‹ Les fédérations d'achat & de production des sociétés coopératives distributivesChapitre 42 sur 81 · LOST 2E · texte numérisé non relu

LOST 2E

vendue à une société adhérente, 2 0/0 de ce même prix, si la marchandise avait été fournie à une société non adhérente.

Malheureusement, cette société centrale ne réussit qu’à constituer un intermédiaire inutile entre le producteur et la distribulive consommatrice : sa gestion fut maladroite ; elle se borna à grever de frais supplémentaires les produits qu’elle fournissait aux sociétés affiliées.

Son chiffre d’affaires diminua de 98.000 à 55.000 couron nes, de 1873 à 1876. Le mouvement coopératif qui subit une crise à celte même époque, eul vite fait d'entrainer avec lui dans sa chute la Société centrale de 1871 ; elle disparut en 1876.

Cette lentative fédérale de 1871 devait donc échouer au Danemark comme les tentatives similaires qui furent faites à la même époque dans les autres pays de l’Europe continentale ; au Danemark, comme en Suisse ou en Allemagne, l'idée n’était pas mûre ; l’époque même à laquelle cette tentative apparut suffisait en quelque sorte à la condamner.

$ 2. — Le second mouvement coopératif danois, 1880.

La crise agricole de 1880 ressuscita le mouvement coopératif presque au même titre qu'elle provoqua le mouvement syndicaliste ; par les coopératives distributives, il s'agissait pour la classe rurale de diminuer ses dépenses comme il s'agissait pour elle d'augmenter ses recettes par le moyen des sociétés syndicales de production et de vente.

Avant d'examiner, dans les faits, le développement propre des coopératives distribulives du Danemark, peut-être convient-il de considérer un instant ces sociétés distributives à raison des particularités qu’elles présentent.

$3. — Traits caractéristiques des coopératives danoises.

Les coopératives danoises sont particulièrement intéressantes à observer ; elles présentent trois traits caractéristiques :

1° La responsabilité solidaire et illimilée des membres des Coopératives danoises. — Les coopératives danoises sont cu rieuses à étudier, pour avoir adopté le principe de la responsabilité illimitée des sociétaires pour toutes les dettes de la coopérative. La raison de l'adoption de ce principe par les coopératives danoises ne saurait être cherchée dans les dispositions de la loi danoise ; celle-ci est, en effet, muette sur ce point (1).

Très vraisemblablement, la coopération danoise est directement redevable de cette règle aux sociélés syndicales agricoles qui existent au Danemark de très longue date.

Celles-ci l'avaient reçue des sociétés syndicales allemandes ; ce système de responsabilité illimitée est passé, en fin de compte, des sociétés syndicales allemandes aux sociétés distributives danoises : le mécanisme des unes et des autres est aussi différent que leur nationalité.

Contrairement à ce qui s’est passé en tous autres pays, au Danemark, le mouvement coopératif semble indissolublement lié au mouvement syndicaliste ; la population rurale danoise qui avait expérimenté l'efficacité du principe syndicaliste et en quelque sorte surmonté la crise agricole, a voulu éprouver de même l'efficacité du principe coopératif. Sans distinguer, les Danois sont passés du principe syndicaliste au principe coopératif et ont doté les sociétés coopératives de règles qui ne conviennent à proprement parler qu'aux sociétés syndicales de production et de crédit.

Toutefois la pratique de cette règle est rendue possible par le fait que ces sociétés, presque toutes situées à la campagne, comprennent chacune fort peu de membres ; chaque sociétaire peut facilement surveiller la gestion de la société. La responsabilité solidaire qui est édictée, a précisément cet avantage d'intéresser directement à la prospérité de la coopérative les membres de ces sociétés rurales fort restreintes.

(4) Congrès de Crémone, 1907, p. 66.

2 Cotisations d'entrée différentes des coopératives danoises. — Les coopératives danoises présentent une deuxième singularité tout aussi digne de remarque ; elles fixent un droit d'entrée différent selon la situation sociale, la fortune des postulants. La cotisation d’entrée varie de 1 à 10 couronnes, selon qu'il s’agit d’un domestique, d’un fermier ou d'un propriétaire. Cette différenciation émane d'une pensée démocratique ; on a voulu que la difficulté d’entrer dans la coopérative ne soit pas plus grande pour le salarié que pour le propriétaire ; cette disposition mériterait peut-êlre d'être imilée par d’autres pays que le Danemark (1).

