‹ Les Faux Cardiaques et le Service MilitaireChapitre 19 sur 44 · Guy’s hosp, reports · texte numérisé non relu

Guy’s hosp, reports

Etiologie.

Dans quelles affections du tube digestif ces trou

bles fonctionnels vont-ils se produire?

- Au lieu de se montrer dans les affections graves, c'est au contraire dans les affections légères qu'on. les observe. Potain (1) parlant des troubles réflexes dûs àla constipation signale la dyspnée, quelquefois les symptômes d'une insuffisance tricuspide passagère, des douleurs précordiales analogues à l’angine de poitrine, des tremblements, des vertiges.

Lasègue a pu formuler cette loi de pathologie générale: «une lésion superficielle ou de simplestroubles fonctionnels des organes exaltent les réflexes, tandis que leslésions organiques plus ou moins profondes les suppriment. »

Ne voit-on pas des versintestinaux provoquer des syncopes, des accidentsépileptiformestandis qu'une ulcération étendue ou cancéreuse de l'intestin ne donneront pas lieu àces manifestations.

: La loi de Lasègue comporte un enseignement clinique « et vous verrez tous les jours des malades « au début d’un cancer gastrique encore à peine dé- « veloppé,ne présenter que des phénomènes dyspép- « tiques, légers en apparence, avec destroubles car- « diaques réflexes très intenses. Un jour ceux-ci « s’atténuent ou disparaissent. Défiez-vous; c’est le « carcinome qui entre franchement en scène par la

.\ 1. Potain Clin. Sem. méd, 1877.

A eu

« formation d’une tumeur, très appréciable alors au « palper (1). |

C’est donc dans les dyspepsies vulgaires; hyperchlorhydrie, hypochlorhydrie, que nous observerons ces troubles fonctionnels; nous les trouverons aussi au début des affections graves.

Mais il est des cas où l’état gastrique reste latent pendant des années et M. Hayem cite des malades qui « accusent de bonnes digestions » et qui sont atteints de gastropathie latente.

Une lassitude générale, l’insomnie un amaigrissement inexplicables jusqu’au moment oùl’examen du suc gastrique aura éclairé le médecin sont les seuls symptômes de cet état latent. Et pendant ce temps les symptômes cardiaques évoluent.

Nous empruntons à M. Huchard l'observation sui-

vante :

« Au mois de janvier dernier, j'étais consulté au sujet d’une feinme de trente-deux ans pour une aBection mitrale, On constatait en effet en dedans et un peu au-dessus de la pointe du cœur qui n'était nullement abaissée,un souffle des plus manifestes au premier temps. Mais ici il s'agissait d'un bruit cardio-pulmonaire et non d’un souffle valvulaire. Très localisé, sans aucune propagation, mourant pour ainsi dire sur place, ce bruit morbide un peu superficiel et bref, occupait le milieu de Ja systole ; il était endopexien et sus-apexien par son siège : il disparaissait de temps à

autre, mais il reparaissait dans toute son intensité à chaque phase

1. Huchard, Estomac et cœur. Leçon clinique de l'Hôpital Necker.

RU d’excitation cardiaque se manifestant par des palpitations ou de la simple tachycardie pendant la période du travail digestif. Celui-ci excitait le cœur par action réflexe d'où production et augmentation d'intensité du bruit cardio-pulmonaire. Chez cette femme à peine nerveuse, ne se plaignant en aucune façon de son estomac, il y avait encore un autre symptôme en apparence inexpliqué : un amaigrissement très prononcé (12 kilogr. en quelques mois). Pensant à l’origine gastrique de ces accidents, je “fis faire l'examen du suc gastrique. Cet examen pratiqué à reprises différentes donna comme résultats : Hcl — 0 au lieu de 44; H cl combiné organique — 23 et 36 au lieu de 170; acidité totale — 40 au lieu de 190 chlore total = 246 au lieu de 321 ; chlore

7 A —H minéral fixé — 223 au lieu deto7 ; coefficient Copa ren l7)

T pour 86, coefficient F = 110 pour 3.

Symptomatologie. — On peut les observer à tout âge, plus souvent chezla femme que chez l’iomme. Nous avons pu trouver quelques observations de jeunes gens ayant été réformés à tort par les conseils de révision pour des troubles dyspeptiques ayant déterminé des accidents cardiaques.

Ces symptômes viennent souvent sous formes d'accès d’oppression survenant principalement après les repas, tantôt c’est une douleur vive au-devant du cœur, elle est précordiale, le malade accuse une sensation de plénitude à La poitrine. Il y a de la dyspnée, un état d'oppression variable, du refroidissement des extrémités, le pouls est petit x il y a

des intermittences, des syncopes, lypothymies.

L’auscultation permet de constater des palpitations, quelquefois des souffles extra-cardiaques et presque. toujours un renforcement du deuxième ton de Partère pulmonaire.

Ces symptômes ressemblent à ceux de l’angine de poitrine, pourtant on peut les en distinguer.

Dans l’angine de poitrine, la douleur est rétrosternale avec des irradiations dans le bras gauche et non précordiale ; à la poitrine il y a une sensation de resserrement au lieu de plénitude chez les dyspeptiques. Enfin et surtout, dans l’angine de poitrine, les accès d'oppression surviennent après un effort, ce qu’on n'observe pas chez les pseudo-angineux où les accès surviennent principalement après le repas.

Si nous voulons résumer ces symptômes pseudo-. angineux, nous pouvons les rattacher à trois formes:

Forme cardiaque. — Palpitations, faux-pas du cœur, arythmie avec gêne ou anxiété précordiale et même avec des irrad:ations dans le membre supérieur gauche.

Forme pulmonaire. — Accès d’oppression, de dyspnée, souvent accompagnés de dilatation des cavités droites du cœur. Accentuation du deuxième bruit pulmonaire, léger souffle tricuspidien, quelquefois bruit de galop droit (à opposer au bruit de galop gauche des affections rénales).

Forme cardio-pulmonaire. — Les phénomènes affectent quelquefois une forme fruste, quoique plus complexe. C’est une faible anhélation avec palpitations et léger sentiment d’anxiété précordiale,

Palpitations.

Par leur fréquence, par leur importance, par la place qu’elles tiennent dans les conseils de révision les palpitations méritent une page spéciale dans notre sujet.

Dans l’armée les palpitations servent encore à diagnostiquer une affection cardiaque. Chaque année elles fournissent un sérieux contingent à la réforme et aux hôpitaux. Nous lisons dans Marvaud (Traité des maladies du soldat). ë

Les différents signes au moyen desquels on peut diagnostiquer l’existence d’une affection cardiaque incompatible avec le service militaire sont représentés par les palpitations, l’augmentation de la matité cardiaque et le bruit de souffle.

Un auteur militaire (Coustan) a écrit :« Les palpitations sont pour ainsi dire le cri de détresse ou de révolte d’un cœur qui souffre ».

À ceci nous répondrons hardiment : les palpitations ne sont pas un symptôme d’affectiom du cœur mais seulementunsymptôme cardiaque. Ce principe nous l’avons entendu bien des fois dans la bouche de M: Huchard et nous en avons reconnu l'exactitude.

Cela ne veut pas dire qu’elles ne puissent s’observer au cours d’une cardiopathie et encore souvent dans ces cas, l'estomac est en cause, témoin l'obser-

vation suivante de M. Huchard.

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