éloges et de bonbons, plus le malentendu s'épaissit ; car il n'est rien qui choque davantage un homme, surtout un homme conscient du sacrifice énorme consenti par lui au pays, comme d'être traité en enfant par un personnage qui. souvent, n'a aucun titre à poser au père ou au grand frère. La lecture des journaux agace le poilu et, pourtant, ces journaux agaçants, il ne peut se passer de les lire, car il tient à être bien informé des événements.
« Des faits ! des faits ! voilà ce que le poilu demande à son journal ; voilà ce qu'il lui demandera après la guerre. Car ses méditations dans les gourbis l'ont initié à cet art si difficile : « savoir lire un journal ». Il se sent assez fort maintenant pour n'avoir plus besoin qu'on lui dissimule une nouvelle désagréable sous des pages de verbiage filan-
Pour ces quelques raisons, parmi d'autres, la tranchée ne méprise pas autant qu'elle le dit les journaux « bourreurs de crânes ». Tout au plus en crée-t-elle pour son propre usage, afin de rectifier plaisamment, s'il est besoin, les fautes de points de vue des non-combattants. Même il est advenu qu'un organe de poilu air rendu un hommage indirect à la grande presse en déclarant attendre d'elle des renseignements spécialement triés sur le volet pour instruire Tarmée de ce qui surtout l'intéresse. C'est le journal du front, le Bochophage qui, ironiquement ou avec le plus grand sérieux — on a le choix — insérait, en août 191 7, cet entrefilet :
Les grands quotidiens ont plusieurs éditions : parisienne, départementale, étrangère. Pourquoi ne créeraient ils pas V édition des tranchées, tirage spécial destiné aux poilus? De cette édition seraient exclus certains articles bons pour l'arrière mais horripilants pour l'avant, certains « bourrages de crâne » qui déconsidèrent le journal aux yeux du poilu.
Dans cette édition des tranchées, une plus grande place serait faite aux questions militaires d'intérêt pratique, aux études d'après-guerre et aux fantaisies gaies, capables de chasser le cafard.
Mais les poilus sont-ils intéressants à ce point ?
La conclusion était un peu aigre, mais l'intention restait bonne. A elle seule, elle prouverait que nos braves n'attendaient pas de l'arrière, uniquement, des canons, des munitions et des vivres, mais encore cette nourriture de l'esprit qui, lorsqu'elle est saine, fait l'homme plus fort.
De fait, on aura beaucoup lu au front, et lu les journaux de toutes nuances. Non pas cependant sans parfois de réelles difficultés. Tels journaux n'accédèrent pas facilement aux armées et il y eut
dreux. Quand il achète un journal, c'est « deux sous de nouvelles » qu'il veut et non pas n deux sous de phrases ». La France, je crois, a tout intérêt à donner, le plus tôt possible, aux poilus, la presse qu'ils exigent et qu'ils ont méritée ».
de ce fait diverses réclamations. Il semble d'ailleurs que les protestataires trouvèrent une façon d'appui près du Gouvernement, dans une mesure relative d'ailleurs, si l'on en juge par ce rapport adressé au Président de la République par M. Painlevé, alors ministre de la Guerre, le 8 avril 191 7 ^
Monsieur le Président,
Il résulte des dispositions actuelles des articles 78, 189 et 227 du règlement sur le service intérieur des corps de troupes d'infanterie et des articles similaires des règlements applicables à la cavalerie, à l'artillerie et au train des équipages militaires que les chefs de corps, les commandants de détachement et commandants d'unité ont qualité pour réglementer et interdire au besoin dans leur corps de troupes, leur détachement ou leur unité, l'introduction des écrits, journaux et publications.
Or, en temps de guerre, toute publication d'écrits est soumise au visa de la censure.
D'autre part, étant donne que les armées sont actuellement composées en grande partie d'hommes admis à jouir depuis longtemps de leurs droits civils et politiques, il apparaît nécessaire de ne pas laisser aux chefs de corps, de détachement ou d'unité, l'initiative de permettre ou de refuser l'accession des écrits, journaux et publications aux hommes placés sous leurs ordres, ce qui entraîne inévitablement des différences de traitement regrettables. Il convient qu'une réglementation uniforme intervienne en la matière.
Pour réaliser cette uniformité, il m'a semblé qu'il suffirait de décider qu'en temps de guerre, dans la zone des armées, l'interdiction prévue aux articles 78, 189 et 227 du règlement sur le service intérieur des corps de troupes ne pourra être prononcée que par le général en chef, à charge den rendre compte au ministre.
J'ai fait préparer en ce sens le projet de décret ci-joint.
I. Quels que puissent être les organes dont il est question ici. on peut assurer qu'ils étaient moins redoutables que ceux dont les autorités russes se firent les propagatrices en diverses circonstances. Citons parmi ces feuilles le Fackel. Le journal T/ie Times publiait à ce propos, le 22 décembre ic)i7, le télégramme suivant. — Pétrograd : Pravda annonce la publication, par les commissaires du peuple du premier numéro du journal Fackel Torch, écrit en allemand « pour l'établissement des liens spirituels entre la Révolution et les frères d'armes allemands ». Un grand nombre d'exemplaires ont été envoyés au front.
J'ai Thonneur de vous prier de vouloir bien le revêtir de votre signature si vous en approuvez la teneur.
Veuillez agréer, monsieur le Président, l'hommage de mon respectueux dévouement.
Le ministre de la Guerre, Paul Painlevé.
