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À quel moment a lieu le maximum de fréquence de la miction chez un pollakiurique ? Ce serait vers le milieu de la journée et particulièrement après le déjeuner.
Pour Guyon, cela s’expliquerait par l’action de la digestion sur la sécrétion urinaire produite par des dyspepsies stomacales ou des troubles digestifs dus aux lésions intestinales qui réagissent ainsi sur l’excrélion urinaire.
Telle n’est pas l'opinion de Janet et Corby. Car si cette théorie de l’irritabilité vésicale de cause réflexe était vraie, on ne pourrait guère la concilier avec ce fait que les femmes ne présentent pas cette pollakiurie post prandium.
En outre, elle n'existe pas chez la plupart des malades après le repas du soir. C'est pourquoi Janet fait intervenir une cause psychique : « Les femmes n'ont que peu d'occasions de songer à leur vessie, les urinoirs qu'elles voient dans la rue ne leur sont pas destinés et ne leur donnent aucune idée de miction. Nous autres, au contraire, nous sommes à chaque instant sollicités à uriner par le vue de ces petits édifices et des gens qui les utilisent. C'est surtout au moment de nos sorties, dans l'après-midi, que cette action se fait sentir. Le soir, l’on sort moins, ou si l’on sort, c'est avec un but unique rapidement atteint : visite, théâtre, cafés ; les urinoirs et les urinants sont moins visibles, et il n'en faut pas plus pour supprimer la pollakiurie vespérale. »
L'influence du milieu extérieur et sa réaction sur notre vessie ne sont pas seulement propres à l'homme ; le chien lui-même, doué d'une pollakiurie si étrange, n'urinera que trois ou quatre fois par 24 heures, s'il reste enfermé. Le sort-on, au contraire, l’odeur de l'urine qu'il ira renifler à tous les coins de porte et au pied de tous les arbres, l'entraîne à un nombre considérable de mictions. De même, lorsqu'il sera uniquement occupé par la recherche du gibier, il ne pensera pas à uriner.
A ce propos, l'émotion elle-même ne joue pas un rôle moindre dans l'espèce animale que dans l'espère humaine : le taureau, dès son entrée dans l'arène, surpris et inquiet se met à uriner,
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de même, la jument saisie par le coup d'éperon, le petit chien battu, etc. |
L'attention joue, elle aussi, un grand rôle dans la miction. Nous avons déjà parlé du « bégaiement urinaire » de Paget.Les individus atteints de ce symptôme ne peuvent uriner quand on les regarde ou quand ils savent qu’on attend qu'ils aient fini d'uriner pour prendre leur place dans un urinoir public par exemple.
Paget cite le cas d'un malade qui « ne sortait jamais avec une personne devant laquelle il avait eu une fois un insuccès urinaire, de peur de le voir reparaïitre, et celui d’un ecclésiastique qui se sondait toujours avant de monter en chaire parce qu'une fois, un horrible besoin d’uriner l'avait empêché de terminer son sermon. Il était sûr que s’il n'avait pas la conviction d’avoir la vessie vide il serait pris de l’envie d’uriner et qu’il aurait alors une rétention. Un autre malade de Paget dit avoir recours à toutes espèces d’expédients pour vider sa vessie. Il faut qu’il monte à sa chambre, qu'il en descende, qu’il se penche ou s’assoie dans certaines positions singulières, habituelles, qu’il ait soin de ne diriger son esprit ni trop ni trop peu sur ce qu’il a à faire, puis qu’il laisse écouler l'urine en y pensant le moins possible.
Janet cite le cas observé par M. Guyon d’un malade qui ne pouvait uriner dès qu’il soupçonnait non seulement qu’on pût le voir, mais encore qu'on pût entendre le jet de son urine. Ce malade fut sur le point de se démettre d’une haute fonction à cause de cette infirmité. D’autres fois c’est la vue d’un urinoir qui provoquera d’une façon impérieuse le besoin d’uriner, ou encore le besoin d'uriner sera provoqué par la vue de l’eau comme ce malade (obs. 45) atteint de spasme uréthral et de pollakiurie psychopathique, très neurasthénique, qui ne pouvait traverser un pont sur la Seine, fût-il même en voiture, sans que l'envie d’uriner se produisit impérieusement et l'obligeât à la satisfaire sous peine de mouiller sa chemise. Ce même malade avait ces envies d’uriner brusques impérieuses quand il entendait le bruit d'une clef dans une serrure. Un autre sujet (obs. 44) rapportait le début de la pollakiurie à un coït non satisfait.
