L'INFIDELE IONIS
Sous les magnolias à l'ombre parfumée,
Le troubadour Linclus appelait Ionis
Avec des mots si doux que les oiseaux des nids
Pleuraient en se frôlant de leur aile pâmée.
« Oh ! toi qui m'as versé tout le ciel par tes yeux — Disait-il en rêvant sur sa lyre chagrine — Toi dont la gorge en fleur embaumait ma poitrine Et laissait de l'aurore en mes bras glorieux ;
Ionis dont la bouche a le baiser si tendre
Qu'on croit boire la Mort dans une coupe en chair,
Ionis tant chérie, oh ! si Lindus t'est cher,
Viens vite, accours ! J'ai soif de toi ! je meurs d'attendre.
Oh ! ce serait si bon, cette nuit, d'être aimé ! Vois comme la liane étreint les pans de roche. Viens, Ionis; je vais fleurir à ton approche Ainsi qu'un laurier-rose aux caresses de mai.
Entends ce que l'eau dit aux roseaux de la rive. Elle dit : « Le temps passe ; aimez-vous, amoureux ! Entends le vent qui dit aux arbres langoureux : « Fleurissez vite, ô bois ; le bûcheron arrive. »
Ionis, Ionis, il faut les écouter.
Viens ! tous les rossignols ont des sanglots d'ivresse. Viens, viens ! Que ton sein pur dans la nuit apparaisse Et la lune levante aura peur de monter.
A genoux, le front nu, je t'attends, je t'adore, Oh ! ne viendras-tu pas? ne m'aimerais-tu plus ?... Infidèle Ionis ! on dit qu'à l'angelus Tu vas rejoindre Olim, le joueur de mandore ;