3° Caractère essentiellement rural des coopératives danoises. — Par un dernier trait, de beaucoup le plus intéressant, les coopératives danoiïses sont très curieuses, uniques à vrai dire : l'immense majorité d’entre elles est située à la campagne. Parmi les 1.200 coopératives existant à l'heure actuelle au Danemark, 10 à 20 seulement sont établies dans les villes ; le Danemark est le seul pays du monde où le mouvement coopératif se soit développé à la campagne et non dans des agglomérations urbaines. La raison en demeure assez incertaine ; à la rigueur, on peut expliquer pourquoi la coopération a reçu une très grande extension dans les milieux ruraux danois, mais il semble impossible de dire pourquoi, au Danemark, les salariés de l’industrie et du commerce sont restés absolument hostiles au principe coopératif.

L'agriculture danoise a été régénérée par la pratique des syndicats d'achat et de vente : les paysans et petits propriélaires qui avaient constaté avec tant d'évidence les avantages du principe syndicaliste, ont été entraînés à essayer l’ap” plication du principe coopératif ; ils ont associé étroitement l'un à l’autre ces deux principes, d’ailleurs si opposés : la confusion qui a été commise par eux a directement bénéficié au principe coopératif.

(1) Rosenquist, ibid., p. 745.

DANEMARK Do

Cette explication apparaît comme assez satisfaisante ; cependant elle est doublement défectueuse. Sans doute on comprend que l'entrainement dont les sociétés syndicales ont bénéficié, se soit reporté en partie sur les sociétés distributives, mais on ne s'explique nullement pourquoi ce phénomène de dérivation au profit du principe coopératif ne se soit produit qu'au Danemark. Pour quelles raisons la population rurale des autres pays, de l'Allemagne par exemple, la terre classique des sociétés syndicales de crédit et de vente, n’a-t-elle point imité — sice n'est précédé — l'exemple du Danemark ? À vouloir rendre complètement compte du phénomène considéré, on risque de n’expliquer rien.

À un deuxième point de vue encore, le raisonnement présenté est insuffisant : à supposer que l'extension que le principe coopératif a reçue au sein de la population rurale danoise soit explicable, on comprend d’autant moins l’abstention presque absolue de la population ouvrière des villes. Puisque la classe rurale du Danemark a saisi l'intérêt que présentait pour elle le principe coopératif, comment la classe urbaine et industrielle du même pays n'a-t elle pas aperçu que son intérêt à pratiquer la coopération est beaucoup plus évident, plus grand encore ? Les agriculteurs pratiquent dans une assez large mesure l’économie nalurelle : ils consomment un grand nombre de produits récoltés par eux ; les ouvriers, au contraire, achètent tous les produits qu'ils consomment ; ils ont donc plus d'avantages encore que les paysans à ne faire que des achats de qualité et de prix avantageux.

L'abstention, on peut dire absolue, des classes urbaines à l'égard de la coopéralion apparaît comme beaucoup plus inexplicable encore que le ralliement presque complet des classes rurales au principe coopératif.

Il est d’une politique sage et raisonnable de confesser son ignorance plutôt que de chercher à la dissimuler ; reconnaissons en toute franchise que l'extraordinaire indifférence des milieux urbains danois par rapport au principe coopératif,

surtout en comparaison de l'enthousiasme débordant que ce principe a soulevé au sein des classes rurales du même pays, reste à notre connaissance un phénomène inexpliqué,absolument unique dans l’histoire coopérative du monde.

$ 4. — Les Fédérations de Seeland, 1884 et du Jutland, 1888.

La constitution d'une Fédération d'achat danoise, dès 1884 : la Fédération de Seeland. — Le Danemark dont le développement coopératif présente, avons-nous vu, des caractères si originaux, s'impose à l'attention du coopérateur à un nouveau point de vue : aucun pays, l’Angleterre et l'Ecosse exceptées, ne possède une Fédération d’achat en activité de service depuis {ant d'années que le Danemark. Le fonctionnement d’une organisation coopérative danoise dès 1884 est un fait extrêmement remarquable. A cetle époque,le mouvement coopératif qui n'avait repris que depuis 4 ou 5 ans,était encore extrêmement faible ; le Danemark qui ne comptait que 265 coopérateurs en 1866, 4.339 en 1870, comprenait en 1885, 21.336 coopérateurs répartis en 180 sociétés. Cet effectif était encore très insuffisant, pour donner naissance à un Magasin de gros important ; le total des ventes coopératives ne s’élevait qu’à 2.700.000 couronnes, soit à 3 753.000 francs (1).