Variétés de la pollakiurie psychopathique. — Janet les divise en deux :
a) La pollakiurie précoce ;
b) La pollakiurie tardive.
a) Pollakiurie précoce. — La première, caractérisée par la fréquence des mictions diurnes et nocturnes très impérieuses, apparaîtrait dès la plus tendre enfance. Elle pourrait être simple : l’enfant se relevant la nuit à chaque envie d'uriner, mais beaucoup plus souvent elle s'accompagne d’incontinence nocturne. L'enfant ne se réveille pas à chaque besoin d’uriner et urine une ou plusieurs fois dans son lit.
Cette forme de pollakiurie, compliquée d’incontinence nocturne, aboutit avec le temps à la pollakiurie simple. On retrouve, en eflet, très souvent dans les observations de pollakiuries psychopathiques de l'incontinence nocturne de l'enfance. |
Pour expliquer ces deux variétés de pollakiurie précoce, Janet fait intervenir : 1° pour la pollakiurie simple, soit une irritabilité vésicale héréditaire, soit de mauvaises habitudes de mictions fréquentes provoquées peut-être au début par une légère polyurie et se perpétuant ensuite après la guérison de celle-ci; 2° pour la pollakiurie incontinente nocturne, une attention permanente, une sorte d’hypochondrie urinaire commençante.
« En se couchant, l'unique préoccupation de ces enfants est de savoir s'ils urineront au lit, ils s’endorment avec cette unique pensée. A leur réveil, leur premier mouvement est de tâter leurs draps, pour savoir s'ils les ont mouillés. Pendant la journée on les gronde, on les prive de dessert, quelquefois on les corrige encore plus sévèrement, si bien qu’en réalité jour et nuit ils sont sollicités à penser à leur vessie ; ce n'est pas une bonne condition pour diminuer la fréquence de ses contractions. » Nous reviendrons plus loin en un chapitre spécial sur l'incontinence nocturne de l’enfance, que nous rattacherons à la névrose urinaire, et nous examinerons les différentes explications qui ont été données de cette
affection.
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b) Pollakiurie psychopathique tardive. -— La pollakiurie psychopathique tardive survient le plus souvent à la suite d’affections des organes génito-urinaires et surtout de la blennorrhagie qui font verser les prédisposés héréditaires dans l’hypochondrie et les mauvaises habitudes de miction consécutives qui survivent à la guérison complète des lésions. La continence avec l’état congestif des organes génito-urinaires qui en découle, provoque aussi la pôllakiurie. Celle-ci, suivant l’état nerveux du sujet, pourra subsister, malgré la disparition de la cause. L'abus du coït agira dans le même sens.
Nous avons vu un malade (obs. 25). qui attribuait le début de ses fréquentes mictions à des excès d’onanisme, et chez d’autres malades nous avons recueilli le même aveu.
c) Pollahiurie psychopathique nocturne simple. — Elle est niée par M. Guyon, qui, comme nous l’avons vu, donne comme grand caractère de la pollakiurie psychopathique d’être toujours exclusivement diurne. Janet et Corby croient à son existence. Elle serait relativement rare, du moins quand le sujet n’a pas d'insomnies, car autrement on rentre dans le cadre de la pollakurie diurne. Elle est créée par les préoccupations mictionnelles et les rêves se rapportant aux organes génita-urinaires. Les mauvaises habitudes de miction une fois prises entretiennent cette pollakiurie quelquefois indéfiniment, malgré la disparition complète de la cause. On peut attribuer deux formes à cette pollakiurie : 1° une forme précoce dans laquelle les malades sont obligés de se lever, deux à trois fois par nuit, dès leur plus tendre enfance; 2° une forme tardive qui remplace chez le malade l'incontinence nocturne et en constitue même une des formes de sa guérison les plus fréquentes.
Très rarement la pollakiurie nocturne tardive peut succéder à des préoccupations vésico-pathologiques. La pollakiurie nocturne simple n’a donc aucun cachet spécial qui la différencie de la pollakiurie diurne qu’elle accompagne le plus souvent.
La pollakiurie psychopathique est du reste rarement simple,
en
Elle s'accompagne presque toujours d’autres éléments de l’état névropathique que nous rangerons sous le nom de complications.
