‹ Les faux-monnayeurs, romanChapitre 13 sur 95 · LUN · texte numérisé non relu

LUN

A fu

Le re CM a RAT ROP RER AIMER ae PEN Ar AZ LA PACE NL" S N - | 2 SUR Ve baE

Fa

maintenant son ami, est l’ami de beaucoup de monde. Je ne sais trop comment Vincent et lui se sont connus. Au lycée sans doute, encore que Robert de Passavant soit sensiblement plus âgé que Vincent ; ils s'étaient perdus de vue quelques années, puis, tout dernièrement, rencontrés de nouveau, certain soir que, par extraordinaire, Olivier accompagnait son frère au théâtre ; pendant l’entr'acte Passavant

‘leur avait à tous deux offert des glaces ; 1l avait

appris ce soir-là que Vincent venait d’achever son externat, qu'il était indécis, ne sachant pas s’il se présenterait comme interne ; les scrences naturelles, à dire vrai, l’attiraient plus que la médecine ; mais la nécessité de gagner sa vie... Bref, Vincent avait accepté volontiers la proposition rémunératrice que lui fit peu de temps après Robert de Passavant, de venir chaque nuit soigner son vieux père, qu'une opération assez grave laissait fort ébranlé : il s’agissait de pansements à renouveler, de délicats sondages, de piqûres, enfin de je ne sais trop quoi qui exigeait des mains expertes. Mais, en plus &@e ceci, le vicomte avait de secrètes raisons pour se rapprocher de Vincent ; et celui-c1 en avait d’autres encore poux accepter. La raison secrète de Robert, nous tâcherons de la découvrir par la suite ; quant à celle de Vincent, la voici : un grand besoin d’argent le pressait. Lorsqu'on a le cœur bien en place, et qu'une saine éducation vous a inculqué de bonne heure le sens des responsabilités, on ne fait pas un enfant à une femme sans se sentir quelque peu engagé visà-vis d'elle, surtout lorsque cette femme a quitté son

d REA ; nr ) D Jr TT ER fo + ni 33 MR MOT EME

DRE FRE RATS ue EL RSC RE RN PA EES DS re CR Po A

inari pour vous suivre. Vincent avait mené jusqu'’a-

lors une vie assez vertueuse. Son aventure avec 4

Laura lui paraissait, suivant les heures du jour,

ou monstrueuse ou toute naturelle. Il suffit, bien

souvent, de l’addition d’une quantité de petits faits

très simples et très naturels, chacun pris à part,

pour obtenir un total monstrueux. Il se redisait cela tout en marchant et cela ne le tirait pas d'affaire. Certes il n'avait jamais songé à prendre cette femme définitivement à sa charge, à l’épouser après divorce ou à vivre avec elle sans l’épouser ; il était bien forcé de s’avouer qu’il ne ressentait pas pour elle un

grand amour ; mais 1! la savait à Paris sans ressources ; 1l avait causé sa détresse : il lui devait, à

tout le moins, cette première assistance précaire

qu'il se sentait fort en peine de lui assurer — aujourd’hui moins qu’hier encore, moins que ces jours derniers. Car, la semaine dernière il possédait encore les cinq mille francs que sa mère avait patiemment et péniblement mis de côté pour faciliter le début de sa carrière ; ces cinq mille francs eussent suffi sans doute pour-les couches de sa maîtresse, sa pension dans une clinique, les premiers soins donnés à l’enfant. De quel démon alors avait-il écouté le conseil? — la somme, déjà remise en pensée à cette femme, cette somme qu'il lu: vouait, lui consacrait, et dont

il se fût trouvé bien coupable de rien distraire, quel démon lui souffla, certain soir, qu’elle serait pro-

bablement insufñsante ? Non, ce n’était pas Robert

de Passavant. Robert jamais n'avait dit rien de

sernblable : mais sa proposition d'emmener Vincent

le lendemain.

dans un salon de jeu, tomba précisément ce soir-là: Et Vincent avait accepté.

Ce tripot avait ceci de perfide, que tout s’y passait entre gens du monde, entre amis. Robert présenta

son ami Vincent aux uns et aux autres. Vincent,

pris au dépourvu, ne put pas jouer gros Jeu ce

premier soir. Il n’avait presque rien sur lui et refusa

les quelques billets que proposa de lui avancer le vicomte. Mais, comme :l gagnait, il regretta de n'avoir point risqué davantage et promit de revenir

— À présent, tout le monde ici vous connaît ; ce n'est plus la peine que je vous accompagne, lui dit Robert.

Ceci se passait chez Pierre de Brouville, qu’on appelait plus communément Pedro. À partir de ce premier soir, Robert de Passavant avait mis son auto à la disposition de son nouvel ami. Vincent s’amenait vers onze heures, causait un quart d'heure

avec Robert en fumant une cigarette, puis montait

au premier, et s’attardait auprès du comte plus ou

moins de temps suivant l’humeur de celui-ci, sa

patience et l’exigence de son état ; puis l'auto l’emmenait rue Saint-Florentin, chez Pedro, d’où elle le ramenait une heure plus tard et le reconduisait, non pas précisément chez lui, car il eût craint

d’attirer l’attention, mais au plus prochain carrefour.

La nuit avant-dernière, Laura Douviers, assise

sur les marches de l'escalier qui mène à lapparte-

ment des Molinier, avait attendu Vincent jusqu'à

trois heures : c’est alors seulement qu'il était rentré. ? , * NT 4

LS NL AE D. eu OT

Page 1