Le Danemark offre l’exemple probablement unique d'un pays, où 3 millions et demi de ventes coopératives ont donné naissance avec succès à un Magasin de gros. Dès 1884, une Fédération fut, en effet, établie dans Seeland, la plus grande des îles danoises, celle-là même qui a donné naissance à Copenhague ; cette Fédération n’étendit son activité qu'aux dif férentes îles du Danemark. Sa limitation aux îles eut deux conséquences immédiates.

La société ne réussit jamais à prendre beaucoup d'extension,

(1) Statistique danoise n°0 3, p. 364,

les îles étant un champ d'exploitation trop restreint. En outre l'exclusion par la Fédération de 1884, du continent danois, provoqua directement la formation quatre années plus tard d’une Fédération danoise sur le continent, dans le Jutland,

La Fédération du Jutland : 1888. — Celte deuxième Fédération due à l'inilialive de Séverin Joergensen se développa rapidement. Il n'est que juste de signaler commeil le mérite le désintéressement magnifique de Séverin Joergensen qui, en véritable apôtre de l’idée fédérative, commença pour mettre la Fédération sur pied, par couvrir lui-même avec son argent personnel les premiers frais de la société ; l'entreprise ayant heureusement réussi,les coopératives adhérentes rachetèrent tour à tour toutes les actions de la sociélé qui devint en 1893 leur propriété.

Développement plus rapide de la Fédération du Jutland. Les deux Fédérations de Seeland et de Jutland ne prirent pas l’une et l’autre la même extension : la Fédération de Jutland se développa beaucoup plus rapidement que celle de Seeland ; dès la deuxième année de son fonctionnement, elle avait un chiffre d’affaires sensiblement plus élevé que la Fédération de Seeland : dès 1889, la Fédération de Jutland avait un chiffre d’affaires de 517.000 couronnes, alors que la Fédération de Seeland qui avait déjà 5 ans de date n'atteignait qu’au chiffre d'affaires de 382.000 couronnes. La différence alla toujours en s’accentuant: en 1895, la Fédération de Jutland avait plus de 2 millions 1/2 de ventes ; celle de Seeland n'atteignait qu’un chiffre 3 ou 4 fois plus faible : 731.753 couronnes, au lieu de 2.576.500 couronnes (1).

Cette organisation dualiste ne laissait pas que d'avoir de très fâcheux inconvénients ; les coopérateurs danois s’apreçurent bien vite que les Fédérations d'achat jouiraient de fa-

(1) Statistique danoise ne 2, p. 364.

cilités commerciales et d'avantages économiques certains, si elles réussissaient à fusionner. Des efforts en ce sens furent couronnés de succès en 1896. La Fédération des coopératives distributives du Danemark, — le « Faellesforeningen for Danmarks Brugsforeninger » — résulta de la fusion des deux sociétés précédentes.

L'importance prise par les deux Fédérations avant la fusion de 1896. — Avant de passer à l'étude de la Fédération danoise actuelle, il importe de considérer les progrès que les deux Fédérations qui ont précédé la fusion de 1896 avaient réalisés peu à peu par rapport au mouvement coopératif général.

En 1888, des marchandises pour une valeur de 506.676 couronnes, soit 708.400 francs, étaient fournies par les deux Fédérations d’achat, aux sociétés coopératives, soit peut-être le dixième des marchandises vendues par ces dernières ; celle proportion entre les ventes coopératives et les ventes fédérales était assez remarquable, étant donnée l'époque.

En 1892, le nombre des coopérateurs et le chiffre de ventes avaient presque quadruplé : 547 sociétés, 75.294 sociétaires et 10 millions de couronnes, soit 14 millions de francs de ventes coopératives. Ces chiffres étaient encore si faibles qu'une organisation fédérative, à plus forte raison deux organisations semblables ne pouvaient prospérer qu'au prix d’un très grand dévouement des coopératives au profil des organismes fédératifs.

Les deux Fédérations d'achat réalisèrent en 1892 un chiffre d’affaires de 1.786.565 couronnes, soit 2? millions et demi de francs, landis que les sociétés coopératives réalisaient cetle même année 10 millions de francs de ventes : les marchan dises débitées par les sociétés distributives provenaient jusqu'à concurrence de 18 0/0 des deux Fédérations d’achat ; à l'heure actuelle, la Suisse et l'Allemagne n'ont pas encore réussi à dépasser ce degré de fédéralisation.

