‹ Les faux bonshommesChapitre 9 sur 114 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les Mêmes, moins RAOUL.

(Pendant celte scène comme pendant la pre'cédenlo, Otlave liavaille au iiortrait et Pi'ponet pose devant lui.)

MADAME DUFOURÉ, qui eït allée prés d'une fenèlro.

La voilà lii-])as, celte chère petite, près de la pelouse... Monsieur Edgard travaille avec une' ardeur!... Aii! num ieiir Péponet... elle est charmante, votre Eugénie, sur son petit cheval!... Mais c'est qu'il pose très-bien! Est-ce vous, monsieur Péponet, qui avez eu l'idée de faite peindre ainsi votre Julie enfant?

PÉPONET.

Non, c'est une idée à elle... parce qu'à cheval ça coûtait plus cher!...

MADAME DUFOURÉ.

Elle a des goûts si distingués!... Au reste. l'équitation est un exercice bien salutaire, Raoul y est de première force. (Regardant toujours au dehors.) Ah ! voilà nolrc aimée, mademoiselle Emmeline... elle compose un bouquet. Quelle candeur!... quelle grâce!... (Rediscemiant ) Ab ! mon cher monsieur Péponet, c'est bien imprudent à nous d'amener aussi souvent ici

notre Raoul... (EUe s'est assise.)

PÉPONET.

Comment cela?

Là!... vous avez perdu votre position.

PÉPONET, se romctlant.

Voilà!. . voilà!... Vous disiez donc, madame Dufouré?

MADAME DUFOURÉ, soupirant.

Ah! je disais que.le voisinage d'un homme qui possède • M""i Dufouré, Péponet, Octave, Bassecourt.

deux filles aussi paifailes que les vôtres est une terrible chose pour une mère... aussi depuis que Raoul a vu voire ravissante Eugénie...

PÉI'ONET, iiircicciiiH', n'a pas l'ciniti' Octave.

Dites donc, monsieur Delcroix, si j'avais la main sur quelque chose... sur une carie ou sur un {)lan, comme dans les portraits qui sont à Versailles?...

OCTAVE

Non, non, c'est inutile.

l'KPONET.

Vous croyez?... alors je vais la placer sur la poignée de mon sabre... ra ne l'ail rien, n'est-ce pas?

OCTAVE

Rien du tout.

MADAME DUFOURÉ, après avoir loussc plusieurs fois avec impa'ieiice.

■ Heml... hem!... et à propos, monsieur Péponel, vous savez que Raoul a hérité de salante Anastasie?... une fortune assez jolie... dont il n'avait pas besoin, au lesîe!... Grâce à Dieu, nous avons assez bien fait nos affaires dans la clinq'uaUlerie... et...

BASSECOURT, la reprenant.

Quincaillerie!

MADAME DUFOURÉ, se reliiiïanl.

Mais je n'ai pas dit quincaillerie, monsieur.

BASSECOURT, élonno.

Eh bien, non.

MADAME DUFOURÉ.

Alors, pourquoi me reprenez-vous?

PÉPONET.

C'est vrai !

BASSECOURT resle un moment stupélait, puis, avec liumillié.

Pardon!... vous parliez de votre fds...

MADAME DUFOURÉ.

Oui, je remarque que Raoul dépérit depuis quelque tem| s, et cela m'inquiète... Quant à ce que je vous disais de la furtune de sa tante...

PÉPONET, qui ne l'i c iule pas et qui a une nouvelle idée.

Tiens!... je mettrai les mains dans les poches de mon pantalon, c'est bien plus troupier.

■ M""^ Dufouré, Bassecourt, Péponetj Oclave.

Ar.TK 1 13

MADAME DUroUnÉ, A iiurl, a\.e aisiriir.

Est-il bêlo cet horaiiie-là!... (iiuut.) Clior monsieur l*('pni;(>l, ;st-ce que vous ne coni[)lcz pas marier procliaiucnieiiL Vdlie ;harmanle Eugénie?

