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CHAPITRE II

Les faux urinaires vésicaux.

Névroses vésicales.

Dans une de ses leçons sur les neurasthéniques urinaires (1), M. Guyon divise les faux urinaires en deux grandes classes : 1° les faux urinaires médullaires (tels les ataxiques, les malades atteints de sclérose en plaques, etc.), 2° les faux urinaires neurasthéniques : tels les hystériques, les dégénérés, les seuls dont nous ayons à nous occuper. « Les troubles fonctionnels qui nous amènent ces malades, dit l’éminent professeur, sont de deux ordres : les difficultés de la miction et les douleurs. Ils viennent à nous, soit parce qu'il pissent mal (la miction nécessitant un effort, jet faible), soit parce qu'ils souffrent (douleur indépendante de la miction et siégeant le plus souvent au périnée), soit pour ces deux causes réunies. D’autres viennent pour de la pollakiurie diurne, presque jamais nocturne, moins souvent pour de la rareté de Ja miction. D'autres encore pour de l’incontinence nocturne et diurne

à la fois.

Les troubles de l’appareil génital se joignent assez souvent aux troubles de la miction : impuissance génésique totale ou incomplète, pollutions nocturnes. C’est donc sous différents aspects que peut se présenter la neurasthénie urinaire. Si on interroge soigneusement ces malades, on apprendra qu'ilssontobligés de «pousser », suivant leur expression, de faire effort pour entamer et aussi continuer la miction ; néanmoins jamais on ne les voit pren-

(1) Les neurasténiques urinaires. Annales org. génito-urinaires, sept. 1893.

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dre des positions bizarres, telles que la position accroupie, souvent adoptée par les vrais urinaires en rétention (rétrécis ou prostatiques) oa même les faux urinaires tabétiques. Le jet est quelquefois interrompu si l'effort cesse. Ils accusent en outre des douleurs périnéales et hypogastriques qui rappellent le calcul vésical. D’autres présentent le phénomène que Guyon a appelé « miction retardée ». Ils restent quelquefois un quart d'heure avant de pouvoir uriner, analogues en cela aux prostatiques. La miction devient parfois impossible devant quelqu'un, ou même quand ils entendent une personne dans une pièce voisine, phénomène que James Paget a proposé d'appeler le « bégaiement urinaire ». Voilà comment pissent les neurasthéniques urinaires ! D’autres pissent fréquemment, comme les pollakiuriques sur lesquels nous reviendrons plus loin.

Ajoutez à cette pollakiurieles douleurs vésico-uréthrales qui pourront simuler une cystite. Mais cette pollakiurie est le plus souvent diurne. Cette différence est pathognomonique, d'après M. Guyon. Le pollakiurique, exclusivement diurne est un névropathe. D'autres présentent de l’incontinence, qui peut être indépendante de l’incontinence infantile. Elle peut être à la fois diurne et nocturne, mais la vessie se vide complètement, ce qui la distingue de l’incontinence par regorgement des prostatiques et des rétrécis.

Les douleurs sont indépendantes de la miction, c’est là leur grand caractère. Elles siègent d'ordinaire au périnée, en arrière des bourses, s’irradiant en arrière, provoquant du ténesme anal, en avant surtout au méat, ou encore vers la région hypogastrique. Ces sujets disent souffrir dans la vessie ou « au pied de la verge », selon l'expression de quelques-uns. Ces douleurs sont spontanées, non en rapport avec la miction, provoquables par la palpation ou le contact d'instruments explorateurs au niveau de la région membraneuse. Cette même région est également douloureuse à l’exploration rectale.

La douleur peut revêtir tous les degré d'acuité, depuis la simple pesanteur périnéale jusqu'aux plus vives douleurs. Ces crises dou-

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loureuses peuvent sièger en un point fixe (région membraneuse), . comme s’il ÿ avait là un point hystérogène.

L'appareil génital est dans la moitié des cas intéressé; l'appétit génésique est diminué d’une manière générale et à des degrés divers, ou impuissance absolue, ou érections incomplètes. D’autres, moins nombreux, sont des excités g'énésiques. Chez ceux-là, on observe de l’éjaculation hâtive. D'autres, plus rares, ont des pollutions nocturnes. Chez presque tous on trouve des stigmates hystériques : anesthésie pharyngée, oculaire, hémianesthésie sensitivo-sensorielle, rétrécissement du champ visuel, crises de larmes. En outre, ce sont bien souvent des gens scrupuleux, méticuleux, s’examinant, analysant leur état, très préoccupés de leur santé. C’est chez ceux-là que l’on peut dire que « les maladies de la vessie retentissent sur le moral », aphorisme qui semble se vérifier surtout chez cette catégorie de faux urinaires. Ce sont « des malades aux petits papiers » (Charcot), des impressionnables, mais surtout des déprimés, quelques-uns des excitables, très souvent héréditaires nerveux.

Le Professeur Fournier exprime la même opinion sur les neurasthéniques urinaires lorsque, faisant allusion aux remords imaginaires, que se forgent ces malheureux, il les baptise du nom de « repentants ». C’est le cas aussi de dire avec Born que chez ces malades la « vessieest le miroir de l’âme ».

On retrouve dans leurs antécédents de l'incontinence infantile. « Au surplus, des timides génitaux qui, lorsqu'ils contractent la blennorrhagie, se tiennent pour battus; c’est pourquoi ils n’ont très souvent qu’une blennorrhagie. » L'examen physique reste négatif. Les urines sont ou très claires, ou chargées de sels se dissolvant par des acides, ou de mucus prostatique. A l'exploration uréthrale l’on constate, comme nous l'avons vu, du spasme de la région membraneuse qui empêche le passage des olives ordinaires, mais se laisse traverser aisément par des Béniqués sur conducteurs, en provoquant souvent de la douleur. Ils vident leur vessie, mais la contractibilité vésicale (17/28) est affaiblie, diminuée, au-dessous de

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