Dès 1895, la fédéralisalion des ventes coopéralives danoises

augmentait assez notablement : on pouvait évaluer à cette date à 14 millions de couronnes environ le chiffre d’affaires coopératif ; à cette époque,les deux Fédérations fournissaient aux sociétés coopératives, 23 0/0 des marchandises débitées ; ce taux est déjà satisfaisant ; cependant la coopération danoise devait bientôt connaître un degré de fédéralisation beaucoup plus considérable.

S 5. — La Fédération d'achat de Copenhague, 1896.

Il convient, avant d'étudier la Fédération danoise ellemême, de la situer dans le milieu auquel elle appartient, de l’encadrer.

Son affiliation au Comité central des Fédérations syndicales ou coopératives danoises. — Il n’existe point au Danemark d'Union coopérative, d'organe moral de propagande et d’éducation coopérative ; cependant la Fédération est en relation avec une sorte d'Union générale des sociétés syndicales et des coopératives danoises, dénommée Comité central des Fédérations syndicales ou coopératives du Danemark-l’Andelsudvalget.

Le président de la Fédération danoise fait partie de droit du Comité central ; ce dernier n’est formé que de la réunion des présidents des diverses organisations centrales syndicales ou coopératives du pays. Le mouvement syndicaliste, très important au Danemark, a en effet amené la constitution d’une Union des laiteries syndicales, d’une Union des sociétés d'œufs pour l'exportation, d’une Union des boucheries syndicales.

Le Comilé central des Fédérations syndicales ou coopéralives danoises. — A vrai dire, celte conférence constituée par les présidents de la Fédération d'achat et des Unions syndicales a pour bul d'assurer une certaine communauté d'ac-

lion entre ces divers groupements qui sont logiquement opposés dans leurs tendances économiques, mais qui, en fait, groupent au Danemark absolument les mêmes ‘propriétaires ruraux et ouvriers agricoles. M. Blem, président de l'Union des boucheries syndicales, est président du Comité central.

Cette conférence — toute académique — est en réalité dépourvue de presque toute influence ; elle possède un journal intéressant, l’ « Andelsbladet », mais elle ne saurait élaborer un plan d'action commun, à faire exécuter par des organisalions opposées. Malgré les bonnes relations qu'entretiennent ces organisations centrales, elles n'ont entre elles aucune relation commerciale,le Magasin de gros notamment n’achète, ni ne vend rien aux laiteries ou aux boucheries syndicales : la logique des choses ne l’emporte-t-elle pas toujours en fin de compte sur les volontés humaines ?

Ce Comité central ne constitue, à aucun degré, un organe de propagande coopérative ; le Danemark en est totalement dépourvu ; c’est une lacune grave.

4° La composition de la Fédération d'achat.

Toute coopérative distributive est admise à adhérer à la Fédération ; toutefois il est nécessaire que la responsabilité solidaire des membres de la société coopérative soit établie par rapport à l’ensemble des dettes sociales ; la distribulive doit comprendre assez de membres, indépendants et propriétaires d’une fortune personnelle, pour pouvoir couvrir toutes les dettes de la société. Cette règle ne se justifie que par le caractère rural des coopératives danoïses (1).

La Fédération des coopératives danoises ne comprend en principe que des coopératives distributives ; cependant, le comité directeur de la Fédération peut, après autorisation du conseil de surveillance de la société, admettre comme membres de la Fédération d’autres sociétés que des coopératives

distributives ; mais ces sociétés doivent être établies d’après les principes essentiels des coopératives : répartition des bénéfices au prorala des achats ou affectalion au fonds de réserve. Elles sont obligées de débiter à leurs propres sociétaires les marchandises dont elles se fournissent auprès du Magasin de gros ; elles n'auraient pas le droit de les vendre au commerce ; ces sociétés ne sont d'ailleurs pas admises à prendre part aux votes de l'assemblée générale de la Fédération (1).

Les sociétés visées par ces dispositions de l’article 4 des statuts sont non seulement des coopératives incorporées, mais aussi des sociétés syndicales d’approvisionnement agricole. Ces sociétés achètent au Magasin de gros danois des engrais et des semences ; elles font application du principe de répartition coopératif ; toutefois, à raison de leurs tendances économiques, il a paru dangereux aux fondateurs du Magasin de gros danois de leur laisser exercer une influence quelconque sur la Fédération : le droit de vote leur a été refusé. Cette disposition très sage des coopérateurs danois tend à justifier la décision que nous avons prise de refuser le titre de coopéralives à ces sortes de sociétés.