On pense peut-être que les poilus pouvaient se consoler par la lecture du Bulletin des armées de la République. Par institution, ce journal devait être bien fait, fidèle à la vérité. Il devait contenir en abondance les renseignements propres à distraire et mieux encore à instruire. Il faut croire que ces diverses conditions ne furent pas entièrement réalisées puisque, le 25 septembre 1917, MM. Deguise, François Lefèvre, Aristide Jobert, Métin et Raffin-Dugens présentaient un amendement visant le Bulletin des armées et demandaient à la Chambre une réduction de 50.000 francs sur le chiffre des crédits inscrits à cet article :
Je ne sais si vous lisez le Bulletin des armées, dit M. Deguise. Je me demande d'ailleurs si tous ceux qu'il pourrait paraître intéresser en font leur lecture quotidienne ; j'en doute, car il m'est arrivé plusieurs fois de retrouver dans la petite voiture de Crainquebille une quantité considérable de numéros qui n'avaient même pas été découpés et servaient à envelopper les denrées les plus diverses.
On pourra m'objecter que c'est peut-être l'usage le meilleur qu'on peut en faire. En tout cas, le Bulletin des armées n'est pas lu. Il reste en vrac, pour ainsi dire, dans les bureaux des états-majors de division et disparaît soit dans les voitures des marchands de quatre-saisons. soit même dans les boutiques des mercantis qui réalisent ainsi un petit supplément de bénéfice auquel ils sont toujours très sensibles.
Quand on le lit, on s'aperçoit qu'il pourrait être plutôt dangereux pour la mentalité des soldats. Nous avons pu relever de grands articles, écrits par de grands hommes, qui, peutêtre, dépassaient un peu le droit qu'ils peuvent avoir de s'adresser aux hommes autrement qu'à la pointe de l'épée, et pour leur indiquer l'attaque à faire. On a rappelé à ceux qui s'étaient
laissé aller à cette littérature militaire qu'ils avaient un peu dépassé leurs prérogatives^.
D'autre part, nous y trouvons des plaisanteries d'un goût douteux, des calembours, des chansons de Botrel. Nous y voyons aussi des articles qui servent de propagande pour cette rive gauche du Rhin et qui, je crois, ne doivent être à aucun point de vue l'idéal que poursuit cette guerre et que vise notre Gouvernement.
Pour toutes ces raisons, tant morales que matérielles, je crois que le Bulletin des armées doit disparaître *.
Le sous-secrétaire d'Etat de l'Administration générale de l'armée répondit :
Le Bulletin des armées sera amélioré autant qu'il sera possible, mais il ne sera pas supprimé.
Cette question a fait l'objet de conversations entre l'administration de la guerre et le général commandant en chef. Une enquête minutieuse a été prescrite dans les différentes armées et elle a donné des résultats absolument concordants. De tous côtés sont venues des demandes tendant à augmenter le tirage d'une centaine de mille d'exemplaires.
D'autre part, l'administration de la guerre a envisagé la réorganisation du Bulletin, en le rendant plus instructif, plus attrayant, et cependant elle réalisera ce progrès, tout en diminuant les dépenses engagées pour le Bulletin.
J'ajouterai que nos soldats sont heureux d'y trouver les renseignements officiels dont ils peuvent avoir besoin, soit pour les permissions, soit pour les affectations auxquelles ils peuvent prétendre.
Dans ces conditions, messieurs, je demande à la Chambre de ne pas se prononcer sur la question de savoir si le Bulletin des Armées sera supprimé ou non ; j'estime avec le Gouvernement qu'il est nécessaire de le maintenir, tout en l'améliorant dans le sens que je viens d'indiquer^.
Les poilus ne connurent probablement jamais au moins pour le plus grand nombre, les débats parlementaires où avait été discuté le sort de « leur journal ». Ce fait, comme beaucoup d'autres, leur
1. Les articles ainsi désignés peuvent, sans grand effort, être assimilés aux fausses nouvelles ; leur rhétorique bavarde et emphatique détonnait le plus souvent avec la psychologie moyenne du pays.
2. La suppression du Bulletin des armées fut décidée en novembre
passa inaperçu. Mais il n'en était pas de même de tout ce qui surgissait à l'arrière et lorsque, par exemple, se succédèrent, en automne et en hiver de cette même année 19 17, des scandales après des scandales (affaire Turmel... avant bien d'autres), le front ne fut pas sans commenter avec une rude franchise les échos que lui parvenaient d'au delà les lignes ^ Un officier dit à ce propos à un député : «L'effet de tout cela au front? Nul, absolument nul pour cette bonne raison que depuis longtemps on n'y lit plus que les journaux amusants et les romansfeuilletons ». Un autre rectifia, par contre : « J'ai rencontré le colonel X. Il m'a déclaré que les hommes sont enchantés : « Enfin, disent-ils, on va mettre la main au collet de tous les « saligauds » [sic) qui trahissent pendt'ntque nous nous battons ».
Entre deux opinions il est difficile de choisir, d'autant que le sentiment du front à l'égard des affaires de l'arrière ne fut pas homogène : autant d'individus, autant de points de vue...
Quelque intérêt que puisse comporter, dans les tranchées, le renseignement qui vient de Paris ou des provinces, autrement captivant est l'écho qui répète « ce que le poilu est personnellement désireux de connaître d'avance et le plus tôt possible ». Le soldat, avons-nous dit, en quelque endroit qu'il se trouve, est avant tout curieux de ce que l'on pourrait appeler son lendemain matériel. De deux faits l'un : il se juge fort bien où il est, et ne demande qu'à n'en point bouger. Ou : il souhaite ardemment être déplacé, quitter la boue de Champagne pour les pentes d'Alsace, aller voir les canaux de l'Yser ou même s'embarquer vers quelque Salonique lointaine. Qui fit ut ncnio contentus sua sorte ?J.e