‹ Les Faux UrinairesChapitre 18 sur 31 · B. — RÉTENTION D'URINE PSYCHOPATHIQUE · texte numérisé non relu

B. — RÉTENTION D'URINE PSYCHOPATHIQUE

La rétention d'urine complète, psychopathique, est rare d'emblée mais elle peut succéder à une rétention volontaire prolongée. Janet rapporte le cas observé par M. Guyon, d’une jeune fille qui, pour se. singulariser et obéir le moins possible aux exigences de la nature, avait réduit à deux le nombre de ses mictions quotidiennes, et qui arriva à la rétention complète ayant nécessité la sonde. Janet cite également l'observation d’un malade à antécédents neuro-héréditaires qui fut pris subitement d’une rétention complète d'urine après s’être retenu d'aller uriner pendant un diner. Chopart (1) avait déjà signalé cette cause de rétention d'urine qu'il attribuait à la paralysie de la vessie par la distension forcée de ses fibres. « Les personnes qui, par honte, par paresse, par distraction ou par toute autre motif, négligent de satisfaire le premier besoin d'uriner ; celles qui se trouvent pendant quelques temps par un embarras passager de l’urèthre, dans l'impuissance de remplir cette fonction, s’exposent à la faiblesse et à la perte de l’irritabilité de la vessie par l'allongement forcé de ses fibres. L’urine n'étant point expulsée et s’accumulant dans la cavité de ce viscère en dilate excessivement les parois, en affaiblit le ressort et la contractilité. La vessie, quoique saine d’ailleurs, ne peut plus alors se contracter avec assez de force pour revenir entièrement sur elle-même et pour chasser l'urine qu’elle contient. Il en résulte la rétention de ce liquide qui, dans cette occurrence, pourrait être appelée secondaire puisqu'elle est toujours précédée et produite par une rétention primitive. — Ambroise Paré (2) aobservé également cette rétention consécutive à la retenue prolongée de l'urine

(1) CHOPART. Zraité des mal. voies urinaires, 1821, t, II, p. 14. (2) A. PARÉ, Livre XVII, chapitre 5e, p.412.

« encores naguères a vu jeune serviteur qui revenait des champs, menant en croupe une honneste damoiselle,sa maîtresse, bien accompagnée ; et estant à cheval luy prit vouloir de pisser. Toutefois n’osoit descendre et moins encore faire son urine à cheval. Estant arrivé en cette ville, Paris, il voulut pisser, maisil ne peutnullement: et avait de très grandes douleurs et espreintes avec une sueur universelle et tomba presque en syncope. Et alors l’on m'envoya quérir, et disait on que c’estoit une pierre quil’en gardait de pisser et estant arrivé luy mis une sonde dedans la vessie et pressai le ventre et par ce moyen pissa environ une pinte d’eau, et n'y trouvay aucune pierre et depuis ne s’en est senty ».

Nombreux sont les cas de rétention d'urine consécutifs chez les sujets prédisposés à un traumatisme accidentel ou chirurgical (rétentions post-opératoires). On peut se demander si tous les cas de rétentions d'urine post-opératoires ne sont pas des rétentions d'ordre nerveux survenant chez des sujets ayant d’autres manifestations de la neurasthénie urinaire. Nous n’avons relevé dans les antécédents d’un malade (observation 65) qui s’est présenté à nous avec tous les phénomènes du spasmeuréthral, de la phosphaturie, une rétention d'urine totale pendant 9 jours consécutive à une opération. C'était un psychopathe renforcé. Les rétentions passagères si souvent consécutives aux opérations sur l'utérus résulteraient, d’après Legueu (1), d’une paralysie réflexe de la vessie, d’une sorte d’hystéro-traumatisme local, l'opération intervenant comme agent provocateur de l’hystérie. Le degré de la rétention et sa persistance ne sont pas en rapport avec la complexité de l'opération mais avec la susceptibilité nerveuse du sujet.

De même un accouchement normal est parfois suivi d’une réten- ‘ tion d'urine passagère. Plusieurs théories ont été proposées pour expliquer cette rétention d'urine post-partum

D'après M. Legueu elle serait due, non à un spasme du col,

(1) LEGUEU. Des relations pathologiques entre l’appareil génital et l'appareil urinaire chez la femme. Annales mal. org. génito-urinaires, 1897, p. 681.

mais à une paralysie ou parésie du muscle vésical. Toutes les femmes ne sont pas également sujettes à cette complication, il faut donc un terrain préparé, une prédisposition spéciale. La rétention serait ici encore une manifestation locale de l’hystéro-traumatisme. Il relate, à l'appui de cette opinion, l’observation d’une femme nerveuse, impressionnable qui, après un accouchement, fut prise d’une rétention d'urine qui persistait depuis trois semaines. La vessie, l’urèthre, le périnée étaient sains. Après trois mois de divers traitements, elle fut guérie après une seule séance d'électricité statique. La rétention d'urine post-partum pourrait donc n'être qu'une modalité de la paralysie hystérique. M. Guyon (1) est disposé à admettre que les rétentions rencontrées chez les opérés ne sont qu'un des accidents de l’hystéro-traumatisme. Les leçons de Charcot, n’ont-elles pas en effet, nettement démontré le rôle provocateur des traumatismes dans la production des phénomènes hystériques chez des sujets qui, jusqu'alors, avaient pu paraître absolument indemnes de semblables dispositions.