La Fédération danoise a son siège à Copenhague.

20 L'administration de la Fédération.

a) L'assemblée des déléqués. — Le pouvoir suprême dans la Fédération appartient à l'assemblée des délégués des coopératives affiliées. Chaque société adhérente ne possède qu’une voix à l’assemblée générale ; les membres du Comité directeur, du Conseil de surveillance, les réviseurs peuvent présenter des propositions à l’assemblée générale au même titre que les délégués des sociétés, mais ces derniers sont seuls investis du droit de vote. Le délégué d’une société affiliée peut donner procuration au délégué d’une autre société adhérente, mais il est interdit à quiconque de cumuler plus de 5 voix.

L'assemblée générale, après avoir discuté et approuvé, s'il y a lieu, le rapport annuel et le bilan du Comité directeur, nomme les représentants ou les membres du Conseil de surveillance et les réviseurs, ainsi que les suppléants des uns et des autres (1).

À parler plus exactement, chacun des membres du Conseil de surveillance est nommé par l’une des circonscriptions entre lesquelles sont réparties les coopératives ; les sociétés affiliées à la Fédération sont, en effet, distribuées par les soins du Comité directeur, en un certain nombre de circonscriptions, chacune d'entre elles ayant le droit de désigner fun représentant au Conseil de surveillance (2).

Ces circonscriptions, au nombre de 25, comprennent autant que possible un nombre égal de sociétés affiliées ; chacune des sociétés, quelle que soit son importance, dispose d’une seule voix au sein de la circonscription.

Le Conseil de surveillance est composé de 25 membres ; 12 d’entre eux sont nommés par les circonscriptions du Jutland, 13 par les circonscriptions des îles.

b) Le Conseil de surveillance. — Le Conseil de surveillance sert d’organe intermédiaire entre le Comité directeur et l'assemblée générale annuelle. Ce Conseil de surveillance est, pour ainsi dire, un organe de transmission des pouvoirs ; tenant son pouvoir des sociétés coopératives elles-mêmes, il en délègue l'exercice au Comité directeur et ne conserve qu'un droit permanent de contrôle et de surveillance, Chacun de ses représentants, à l’intérieur de la circonscription qui l'a délégué au Conseil de surveillance, joue le même rôle d’intermédiaire entre la Fédération et les sociétés affiliées.

Les représentants sont nommés au Conseil de surveillance pour une durée de deux ans ; en même temps, des suppléants

(4) Articles 17 et 20.

(2) Article 24.

sont désignés qui les remplacent, au cas de vacances par décès ou démission (1).

c) Le Comilé directeur. — Le Comité directeur de la Fédéralion se compose de 5 membres ; 3 d’entre eux sont désignés par les 12 représentants du Jutland ; les deux autres sont nommés par les 13 représentants des îles.

Le Comité directeur a pour mission de contrôler et de diriger la marche de la Fédération tout entière ; le président du Comité directeur représente en justice la Fédération et fait valoir ses droits ; les membres de ce Comité sont nommés pour deux ans (2).

L'assemblée annuelle élit dans son sein quatre vérificateurs qui examinent les comptes du Magasin de gros et doivent présenter un rapport annuel à l’assemblée générale (3).

Les gérants de la société dirigent directement la Fédération; ils sont responsables sur leurs biens propres, ainsi que tout le personnel de la société, des dommages que subirait la Fédération du fait de leur négligence ou de leurs manquements professionnels. Ils sont statutairement obligés d'assurer les marchandises du Magasin de gros contre les risques d'incendie et le risque de mer (4).

Les ventes consenties par la Fédération doivent se régler dans un délai de 30 jours; passé ce délai, les coopératives acheteuses devront payer un intérêt de 8 0/0 à titre d'amende, au lieu que le Magasin accorde au contraire un escompte de 5 0/0, si la coopérative règle le prix avant l'expiration des 30 jours impartis pour le payement (5).

La Fédération danoise a deux comptoirs principaux, l’un à Copenhague, l’autre à Aarhus, dans le Jutland; mais elle

(1) Articles 21-et 22.

(2) Articles 26 et 27.

(3) Article 30,

(4) Articles 31-33.

