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miction une quantité d'urine plus grande que les individus sains, mais alors même que l'urine éliminée atteint trois ou quatre litres, le nombre des mictions est beaucoup plus limité qu’on ne serait porté à le croire. La polyurie esttrès fréquente dans le diabète, une pollakiurienotableest relativement rare. Lorsque la sécrétion rénale augmente, la capacité anatomique et physiologiquede la vessie augmente également et cette dernière s'habitue progressivement à contenir plus d'urine, si bien qu’on pourrait dire avec M. Oscar Kraus (1), que « la capacité de la vessie est une affaire d'habitude ». Dänsles centaines de cas de diabète qu'il a pu observer, le médecin de Carlsbad ne se rappelle pas avoir vu un seul cas où la pollakiurie eût éveillé le soupçon de l'existence de cette affection. C’étaient toujours l’eczéma, le prurit, lestroubles visuels, l’impotence, l’amaigrissement, la furonculose, la polydipsie et la polyurie qui avaient éveillé les premiers soupçons du diabète.
Il ajoute : « Les traités de médecine citent comme un fait classique le besoin qu'éprouvent les diabétiques de se lever la nuit pour uriner, mais je n'ai pu trouver ce signe assez fréquemment etje n’ai pas toujours pu exclure toute autre cause étiologique pour l’accepter comme un symptôme habituel du diabète sans complications. » Il cite, à cet égard, le cas d’un malade qui éliminait 75 grammes de sucre par litre d'urine et dont la sécrétion urinaire. était de 5,500 centim. cube par 24 heures. Cependant ce malade n’urinaït que 3 ou 4 fois par jour etfdormait toute la nuit sans interruption. Aussi M. Oscar Kraus se refuse-t-il à admettre, a priori, une relation causale entre l'augmentation de la sécrétion urinaire et l’augmentation de la fréquence des mictions.
Alors même qu'une pollakiurie intense existerait chez un glycosurique, est-ce à dire qu’elle se présentera avec des caractères propres au diabète? Non, assurément. Pourquoi ne serait-elle pas une pollakiurie psychopathique? à
Notre maître, M.Bazy, reconnaît lui-même que le lien quirappro-
(1) Oscar KRAUS (de Carlsbad). Annales des mal, des org.génito-urin., février 1898, p. 196. PR, -
cheles faux urinaires glycosuriques des autres faux urinaires, c'est la coïncidence de ces troubles avec d’autres manifestations .du côté du système nerveux;«ils sont mélancoliques, préoccupés, obsédés quelquefois par leur mal. » L'un d’entreeux, un Hollandais,âgé | de 60 ans, avait consulté un grand nombre de chirurgiens ‘en | Hollande et en Allemagne avant de venir à Paris; on avait fait à peu près tous les diagnostics, sauf le vrai.
On a admis du reste que l’urine chargée en abondance de sucre pouvait, par sa présence, être une cause d’irritation et de cystite. De même que les urines des goutteux chargées de sels pourraient produire de la cystite par irritation. | ;
Mais dans ces cas ce seront de vraies cystites, d'intensité variable, dans lesquelles on retrouvera la triade symptomatique outout au moins la présence du pus dans les urines.
R. Schmitz (1) reconnaît que les cystites chroniques et même aiguës ne sont pas rares chez les diabétiques, ce qui est évidemment dû, dit-il, à la facilité avec laquelle s’altère l'urine putréfiée. D'après cet auteur, il faudrait en distinguer 3 degrés :
1° Cystite. légère, causant simplement du trouble de l'urine (mucus et un peu de pus) sans phénomènes subjectifs.
20 Cystite plus sérieuse avec trouble plus accentué de l’urine et surtout avec fréquence des mictions que la polyurie ne suffit pas à expliquer.
. 3° Cystite grave avec urine alcaline, ammoniacale quelquefois gazeuse.
La névralgie vésicale, la cystalgie pourront se trouver au nombre des névralgies auxquelles est sujet le diabétique. Mais elles ne présenteront pas de caractères particuliers qui permettront de penser à la glycosurie.
Si nous poursuivons, nous rencontrons encore l'incontinence d'urine comme susceptible de se rencontrer chez le diabétique.