Complications. — a) Complications génitales. — D'après M. Guyon, près de la moitié des neurasthéniques urinaires présentent un appétit génésique diminué à des degrés divers. Dans 1/20 des cas, il y aurait de l'impuissance absolue. Souvent les érections sont incomplètes ou si elles se produisent et si le malade peut pratiquer le coït, il présente ce que Ultzmann a appelé l'aspermatisme, il y a absence d’éjaculation. Cet auteur ajoute que, dans ce cas, ces malades « présentent ordinairement plusieurs autres névroses des appareils soit génital, soit urinaire ». Ce sont des neurasthéniques génitaux déprimés, pratiquant rarement le coit. D’autres, moins nombreux, sont au contraire des excités au point de vue génésique et alors chez eux l’éjaculation est hâtive.
Elle peut se produire même en état d'érection incomplète. Ultzmann a signalé un cas de polyspermie. Il s'agissait d’un homme vigoureux qui éjaculait jusqu’à 15 grammes de sperme en une fois. « Il présentait, en outre, du cystospasme et diverses douleurs névralgiques. »
b) Complications vésicales. — Les complications vésicales sont également fréquentes : névralgie vésicale, rétention d’urine complète, incontinence d'urine.
Ces différentes complications feront l'objet de chapitres spéciaux, puisqu'elles rentrent dàns la neurasthénie urinaire et que nous les avons rangées dans les faux urinaires vésicaux.
c) Complications uréthrales. — Quant aux complications uréthrales, nous avons vu combien le spasme de l’urèthre était fréquemment associé à la pollakiurie. Il n'y a donc pas lieu de nous y arrêter à nouveau.
Cette infinie variété de troubles génito-urinaires auxquels est en proie le neurasthénique urinaire, l’amênera fatalement à l'hypo-
chondrie, De même que son attention, toujours fixée sur sa vessie
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ou ses organes génitaux, le conduira, à son insu, à l’habitude des mictions fréquentes, à la pollakiurie psychopathique.
Il est vrai que cette pollakiurie psychopathique ne se créera pas toujours d'emblée, mais pourra succéder assez souvent à une pollakiurie symptomatique. M. Albarran (1) en effet, dans une leçon sur les rétrécissements larges de l’urèthre, exprimait cette idée que dans la névropathie urinaire les cas seraient rares où l'appareil urinaire serait absolument intact. « Chez ces névropathes urinaires tout nest pas psychique, il existe quelque chose, presque rien, dans certains cas, mais qui suffit à déterminer des sensations que le malade multiplie et exagère. »
Ce n'est assurément qu'après un examen approfondi et complet de tout l’appareil urinaire, en s'aidant de toutes les ressources actuelles de l'exploration soit vésicale (cystoscopie), soit uréthrale, qu’on admettra l’existence de la névropathie urinaire.
Néanmoins, la lésion organique guérie, les symptômes fonctionnels pourront persister chez un sujet prédisposé par suite de l'habitude et de l'attention que la maladie primitive a entretenues.
Insensiblement, la pollakiurie de symptomatique qu'elle était se transforme en pollakiurie idiopathique. Il ne faut pas oublier au surplus, comme le fait remarquer M. Guyon, que le sens de la génitalité,chez 1 homme du moins,domine les autres. Aussi tout ce qui pourra faire supposer une atteinte quelconque de l'intégrité des organes sexuels portera-t-il rapidement l'homme à l’hypochondrie et à la pollakiurie psychopathique. « Il semble que dans le cours des générations, dit sir James Paget, la transmission du pouvoir intellectuel gagné par l'éducation a eu pour effet de l’abaisser ou de remplacer celui de l'instinct contrairement aux animaux même les plus changés par notre domesticité et qui coïtent aussi naturellement qu'ils mangent ou défèquent. De là vient que les désirs sexuels naissent et grandissent sans la connaissance de la manière de les satisfaire et cette connaissance entre
(1) ALBARRAN, Rétrécissements larges de l’urèthre, Annales des maladies des org. génito-urin., octobre 1893.
nn.
dans l’esprit accompagnée d'erreurs, de fantaisies de choses à demi comprises qui deviennent pour quelques hommes des sources de malheur et de crainte et pour d’autres des sujets de tristesse et de surveillance hypochondriaque. »
Diagnostic. — Nous ne nous étendrons pas longuement sur le diagnostic de la pollakiurie psychopathique. Elle reposera, nous ne saurions trop le répéter, sur l’état névropathique du sujet, sur son hérédité nerveuse (incontinence nocturne infantile, convulsions de l’enfance, chorée, tics, etc.) ; sur l'apparition des mictions fréquentes à la suite d'émotions ou d'une blennorrhagie guérie; sur le caractère presque exclusivement diurne de la fréquencedes mictions (Guyon), la variabilité, la diversité de cette pollakiurie, surles signes équivalents du spasme uréthral, sur les troubles génitaux concomitants, sur la tolérance de la vessie qui supporte facilement une injection de 200 à 300 grammes de liquide, alors qu'elle se vide le plus souvent pour moins de 100 grammes (capacité psychique de la vessie) (Janet) ; sur la quantité et la qualité des urines restées normales.