(5) Article 11.

possède des comptoirs secondaires ou des filiales dans les villes principales du Danemark, au nombre de 10. Ces comptoirs sont utilisés par la Fédération, à la fois pour livrer aux coopératives clientes et pour acheter à des fournisseurs en gros. La Fédération possède des immeubles dans ces dix villes ; les immeubles de Copenhague ont une valeur de 1.200.000 francs environ.

3° Le capital de la Fédération.

Le capital social dont dispose le Magasin de gros de Copenhague est fort considérable, si l’on tient compte de Ia faiblesse, en valeur absolue, de la population coopérative du Danemark. A la fin de 1906, la Fédération jouissait d’un capital social qui n’était pas inférieur à 708.833 francs.

a) Le capital-obligations ; minimum de souscription très élevé. — Un minimum de souscription très élevé a été assigné aux sociétés du Magasin de gros ; chaque société adhérente est obligée de souscrire autant d'obligations de 100 couronnes qu'elle compte de fois 20 membres, ayant une situation indépendante et ayant acheté au moins pour 25 couronnes de marchandises par an. Ainsi dans le calcul du nombre d'’obligations que la société doit souscrire auprès du Magasin de gros, les différents membres de la même famille, inscrits les uns et les autres à une société distributive, ne comptent que pour une unité (1).

Sous réserve de cette rectification, la souscription des sociétés affiliées s'élève à 500 couronnes, soit 695 francs, par centaine de membres adhérents.

La société est obligée de s'acquitter en cinq ans du payement des obligations souscrites par elle ; elle doit également souscrire un nombre croissant de parts sociales, à mesure que son effectif s'élève.

(1) Article 7.

Il n'existe au monde que deux Fédérations qui imposent aux sociétés adhérentes un minimum de souscription plus élevé, savoir les Fédérations d'Ecosse et d'Angleterre qui obligent les sociétés adhérentes à souscrire 2.522 francs d'obligations par centaine de membres inscrits. Toutes les autres Fédérations se contentent d’une souscription très inférieure : 123 fr. en Allemagne ; 100 francs en Belgique ; 25 francs en France.

L'expérience a prouvé que cette obligation n’était pas trop lourde pour pouvoir être imposée aux sociétés danoises. L’effectif moyen des sociétés coopératives étant très faible, il était nécessaire d'imposer à ces sociétés un minimum de souscriplion assez élevé, afin de donner au Magasin de gros un capital suffisant. En moyenne, chaque distributive danoise avait souscrit, en 1906, 6 actions seulement; le chiffre moyen de ses membres était cette année-là de 139 (1).

Les actions du Magasin de gros rapportent 5 0/0 d'intérél dans la mesure où les versements correspondants ont élé effectués.

Les sociétés affiliées au Magasin de gros de Copenhague ne sont tenues des dettes de la Fédération que jusqu'à concurrence des obligations souscriles par elles ; cette disposition est intéressante à relever, en effet, les sociétés danoises coopératives appliquent la règle inverse de la responsabilité solidaire et illimitée de leurs membres à l'égard des dettes

sociales.

b) Emprunts et dépôts. — La Fédération danoise, désireuse d'augmenter la somme de ses capitaux. a eu recours, comme toutes les Fédérations d'achat, à l'emprunt. Elle a institué, au profit des membres des sociétés adhérentes, comme au profit des sociétés affiliées elles-mêmes, une sorte de caisse d'épargne, où les uns et les autres peuvent déposer les sommes dont ils n'ont pas l'emploi. L'importance de ces

(4) Statistique danoise n° 3, p. 364.

fonds empruntés et en dépôt est très grande ; ces fonds alteignaient près de 2 millions et demi de francs en 1906.

c) Fonds de réserve. — Le fonds de réserve de la Fédéra- Lion est alimenté par un prélèvement variable qui est fait sur les bénélices de la société. Les bénéfices restants du Magasin de gros sont divisés en deux parts, ils sont restitués jusqu’à concurrence des deux tiers aux sociétés adhérentes au prorata de leurs achats ; le dernier tiers est inscrit, à titre de fonds de réserve, sur le compte que le Magasin de gros a ouvert aux sociétés coopératives. Il faut donc distinguer deux fonds de réserve : le fonds de réserve de la Fédération ellemême et le fonds de réserve des sociétés coopératives auprès de la Fédération (1).

