CHAPITRE XI
Evoquant, au premier tome de cet ouvrage, la fausse nouvelle qui, pendant la guerre franco-allemande, fut, des mois et des mois, la monnaie courante et changeante des Parisiens assiégés, nous rappelions qu'un jour ils crurent être sauvés par la découverte du feu grégeois. Perdu depuis des siècles, le secret de cet engin de guerre venait d'être retrouvé. On en attendait merveille. Il déçut l'espérance. C'était vers la même époque que, prématurément, un savant laissa publier qu'il réussirait avant peu à diriger les ballons au gré des aéronautes. On se réjouit non moins de cette nouvelle importante. C'était une nouvelle fausse comme tant d'autres, aussi mauvaise nourriture pour l'esprit que pouvait l'être, pour l'estomac, le détestable pain de siège *.
Est-il besoin de dire que pendant la guerre qui fut déclarée quarante quatre ans plus tard, la patiente et ingénieuse famille des inventeurs s'ap-
I La commission des inventions, à cette époque, était présidée par l'illustre Berthelot Elle ne retint guère qu'une idée, celle de la photographie des dépêches parle système Dagron pour le transport des correspondances par pigeon. Rochefort, faisait partie lui aussi de cette commission et il fut entraîné sans doute par l'exemple de ceux qui lui adressaient des mémoires. C'est en effet à lui que revient l'honneur de ce curieux projet de défense, tendant à miner tous les égoùts de Paris et à les faire sauter sous les pas des Allemands le jour de leur entrée dans la capitale. On crut raisonnable de s'abstenir.
pliqua à servir, par l'apport d'idées et d'applications nouvelles, la vaillante famille des soldats ? C'est un besoin naturel, un instinct impérieux, chez un peuple qui se défend : il est porté à mettre en œuvre toutes ses forces, tous ses moyens, pour dominer l'ennemi. La puissance des armes, il la veut logiquement compléter par l'auxiliaire précieux des idées qui naissent à l'arrière dans les laboratoires et près des cornues. Le savant est un capitaine, lui aussi, et telle flotte, aux temps antiques, fut détruite sans coup férir parce qu'un savant inventa une façon de miroir qui dirigea le feu du soleil contre les carènes ennemies ^
I. Guglielmo Marconi s'est souvenu de ce fait pendant la guerre et de ces feux destructeurs qui descendaient du ciel, disent les Ecritures, pour carboniser les ennemis par milliers I « Imaginez, dit-il, une terrible concentration de rayons solaires sur les tranchées allemandes, ce rayon passant dans un projecteur mobile et réduisant une armée en cendres ! I Une légère fumée s'élevant des tranchées, l'arrêt du feu de l'ennemi, puis le silence de la mort. Personne ne peut dire que cela soit impossible. La découverte de puissants miroirs métalliques ou de lentilles spéciales pourrait rendre praticable cette projection de rayons incendiaires. Voyons maintenant leur application.
« Grâce aux yeux de l'armée, les aéroplanes, nous pouvons découvrir les lignes de ravitaillement et les mouvements de troupes de l'ennemi. Des stations de projection placées en arrière de nos lignes, nous lançons des rayons brûlants sur ces lignes de transport. Les trains transportant des vivres se volatilisent en fumée, les munitions explosent, les troupes en réserve marchant au front trouvent la mort dans une fournaise sans avoir eu l'occasion de combattre. Grâce à ce moyen, nous détruisons les fabriques de munitions et nous poursuivons les armées en retraite comme le furent les armées de la Bible, par une pluie de feu qui doit les consumer et les détruire. Nous continuons à poursuivre l'ennemi, nous atteignons ses frontières, nous l'attaquons dans ses fortifications. Contre ce feu du ciel, rien ne résiste, les villes s'envolent en fumée, et finalement c'est la victoire. Dans une pareille guerre, les canons les plus perfectionnés deviennent archaïques. Ce miracle des rayons incendiaires mettrait non seulement fin à cette guerre, mais encore à toutes les guerres.
« Outre l'emploi des rayons brûlants il est possible de découvrir des moyens d'utiliser l'électricité comme agent de destruction à distance. On a suggéré son emploi pour paralyser les ennemis, ou bien sa projection pour donner la mort comme celle qui est infligée dans la chaise électrique. Soudainement un groupe d'ennemis ressentirait un choc mortel, leurs fusils leur tomberaient des mains et ils deviendraient la proie d'une mort invisible qui serait portée tout le long des lignes. De nouvelles troupes qui viendraient prendre la place des morts dans