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LA PRÉFÉRÉE

Une brune gaillarde, une blonde menue.

11 les prend, puis leur crache au front, et continue.

Et tout le harem passe aux pieds de l'Empereur.

« Ah! mourez, mourez donc ! — dit-il avec fureur — Mourez toutes, ce soir, troupeau de femmes vaines Qui n'avez pu glisser un désir dans mes veines! Eunuques — mande-t-il en grondant de courroux — Allumez le sérail et poussez les verrous! »

Mille cris de terreur s'élèvent. Alarmées,

Les cadines se ruent sur les portes fermées,

On s'affole, on se heurte, et, comme des fruits mûrs,

Des grappes de seins lourds s'écrasent sur les murs,

Tandis que flambent, sous les torches des eunuques,

Voiles autour des reins, cheveux autour des nuques,

Berceaux de soie et d'or encombrés d'enfants gras.

Et l'Empereur regarde en se croisant les bras.

« Pitié pour moi ! pitié pour moi ! » clament cent bouches. Et des fronts prosternés tremblent sur ses babouches.

« Pitié ! nous t'aimons tant ! que veux-tu donc de nous ? »

Et des baisers peureux effleurent ses genoux.

« Oh ! laisse fuir au moins nos fils de ta demeure !

— Mourez tous! — crie Aroun — et qu'avec vous je meure !

Mais alors, une femme aux yeux hagards bondit, Se jette sur le Maître et clame : « Tiens, bandit ! Moi, je ne t'aime pas, je te hais, je te tue ! » Et l'Empereur voit luire une dague pointue Au poing de cette impie.

— Eunuques! arrêtez ! — Crie Aroun en levant ses bras ensanglantés. Et, pâle, il considère un, instant la rebelle.

Elle n'est plus très jeune, elle n'est plus très belle ; Mais ses yeux rayonnants sont pleins de cruauté.

« Esclaves, qu'on la mène à mon palais d'été — Dit-il, un espoir triste envahissant son être — Elle m'a fait souffrir : je l'aimerai peut-être. »

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