Ces signes de présomption seront confirmés par l’absence de lésions des organes génito-urinaires.
Ces lésions, en effet, qui peuvent donner lieu à de la pollakiurie sont des plus nombreuses. Nous les énumérerons, ne nous arrêtant que sur les principales.
POoLLAKIURIE SYMPTOMATIQUE. — a) Malformations congénitales. — La pollakiurie symptomatique pourra tenir à des malformations congénitales liées au phimosis, à l'étroitesse congénitale du méat, l'hypospadias, l’épispadias, autant de lésions qu'il suffira de traiter pour faire disparaître la pollakiurie et les autres manifestations de la névrose urinaire.
b) Excilations réflexes uréthrales ou para-uréthrales. — Elle pourra être consécutive à des excitations réflexes uréthrales ou para-uréthrales. Celle qui sera due à une uréthrite ancienne se révèlera par l'examen macroscopique et microscopique des fila-
ments qu'on trouvera dans l'urine du premier jet.
La pollakiurie qui sera liée au rétrécissement de l’urèthre sera à la fois diurne et nocturne, pourra s'accompagner d'incontinence par regorgement,
L'hypertrophie de la prostate se manifestera par de la pollakiurie, mais celle-ci sera exclusivement nocturne. C’est, comme on le sait, la caractéristique de l’hypertrophie prostatique.
Toutes les causes d’excitation siégeant sur la verge ou les organes génitaux externes, pourront produire par voie réflexe de la pollakiurie, qu’il s'agisse de balanite, d'herpès du prépuce ou du fourreau de la verge, d’eczéma des bourses, de fissures à l’anus, d'érysthrasma, d'hémorrhoïdes, oxyures, ascarides, constipation opiniâtre.
Les lésions du rein (mal de Bright) compteront au nombre de leurs symptômes, la pollakiurie sur laquelle Dieulafoy a insisté et qu'il a classée parmi les petits accidents du brightisme. La dyspepsie qui est, il est vrai, si fréquente dans la neurasthénic, pourra donner lieu à une pollakiurie en quelque sorte symptomatique, comme certains auteurs l’ont incriminé.
c) Affections utérines. — Chez la femme, on sait quelles relations physiologiques et pathologiques il existe entre l’appareil génital et l'appareil urinaire. Avec Legueu (1), on peut reconnaitre trois modes d'influences de l'utérus sur l’appareil urinaire : 1° des influences dynamiques ou réflexes ; 2° des influences mécaniques ; 3° des influences d'infection. Les premières peuvent se manifester à l'état physiologique. Guyon a maintes fois insisté sur la réaction vésicale consécutive aux congestions actives de la menstruation, ou passives de la ménopause.
La grossesse, dans ses premières phases, déterminera, tout comme la congestion menstruelle, un retentissement sur la vessie qui se traduira par la fréquence des mictions, troubles vésicaux d'ordre réflexe, puisqu'ils apparaîtront dès les premières semaines
(1) TeGueu. Relations pathologiques entre l’appareïil génital et l'appareil
urinaire chez la femme. Annales maladies des organes génito-urinaires, juillet 1897.
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alors que l'utérus n’est pas assez volumineux pour comprimer la vessie.
Benedikt (1) signale la défloration et la grossesse comme causes de la « strangurie » ou envies fréquentes d'uriner. Il a même vu un cas où il fallut provoquer plusieurs fois l'avortement, tellement le malade était incommodé par la strangurie.
Les maladies de l’utérus auront-elles bien plus encore et à plus forte raison une influence sur l'appareil urinaire ; soit pour produire de la pollakiurie et des douleurs vésicales, soit de la rétention ou de l’incontinence d'urine.
Nous n’insisterons ici que sur la pollakiurie symptomatique des affections utérines. Elle est souvent associée à la dysurie provoquée par les métrites, surtout les métrites accompagnées de déviations et plus spécialement par les salpingo-ovarites. Dans les prolapsus génitaux, surtout au début, dans la cystocèle, on observe souvent la fréquence des mictions associée ou non à des douleurs vésicales. j
Aussi, avant d'admettre chez une femme, même à antécédents névropathiques ou neurasthéniques, l'existence d’une pollakiurie psychopathique, faudra-t-il examiner les organes génitaux, rechercher tout particulièrement le prolapsus vaginal au début (2).