Les sociétés coopératives sont propriétaires des sommes inscrites,à leur compte,à litre de fonds de réserve, cependant elles n’en ont pas la libre disposition ; elles sont obligées de les laisser à la disposition de la Fédération qui reste tenue de leur payer 5 0/0 d'intérêt.

Les sociétés qui démissionnent ou sont exclues du Magasin de gros ont le droit de se faire payer les 2/3 du montant de leur fonds de réserve auprès de la Fédération ; le dernier tiers devient la propriété définitive du Magasin de gros. Le fonds de réserve de la Fédération s'enrichit en même temps des versements effectués par les sociétés adhérentes, qui sont trop en retard dans le payement des à-comptes exigés par les statuts sur les actions souscrites et qui, de ce chef, sont exclues de la Fédération.

Le fonds de réserve du Magasin de gros, joint au fonds de réserve que possèdent les sociétés coopératives auprès de la Fédération, se monte à une somme globale de près de ? millions de francs. En cas de pertes subies par le Magasin de gros, il est fait appel en première ligne au fonds de réserve

(4) Article 44,

de la Fédération, en seconde ligne au fonds de réserve des sociétés coopératives auprès de la Fédération (1).

4° Développement général de la Fédéralion.

a) Nombre de sociélés affiliées. — Le Magasin de gros de Copenhague a bénéficié d’un accroissement rapide ; considéré sous sa forme actuelle, il ne compte encore que 11 années d'existence ; néanmoins le nombre des sociétés adhérentes s'élève aujourd'hui à 1.120, ce nombre a quadruplé depuis la constitution du Magasin. Au début de son fonctionnement, la Fédération de Copenhague possédait un nombre de sociétés assez sensiblement inférieur au nombre des sociétés affiliées en 1895 à l'une et à l’autre des deux Fédérations : 380 sociétés adhéraient en 1895 aux deux Fédérations du Jutland et de Seeland, le Magasin de gros de Copenhague ne réunissait que 310 sociétés en 1896. Ce recul fut vite rattrapé.

Ce chiffre de sociétés adhérentes est extrêmement élevé; l'Angleterre proprement dite ne possède pas un chiffre de sociélés plus élevé : 1.131 à la place de 1.120.

Ce résultat s'explique par une double raison ; d’une part les sociétés danoises sont dans l’ensemble extrêmement peu importantes chacune ; elles comprenaient 139 membres en moyenne en 1906. D'autre part la presque lotalité des sociétés existantes a adhéré au Magasin de gros.

b) £ffectif des sociélés adhérentes. — Bien plus décisifs encore sont les progrès du Magasin de gros, en ce qui concerne le nombre des sociétaires indirects, c’est-à-dire le nombre des coopérateurs qui adhèrent à la Fédération par l'entremise de la société dont ils font partie. Le nombre des sociétaires indirects a quintuplé pendant la même période ; ils étaient au nombre de 30.690 en 1896, de 90.972 en 1901 et de 155.680 en 1906 (2).

(1) Article 16.

(2) Statistique danoise n° 1, p. 363.

c) Chiffres de ventes.— Les ventes annuelles de la Fédéra- Lion ont subi un essor plus magnifique encore ; elles n’atteignaient pas 6 millions de francs en 1896, dépassaient iégèrement 15 millions en 1900 et s’élevaient à 42.713.900 francs en 1906 ; elles ont donc augmenté dans la période considérée, dans la proportion de 1 à 7.

Il est inutile de faire ressortir la magnificence de ce résultal ; les chiffres parlent assez d'eux-mêmes ; on ne peut s’empêcher d'être pris d'admiralion, si l’on songe que c'est un peuple de 2 millions 1/2 d'habitants qui a créé et qui alimente cette colossale entreprise coopérative.

Toutefois une remarque, de peu d'importance heureusement, s'impose ici ; elle n’est pas de nature à ternir la réputation de la Wholesale danoise. Ce chiffre magnifique de 42.713.900 francs a besoin d'être détaillé pour être bien intlerprété et compris. Le Magasin de gros de Copenhague ne se borne pas à vendre aux sociétés distributives les denrées alimentaires et, d’une façon générale, les objets utiles à la consommalion personnelle de leurs membres ; elle vend également aux sociélés affiliées, mais dans une très faible mesure, des objets de consommation agricole : graines, semences, fourrages, engrais dont ces sociétés peuvent avoir besoin.

