‹ Les faux don SébastienChapitre 9 sur 54 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Mécontentement des Portugais par suite de l'annexion à l'Espagne. — Convocation des Cortès à Thomar. — Restrictions apportées à l'amnistie. — Rôle de l'ambassadeur de France auprès de Philippe II. — Il conseille à Henri III de venir en aide au prieur du Crato. — Catherine de Bragancc. — Noblesse de son caractère. — Convocation des Cortès à Lisbonne. — Philippe II retourne en Espagne. — Le cardinal-archiduc Albert, gouverneur du Portugal. — Disposition morale du peuple portugais. — L'idée quo D. Sébastien pouvait avoir survécu à la défaite d'Aîcacer-el-Kebir se produit comme conséquence du mécontentement de la nation.

L'annexion du Portugal à l'Espagne s'était accomplie sans difficultés sérieuses ; mais la fusion morale des deux peuples n'en était pas pour cela plus avancée. Aussi quand, le 11 février 1583, le fils de Charles-Quint prit congé de ses nouveaux sujets, il dut emporter cette conviction, toujours triste pour un homme d'État, qu'il n'avait accompli

de son œuvre que la partie la plus facile, puisqu'il laissait derrière lui les germes d'un mécontentement qui tôt où tard ne pouvait manquer d'éclater en révolte.

A peine eut-il quitté le Portugal que les éléments hostiles à la domination étrangère se manifestèrent énergiquement de tous côtés.

Pour les étouffer, le cabinet de l'Escurial usa de cette politique violente qui consiste à absorber, sans souci du choix des moyens, toutes les forces vives, matérielles et morales du peuple .annexé, comptant pour ainsi dire minute par minute les pulsations de sa vie nationale, et semblant épier, afin de la prévenir, l'heure de son réveil. L'habileté eût consisté sans doute à ne pas le provoquer; mais l'habileté en pareil cas exige une modération dans la force que Philippe II ne connaissait pas; aussi, au lieu de fondre les deux peuples en un seul, fut-il fatalement conduit à faire tout ce qu'il fallait pour empêcher leur rapprochement et ne parvintil qu'à imposer silence à la plainte et à refouler l'indignation au fond des âmes.

Au reste, les historiens espagnols eux-mêmes s'accordent pour reconnaître que, dès les premiers jours de la domination étrangère, une profonde irrigation existait en Portugal contre les nouveaux maîtres.

Sans doute Philippe II ne se montra pas sobre de faveurs envers les Portugais qui s'étaient ralliés à ses plans et avaient donné à ses agents un appui

sans réserve. Il fut même si prodigue à leur égard que la susceptibilité des courtisans espagnols s'en alarma. A les entendre, Philippe H avait fait à la fois la conquête, l'héritage et l'acquisition du Portugal 1 .

Le monarque espagnol s'efforçait, il est vrai, de contenter tout le monde; mais ses libéralités, quelles qu'elles fussent, ne pouvaient donner satisfaction à toutes les demandes, à toutes les réclamations dont il était assailli. C'était une tâche difficile que celle d'y répondre avec discernement. On les fit d'abord examiner par un conseil, au sein duquel les intrigues et les rivalités se donnant libre cours apportaient de nombreux obstacles aux solutions.

Le roi, reconnaissant bientôt l'impossibilité de . s'assurer par lui-même de la nature des demandes qui faisaient appel à sa munificence, prit le parti de déférer l'examen auquel il ne pouvait pas se livrer personnellement à Christovam de Moura et à D. Antonio Pinheiro, évêque de Leiria. Le premier avait été, en qualité d'ambassadeur auprès du cardinal Henri, le plus habile et le plus heureux ses agents, et mieux que personne il était à même d'apprécier judicieusement la valeur des réclamations qui se produisaient chaque jour plus nombreuses et plus exigeantes. Le second, dont le concours dévoué avait aidé les efforts du

« Herrcra : Uisloria gênerai del m»/nrfo, e c, parte II, page A51.

diplomate espagnol, était fort âgé, et comme il était sans parents, cela lui donnait une certaine liberté d'action, qui en faisait un utile auxiliaire