Civiale (3) avait signalé la coïncidence assez fréquente de l’abaissement du col utérin et de la névralgie du col vésical et son expérience, dit-il, lui a prouvé que la seconde affection en devient plus opiniâtre. Chez les femmes, ajoute-t-il, les névralgies du col vésical sont souvent les conséquences des maladies du col de la matrice avec lesquelles on les confond. M. Guyon a fait remarquer que la pollakiurie peut se rencontrer chez la femme à un certain âge comme chez l’homme qui est prostatique, on trouve alors de l’artériosclérose de la vessie. Celle-ci ne se vide pas complètement par suite de son manque de contractilité.
(1) BENEDIKT. Znternationale Klinische Rundschau. Vienne, fév. 1890, n° 5.
(2) ComAR. Des troubles urinaires dans le prolapsus vagino-uterin. Thèse
Paris, 1895.
(3) Loco citato, p. 62,
mots
Les tumeurs utérines (fibromes) auront plus rarement un retentissement sur la vessie. Elles pourront agir par une influence congestive où dynamique ou mécanique (tumeurs abdominales, kystes de l'ovaire).
Les pollakiuries, liées à un état purement congestif de la paroi
vésicale développé in situ, ou par propagation de l'inflammation des organes voisins, pourront souvent être d’un diagnostic diflicile avec les pollakiuries purement nerveuses.
- Cette difficulté a été mise en lumière par les travaux de Zuckerkandl (1) et Dacheux(2), qui ont montré la fréquence des pollakiuries chez les femmes atteintes de troubles génitaux quelconques et qui les ont attribués à une zone d’hyperhémie localisée en général au bas-fond vésical ou le voisinage du col et due à la propagation de l'inflammation des organes génitaux malades. Ce processus morbide peut exister et nécessitera pour être reconnu l'usage du cystoscope.
d) Composition anormale de l'urine. — La pollakiurie peut encore tenir à la composition anormale de l'urine, soit que la quantité d’eau en soit augmentée, dans ce cas elle est associée à la polyurie, comme dans l’hystérie, soit que la quantité des sels en soit accrue (urates, oxalates), comme dans la dyscrasie goutteuse.
Thompson (3) dit que la pollakiurie peut survenir dans toutes les conditions morbides qui altèrent la composition de l'urine avant son arrivée dans la vessie. « Des urines pâles et aqueuses sont souvent regardées comme non irritantes ; c’est le contraire qui est vrai; ces urines sont en général mal tolérées par la vessie. En fait la vessie n’est jamais aussi à l'aise que lorsque l’urine qu’elle renferme est d’un poids spécifique moyen ou supérieur à la moyenne.
(1) ZUCKERKANDL. Ueber ein Form der irritablen Blase beim Weibe, Wiener med. Presse, n°s 20 et 21, 1894. É
(2) DACHEUX. Sur la vessie irritable chez la femme. Cystopathie hyper hémique. Thèse Paris, 1894.
(3) THOMPSON. Leçons cliniques sur les maladies des voies urinaires. Traduct. JAMIN, 1889.
Certaines personnes nerveuses, les hystériques entr'autres, ont l'urine presque aussi claire que l’eau pure et leur vessie est toujours plus ou moins incommodée. »
Harrison et Dyce Duckworth ont constaté une augmentation de - la fréquence des mictions pendant les attaques de goutte.
Oscar Kraus (1) (de Carlsbad) a décrit une pollakiurie qu’il appelle urique. Elle serait due à l’irritation chimique et chimico-mécanique produite par les nombreux cristaux d'acide urique dont l'urine de ses malades était chargée, pollakiurie très intense constituant à elle seule toute la gêne dont les malades se plaignaient et qui disparut en même temps que l'acide urique. L'auteur cite à l’appui de son opinion les observations de trois malades, l’un qui avait eu, il est vrai, quelque temps auparavant, une cystite dont on ne.retrouvait plus les vestiges, l’autre qui avait une prostate moyennement grosse, le troisième, neurasthénique mais sans aucune lésion de l'appareil urinaire, tous trois atteints d’une pollakiurie intense que la cure de Carlsbad dissipa.
