L'AVEU
Elle était jeune, pure et douce ;
Il était jeune, pur et doux;
Leurs pieds foulaient la même mousse
Ou saignaient aux mêmes cailloux.
Souffrait-il ? Elle était en peine.
Riait-elle? Il était charmé.
Quand l'un cueillait de la verveine, L'autre avait le cœur embaumé.
Mais leur bouche, triste ou ravie, Ayant prononcé d'autres vœux, Ils s'aimèrent toute la vie Sans se faire jamais d'aveux.
Les rosiers changèrent de roses, Oublieux des printemps défunts ; Mais leurs deux âmes, toujours closes, Gardèrent les mêmes parfums.
Quand \\ fut mort, elle, très vieille, Puisqu'il ne l'entendrait jamais, Bien bas, bien bas à son oreille, Dit en pleurant : « Je vous aimais ! p
Puis, comme tombent les corolles Qui tardèrent trop à fleurir, Elle expira... Sous ces paroles Les yeux du mort semblaient s'ouvrir