Dans la mesure où s'effectuent ces ventes de denrées agricoles, les distributives remplissent les fonctions de sociétés syndicales d’approvisionnement agricole. Le mécanisme de répartition des bonis dans ces sociétés est strictement coopéralif, mais ces sociétés doivent être distinguées des sociétés distributives, avons-nous vu, à raison du but économique différent qu’elles poursuivent : le mainlien des classes intermédiaires et patronales, en un mot le maintien de l’économie capitaliste.

Si l'on entre dans le détail, on découvre qu’en 1905, 1.106.000 couronnes et en 1906, 1.299.000 couronnes de semences ou d’engrais ont été fournis par le Magasin de gros aux distribulives affiliées. Pour avoir le total des marchandises de

consommation personnelle, fournies par le Magasin de gros, il suffit de retrancher chaque année du chiffre lotal des ventes 1 à 2 millions de francs ; c'est seulement sous le bénéfice de cette reclification que le chiffre des ventes annuelles de la Fédération mérite d’être envisagé, il ressort pour 1906 à 40.907.000 francs exactement.

Les principaux articles de vente du Magasin de gros danois sont les denrées coloniales qui équivalent environ aux trois quarts des marchandises vendues.

d) Capital social. -- Pendant que les ventes annuelles de la Fédération augmentaient dans la proportion de 1 à 7, son capital social quintuplait, il s'élevait de 145.720 francs à 708.833 francs ; ce capilal social est considérable. Les coopéralives adhérentes à la Fédération suisse comptent un nombre sensiblement égal de sociélaires et réalisent un chiffre d’affaires très comparable (62 millions de francs, au lieu de 58 à 60 millions au Danemark), cependant le Magasin de gros suisse ne possédait à la même date qu’un capital social 13 fois plus faible : 53.000 francs seulement, son chiffre d’affaires étant seulement 4 fois inférieur au chiffre d’affaires de la Fédération danoise.

e) Empruntis et dépôts. — Les sommes empruntées ou reçues en dépôt ont beaucoup plus rapidement augmenté encore que le capital de la Fédération ; en 11 ans, ces sommes se sont accrues dans la proportion de 1 à 12 ; à la fin de 1906. elles ne se montent pas à moins de 2.438.583 francs

Le Magasin de gros danois possède ainsi, à la fin de 1906, de ces deux chefs: obligations et emprunts, plus de 3 millions de capitaux (3.147.416 exactement).

f) Fonds de réserve de la Fédération, el fonds de réserve des sociélés auprès de la Fédéralion. — À ce capital, il convient d'ajouter les 2 millions de fonds de réserve que possèdent

Lant les sociétés auprès de la Fédération que la Fédération elle-même. Il y a lieu, en effet, de distinguer entre le fonds de réserve, propriété pleine et entière de la Fédération et les sommes qui ont été inscrites par le Magasin de gros, à titre de fonds de réserve des sociétés coopératives adhérentes. Ces deux catégories de fonds de réserve se montent à la fin de 1906 à 1.958.743 francs. En 11 ans, le montant de ce double fonds de réserve a augmenté dans la proportion de 1 à 24.

Au total,le Magasin de gros de Copenhague dispose de plus de 5 millions de capitaux pour faire face aux nécessités d’un commerce de 42 millions de francs. Ses capitaux ont donc été investis 8 fois annuellement dans le cycle de ses affaires. Ce chiffre de rotations annuelles, qui est relativement faible, prouve la puissance financière de la société.

Le Magasin de gros jouit actuellement d’un crédit de plus de deux millions auprès des différentes banques danoises ; mais il lui est le plus souvent inutile d'y recourir.

La Fédération danoise qui occupe le 4° rang sous le rapport du chiffre d’affaires réalisé, bénéficie d’un rang plus satisfaisant encore sous le rapport des capitaux dont elle dispose : les Fédérations d’'Ecosse et d'Angleterre sont seules à jouir d'une puissance financière plus grande (1).

59 La production de la Fédération danoise.

Il a été réservé jusqu'à ce jour à fort peu de Magasins de gros d'entreprendre la production directe ; la Fédération danoise est seule, avec les Fédérations anglaise et écossaise, à être déjà entrée dans la voie de la production. Elle a débuté en 1900 en instituant une fabrique de chocolat ; cependant sa production totale est aujourd’hui encore peu importante. La valeur totale des articles fabriqués par elle se montait à la fin de 1906 à un million de francs seulement; elle fabrique 469.000 francs de chocolat ; 382.000 francs d'articles de tabac ;

(1) Statistique générale n° 2, p. 159.

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