Il arrive aux conclusions suivantes: « Dans les diverses circonstances où la sensibilité de la vessie est augmentée et spécialement dans la neurasthénie générale, dans les modifications prostatiques du fond de la vessie, ou bien après les processus inflammatoires de la vessie, une abondante élimination d’acide urique peut engendrer la pollakiurie, laquelle peut arriver à une intensité insupportable. Lorsque l'élimination d'acide urique est enrayée (par l'emploi par exemple des eaux minérales alcalines) la pollakiurie disparait pour revenir dès que les sédiments urinaires contiennent de nouveau des cristaux d’acide urique. »
L’excès de carbonates dans les urines comme chez des individus sains qui ont absorbé de grandes quantités d'eaux minérales contenant de l’acide carbonique, peut donner lieu également à une pollakiurie aiguë et passagère. L'oxalurie simple également produira de la pollakiurie seule ou associée à de la cuisson, de la
(1) Oscar KRAUS. La pollakiurie urique. Annales des maladies des organes génito-urinatres, décembre 1897, février et mars 1898.
brûlure dans tout le canal uréthral (fausse uréthrite). Si avec la fréquence des mictions il y a des modifications du jet, dans son calibre, sa continuité ou de la rétention ou de l’incontinence d'urine, le malade pourra être pris pour un calculeux vésical. L'irritabilité de la vessie pourra seule ou associée à des hématuries se rencontrer dans l’oxalurie (Boursier) (1).
En somme, toutes les modifications de composition de l'urine (acidité ou alcalinité exagérées) sucre, sang, pus (comme dans la cystite, pyélite ou pyélonéphrite) pourront donner lieu à de la pollakiurie symptomatique.
e) Ingestions alimentaires ou médicaments. — C’est encore à l’action chimique de l'urine que tiendra la pollakiurie survenant à la suite de l'ingestion de certains aliments, boissons on médicaments. .
Mosso et Pellacani (2) d'une part et Gant (3) de l’autre essaient d'expliquer cette pollakiurie digestive par une sorte d’irritabilité spéciale de la vessie provenant de la richesse plus grande de l'urine en sels pendant la digestion.
« Winckel (4) admet que certaines formes de vessie irritable observées à la suite d'absorption d’une bière trop jeune ou d’un vin aigrelet, etc., sont imputables à l’action chimique qui s'exerce dans ces cas sur les extrémités nerveuses de la muqueuse vésicale et qui entraîne une hyperhémie consécutive de cette dernière. L'explication de Winckel doit être vraie dans beaucoup de cas, mais il y a cependant des cas où le besoin d’uriner se manifeste si rapidement après l’ingestion des boissons citées, qu'il paraît impossible d'expliquer ce fait comme consécutif à une action réflexe ayant son point de départ ailleurs que dans l'estomac. Quoi qu’il en soit, d'ailleurs, la possibilité de l'excitation des nerfs de la
(1) BoursrER (de Contrexéville). Oxalurie et gravelle oxalique. Annales Société d'hydrologie médicale de Paris, 1894.
(2) Archives italiennes de biologie, t. I, 1882.
(3) Zrritable bladder. Londres, 1892.
(4) WINCKEL, d’après Oscar KRAUS. Annales mal. org. génito-urin., février
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vessie par une influence chimique est hors de contestation et la pratique journalière nous en fournit à chaque instant des preuves irréfutables. »
f) Pollakiurie par irritation mécanique ou congestive. — Nous n’insisterons pas sur la pollakiurie symptomatique d'affections vésicales (calcul vésical, corps étranger, cystites). Nous avons vu combien la pollakiurie psychopathique peut rappeler surtout le calcul vésical avec lequel elle a de commun la fréquence des mictions diurnes, « les calculeux étant guéris la nuit » (Guyon).
Les pollakiuries par irritation mécanique de la vessie se rencontrent à la suite des cathétérismes, des explorations vésicales et persistent plus ou moins longtemps après l'opération suivant l’état nerveux du sujet. La pollakiurie des calculeux et des corps étrangers peut être rangée dans cette catégorie. >
g) Maladies de la moelle. — Il nous reste à signaler la pollakiurie qui se rencontre dans les maladies de la moelle (myélites diverses, paralysie générale et surtout l'ataxie). La pollakiurie tabétique aurait été, en effet, rencontrée par Fournier 15 fois environ sur 98 ataxiques urinaires vésicaux.
Disons de suite avec Janet, que le grand caractère des troubles vésicaux tabétiques c’est la douleur, la crise vésicale tandis que la douleur des psychopathes, quand elle existe, est sourde et con-
tinue.
Pronostic. — La marche et la durée de la pollakiurie psychopathique seront variables; elle pourra être persistante ou passagère.
Le pronostic sera soumis au terrain plus ou moins imprégné de névropathie et dépendra de l'efficacité du traitement.
