I. Georges Gain. Le Temps, 30 septembre
Mentionnons encore cette joyeuse histoire bruxelloise. Un pharmacien avait collé sur la glace de sii vitrine l'avis suivant :
La pharmacie
est réapprovisionnée
en sangsues.
Ce dernier mot ressortait particulièrement... Pendant la nuit suivante, un zwanzeur avait très soigneusement collé, à l'extérieur, mais de manière à bien recouvrir la première ligne, un morceau de papier, si bien que le matin venu on put lire :
La Belgique
est réapprovisionnée
en sangsues.
La farce ne fut pas du goût des Allemands. Ils voulurent contraindre le pharmacien à enlever « l'ajouté » outrageant. Bon patriote — et ne tenant pas cette modification de texte pour une fausse nouvelle — d'ailleurs ne boudant pas à la réclame, le commerçant refusa. Ce fut un soldat bavarois qui vint faire la toilette de la vitre, avec une éponge, de l'eau chaude et un grattoir.
Encore de la fausse nouvelle belge, et de la meilleure manière, en fin mai 191 5.
A Bruges comme à Bruxelles, alors, les opprimés, se vengeaient de leurs ennemis en les mystifiant, par l'envoi, aux autorités allemandes, de lettres anonymes relevant le fait que deux officiers belges étaient restés dans Bruges et ne craignaient point de s'y montrer en armes. Certaines lettres mentionnaient même les noms des coupables : De Coninck et Breydel. La kommandatur enquêta sans retard.
Et elle découvrit qu'il s'agissg,it de deux héros flamands de la guerre des Communes... dont les statues s'élèvent, en effet, sur la grande place bourereoise.
Une bonne mystification liégeoise, en juillet igi6.
Une lettre anonyme arrive à la kommandatur de Liège et dénonce aux autorités allemandes que certains habitants de la ville font parvenir à l'étranger des nouvelles et des secrets militaires. Ces écrits, enclos dans des bouteilles soigneusement bouchées, étaient, paraît-il, jetés dans la Meuse qui les transportait jusqu'à Maëstricht où des patriotes belges se chargeaient de les recueillir. Aussitôt, branle-bas des grands jours. Réquisition immédiate d'un canot automobile. Et, bien vite, on commence la pêche aux bouteilles, en aval de Liège. D"abord,rien, sinon quelques flacons vides. On s'acharne. Et soudain le chef d'équipe exulte ! « Voilà des bouteilles » On pousse le canot vers elles, on les recueille, deux belles bordelaises, cachetées à la cire et contenant des papiers.
On les porte d'urgence sur le bureau de l'oberleutnant, à la kommandatur et le chef, impatient, de briser les goulots, d'attirer à lui un rouleau de papier bien ficelé. Hélas, ayant rompu les liens, le trop curieux personnage n'aperçoit, et ne sent, au milieu de la liasse, qu'une certaine quantité de matière difficile à qualifier.
Pour r^nseign^r sur les événements de la guerre ses compatriotes opprimés, M. de Broqueville, président du Conseil belge, s'avisa d'un ingénieux stratagème qui fut rappelé, dans la presse parisienne.
au début de novembre 19 16. Par ses soins, des ballonnets libres s'envolaient, quand le vent était propice, au delà des lignes ennemies, emportant de nombreux exemplaires d'un petit journal rédigé pour entretenir l'espoir et la confiance au cœur des envahis.
Quand les Allemands voyaient planer ces messagers séditieux, ils ne manquaient jamais d'envoyer des patrouilles de cavalerie à la poursuite des Belges qui accouraientpour ramasser les précieuses gazettes. Mais il suffisait qu'un exemplaire échappât aux sbires de von Bissing pour que, le lendemain, il fût reproduit clandestinement et circulât dans toutes les mains, La note gaie en cette affaire est que le petit journal portait un titre pittoresque : Le Clairon du Roi, et que pour railler le gouverneur Bissing, il y était mentionné en sous-titre : « Supplément aérien de la libre Belgique ». (Nous avons, par ailleurs, mentionné ce vaillant organe, redresseur de fausses nouvelles, et imprimé dans des caves qui restèrent toujours introuvables).