Cependant, malgré cette réglementation des libéralités royales, le nombre des mécontents augmentait chaque jour. Ou les services rendus étaient payés au-dessous du prix auquel on les avait estimés, ou leur rémunération subissait un ajournement, ou ce qui est pis encore, ils étaient méconnus. C'étaient alors des récriminations passionnées et violentes auprès des agents de Philippe II, qui avaient fait des promesses et pris des engagements auxquels le maître refusait de faire honneur. On criait à l'ingratitude ; ceux qui. ayant travaillé avec le plus d'ardeur à l'asservissement de la patrie, ne recevaient pas leur salaire, se transformaient les premiers en ennemis implacables de la cause qu'ils avaient servie.

Il est vrai, dit un écrivain espagnol, que si l'on avait eu en vue de satisfaire chacun, le royaume avec tous ses revenus n'y aurait point suffi \

Soit, mais que penser de la politique qui s'était laissé entraîner* sur une pareille pente? On peut conquérir un royaume par la force, i^is on ne gagne pas les âmes par la corruption. La corruption, d'ailleurs, porte son châtiment avec elle ; loin de rallier les forces morales d'un peuple, elle les

1 Herrera : Historia gênerai del mundo^ etc., parte II, page Uh\- ■ Herrera : 1dtmy etc., parte II , page 451. — Historia de Portugal y eonquista de las Àçores% etc., page 158 verso.

met en dissolution. Tout au plus peut-elle faire des neutres ou des indiflérents; mais cela encore, jusqu'au jour seulement où, se trouvant mal récompensés, ils se retournent tout à coup contre ceux qui s'imaginaient les avoir conquis irrévocablement à leur cause. 11 y a d'ailleurs dans l'âme de celui qui s'est laissé toucher par la main de la corruption un besoin caché de se venger sur le corrupteur de l'abaissement qu'il lui a fait subir; il n'attend pour cela qu'un prétexte.

Après la convocation des Cortès, qui se réunirent àThomar, le 15 avril 1581, Philippe II, qui semblait croire sérieusement qu'on peut acheter un peuple, fit une nouvelle faute en accordant aux députés des trois ordres, clergé, noblesse et tiers-état, de nombreuses faveurs personnelles, libéralité maladroite qui produisit sur les masses une impression d'autant plus déplorable que, dans les honorables habitudes du pays, les fondés de pouvoir des trois ordres se faisaient une loi de ne jamais rien réclamer pour eux-mêmes 1 .

Ce qui combla la mesure, c'est qu'en même temps que les libéralités royales tombaient si mal à propos sur quelques individus, tout ce qui était demandé • dans un but d'intérêt général se voyait froidement accueilli ou refusé.

Aussi, quand les représentants des trois ordres adressèrent au roi, au nom de leurs commet-

' Herrera : Historia yeneral iM tnttndo, etc., parte H, page ltM.

tants, la prière d'épouser une princesse portugaise, de faire élever le prince royal en Portugal, de diminuer les impôts, enfin de donner une déclaration formelle que le Portugal resterait toujours administrai vement séparé de l'Espagne, il leur fut répondu de manière à laisser peu d'espoir *.

Au nombre des mesures d'une politique sans élévation et sans générosité qui fortifièrent chez le peuple portugais l'aversion toujours croissante qu'il ressentait pour la domination espagnole, il en est une surtout que l'histoire ne doit pas oublier.

Après la lutte, une amnistie était ardemment désirée par toutes les classes de la nation. Chacun, en effet, pouvait y être personnellement intéressé. Ceux qui s'étaient jetés dans les bras de l'Espagne, tenaient à légitimer, pour ainsi dire, leur adhésion en s'appuyant sur ce témoignage de la grandeur dame du prince auquel ils avaient fait le sacrifice de leur nationalité. Ceux qui étaient demeurés fidèles à la patrie et restaient compromis aux yeux du vainqueur par la résistance même qu'ils lui avaient opposée, ne demandaient, de leur côté, qu'à voir couvrir d'un noble pardon royal les actes dont il pouvait leur demander compte.

Philippe II accorda l'amnistie, mais avec des exceptions dont la nation s'irrita. Loin de lui tenir compte de cet acte de clémence, qui n'était au

1 Hcrrern ; Wsloria (jrneral dcl mundo, etc., parte II, pages &30 et 440.

surplus qu'un acte de justice, elle le retourna contre lui, comme un grief de plus.