Traitement. — Le traitement sera en premier lieu et avant tout d'ordre général. À une affection purement psychique, il faut un traitement psychique. [Il ne saurait y avoir une thérapeuthique uniforme. On instituera donc le traitement de la neurasthénie générale suivant que celle-ci dominera plus ou moins le tableau
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symptomatique. Nous n’insisterons ici que sur le traitement local, qui nous paraît d’un très grand intérêt pratique.
« Le meilleur moyen d’améliorerles psychopathes urinaires consistera à leur faire oublier leurs maux le plus possible et à détacher leur pensée de leur vessie. La cocaïne, en calmant un instant leurs douleurs, pourra remplir assez bien ce but, mais la pierre d’achoppement sera l'hypochondrie. »
Janet avait obtenu d'assez bons résultats dans son premier travail (1) des injections ‘uréthrales de cocaïne d’après la formule
suivante :
Chlorhydrate de cocaïne. ....... 2 à 5 gram.
CÉYCÉTINE NN ARE RME CRE 20 — Eau distillée.......... ..... …. 30 Fin
Voici les conclusions auxquelles il arrivait : « Ceux qui sont atteints de ce trouble névropathique, dit-il, essayent de tout, mais ne sont contents de rien; bien plus, ils attribuent toujours au traitement qu'ils ont suivi quelque nouvelle aggravation de leur mal... Ce mal étant purement psychique, c'est sur l'imagination seule qu’il faudrait agir; or le malade ne veut entendre parler que de traitement local. Il suffirait de lui dire la vérité sur son affection et de lui affirmer que ces accidents n’ont d’autre cause que le mauvais usage qu’il fait de son attention, pour le voir aussitôt s'enfuir pour toujours, furieux contre vous et très peu édifié sur la profondeur de votre savoir. Il faut donc se laisser un peu conduire par ces malades, ne pas les brusquer, faire semblant d'accepter leurs hypothèses (on ne gagnerait rien à lutter contre elles), et même se résigner à faire un traitement local, pour gagner leur confiance et essayer à la longue d'améliorer leur état.
Les médicaments internes quels qu'ils soient ne remplissent pas le but, car ils n’ont pas une action curative assez évidente. Le malade après avoir avalé sa potion ou sa pilule, épie avec une attention soutenue l’arrivée du bien-être qu'elles doivent lui pro-
(1) Thèse Paris, 1890,
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curer: Le plus souvent son attente est vaine et même la concen-: tration de sa pensée sur sa vessie, pendant ce laps de temps, ne fait qu'aggraver les symptômes existants. Il nous a donc semblé, conclut le D' Janet, que le meilleur procédé de soigner ces malades était de leur cocaïniser l’urèthre et en particulier le point le plus sensible de ce canal : la portion membraneuse. Par ce procédé, on est absolument sûr d'obtenir un soulagement momentané facilement perceptible pour le malade. Celui-ci s'aperçoit immédiatement après l’instillation de cocaïne qu'il souffre moins. Le peu de temps que dure cette amélioration il vous en est reconnaissant, d'autant plus qu’elle est obtenue par un moyen qui agit discrètement sur le mal, sur la fameuse plaie, sur les boutons qu'il croit avoir dans le canal et qu'il s’agit de «cicatriser », comme il dit. Par ce petit procédé anodin, on gagne ainsi la confiance de l’hypochondriaque, et ce n’est pas un faible titre de gloire car il n’en est pas prodigue. » On soumet ainsi le malade à des instillations de cocaïne régulières et on lui rend, sinon la guérison définitive, du moins le calme et le repos. Malgré ce plaidoyer enthousiaste, il faut croire que ces instillations ne doivent pas lui avoir donné de résultats définitifs, puisque plus tard Janet devait préconiser un traitement plus actif. Mais dans l'intervalle, M. Guiard (1) rappelait l'observation typique de quatre malades qui avaient été guéris par la retenue volontaire de l'urine. Voici du reste comment il s'exprime : « Au point de vue thérapeutique, mes observations démontrent que la pollakiurie psychopathique est justiciable d’un traitement qui a l'avantage d'être non seulement rationnel et méthodique, mais surtout d'une efficacité des plus remarquables. Les instillations de cocaïne préconisées par le D: Janet ne répondent pas à une indication précise, d’abord parce que la sensibilité de la muqueuse du canal n'est pas en cause, et ensuite parce que l’action de la cocaïne est éminemment temporaire et ne saurait laisser après elle une modification durable des
(1) GurARD. De la pollakiurie psychopathique et de son traitement, In Annales mal. org. génito=urin., avril 1891.