(1) R. SCHMITZ. Berl. klin. Woch., 9 juin 1896, n° 283, p. 575.
. D’après Richardière (1) « l’incontinence des urines marquerait souvent le début du diabète dans l’enfance ».
Chopart (2) avait déjà signalé cet accident au cours du diabète.
« Le malade urine plus fréquemment et plus abondamment que dans l’état naturel, il éprouve une soif extraordinaire, une grande sécheresse de la bouche et de la gorge, son appétit est modéré, quelquefois vorace, son embonpoint et ses forces diminuent, quelquefois son urine s'écoule involontairement, surtout pendant le
sommeil, d'autres fois cet écoulement involontaire se fait le jour et la nuit.
Le diabète est alors compliqué d’incontinence parfaite d'urine, et l’on peut se méprendre sur ces deux maladies ou ne regarder le diabète que comme une incontinence d'urine. Mais l'abondance de cette humeur, sa nature douceâtre, la soif ardente, la maigreur la perte des forces, l'émission volontaire de l'urine, symptômes qui ne se remarquent point dans l’incontinence, qui est produite par le relâchement du col de la vessie et où l'écoulement de l’urine est involontaire et ne peut être suspendu, comme dans le diabète, éloigneront de l'erreur. »
Du reste, la présence de glucose dans l’urine n'implique pas l'existence du diabète.
Un faux urinaire quelconque peut présenter, au moment de l'examen du chirurgien, du sucre dans l’urine et ne plus en avoir le lendemain ou à un autre moment.
Les exemples de cette glycosurie transitoire ne sont pas rares. Elle peut n'exister qu'après les repas. L'alimentation a en effet une influence sur la production du sucre. Celui-ci se trouve surtout à certains moments de la journée, trois ou quatre heures après les repas, rarement plus tard,
Par contre, dans la glycosurie transitoire, le sucre manque dans les urines du matin, si bien que « toutes les fois, dit Lécorché, qu'on trouvera du sucre dans l’urine du matin, on pourra affirmer
l'existence du diabète ».
(1) RICHARDIÈRE. Loco citato.
(2) CHOPART, Zrait. des mal. des voies urin., 1791, p. 58.
On conçoit done qu’un faux urinaire qu’on examinera trois à quatre heures après le repas pourra avoir du sucre dans ses urines et être considéré comme un faux urinaire glycosurique, alors qu'il n'y a en réalité que coïncidence entre les troubles urinaires et la glycosurie passagère. C’est pourquoi M. Bazy recommande de faire un examen prolongé, en faisant varier les conditions dans lesquelles l'urine devra être émise. « Il sera bon de répéter cet examen et de le faire dans des conditions différentes avant d’éliminer la-glycosurie, car beaucoup de glycosuriques étantnerveux, il ne serait pas surprenant que beaucoup de ceux qu'on qualifie de nerveux fussent des glycosuriques. » |
Inversement, on peut observer une glycosurie névropathique transitoire à la suite de fatigues physiques, d’excès vénériens, de travaux intellectuels exagérés, d'émotions dépressibles. « C’est aux émotions, dit Richardière, que sont dues la plupart des glycosuries intermittentes. »
L'influence de l'exercice est tellement considérable, qu'on peut parfois, et sans changer de régime, faire disparaître d’un jour à l’autre toute trace de sucre.
Chez les goutteux l’excès d’acide urique dans l’urine peut donner lieu, comme nous l'avons vu, à des phénomènes pseudo-urinaires qui pourront coïncider également avec une petite quantité de sucre.
Comme le fait remarquer en effet Lécorché, cette glycosurie goutteuse aura ceci de particulier qu’elle alterne avec les attaques de goutte, à l'origine du moins. Plus tard, elle devient continue pour aboutir au diabète.
Quoi qu'il en soit, s’il n'y a pas un signe pseudo-urinaire qui soit plus fréquent ou propre à la glycosurie, susceptible de constituer un signe révélateur de la glycosurie, nous devons reconnaître que M. Bazy a grandement raison d'insister sur la recherche du sucre chez tout malade souffrant des voies urinaires, qu'il soit vrai ou faux urinaire. On le devra d’autant plus si l’on constate l'abolition ou la diminution des réflexes rotuliens, signe que l’on observe assez fréquemment chez les diabétiques (Bouchard).