Les exceptions étaient au nombre de cinquantedeux. Elles atteignaient les hommes dont le Portugal pouvait s'honorer à plus juste titre et ne profitaient qu'à ceux qui ne s'étaient rendus coupables que de fautes très-légères \

Les prêtres, notamment l'évêque da Guarda, furent traités avec une grande sévérité L'amnistie ne leur profitait point. Il est vrai qu'ils avaient prêté au prieur du Crato un important appui et que leur dévouement était allé jusqu'à les porter à combattre les armes à la main dans les bataillons du prétendant contre les troupes du duc d'Albe \

Toutefois, il faut reconnaître que les restrictions que Philippe II fit à l'acte auquel la plus vulgaire politique lui commandait de n'en apporter aucune, eussent été encore plus nombreuses s'il eût écouté ses courtisans. Selon ces dangereux conseillers, il ne fallait user d'aucun ménagement envers le Portugal; à les entendre, on devrait, par exemple, pour hâter la fusion des deux nationalités, fermer l'université de Coïmbre, et forcer ainsi les quatre mille étudiants qui la fréquentaient à se rendre

1 Herrera : Historia gênerai del muudo, etc., parte II, page M9.

7 L'évêque da Guarda, D. Joam de Portugal, de la famille Vimiono, adversaire de la politique du cardinal roi D. Henri, avait suivi le parti de D. Antonio, Prieur du Crato. Il s'opposa toujours à ce que celui-ci transigeât avec l'Espagne.

3 Herrera : Hisloria de Portugal y cotiqimta de. hs Avons, etc., page 130.

dans les universités d'Espagne. De la sorte ils se seraient façonnés aux us et coutumes de ce pays, et les auraient rapportés ensuite en Portugal.

Le roi, il faut lui rendre cette justice, ferma l'oreille à ces conseils ; loin de supprimer l'université de Coïmbre, il confirma au contraire les privilèges de ce grand établissement scientifique, qui comptait déjà près de trois siècles d'existence1.

Le mécontentement de la nation portugaise et ses regrets de l'indépendance perdue, datent, nous le voyons, des premiers jours de la domination espagnole.

M. de Vivonne de Saint-Goard, ambassadeur de France auprès de Philippe II, constate ce mécontentement dans de nombreuses et intéressantes dépêches, et cherche à convaincre sou gouvernement des avantages qu'il y aurait à aider d'une manière efficace les Portugais à secouer le joug espagnol.

Il conseille à Henri III d'envoyer des secours à D. Antonio aux Açores, et de faire défense aux marchands français de porter des blés à Lisbonne. « On créerait ainsi, disait-il, de grands embarras au gouvernement espagnol ; cette défense arrêterait, en effet, la navigation de l'Inde,

1 Herrera : Historia gênerai dd mundo, etc., parte II, page 440. L'Université portugaise date de 1290 et fut d'abord fondée à Lisbonne par le roi D. Diniz, qui ensuite la transféra à Coimbrc en 1308. Son fils, Alphonse IV, la lepîaça de nouveau à LUbonne en 1338, et enfin, en 1537, Jean III la fixa définitivement à Coimbrc.

et il en résulterait, avec la ruine de l'Espagne, que la source des richesses, aliment de la guerre, serait épuisée. »

Plus tard, dans une dépêche datée du 26 juillet 1582, il va jusqu'à dire que si la France avait voulu profiter des occasions, les Espagnols ne se seraient pas emparés du Portugal, et que même en ce moment il était persuadé que si Ton pouvait effectuer un débarquement de douze cents hommes à Lisbonne, les Portugais s<e soulèveraient en masse, chasseraient les Espagnols, et peut-être même réussiraient à s'emparer de la personne de Philippe II !

L'ambassadeur de France, on le voit, s'était attaché à cette nationalité opprimée ; il conspirait, il faut bien le dire, contre le souverain auprès duquel il était accrédité ; mais le sentiment de justice qui était le fond de son caractère, le spectacle dont il était témoin, et aussi les intérêts de son pays, expliquent et justifient sa conduite.

