‹ Les fausses nouvelles de la grande guerreChapitre 39 sur 52 · CHAPITRE XII L'HUMOUR ^T I^A GUER|ÎE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII L'HUMOUR ^T I^A GUER|ÎE

Qu'est-ce qu'un poilu ?

Un Poilu est un bon vivant qui mange bien, boit mieux, rit toujours, chante à pl^in gosier, fume la pipe et joue à la manille : dort à la belle étoile mieux que dans son lit , lance des mots héroïques au? obus, en un mot, ne sen fait pas.

Comment le Poilu combat-il l'ennemi ?

Avant de charger l'ennemi, le Poilu met une fleur à ses lèvres, saute le parapet en chantant « Viens poupoule! », enjambe en sejouantlesfilsde fer barbelés, puis se précipite sur les Boches qui se sauvent immédiatement, car ils ne peuvent supporter la vue de la baïonnette.

Comment un Poilu doit-il mourir ?

Un Poilu doit mourir en demandant si les Boches reculent. Si oui, il meurt content. Si non, il crie : « Debout les morts ! » et court reprendre sa place dans le rang.

Comment fait-on des prison?iiers ?

On fait des prisonniers en montrant par-dessus la tranchée une tartine de confiture.

Les obus boches sont-ils dangereux. ?

Non, les obus boches n'éclatent pas.

Comment le Poilu se remonte-t-il le moral ?

Le Poilu se remonte le moral en lisant les grands quotidiens où il trouve chaque jour des nouvelles toutes fraîches sur les combats auxquels il participe.

Qu'est-ce que le repos ?

Le repos est une suite ininterrompue de corvées, d'exercices et de revues.

Comment prépare-t-on une offensive ?

Voici les principales conditions qu'exige la préparation de toute offensive : On tond ras les cheveux du Poilu, on lui apprend le salut militaire, on suspend les permissions, on fait effectuer une dizaine de marches forcées à la recherche problématique d'un cantonnement moins dépourvu que les autres. Il n'y a plus qu'à attendre un jour de pluie diluvienne pour lancer la troupe à l'assaut.

(Extrait du Catéchisme du Poilu publié par le journal du front : Le Bochofage).

Avant d'aborder la longue et angoissante période

qui devra figurer en cet ouvrage sous le plus noble de ses titres : Verdun, avant de vivre, à travers les mensonges ou les éclairs de lucidité des prophéties au jour le jour, cet âge tragique de la guerre, n'estil pas opportun d'intercaler ici le chapitre d'entracte et de repos qui doit être écrit, en une « psychologie de la fausse nouvelle » sur la donnée de l'humour, de cet humour français qui ne perd jamais ses droits?

Cet humour-là ne se fit point faute de fabriquer des fausses nouvelles et c'est à foison qu'il s'exprima, dans la presse de l'arrière, comme dans cette originale et vaillante série de journaux nés de la guerre et publiés sur le front même, par nos poilus : les journaux de tranchées.

Sans consacrer à cet « épisode » littéraire et comique plus d'importance qu'il convient, nous en fixerons par quelques traits la verve réconfortante, V allant endiablé et tenace, le bon optimisme railleur, qui jamais ne crut à l'infortune et parut s'accentuer d'autant que les circonstances étaient faites pour tempérer ses joyeuses inventions.

Page 1