LE ROMAN DU JONGLEUR
Les truands chargés d'or et les gueux blasonncs ;
Pour abolir ma paix et chasser leur ennui
Elles m'ont fait le roi désole de leurs nuits
Et quand je les baisais, bouche à bouche, nu à nu,
Mon âme dans leurs yeux ne s'est pas reconnue.
Alors elles ont eu des jeux de paresseuses
Elles m'ont dit, les amoureuses,
— Nous saurons l'art de bellement chanter I
J'ai remis ma lyre
Entre leurs mains pâles et froides comme cire,
Je leur ai donne mon cœur
Et je disais : c'est le bonheur !
Qji'il est piteux ce cœur ! Qu'elle est lourde la lyre !
La lyre mutilée entre mes mains tordues ;
Le rire des servantes a payé mes chansons,
Quelqu'un a ri plus haut, qui m'a donné le frisson
Et j'apporte pour prix de l'hospitalité,
Aujourd'hui, le trésor, des chansons ambiguës
Qjii font mourir d'angoisse et de mysticité.