Malgré ses efforts, M. de Saint-Goard ne put décider le cabinet du Louvre à prendre une attitude énergique. L'ambassadeur n'avait réussi qu'à faire aimer la France en Portugal, parce qu'on espérait que de ce côté viendrait le salut K

Ni Henri III ni Catherine de Médicis ne voulurent ou ne purent prendre en main la cause du Portugal d'une manière décidée. Trop préoccupés.

1 Manuscrits de la Bibliothèque impériale de Paris, fonds Harlay, Cod. 228-6.

des affaires et des embarras intérieurs, on se contenta de protéger le prétendant D. Antonio, et de lui procurer les moyens d'équiper la flotte à bord de laquelle se trouvaient Philippe Strozzi, MM. de Brissac, de Beaumont, et autres gentilshommes, qui allèrent se faire battre, le 26 juillet 1582, dans les eaux des Açores, par l'amiral espagnol marquis de Santa-Cruz.

Au premier rang des mécontents portugais, il fallait compter le duc de Bragance lui-même. Ce grand seigneur, qui n'avait pas su ou n'avait pas osé faire prévaloir les droits incontestablesqu'il avait, du chef de sa femme, à la couronne du Portugal, était au nombre des adhérents à l'Espagne. Mais cette adhésion, si importante qu'elle fût, avait eu pour unique récompense la charge de connétable, que le duc avait auparavant sollicitée en vain de D. Henri, et le collier de la Toison d'Or. Il y avait loin de là aux propositions que Philippe II lui avait faites pour obtenir le désistement de ses prétentions au trône. Il s'agissait en effet de lui céder le Brésil, avec le titre de roi, de lui accorder la grande maîtrise perpétuelle de l'ordre du Christ, et de marier le prince D. Diégo avec une de ses filles1. -

11 était tout simple que la charge de connétable et le collier de la Toison d'Or parussent au duc de

! Robcllo 4a Silva : Invasion cl occupation du royaume de Portugal en- 1580, tome I, page 486.

Bragance une rémunération sans proportion avec ce qu'il avait donné, et ce qu'on lui avait fait entrevoir.

Si la duchesse, sa femme, eût joint à l'élévation du caractère ces qualités énergiques qui font violence à la fortune, et grâce auxquelles Dona Luiza de Guzman put, en 1640, placer une couronne sur la tête de son mari, il est presque certain que l'avènement de la dynastie de Bragance eût eu lieu soixante ans plus tôt \

Après avoir séjourné un an et demi à Lisbonne, Philippe II quitta la capitale des Etats qu'il devait à l'épée du duc d'Albe, et plus encore peut-être aux manœuvres de ses agents habilement dirigés par les ambassadeurs Christovam de Moura et le duc d'Ossuna *. 1

Avant son départ de Lisbonne, il y avait convoqué les Gortès pour leur faire reconnaître comme

' Le caractère de Catherine de Bragance fut plein de dignité et de grandeur. Loin de nous la pensée de l'amoindrir. Il parait que lorsque le roi catholique eut appris la mort du duc de Bragance, il demanda sa veute en mariage, afin de réunir sur sa tête les droits qu'elle avait à la couronne de Portugal. Dès les premières ouvertures qui lui furent faites à ce sujet, la fille de l'infant D. Duarte répondit avec noblesse : — « Je ne changerai pas n le souvenir du duc de Bragance, mon mari, contre les grandeurs et les « pompes de la couronne d'Espagne. Rien ne peut d'ailleurs me faire porter « atteinte au droit de mon fils, le prince D. Théodosio. Dans tous les cas, le t roi catholique ne gagnerait rien en m'épousant ; car, malgré ce mariage, « le prince portngais n'en garderait pas moins ses droits à la couronne du * Portugal, et le roi D. Philippe ne serait pas guéri de ses scrupules en « achetant ce qui ne pouvait pas lui être vendu. » (D. Luiz de Menezes : Portugal reslaurado, édition de 1679-1698, tome I, livre I, pages 35 et 36.)

