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par regrets de sa faute, par repentir, Laura voulait s’humilier devant lui ; mais lui se prosternait aussi: tôt plus bas qu'elle ; tout ce que l’un et l’autre en faisaient ne parvenait qu’à le rapetisser, qu’à la grandir.
— Je le plains beaucoup, dit Bernard. Mais pour: quoi n’admettez-vous pas que lui aussi, dans cé prosternement, se grandisse P - — Parce qu’il manque de lyrisme, dit Édouard irréfutablement.
— Que voulez-vous dire ?
— Quilnes Rene jamais dans ce qu'il éprouve, de sorte qu'il n’éprouve jamais rien de grand. Ne me poussez pas trop là-dessus. J’ai mes idées ; mais qui répugnent à la toise et que je ne cherche pas trop à mesurer. Paul-Ambroise a coutume de dire qu'il ne consent à tenir CORRE de rien qui ne sè puisse chiffrer ; ce en quoi j'estime qu 1 ; Joue sur le mot «tenir compte » ; car, «à ce compte-là » commé on dit, on est forcé d’omettre Dieu. C’est bien là où il tend et ce qu'il désire... Tenez : je crois que j'appelle lyrisme l’état de l’homme qui consent à se,
laisser vaincre par Dieu. | — N'est-ce pas là précisément ce que signifie ke mot : enthousiasme ? |
— Et peut-être le mot : inspiration. Oui, c’est bien là ce que je veux dire : Douviers est un être incapable d'inspiration. Je consens que Pau Ambroise ait raison lorsqu'il considère l’inspiratio comme des pius préjudiciables à l’art ; et je croi volontiers qu’on n’est artiste qu’à condition |
riant.
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tion qu'il laissait paraître aujourd’hui lui venait de la présence d'Olivier. Bernard le comprit.
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| dominer l’état lyrique ; ; mais il importe, pour le
: dominer, de l’avoir éprouvé d’abord. ; — Ne pensez-vous pas que cet état de Visitation divine est explicable physiologiquement par.
— La belle avance! interrompit Édouard. De telles considérations, pour être exactes, ne sont
| propres qu’à gêner les sots. Il n’est certes pas un
mouvement mystique qui n'ait son répondant
| matériel. Et après ? L’esprit, pour témoigner, ne}
peut point se passer de la matière. De là le mystère!
| de l’incarnation.
— Par contre, la matière se passe admirablement de l'esprit.
— Ça, nous n’en savons rien, dit Édouard en
Bernard était fort amusé de l'entendre parler \ ainsi. D’ordinaire Édouard se livrait peu. L’exalta- |
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— I] me parle comme il voudrait déjà lui parler,
bpensa-t-il. C’est d'Olivier qu'il devrait faire son
secrétaire. Dès qu'Olivier sera guéri, je me retirerai ;
ma place est ailleurs.
Il pensait cela sans amertume, tout occupé désor-
tmais par Sarah, qu'il avait revue la nuit dernière et
s’apprêtait à retrouver cette nuit.
__— Nous voici bien loin de Douviers, reprit-il en “riant à son tour. Lui parlerez-vous de Vincent ?
Ë — Parbleu non. À quoi bon ?
+ — Ne pensez-vous pas que c’est empoisonnant
FAUX-MONMAYBURS, 26
pour Douviers de ne savoir sur qui porter ses. soupçons ?
— Vous avez peut-être raison. Mais cela c’est à Laura qu’il faut le dire. Je ne pourrais parler sans la trahir. Du reste je ne sais même pas où il est.
— Vincent ?.. Passavant doit bien le savoir.
Un coup de sonnette les interrompit. Madame Molinier venait prendre des nouvelles de son fils. Édouard la rejoignit dans l'atelier.
Journaz D'Epouarp
Visite de Pauline. J'étais embarrassé de savoir” comment la prévenir ; et pourtant je ne pouvais lui … laisser ignorer que son fils était malade. Ai jugé | inutile de lui raconter l’incompréhensible tentative de suicide ; ai simplement parlé d’une violente crise de foie, qui effectivement reste le plus clair résultat … de cette entreprise.
«a — Je suis déjà rassurée de savoir Olivier chez vous, m'a dit Pauline. Je ne le soignerais pas mieux. que vous, car je sens bien que vous l’aimez autant: que moi.
« En disant ces derniers mots, elle m'a regardé avec une bizarre insistance. Ai-je imaginé l’in-. tention qu’elle m’a paru mettre dans ce regard ?, Je me sentais devant Pauline ce que l’on a cou tume d’appeler « mauvaise conscience » et n’ai pu. que balbutier je ne sais quoi d’indistinct. Il faut |
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dire que, sursaturé d'émotion depuis deux jours, j'avais perdu tout empire sur moi-même; mon trouble dût être très apparent, car elle ajouta :
« — Votre rougeur est éloquente..…. Mon pauvre à ami, n’attendez pas de moi des reproches. Je vous 5 en ferais si vous ne l’aimiez pas. Puis-je le voir ? : “4 Je la menai près d'Olivier. Bernard, en nousen-
tendant venir, s'était retiré.
« — Comme il est beau! murmura-t-elle en se
penchant au-dessus du lit. Puis, se retournant vers - moi : — Vous l’embrasserez de ma part. Je crains de l’éveiller.
« Pauline est décidément une femme extraordi-
naire. Ce n’est pas d'aujourd'hui que je le pense. Mais je ne pouvais espérer qu’elle pousserait si loin sa compréhension. Toutefois 1l me semblait, à travers la cordialité de ses paroles et cette sorte d’enjouement qu'elle mettait dans le ton de sa voix, distinguer un peu de contrainte (peut-être en raison Fi de l'effort que je faisais pour cacher ma gêne); et je me souvenais d’une phrase de notre conversation précédente, phrase qui déjà m'avait paru des plus sages alors que je n’étais pas intéressé à la trouver telle : « Je préfère accorder de bonne grâce | ce que je sais que je ne pourrais pas empêcher. » | Évidemment, Pauline s’efforçait vers la bonne grâce ; / .et, comme en réponse à ma secrète pensée, elle reprit, «lorsque nous fûmes de nouveau dans l'atelier : î «— En ne me scandalisant pas tout à l’heure, je | mu de vous avoir scandalisé. Il est certaines liberà.
tés de pensée dont les hommes voudraient garder