Nous pensons que beaucoup de rétentions d’urine d’ordre psychopathiquesont dues au spasme du sphincter urétral. Nous avons vu des malades qui se présentaient avec de la rétention d'urine complète ou incomplète, qui n’étaitpas redevable d’unelésion locale ou à distance et chez lesquels nous avons constaté un spasme uréthral qui suffisait à expliquer la production de la rétention d'urine. Chopart (2) ne signale pas le spasme uréthral comme cause de la rétention d'urine mais l’annotateur de l’édition de 1821, le D' Félix Pascalciteun cas singulier de rétention d'urine dans la vessie occasionnée par une contraction spasmodique du col de cet organe et de la partie supérieure du conduit de l’urèthre. « Au mois de septembre 1815, je fus mandé, dit-il, pour sonder un malade qui n’avait pasrendu d'urine depuis dix-huit heures et à mon arrivée lè malade

: (1) Rétention d'urine de cause nerveuse, in Annales mal. org. génito-urin., mars 1891.

(2) Zraité des mal. des voies wrin. t, IT, Paris, 1821. Edition revue et augmentée par FÉLIX PASCAL, p. 164.

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faisait des efforts pénibles et infructueux pour uriner, le pouls était petit, serré, la respiration, gênée, suspirieuse, la face rouge, la langue sèche, une soif vive, la vessie formait une tumeur allongée au-dessus du pubis. J'appris alors qu'il y avait huit jours que cet homme éprouvait ainsi des sortes d'accès de rétention d'urine qui s’annonçaient par un malaise général, un sentiment d’horripilation qui commençait à la région des lombes et s’étendait ensuite à tout le corps. Les testicules étaient rétractés, le membre viril en demiérection, l'émission d’urineétaitentièrementsuspendue, les besoins d'uriner continuels. Cetétat aprèsavoir duré plusieurs heures s’affaiblissait par degrés, mais d’unemanière rapide, les urines reprennaient peu à peu leur cours habituel en commençant à couler goutte à goutte sans occasionner ni sentiment d'ardeur, ni cuisson dans le canal del’urèthre. Elles étaient foncées en couleur. Lesaccidents reparaissaient après un espace de temps plus ou moins long et quelquefois à plusieurs reprises dans la journée. Depuis un an c'était la troisième fois qu'il était affecté de cette maladie. L’indication la plus pressante était d’évacuer l’urine contenue dans la vessie ; j'essayai donc d'y introduire une algalie ; mais il me futimpossible avec cet instrument de franchir le 1/3 supérieur de l’urèthre. Je répétai à plusieurs reprises mes tentatives avec des sondes de différents calibres et toujours sans succès, il me semblait quele canal était entièrement oblitéré en cet endroit. Je m'imformai si cet individu n'avait pas eude gonorrhée ainsi que le pensait le médecin traitant, qui attribuait le rétrécissement de l’urèthre à des callosités mais le malade me confessa qu'il n'avait jamais vu de femme. J'insistai et j'obtins de lui l’aveu qu'il se livrait avec fureur à la masturbation, que la veille du jour où il était tombé malade, il s'était excessivement fatigué à cette criminelle manœuvre etque ce jour même c'était à la suite de ces actes que le paroxysme dont il souffrait maintenant s'était trouvé déclaré. Je découvris également que les deux maladies du même genre dont il avait été précédemment affecté avaient eu lieu à la suite de semblables excès. Je ne doutais plus alors que sa rétention d'urine ne dépendit de la con-

traction spasmodique de la partie supérieure de l’urèthre et même du col dela vessie. En conséquence je prescrivis l'application de 15 sangsues au périnée, des compresses imbibées d’oxierat sur la région hypogastrique et sur le scrotum et pour boisson une solution de gomme arabique sucrée. Les accidents se calmèrent dans la soirée et les urines reprirent leur cours habituel. Le lendemain nouvel accès. Je conseillai quelques bains, de l’exercice et surtout j'engageai le malade à renoncer à sa funeste habitude. Il me le promit. Les accès s’éloignèrent, et dans quelques jours, cet homme recouvra une santé parfaite qui ne s’est jamais démentie. »

La distension prolongée, comme nous l'avons vu, peut déterminer l’affaiblissement de la contraction vésicale puis la cessation de toute action musculaire. Guyon a fait remarquer que dans certaines circonstances, la vessie paraît subitement frappée d'insensibilité à la distension. Tel malade qui urinait 15 à 20 fois par jour, n'urinera plus que 2 à 3 fois ; il se produit alors chez le même individu des phases successives de pollakiurie et de mictions rares.

L'incontinence d’urine se rencontrera plus rarement, il est vrai, chez le neurasthénique urinaire. Guyon, sur 40 neurasthéniques qu'il a observés l’a constatée 4 fois, dont un malade seul avaiteu de l'incontinence infantile. Cette incontinence était nocturne et diurne. Tantôt toute l’urine s’échappait au fur et à mesure qu'elle arrivait dans la vessie, tantôt il ne s’en écoulait qu'une partie de temps à autre. Dans tous ces cas, la vessie se vidait complètement, il ne s'agissait donc pas d'incontinence par regorgement.

Il ne nousrestedonc, pour en finir avec les troubles vésicauxde la neurasthénie urinaire, à parler de l’incontinence d'urine essentielle, non symptomatique : l’incontinence-névrose, psychopathi-

que.

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