‹ Les faux bonshommesChapitre 11 sur 114 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, EDGARD, DUFOUKÉ.

(niilbiiri' rniii I à s:i foiiimo cl scno la ii/ain do l'i'i uiicl c'I cclli- ilo Basïoronrl.) EDGAP.D, enlraiil.

Qu'y a-t-il?

OCTAVE, rianl. "

Rien!... c'est monsieur Bassecoiu't qui, selon son liabiliule, l'élevait une statue pour y allacher luie corde...

BASSECOUHT.

Ne croyez pas...

EDGAniJ.

Laissez donc!... e3t-ce que je ne connais pas Octave?... est ce que je ne \ous connais pas vous-inènie?... Octave est un taquin! (Bas.) Il vous en veut! (hjui.) Je ne vous ai jamais entendu dire du mal de personne, moi!...

•I5ASSEC0UUT.

N'est-ce pas?

11 est vrai que je n'écoute jamais que la moitié de ce que vuus me dites.

OCTAVE

Eh bien! c'est dans l'autre muilié...

EDGARD

Oli ! serait-ce possible!... Comment, monsieur Bassecourt, vousm'éreintez?... Vous ércintez tout le monde, du reste!

BASSECOUIST.

Mais non, mais non... c'est monsieur Octave!...

EDGARD

Eh quoi! c'est toi?...

BASSECOURT.

C'est monsieur Octave qui invente cela!

EDGAUD.

A la bonne heure!... D'abord, ce serait bien mal de votre pari..." Je vous aime tant, moi! ..

B.VSSECOURT.

Kn vérité, je...

EDGARI).

Eh bien, quoi! ce n'est pas votre faute!... voiis me p!.!iscz!... (D'un ton siuguiiei.) Je voudrais verser mon san,^ p'ur vous.

liASSECOURT.

Oh ! c'est une plaisanterie !

EPGAIID.

Mon sang, une plaisanterie?... Que vous faut-il donc? !

IJASSECOUUT.

Je veux- dire que vous avez toujours l'air de vous moquer des gens.

EDGARD

Il n'en est rien!

BASSECOURT.

Si fait !

EDGARD

Je veux que vous mouriez à l'instant si...

BASSECOURT.

Ne plaisantons pas avec ces choses-là!... (a majjmc Dirourr.) Voilà ce que vous appelez être amusant!

MADAME DUFOURÉ.

Mais oui, je le trouve drôle.

BASSECOURT.

Bon ! bon ! nous verrons quand votre tour viendra 1

MADAME DUFOURÉ.

Mon tour ne peut pas venir, monsieur!

BASSECOURT, outre ses denU.

Alors c'est qu'il est déjà venu.

Piait-il?

BASSECOURT.

Rien !

OCTAVE

Monsieur Péponet, si vous vouliez repronJre...

rÉPO.NET, à Elgard.

Voyons, monsieur Edgird, puisque vous avez ter.niné votre

ACTK i 21

séance, laissez-nuu? finir la nôlrc. Vous pcrmcUcz, monsieur Dufouré?

EDGARD

C'est juste !... d'autant plus que vous n'avez pas longtemps à être tranquille... Mailcmoiselle Eugénie est en train Je changer de costume, et elle va venir vous chercher.

PÉPONET.

Dépêchons-nous, alors.

DUFOURÉ, à Pcponct. **

Mon cher Péponet, le portrait de votre Eugénie est charmant!... Le cheval est pai fait !

BASSECOURT, bas à Edyaid.

Se faire peindre à cheval... quelle niaiserie!... elle ne sait pas y monter !

EDGAUD.

Eh bien! c'est pour apprendre.

MADAME DUFOURÉ, à son mari.

Qu'avez-vous donc, Ernest?... il y a un nuage sur votre front.

DUFOURÉ.

Rien, rien, chère amie, et s'il pouvait y en avoir un, ta vue seule le dissipeiait.

EDGARD, à ^assccoiut.

Hein! qu'en dites-vous?,., après vingt-cinq ans de mariage!

MADAME DUFOURÉ.

Vingt-deux !

BASSECOUriT, à Eilgard.

Vingt-deux! et leur fils en a vingt-quatre!.,.

EDGARD

Eh bien! c'est qu'ils s'aimaient avant!

MADAME DUFOURÉ.

Vous avez beau dire, Ernest, vous semblez douloureusement affecté...

DUFOURÉ.

Mais je t'assure, chère amie!,,.

MADAME DUFOURÉ.

Si! si!.,.

* Dufouré, M"»» Durourc, Péponet, Biissccourt, Octave, Edg'arci, *»]yime Dufouré, Dufouré, Péponet, D(issecourf,Oclavc, Ettganl.

22 LUS FAUX liO.NSllUMMKS

KDCAUI). '

Allons, monsieur Dufourc, on ne peut pas tromper les yeux qui vous aiment, (a madamo Durourd.) Madame, je vais tout vous dire.

DUFOURÉ, jonanl la ronTiisinn.

Monsieur Edgard, je vous en prie!... En vérité... une action aussi simple...

EDGAUD.

Figurez-vous que ce pauvre Dufouré est encore tout ému d'im tableau que nous avons eu sous les yeux ce matin ensemble...

DUFOURÉ.

Mais non, cela n'est pas !

EDGARD

Une pauvre femme avec deux enfants... une profonde misère... Nous la suivions depuis un quart d'heure, et ce cher Dufouré, aussi délicat que généreux, n'avait point encore osé lui faire son olTrande... Mais, arrivés près d'ici... devant un groupe de quinze ou vingt promeneurs, monsieur Dufouré triomphe enfin de sa timidité!... La vue des gens qui le regardent lui doniTe de la hardiesse... Spectacle touchant!... il s'approche et vide sa bourse dans le tablier de la pauvresse!...

MADAME DUFOURÉ.

Je le reconnais bien là, le prodigue!

EDGARD

Rassurez-vous! la bourse n'était pas pleine! elle ne contenait que quatre-vingts centimes!

Hélas! oui, c'est toujours comme cela!... quand l'occasion se présente...

EDGARD

C'est comme un fait exprès !

DUFOURÉ, à Edgaril.

Monsieur! doutez-vous donc...

EDGARD

Moi! douter après ce que j'ai vu?... devant cette affliction . qui dure encoi'e?... Bien mieux, je vous dirai, monsieur Dufouré, que c'est aller trop loin!... Il faut se faire une raison,

' Dufouré, Edgard, Mn"= Dufouré, Péporiet, Bassecourt, Octave. ** Bassecourt, Dufouré, Edganl. M™"; Dufouréi

ACTK I 23

que diable!... on ne peut pas secourir loutcs les inlorlunes!... Prendre les choses à cœur comme vous le laites, ce n'est pas vivre, ce n'est pas vivre!...

DUFOURÉ, à Bassccourt.

Cet animal-là, on ne sait jamais s'il parle sérieusement ou s'il se moque de vous.

BASSECOURT.

Oh! je ne crois pas... seulement...

(il rit.) DUFOURÉ.

Comment, seulement!

(Il remonte en suivant Bassccourt.)

Page 1