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tissus, comme celle que produit par exemple le nitrate d'argent. Je pense qu’il faut combattre ce trouble purement imaginaire en s'adressant aussi vivement que possible à l'imagination, à la raison du malade. Il faut d'abord lui démontrer que sa vessie peut recevoir sans difficulté une injection de 3 à 400 grammes d'une solution d'acide borique. La sonde étant retirée, on demande au malade de conserver quelques instants dans sa vessie le liquide injecté, en se tenant debout ou en se promenant. Il constate que cela est possible et même facile. Or, comme la quantité d'urine émise en vingt-quatre heures ne dépasse guère 1,200 à 1,500 grammes et qu’il peut aisément s’en assurer sur lui-même, ilarriveaussitôt à la conclusion qui s’impose, c'est-à-dire que quatre ou cinq mictions en vingt-quatre heures pourront largement suffire.
Cette démonstration une fois faite, on formule comme unique prescription le conseil de se retenir au moins quatre heures pour commencer et plus tard cinq à six heures. » Trousseau (1) qui n'avait pas, il est vrai, constaté les relations de la pollakiurie avec l'incontinence d'urine, engageait déjà les malades atteints d'incontinence nocturne d'urine, « à prendre l'habitude de résister aussi longtemps que possible aux besoins d’uriner lorsqu'ils l’éprouvent dans la journée ». Ce conseil ne s’applique exclusivement qu’au pollakiuriques psychopatiques. Il faudrait bien se garder d'engager les malades qui ont la cystite ou aux prostatiques de résister aux besoins d’uriner.
La retenue volontaire et prolongée de l'urine ne saurait donc s'appliquer indistinctement à toutes les vessies intolérantes.
Un an plus tard Guiard (2) citait un cas de guérison par ce même procédé. Il rapporte l'histoire d’un prêtre, âgé de 29 ans, nerveux, qui présentait des envies fréquentes d’uriner sanstrouble habituel de l’urine ni douleur à la miction. 1l n’y avait aucune trace de cystite ni uréthrite profonde ni tuberculose génito-urinaire, ni
(1) Cliniques, t. II, p. 769.
(2) GUIARD. Note sur un cas de pollakiurie psychopathique. Annales des maladies génito-wrinaires, 1892,
mal de Bright ni diabète, il s'agissait bien d’une pollakiurie psychopathique. Il prescrivit dans ce cas, comme dans les précédents, pour unique traitement de lutter contre le besoin d’uriner et d'attendre chaque fois au moins quatre heures avant de le satisfaire. Le malade guérit.
Il conseille pour mesurer la sensibilité de la vessie à la disten-
sion de pratiquer le cathétérisme puis d’injecter dans la vessie autant de liquide qu'elle peut contenir (de 200 à 400 grammes environ). Il croit pouvoir admettre qu'une vessie qui reçoit facilement 200 grammes n'est ni physiologiquement ni anatomiquement réduite dans sa capacité.
« Tout malade, conclut Guiard, atteint de pollakiurie sans troubles des urines, sans douleurs, sans albuminurie, sans diabète et dans la vessie duquel on peut injecter 200 grammes de liquide et au-dessus, est un psychopathe, et il suffit pour le guérir de lui imposer une attente d'au moins quatre heures après chaque miction.
M alécot cite également le cas d’un prostatique névropathe présentant de la pollakiurie intense qui céda à un cathétérisme pratiqué toutes les quatre heures seulement, alors qu'auparavant il
voulait être sondé à chaque instant.
En 1895, Janet (1) préconise pour le traitement des pollakiuries nerveuses la dilatation progressive de la vessie. Pour ce faire, on introduit une sonde dans la vessie, on l’évacue, on fait un lavage à l’eau boriquée. On injecte ensuite la quantité d'eau boriquée tiède nécessaire pour provoquer l'envie de pisser.Onretire la sonde, et on recommande au malade de ne pas uriner pendant le plus longtemps possible. On fait d'abord une séance tous les jours, puis une fois par semaine jusqu’à la suppression totale et la guérison. 11 donne à l’appui quelques observations que nous résumons plus loin.
Collignon (2) a rapporté deux cas de guérison de pollakiurie
(1) JANET. Traitement des pollakiuries nerveuses pat la dilatation progfessive de la vessie. Annales des maladies des organes génito-urin., 1895, (2) CoLLIGNON. Union médicale du Nord-Est, 30 mai 1896,