! Pour se faire une idée exacte des moyens employés par Philippe II pour en arriver à ses fins, consulter l'ouvrage déjà cité de M. Rebcllo da Silva : Invasion et occupation du royaume de Portugal en 1580, etc., tome I, liv. ir, chap. 1, 2 et 3.

héritier de la couronne son fils, le prince D. Philippe, appelé à lui succéder par la mort de son frère aîné, D. Diégo.

Cette nouvelle réunion des trois ordres fut pour leurs représentants l'occasion de reproduire les demandes présentées, lors des Cortès de Thomar, mais ces demandes furent accueillies comme elles lavaient été précédemment, c'est-à-dire par une espèce de fin de non-recevoir

En retournant en Espagne, le roi laissa en Portugal, avec le titre de gouverneur, son neveu le cardinal Albert, archiduc d'Autriche, mais assisté d'un conseil composé de D. Jorge d'Almeida, archevêque de Lisbonne, de Pedro de Alcaçova et de Miguel de Moura*.

Le départ du monarque espagnol jeta un certain trouble dans l'esprit de ses partisans. Ils craignaient, non sans raison, que ceux auxquels sa présence imposait tout au moins l'apparence de la soumission ne relevassent la tête, et que le mécontentement, éclatant enfin, ne remît tout en question.

Cependant les non satisfaits, avant de prendre un parti, se tournèrent vers le cardinal Albert, dans l'espoir que, plus indépendant depuis l'absence du roi, il aurait à cœur de leur rendre justice. Ils placèrent donc en lui leur dernière espé-

1 Herrera : Uistoria gênerai del mundo, etc., parte II, page 500. - Le cardinal-archiduc Albert, frère de l'empereur Rodolphe, thait fils do l'empereur Maximilien et de l'impératrice Marie, sœur de Philippe II.

rance. Elle fut de courte durée. Le gouverneur ne prenait aucune décision sans consulter le chef de la dynastie espagnole. Il n'y avait rien de changé en Portugal.

Alors toute illusion dut cesser, et les plus décidés à prendre leur parti de la nouvelle situation, pensant que tant que la domination espagnole en Portugal ne serait pas assurée, le roi, au moins par politique, serait tenu à plus d'égards envers ses nouveaux sujets, faisaient des vœux pour la continuation de la résistance que D. Antonio lui opposait encore aux Açores.

11 est vrai que le Saint-Siège avait conféré au cardinal Albert l'autorité de légat apostolique, ce qui était reconnaître jusqu'à un certain point l'autonomie du Portugal; mais cette faveur, tout le monde le savait, ne devait durer que deux ans ; or, après ce temps écoulé, personne ne doutait que par tous les moyens le roi ne tentât d'incorporer le pays dans la puissante monarchie espagnole, dont il deviendrait alors une province conquise *.

Tant que le peuple portugais crut à la possibilité de conserver son indépendance, son autonomie, les bruits que l'on faisait circuler touchant le sort de D. Sébastien n'agirent qu'imparfaitement sur son imagination ; ils ne purent prendre assez de corps pour constituer un parti dangereux. Mais

' Herrera : Historia gênerai del mvndo^ etc., parte II, page 501.

lorsque les soldats du duc d'Albe eurent mis en déroute les bataillons populaires du prieur du Crato, lorsque les derniers efforts dé la nationalité expirante eurent été étouffés, lorsque enfin, aux Cortès de Thomar, les représentants du pays, les uns vendus à l'or étranger, les autres dominés par la crainte des vengeances espagnoles, courbèrent la tète et plièrent le genou devant Philippe II, alors ces mêmes bruits se propagèrent de nouveau et prirent une grande consistance.

L'idée que le vaincu d'Alcacer-el-Kébir pouvait bien avoir survécu à sa défaite gagna de nombreux partisans et se fortifia d'autant plus qu'à part l'attrait du merveilleux, si puissant sur les masses, elle flattait le peuple dans son amour pour la patrie, et lui offrait un élément de résistance contre le joug étranger.

Quatre imposteurs, plus ou moins habiles, profitèrent de cette disposition des esprits pour usurper le nom de D. Sébastien.

Nous nous occuperons de chacun d'eux et nous verrons par quels moyens ils cherchèrent à s'accréditer dans l'esprit du peuple, et à faire triompher leurs supercheries.

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