ACTE II
RAOUL
Enfin j'ai lu l'article des successions. Or, ma tante Anastasie m'a laissé cent cinquante mille francs. Vous les délenez illégalement, puisque je suis majeur et que j'ai droit à ma foi tune. Donnez-moi mes cent cinquante mille francs, et je ne vous demanderai plus rien !
DUFOURÉ, indigné.
Malheureux!...
RAOUL
Dame ! Depuis que je suis au monde, vous m'avez toujours répété : « La fortune est le premier des biens; si tu veux être » recherché, aie de l'argent; — si tu veux avoir des amis, aie » de l'argent ; — et toujours de l'argent ! » (se levum.) \Lh bien ! j'en veux, voilà tout.
DUFOURÉ.
N'y comptez pas!... Ces cent cinquante mille francs sont dans ma caisse... ils y resteront!
RAOUL
Mais vous n'avez pas le droit de les garder, papa... Dernièrement, un de mes amis qui est clerc d'avoué me disait...
DUFOURÉ.
Mais c'est épouvantable!.,. Un procès, peut-être?... *
MADAME DUFOURÉ, bas.
Vous voyez bien !...
DUFOURÉ, de même.
Vous aviez raison, madame, il faut marier ce garçon-là. (Hypocritement,) Le mariage le corrigera, sans doute...
MADAME DUFOURÉ, se levant, à Raoul.
Voyons, mon ami, si on te donnait cet argent, qu'en ferais-tu?...
RAOUL
D'abord, je me ferais habiller parDusauthoy... un tailleur à la mode... J'en ai assez de votre tailleur-concierge.
DUFOURÉ.
11 m'habille bien, moi.
RAOUL
C'est-à-dire qu'il vous habille mal !
MADAME DUFOURÉ.
Eh bien, oui, tu te ferais habiller... après?...
RAOUL
Après, j'aurais un joli appartemoul avec dos tapis et dos portières.
IJIFOIIRÉ.
Très-bien.
RAOUL
Un coupé de chez Herler, avec un nègre aussi.
De mieux en mieux.
MADAMIÎ DUFOURÉ, à son maii.
Lai.=)Sez-nous donc tranquilles ! (ARamii.) Mais, mon ami, une fois installé dans ce joli appartement, lu l'ennuierais tout seul... il faudrait là dedans une gentille petite femme!...
RAOUL, outre ses donts.
11 y en aura aussi.
MADAME DUFOURÉ, scandalisée.
Qu'est-ce que vous dites ?
RAOUL
Je dis que je ne veux pas me marier.
(il remonte.) DUFOURÉ, en colère.
le vous dis...
MADAME DUFOURÉ, rintciTomp:int.*
Laissez-nous donc tranquilles! (a Raoul.) Cette existence est bien creuse, mon ami; car les heures sont longues, et quand on n'a pas une profession...
RAOUL
Bah! est-ce qu'on en a besoin à présent? On joue à la Bourse !...
DUFOURÉ, sautant.
La Bourse! voilà le restant de nos écus!... (a Raoul.) ïu veux jouer à la Bourse?...
Pourquoi donc pas , puisque tout le monde y joue !
DUFOURÉ.
Oh! oh! vous n'êtes pas assez malin pour ça, vous.
RAOUL
Oh! je connais beaucoup d'imbéciles qui y font foi ttuie... et monsieur Péponet lui-même.
• Dufouré, Raoul, M™* Dufonré.