‹ Les FéeriesChapitre 9 sur 45 · LE HIBOU · texte numérisé non relu

LE HIBOU

Est-il assez poseur cet oiseau de Minerve ! Descends de ton perchoir auguste, tu m*énerves, Animal ridicule, fiers de tes gros yeux ronds Dont la flamme, pareille à la petite flamme Ronde et fixe de la lampe des voleurs sans âme, Me fit deux douloureuses brûlures rondes au front. Secoue au vent du soir ton plumage de cendre, Hulule et si tu peux, en outre, fait la roue, Bah ! tu n'es qu'un hibou.

Mais je f aimerai bien, ô sage que je hais, Lorsque le rossignol fera danser l'orfraie, O Sage si tu veux l'aile grande descendre Sur le crâne du fou nomade qui te méprise. — Cheveux noirs 1 cheveux gris î cheveux blancs ! plu- Jeunes plumes à jamais grises ! [mes grises î

LF HIBOU 29

Au fond des lupanars rouges et d'or où les miroirs

Multiplient par les salles la ronde des péchés,

De pâles, nostal^^nques et pesants débauchés,

Venus pour écorner leur raison et leur or,

Sur l'épaule des filles nues posent leurs cigares rouges.

La fille crie un peu et les baisers du feu lui font

Sur 1 épaule deux taches rouges et rondes comme les

Qui firent sur mon front flaches

Les yeux rouges et ronds.

La fille pleure tout bas et sourit haut (de l'or ! de l'or !)

Et sourit toute nue afin que nul ne sache

Au fond de quel bourbier notre pitié se cache.

Le mal ! Le bien ! Foi et Raison I

(Le vent souffle sur la maison)

Crime ! Folie ! le Droit I la Loi !

(Lèvent vient d'emporter le toit).

La nuit tombe sur Thôpitaloù tant de fous sont enchaînés

Sonne une cloche. J'entends sonner.

On sonne,

Pour qui ? Pour personne !

J'entends sonner î J'entends sonner !

Sonner la fuite des années

Et je raisonne ma raison,

Entre l'église et la prison

En écoutant crier les fous.

O monstre clairvoyant que la nuit favorise,

Implacable hibou !

Lorsque le rossignol chantera pour l'orfraie

Je saurai t'aimer bien, ô sage queje hais,

O sage si tu veux l'aile grande descendre

Sur mon crâne que tant d'oiseaux couleur de cendre

Couleur de lune, couleur de sang, couleur de jour,

Que tant d'oiseaux divers emplirent par surprise

Pour s'entredévorer en y faisant l'amour.

Couronne mes cheveux de tes ailes de cendre,

— Cheveux noirs, cheveux gris, cheveux blancs, plumes

Jeunes plumes à jamais grises I [grises,

Page 1