PÉPONET. *

Elle est encore bien jeune.

MADAMK DUFOUKÉ.

Mais elle a dix-huit ans.

PÉPONET.

Je m'occuperai d'elle quand sa sœur aînée sera pourvui\

MADAME DUKOUUli.

Eh bien! n"ai-je pas entendu dire que vous aviez promis sa main à monsieur Anatole deMassane?

(Oclave fait un brusque moiivenienl.) BASSECOURT, qui regarde.

Ah! mon Dieu! qu'est-ce qui vient donc de vous prendre?

OCTAVE

Je ne sais... un mouvement nerveux.

BASSECOURT.

Mais vous avez crevé l'œil gauche de monsieur Péponet!

PÉPOiNEÏ, s'élançunl.

11 m'a crevé l'œil gauche ! (noïiadani le taUeau.) Oh ! mais c'est ifTieux !... ça ne ne peut pas rester comme ça !

OCTAVE

Assurément.

(Il enlève la laclie.)

Ah! quel malheur!

OCTAVE

C'est un œil à refaire, voilà tout.

PÉPONET.

Ce portrait ne sera jamais fini !... Voilà plus d'un mois qu'il luie.

OCTAVE

Ah ! monsieur Péponet! c'ostquevousêtesdifricile à attraper.

PÉPONET.

Permettez, c'est très-contrariaut... {Riant.) Eh! eh ! eh! c'est

reS-Vrai ! (il cesse de poser | enJanl qu'Octave nettoie et raccorde.) MaiS,

jue disions-nous donc?.. . Ah ! nous parlions du mariage d'E:nneline avec mon cousin Anatole!... Eh bien! c'est une affaire

* M""' Dufoiiré, Péponet, Octave, Bassecourt.

16 LES FAUX lîONSHOMRir.S

arrangée. . ropéralioii est même assez l)elle ! car Anatole s'entend très-bien au\ allUircs... Loeardnnel me disait dernièlemenl que mon cousin était dans une fort belle passe... il paraît que ses liquidations sont superbes !

OCTAVE, à pan.

Conclusion : il rendra sa femme heureuse!

• PÉPOINET.

Anatole a gagné, depuis deux mois, des sommes fabuleuses à la Bourse... Quand je pense que, moi, j'ai mis vingt ans, comme un imbécile, pour faire fortune.

C'est comme nous. Mais, voyez-vous, mon cher Péponet, les affaires de B()urse sont certainement une belle chose... et je comprends que vous donniez votre Emmeline... Mais puisque vous avez deux filles... mariant l'une à un spéculateur, je voudrais marier l'autre à un rentier... alin de parer à toutes les éventualités... Savez-vous que notre cher Raoul a déjà cent cinquante mille francs à lui, rien que du coté de sa tante Anastasie?...

PÉPONET.

C'est déjà quelque chose.

MADAME DUFOURÉ.

De plus, il a des espérances du côté d'un oncle fort richc\.. et enfin, toute notre fortune lui reviendra un jour... Vous voyez qu'il y en a de plus malheureux que lui.

PÉPONET.

Sans doute! sans doute!...

MADAME DUFOURÉ, tiés-pressante.

Et avec cela, tant de qualités!... tout le portrait de son père... Vous comprenez qu'avec de tels avantages, notre fils ne serait pas embarrassé de lui; mais il ne tomberait peutêtre pas sur un père tel que vous, et dame!... les pauvres mères sont égoïstes... elles pensent un peu à elles!... Avec vous je serais certaine de ne le quitter jamais... Ah! c'est que, voyez -vous, Péponet, s'il me fallait me séparer de mon fils, j'en mourrais!...

(Elle pleure.) PÉPONET, se levant.

Remettez-vous... nous verrons... nous reparlerons de cela...

MADAME DUFOURÉ.

Merci ! merci !

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