Vous vous trouvez, dit M. Bazy, en présence d’un faux urinaire, vous cherchez la cause de ces troubles, vous pensez aussitôt au tabes. Si les réflexes patellaires sont absents, vous avez tendance a diagnostiquer un tabes au début. Vous voyez alors ce qu'est
votre pronostic et votre thérapeutique : l’un est désespérant et l’au-
tre est nulle. Si les réflexes sont conservés ou seulement diminués vous pensez à la névropathie. On perdra ainsi l’occasion de reconnaître un trouble nutritif sur lequel on aura une grande action et qui en s’aggravant peut donner naissance à des désordres dont on reconnaît trop tard la nature. »
M. Bazy rappelie, dans le même travail, qu’on observe quelquefois des troubles urinaires chez les dyspeptiques et les dilatés de l'estomac quipeuventavoir,toutcomme les glycosuriques, l'absence de réflexes rotuliens. Il cite à l’appui de cette opinion l’observation d’un monsieur âgé de 37 ans qui, douze ans auparavant, avait eu une blennorrhagie et venait vers lui, se plaignant de besoins fréquents d’uriner, de tension du côté du bas-ventre, de la diminution du jet de l'urine. 11 éprouvait en outre des troubles gastriques (renvois acides et brûlants après les repas, ballonnement du ventre, etc.). Les urines étaient normales ainsi que la vessie et la prostate.
Les réflexes rotuliens étaient diminués. Ces troubles urinaires dataient de quatre mois, depuis que le malade avait eu connaissance des souffrances ressenties par un de ses cousins atteints de
. cystite blennorrhagique que M. Bazy avait déjà soigné.
Autre observation du même genre: Prêtre de 40 ans qui, un an etdemiauparavant, à la suite d’une longue station au confessionnal, pendant laquelle il n'avait pu uriner, fut pris, pendant quinze jours, d’envies fréquentes d'uriner qui cessèrent pour reparaître définitivement quelques mois plus tard. Depuis six mois il éprouve donc des envies fréquentes d’uriner, sans douleur. L'examen des urines est négatif, mais M. Bazy constate des troubles digestifs du même ordre (gaz, ballonnement du ventre, etc.).
Il cite encore l’observation d’un homme de 45 ans qui, présen-
tait de la pollakiurie avec des troubles gastriques et des phéno-| mènes génitaux.
« Je ne veux pour le moment, ajoute notre maître, que signaler la coïncidence des états gastriques, des troubles digestifs avec les | phénomènes douloureux du côté des organes urinaires. Il ne me | répugnerait pas d'y voir une relation de cause à effet. Les dilatés, | qui forment la grande majorité des malades atteints de troubles ? digestifs, les dyspeptiques fabriquent des produits anormaux qui passent dans le torrent circulatoire pour être éliminés par le |
rein.
Le passage dans les voies urinaires de ces substances irritantes peut augmenter la sensibilité normale de ces organes et être douloureusement ressentie. Que ces effets se produisent chez des névropathes, chez des sujets prédisposés à s'occuper de toutes leurs sensations et le trouble sera constitué. Au reste, les urines des fébricitants et surtout au moment de la crise sont brülantes et causent une impression douloureuse dans le canal. Pourquoi les urines des intoxiqués chroniques ne produiraient-elles pas le même effet. C’est une hypothèse qui aurait besoin d’être vérifiée, mais elle me paraît rationnelle. »
Il est à penser que les troubles digestifs qui se rencontrent chez des faux urinaires sont des coïncidences. La pollakiurie dont souffraient les malades de M. Bazy doit être plutôt rattachée à la psychopathie. Au surplus, la dilatation de l’estomac, la dyspepsie flatulente ne sont-elles pas habituelles chez lesneurasthéniques.
De sorte que la neurasthésie urinaire que nous avons envisagée en tant que forme isolée, peut s'associer aux autres formes de la neurasthésie : la forme dyspeptique et la forme nerveuse.